Critique : Coup de foudre à Bollywood

Patrick Antona | 9 décembre 2004
Patrick Antona | 9 décembre 2004

Attention, inutile de s'arrêter au titre français peu inspiré, mais plutôt au titre original, Bride and prejudice, le film se voulant en fait l'adaptation à la sauce musicale et indienne du roman de Jane Austen, Orgueil et préjugés. Après avoir rencontré le succès avec le charmant Joue-là comme Beckham, Gurinder Chadha tente le mariage délicat entre la comédie musicale à la Bollywood et la critique sociale, en préférant une vision du choc des cultures à la lutte des classes qui est la base du roman, sans omettre pour autant la réalité des mariages arrangés, qu'ils soient en Inde ou dans la haute société. Si le film rend compte de la perfection de la somptueuse Aishwarya Rai (dans son premier rôle international), très crédible en femme rebelle et piquante, la réalisatrice n'arrive pas à aller au-delà de situations par trop clichées, ni à donner une chance à ses personnage qui demeurent de simples caractères stéréotypés.

Après une première partie très rythmée se déroulant en Inde, où se déploie la majeure partie des chansons et chorégraphies, ainsi que l'apport comique de Nitin Ganatra dans le rôle de M. Kholi (excellent en prétendant-gaffeur qui poursuit Lalita de ses assiduités), succède une seconde partie occidentale beaucoup plus terne, et ce malgré le piquant qu'aurait dû provoquer l'opposition entre William Darcy et sa némésis, Johnny Wickham (Daniel Gillies). La réalisatrice explore plusieurs pistes dans son récit sans jamais vraiment les exploiter, préférant se focaliser sur son couple vedette qu'elle cherche à magnifier à tout bout de champ. Si cela fait normalement tout le charme des films indiens, il faut dire que la sauce a bien du mal à prendre ici.
La faute en incombe aussi à un Martin Henderson aussi expressif et séduisant qu'une planche de surf (qui a dit que l'auteur de ces lignes était jaloux ?!) quand il s'agit de faire passer à l'écran le trouble qu'il éprouve au contact de Lalita. À ranger aussi au rang des déceptions, le talent peu exploité de Indira Varma (vue dans Kama-sutra), et de Narveen Andrews, relégué très vite au rang de faire-valoir.

Que dire enfin de la musique et des chansons ? Si le parti pris de faire chanter les Indiens en anglais pourra en refroidir plus d'un, à commencer par les puristes, et que l'apparition de la chanteuse de r'n'b Ashanti est plus de l'ordre du coup marketing qu'autre chose, on ne peut qu'être charmé par l'opulence des costumes, le respect de la « couleur locale », et bien sûr par la beauté des interprètes. On notera aussi le respect de Gurinder Chadha pour l'un des canons du film de Bollywood, à savoir l'absence de baisers. Reste que l'on est bien en-dessous de films tel que Devdas (déjà avec Aishwarya Rai) ou Lagaan.

Coup de foudre à Bollywood est une sucrerie un peu lourde à digérer, qu'il faut voir par temps pluvieux et uniquement si l'on est fan de la voluptueuse Aishwarya Rai. Car pour ce qui est d'une vision de l'Inde et de ses rapports sociaux basés sur les mariages arrangés, il faudra repasser, ou éventuellement (re)voir Le Mariage des moussons, de Mira Nair.

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