Critique : Volver

Audrey Zeppegno | 19 mai 2006
Audrey Zeppegno | 19 mai 2006

Un opus signé Almodovar, c'est la promesse d'un vénérable régal pour nos cinq sens, un festival de couleurs chatoyantes qui flatte nos mirettes, diapré du chuintement des basses madrilènes qui bercent langoureusement nos esgourdes. Chaque ovni qui vient gonfler la liste de sa filmographie intarissable ajoute à sa palette une énième couleur mirifique. Autant dire, qu'en attendant que le maestro retourne à son atelier bariolé, pour nous pondre un nouveau chef-d'œuvre dont lui seul a le secret, on frétille d'impatience ! Fort heureusement, le phénix de la toile espagnole, dont le ramage égale le talent, enfile les perles à un rendement tonitruant ! Caramba ! Laissez tomber fissa vos cours intensifs de castagnettes, le dernier-né de Pedro est en passe d‘irradier notre hexagone pâlichon.

Volver le bien nommé, se conçoit comme un retour aux sources. Un plongeon, tête la première, en plein coeur du bouillon voluptueux qui faisait s'arracher les cheveux à ses Femmes au bord de la crise de nerfs, il y a de cela vingt ans. Après avoir effeuillé son journal intime d'ex pensionnaire franciscain, tout chamboulé par les affres de l'adolescence et l‘identité sexuelle désarçonnante qui embrase sa colonne vertébrale, el gringo délaisse la galaxie purement mâle de La mauvaise éducation, pour dédier à Carmen Maura et Penélope Cruz, une ode à leur féminité. Sa fable onirique de l'année convoque les fantômes du passé, pour mieux caresser le registre du surnaturel. Comme de coutume chez Almodovar, le quotidien brinquebalant de Raimunda (Penélope Cruz), son héroïne pomponnée, sert de fil conducteur à un charivari de circonvolutions plus spectrales que jamais. Flanquée d'un mari glandeur, d'une fille rebelle, d'un job moribond et d'une histoire familiale ténébreuse, la beauté échevelée trouvera l'issue de secours à son impasse perso, en exhumant les secrets de feue sa môman.

Impossible d'en piper un mot de plus, sous peine de gâcher la surprise aux spectateurs. Motus et bouche cousue. Un film de Pedro Almodovar ne se dissèque pas, il se déguste cul sec et devrait se savourer, sans ressentir le besoin de quémander l'avis d‘un obscur expert. En ce qui concerne le King de la Movida, tout commentaire relève du superflus L'idée que ce matador qui bataille frénétiquement contre le nivellement par le bas cinématographique, nous dégaine un conte bigarré qui lorgne sur les dossiers classés de X-Files, devrait suffire à mettre les papilles des avertis en émoi.

Pour les autres, reste l'argument qui fait tilt : l'apparition sonnante et trébuchante de Penélope Cruz, comme on ne l'a jamais vue !!! Celle qu'on reléguait aux plates-bandes racées hispaniques, faute de lui attribuer des premiers rôles qui réclament un peu plus que les minauderies d‘usage, témoigne d'un brio qu'on ne lui subodorait pas. Tantôt suave, tantôt crispante, tantôt maternelle, tantôt aguicheuse, la bomba latina donne de la voix, et crame la surface plane de la pellicule. Comme quoi, il n'est jamais trop tard pour se révéler à sa juste valeur. Parole de cinéphage qui profite de cette tribune pour faire son mea culpa : a star is born. C'est de la pépite d'or à l'état brut, exhumée par Almodovar !

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