Séries

Marianne : critique du fou, du traquenard et de la Beleth

Par Simon Riaux
18 septembre 2019
MAJ : 6 mars 2023
17 commentaires

Le cinéma de genre français a bien du mal à trouver des producteurs, et galère sévèrement à frayer son chemin jusqu’au public et à bénéficier d’une distribution digne de ce nom. Dans ce contexte, les séries fantastiques font figure d’espèces menacées (malgré une renaissance qualitative de production hexagonale au cours de la dernière décennie). Ainsi, quand se profile Marianne et son envahissante sorcière, c’est avec curiosité et appréhension qu’on guette l’oiseau rare.

affiche finale

MORT DANS L’ÂME

Samuel Bodin est le créateur de Lazy Company et Tank, deux des expérimentations parmi les plus divertissantes et ludiques de la création audiovisuelle française. C’est à nouveau à la tête d’une série que nous le retrouvons, cette fois sous la bannière de Netflix. Il nous place dans les pas d’Emma, romancière spécialisée dans l’horreur pour ado. Lorsqu’elle décide de mettre fin aux aventures surnaturelles de son héroïne Lizzie Lark, une série d’évènements atroces la contraint à retourner à Elden, village natal de Bretagne à l’origine des cauchemars qu’elle couche sur le papier. Cauchemars sur le point de prendre vie.

Trauma enfoui dans le passé, folklore régional, sorcellerie et autres démons ou drame adolescent… Comme il l’a toujours fait, le scénariste, également metteur en scène, se plaît à marier les tonalités et les genres. Quitte à risquer le divorce. En effet, malgré d’évidentes qualités, les premiers pas de Marianne inquiètent et rappellent les pires heures des productions hexagonales estampillées Netflix. Un peu comme si le chouchen breton s’imaginait des relents de Pastis made in Marseille.

 

photo, Lucie BoujenahLa famille, c’est compliqué

 

Dialogues outrés, comédiens en surrégime peinant à incarner des personnages aux traits de caractère grossiers, rebondissements mécaniques, on comprend mal où est passée l’élégance méta de Lazy Company, le sens de l’impact de Tank. Certes, le récit a le bon goût d’entrer rapidement dans le vif du sujet très rapidement, enchaînant dès son pilote les morceaux de bravoure horrifique. Mais cette générosité ne va pas sans un foutoir souvent indigeste. L’univers obéit à des règles trop opaques, aux références trop écrasantes, et on a alors bien du mal à comprendre pourquoi les personnages manquent tant d’épaisseur. Bref, les deux premiers chapitres de Marianne font redouter le pire.

Plus inquiétant, au-delà de l’anarchie qui semble présider à la narration lorsque débute l’aventure, les dialogues s’avèrent fréquemment sur-écrits, sur-signifiants, comme si venait se greffer à chaque échange une poignée de tirades ou répliques inutiles, soulignant vainement les intentions de l’auteur. Et si ce problème ne se résorbe jamais totalement, le show va progressivement renaître, retrouver des couleurs et transformer ses ruptures de ton parfois embarrassantes en une plaisante signature.

 

photoLa série réserve son lot d’images marquantes

 

PROJET BIGOUDEN WITCH

Mais dès l’épisode 4, on commence à entrevoir la direction funambule qu’a souhaité emprunter Bodin, à savoir un mélange presque kamikaze de mise en abime tel que le proposait L’Antre de la folie, établissant une mythologie suffisamment riche pour être traité à la manière d’une boule à facette monstrueuse, sans jamais interdire l’humour, ni un amour évident pour la culture pulp et ses outrances.

Ainsi, l’intrigue est capable d’alterner au sein d’une même séquence entre la bouffonnerie d’un inspecteur aux fraises (Alban Lenoir), la présence pointilliste et organique de Marianne, des visions gothiques étonnantes et une multitude d’hommages à tout ce que le fantastique a pu proposer à la pop culture contemporaine.

 

photoInpecteur Labavure ?

 

Progressivement, ce mélange prend forme et devient cohérent, au fur et à mesure que les protagonistes gagnent en humanité. Puis, l’épisode 5 agit sur la série à la manière d’un antidote. Long flash-back consacré aux évènements qui scellèrent le destin de nos héros 15 ans avant le début de l’action, il redonne sens à tout ce qui a précédé et offre enfin à l’ensemble une véritable assise émotionnelle. Les archétypes se nuancent, leurs colères prennent sens, à tel point qu’on se demande si le show n’aurait pas dû commencer par là.

À tout le moins, la bascule opérée par ce chapitre rappelle s’il en était besoin que Netflix a tendance à bien trop étirer ses récits, tant il paraît clair que Marianne eut bénéficié d’un format plus resserré (son ton aurait pu coller idéalement à des chapitres d’une trentaine de minutes maximum), voire à un long-métrage rempli à ras bord.

 

photo, Victoire Du BoisEmma, interprétée par Victoire Du Bois

 

SEASON OF THE WITCH

Toujours est-il que les quatre derniers épisodes s’avèrent une impressionnante réussite. Les frissons se muent en angoisse irrépressible, et si Samuel Bodin use toujours de jumpscares, il les dose de mieux en mieux, et parvient à générer de formidables chapes d’angoisse. La série multiplie alors les trouvailles plastiques, transformant ici une peluche de singe en vecteur d’horreur, là une salle de classe en mariage inattendu entre le vertige de Silent Hill et la grandiloquence d’Argento.

Dès lors, plus rien n’arrête la série, qui peut enchaîner les scènes ultra-maîtrisées et les approches charnelles de l’Europe.

 

photo, Victoire Du Bois, Lucie Boujenah Lucie Boujenah et Victoire Du Bois

 

On appréciera particulièrement la frontalité de la construction de la trouille. La caméra s’attache à la chair, aux textures, faisant se répondre ici une réplique, là une prophétie, ici un gri-gri de chair, cheveux et sang.

Composite et généreux, le scénario enthousiasme jusqu’à son ultime épisode, peut-être le plus solide de tous, où s’accomplit totalement la merveilleuse malédiction de Marianne : celle d’aboutir à un fantastique moderne, franc du collier et efficace, capable de puiser dans l’âme du folklore français, comme dans les classiques de l’horreur anglo-saxonne. Et le spectateur de se surprendre à scruter les falaises d’Elden redoutant d’y croiser l’Ankou, ou quelque monstruosité pire encore, affamée et vicieuse.

Marianne est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 13 septembre.

 

affiche finale

 

Rédacteurs :
Résumé

Après deux épisodes franchement embarrassants, Marianne renaît de ses cendres et s'apprécie pour ce qu'elle est : une série généreuse, admirablement bien mise en scène quand il s'agit d'agencer l'horreur, attachante quand elle sonde ses personnages. 

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BeauJuif

J’ai pas Netflix moi

Quisquose

#kenshiro tu as raison, ton français est très mauvais.

Fab

J ai bien bien-aimé mais je trouve que les acteurs n n’articulent pas bien….

Factorie

Même si oui, les acteurs ne jouent pas toujours juste, je pense vraiment que la série proposent des idées intéressantes a défaut d’être originales. C’est vrai que c’est un peu noyée dans un flot de citations, mention quand même à la citation visuelle d’un plan iconique de l’Exorciste III , il fallait oser la refaire dans ce contexte . Je confirme aussi que la toute fin avec le » Monde de Marianne » et ses paysages de falaises perdues, améne une autre profondeur et permet d’incarner le monstre d’une façon a la fois plus humaine et plus effrayante…

Ankytos

Je n’ai pour l’instant vu que 3 épisodes (donc apparemment ce qu’il y a de moins bon, si j’en crois ce que je lis ici) et c’est pas mal du tout.
Il y a un ton personnel (ce que j’apprécie) et des vrais moments efficaces en matière de flippe ou de malaise. Les thèmes ne sont pas tellement plus recyclés ou communs qu’ailleurs.
On peut ne pas adhérer mais, alors que les français font rarement les choses bien en la matière et que cela m’agace régulièrement, je ne vais certainement pas bouder ce travail qui fait preuve de sérieux et de talent. Je suis donc impatient de voir la suite.