Love Wedding Repeat : critique qui divorce de l'humour sur Netflix

Déborah Lechner | 21 avril 2020 - MAJ : 30/04/2020 18:47
Déborah Lechner | 21 avril 2020 - MAJ : 30/04/2020 18:47

Si le britannique Dean Craig a bâti sa réputation de scénariste sur des funérailles catastrophiques et désopilantes, sa carrière de réalisateur ne risque pas de décoller avec son premier long-métrage Love Wedding Repeat, une production estampillée Netflix. Il s'agit du remake anglo-italien officiel de la comédie romantique française et potable Plan de table de Christelle Raynal, qui pouvait largement se passer de cette boursouflure cinématographique. 

ATTENTION : SPOILERS !

DEMI-MOLLE 

Love Wedding Repeat est un remake qui aurait pu gagner en qualité par rapport à l'œuvre originale, avec le grain de folie qui lui faisait défaut, assuré par l'humour british souvent irrésistible (confère 4 mariages & 1 enterrement). Mais toute l'histoire traduit une paresse d'écriture et un manque de créativité et d'ambition évident de la part de Dean Craig, qui reprend presque trait pour trait son scénario de Joyeuses funérailles (en plus du remake américain Panique aux funérailles). 

On assiste donc au mariage d'Hayley (Eleanor Tomlinson), qui charge son frère Jack (Sam Claflin) de s'occuper de son ex Marc (Jack Farthing), arrivé par surprise et décidé à saboter la fête en dévoilant au marié (Tiziano Caputo) avoir couché avec elle trois semaines avant la cérémonie. Mais Jack avait un autre plan en tête : avouer enfin son attirance à Dina (Olivia Munn), une amie de sa soeur qu'il n'a pas réussi à embrasser trois ans plus tôt.

 

photo, Eleanor Tomlinson, Jack FarthingEleanor Tomlinson et Jack Farthing avant le drame

 

Censé donner un puissant somnifère à l'intrus pour qu'il se tienne tranquille, Jack le file malheureusement à la "demoiselle" d'honneur d'Hayley, Bryan (Joel Fry), après que d'affreux mioches aient décidé de mélanger les prénoms de cette table (et uniquement cette table). Après une moitié de film éprouvante qui se conclue sur un drame attirant miraculeusement notre attention, un autre scénario est lancé... avec une nouvelle disposition des convives, pour retomber aussitôt dans l'ennui et l'incompréhension.

Il ne s'agit donc pas de suivre les pérégrinations mentales d'un invité en proie à une imagination débordante, comme dans l'œuvre originale, mais plutôt de présenter les caprices du destin aux possibilités infinies. Mais seulement deux versions du repas découpent le film, tandis que plusieurs autres conjonctures sont montées en accéléré le temps d'une minute, comme si le réalisateur s'était rendu compte à mi-chemin qu'il avait oublié le concept du film et n'avait plus le temps de le développer correctement.

 

photo, Olivia MunnJack (Sam Claflin) et Dina (Olivia Munn)

 

TU VEUX VOIR MON ZIZI ?

Le film de Dean Craig est une comédie indigente où l'humour est aussi fin que les sketchs de Jean-Marie Bigard, et les protagonistes aussi réfléchis que le répertoire musical de Franky Vincent. Faussement vaudevillesque, presque chaque gag tourne autour des parties génitales masculines, comme avec cet invité asocial campé par Tim Key, qui passe son temps à se remettre les baloches en place avec insistance devant d'autres invitées. 

Dépourvu de nuance, chaque personnage représente une vanne ou un élément pratique du scénario, comme Chaz (Allan Mustafa), le petit-ami de l'ex détestable de Jack (curieusement invitée) qui complexe sur la taille de son engin, et en parle dès que la caméra a le malheur de s'attarder plus de trois secondes sur lui. Sans oublier la copine débile qui confond les penne et les pénis, et développe plus ses blagues graveleuses qu'un Franck Dubosc au meilleur de sa forme. Le personnage d'Olivia Munn n'est quant à lui que l'objectif à atteindre pour Jack, tout comme l'ex de la mariée n'est que l'élément perturbateur sous coke et sans lequel il n'y aurait pas de film. 

 

photo, Freida PintoChaz (Allan Mustafa) le complexé du pot d'échappement et sa petite-amie tyrannique Amanda (Freida Pinto)

 

Les quiproquos et mésaventures sont exaspérants, car totalement évitables. Le dialogue et la communication paraissent totalement impossibles entre tous ces personnages qui n'auraient que deux-trois explications à fournir pour désamorcer les malentendus. L'embarras constant n'est pas drôle ou burlesque, mais juste insurmontable pour le spectateur un peu plus dépité à chaque mention de phallus. 

L'absurdité des dialogues ou encore les situations gênantes sont des ressorts comiques déjà bien usés, qui ne fonctionnent qu'en étant soigneusement travaillés. Ils ne peuvent pas être simplement balancés à la figure du spectateur comme des tartes à la crème pour espérer le faire rire, ce que tente désespérement Love Wedding Repeat pendant 1h40, soit 100 minutes de trop.

 

photo"bite bite bite BITE bite bite bite"

 

STÉRÉLITÉ 

La mise en scène ne vient pas aider le scénario chancelant et disetteux. La caméra filme tout sans inspiration et ne peut compter que sur le cadre somptueux et la lumière naturelle pour maintenir son esthétique. Hormis un rapide plan au drone qui surplombe la ville et un arrêt sur image, Dean Craig ne fait ressortir aucune volonté ou intention de faire du cinéma ou d'étonner son public, peut-être par inexpérience. 

Eleanor Tomlinson, prometteuse dans La Guerre des mondes, tenait là l'occasion de briller dans le registre de la comédie après son rôle secondaire dans Le Journal intime de Georgia Nicholson. Mais comme le reste du casting qui a abandonné l'idée de s'impliquer, elle ne propose qu'un sourire crispé tout le long du film et se révèle même un personnage secondaire sans grand intérêt, si ce n'est de trimballer son pauvre frère (véritable personnage principal) dans tous les recoins du château dans lequel se tient la réception. 

 

photo"Pas vu, pas pris ok ?"

 

Olivia Munn n'a pas non plus trouvé de quoi relancer sa carrière après les bides de The Predator et The Buddy Games, tout comme Freida Pinto qui nous a habitués à un meilleur jeu d'actrice avec Slumdog Millionaire et La Planète des singes : Les Origines. Seul Sam Claflin tente d'éviter le naufrage en écopant énergiquement le navire avec bonne humeur. Mais le film ne peut de toute façon pas arriver à bon port tant la conclusion est peu satisfaisante et convaincante, car il ne s'agit au fond que d'une fin parmi des milliers d'autres envisageables. 

On s'étonne également de ce dénouement anti-romantique, à savoir qu'on peut tromper son fiancé tant qu'on ne se fait pas pincer (ce qui relève uniquement de la chance), ou qu'il suffit de courir comme un poulet sans tête pour séduire la femme tant convoitée après l'avoir ignorée toute une soirée. Au final, le message positif que tente de véhiculer Love Wedding Repeat sur le fait de créer soi-même les opportunités et de ne pas laisser le hasard guider sa vie, est tellement faible qu'il ressemble à la description d'une photo d'adolescent sur Instagram. Beaucoup de mièvrerie sur fond d'adultère inavoué, il fallait oser. 

Love Wedding Repeat est disponible sur Netflix depuis le 10 avril 2020.

 

Affiche officielle

Résumé

À défaut de passer un bon moment, le seul bénéfice qu'on pourrait tirer de Love Wedding Repeat est la certitude après visionnage d'être plus indulgent envers les comédies plus potables (et notamment Plan de table), comme on profiterait à fond des petites joies de la vie après un accident de voiture qui nous aurait miraculeusement épargnés. 

Lecteurs

(1.0)

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commentaires

Euh
22/04/2020 à 14:45

Les acteurs de ce truc méritent bien mieux, que ce soit la fille déjà vue danss How to live with yourself ou Fry le rôle secondaire de Yesterday.

lemon0
22/04/2020 à 13:01

Pas du tout mon trip mais je l'ai regardé et bon, je suis moins dur sur le début que vous mais après la chute (jeu de mot facile) de la première partie suivie de la minute accélérée, c'est le désert de Gobi et pire, une nouvelle vision de l'histoire mais en plus chiante.

Momo
21/04/2020 à 21:28

Pourquoi faire une mauvaise critique pour moi en temps de confinement il est bon de rire et moi j ai bien rigolé alors merci aux acteurs et actrices

Dudu
21/04/2020 à 18:03

J'ai apprécié les répliques pendant les 15 premières min , ensuite on s'endort, c'est d'une longueur ... bref, à oublier ! Dommage.

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