Arsène Lupin : Critique

Julien Welter | 29 septembre 2004
Julien Welter | 29 septembre 2004

Sûrement soucieux d'asseoir un personnage un peu oublié de la jeune génération, Jean-Paul Salomé entreprend de raconter le roman des origines de cette figure de la littérature populaire française. Le livre datant un peu, et aucune adaptation n'ayant réussi à traverser les décennies intacte, « découvrez comment tout a commencé » était un mot d'ordre qui s'imposait pour fédérer en même temps le chaland et l'averti. Pas nouveau, ce genre de récit est utilisé outre-Atlantique pour toutes les adaptations de super-héros. Extrêmement balisé, ce genre d'histoire est une béquille utile à tout réalisateur voulant assurer un service minimum.

Mais en réalisateur du calamiteux Belphégor, Jean-Paul Salomé épuise les ressources de son histoire en moins d'une demi-heure, montre en main. La mort du père, après avoir été exclu de sa noble et belle-famille, conjuguée à la mort de la mère, pauvre parce que déshéritée à la suite du dernier larcin de son mari, explique, en deux mouvements de grue hideux et trois cris d'enfant, la naissance d'une vocation. C'est ballot, il reste deux heures de pellicule, et le jeune Lupin est déjà un voleur confirmé capable de détrousser une douzaine de bourgeoises en une soirée. Que reste-t-il alors à dire sur ce jeune homme ? Comment redonner de l'intérêt à un récit terminé ? Confiant à la limite de la cécité, le réalisateur de Restons groupés ne se démotive pas et entame alors une tout autre histoire. Une sorte de nouvelle introduction développe des personnages entraperçus dans la première partie : une cousine pour l'histoire d'amour, et un oncle pour une chasse au trésor contre une obscure organisation de monarchistes. C'est laborieux et en plus inutile puisque le récit se concentrera sur l'affrontement contre la comtesse de Cagliostro. Celui-ci se prolongeant encore vingt ans après jusque dans un épilogue type, cerise confite sur gâteau indigeste, l'effet de commencement et de révélation des origines sombres au plus profond de l'indifférence. Tant pis, encore un serial Français de moins.

 

 

Mal racontée, l'histoire est en plus le théâtre de l'absence de talent du réalisateur des Braqueuses. Voleur, détrousseur, monte en l'air, pickpocket, les noms communs affublant un personnage comme Arsène Lupin fertiliseraient la mise en scène de n'importe quel cinéaste. Jean-Paul Salomé, sûrement abêti par sa reconstitution du XIXe siècle, en oublie de surprendre le spectateur et d'installer les larcins de Lupin. Aucune prestidigitation enfantine façon Mystère de la chambre jaune, rien de la puissance du plan selon Ocean's Eleven, absence de la magie du larcin dans la veine de Diabolik. Aucun méfait ne procure le moindre plaisir de s'être fait blouser. Au lieu de louvoyer comme le voudrait le personnage (Lupin = loup), Jean-Paul Salomé s'encombre et avance maladroitement à l'aide de tours de force. Coincé sur un bateau ? Il saute du pont sous les coups de feu. Dérober une croix à des passagers d'un train ? Il se bat et détache le wagon. S'emparer d'un crucifix dans une église ? Il joue les tarzans et s'enfuit sous les balles. À ce stade, on se demande même quel est le talent d'Arsène Lupin. Jean-Paul Salomé filme la cambriole comme la gaudriole ; c'est pourtant simple, le père Lupin l'a dit à son fils : « Détourner l'attention, voilà la clé. »

 

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