Marianne : critique du fou, du traquenard et de la Beleth

Simon Riaux | 18 septembre 2019 - MAJ : 19/09/2019 12:20
Simon Riaux | 18 septembre 2019 - MAJ : 19/09/2019 12:20

Le cinéma de genre français a bien du mal à trouver des producteurs, et galère sévèrement à frayer son chemin jusqu'au public et à bénéficier d'une distribution digne de ce nom. Dans ce contexte, les séries fantastiques font figure d'espèces menacées (malgré une renaissance qualitative de production hexagonale au cours de la dernière décennie). Ainsi, quand se profile Marianne et son envahissante sorcière, c'est avec curiosité et appréhension qu'on guette l'oiseau rare.

MORT DANS L'ÂME

Samuel Bodin est le créateur de Lazy Company et Tank, deux des expérimentations parmi les plus divertissantes et ludiques de la création audiovisuelle française. C’est à nouveau à la tête d’une série que nous le retrouvons, cette fois sous la bannière de Netflix. Il nous place dans les pas d’Emma, romancière spécialisée dans l’horreur pour ado. Lorsqu’elle décide de mettre fin aux aventures surnaturelles de son héroïne Lizzie Lark, une série d’évènements atroces la contraint à retourner à Elden, village natal de Bretagne à l’origine des cauchemars qu’elle couche sur le papier. Cauchemars sur le point de prendre vie.

Trauma enfoui dans le passé, folklore régional, sorcellerie et autres démons ou drame adolescent… Comme il l’a toujours fait, le scénariste, également metteur en scène, se plaît à marier les tonalités et les genres. Quitte à risquer le divorce. En effet, malgré d’évidentes qualités, les premiers pas de Marianne inquiètent et rappellent les pires heures des productions hexagonales estampillées Netflix. Un peu comme si le chouchen breton s’imaginait des relents de Pastis made in Marseille.

 

photo, Lucie BoujenahLa famille, c'est compliqué

 

Dialogues outrés, comédiens en surrégime peinant à incarner des personnages aux traits de caractère grossiers, rebondissements mécaniques, on comprend mal où est passée l’élégance méta de Lazy Company, le sens de l’impact de Tank. Certes, le récit a le bon goût d’entrer rapidement dans le vif du sujet très rapidement, enchaînant dès son pilote les morceaux de bravoure horrifique. Mais cette générosité ne va pas sans un foutoir souvent indigeste. L'univers obéit à des règles trop opaques, aux références trop écrasantes, et on a alors bien du mal à comprendre pourquoi les personnages manquent tant d'épaisseur. Bref, les deux premiers chapitres de Marianne font redouter le pire.

Plus inquiétant, au-delà de l'anarchie qui semble présider à la narration lorsque débute l'aventure, les dialogues s'avèrent fréquemment sur-écrits, sur-signifiants, comme si venait se greffer à chaque échange une poignée de tirades ou répliques inutiles, soulignant vainement les intentions de l'auteur. Et si ce problème ne se résorbe jamais totalement, le show va progressivement renaître, retrouver des couleurs et transformer ses ruptures de ton parfois embarrassantes en une plaisante signature.

 

photoLa série réserve son lot d'images marquantes

 

PROJET BIGOUDEN WITCH

Mais dès l'épisode 4, on commence à entrevoir la direction funambule qu'a souhaité emprunter Bodin, à savoir un mélange presque kamikaze de mise en abime tel que le proposait L'Antre de la folie, établissant une mythologie suffisamment riche pour être traité à la manière d'une boule à facette monstrueuse, sans jamais interdire l'humour, ni un amour évident pour la culture pulp et ses outrances.

Ainsi, l'intrigue est capable d'alterner au sein d'une même séquence entre la bouffonnerie d'un inspecteur aux fraises (Alban Lenoir), la présence pointilliste et organique de Marianne, des visions gothiques étonnantes et une multitude d'hommages à tout ce que le fantastique a pu proposer à la pop culture contemporaine.

 

photoInpecteur Labavure ?

 

Progressivement, ce mélange prend forme et devient cohérent, au fur et à mesure que les protagonistes gagnent en humanité. Puis, l'épisode 5 agit sur la série à la manière d'un antidote. Long flash-back consacré aux évènements qui scellèrent le destin de nos héros 15 ans avant le début de l'action, il redonne sens à tout ce qui a précédé et offre enfin à l'ensemble une véritable assise émotionnelle. Les archétypes se nuancent, leurs colères prennent sens, à tel point qu'on se demande si le show n'aurait pas dû commencer par là.

À tout le moins, la bascule opérée par ce chapitre rappelle s'il en était besoin que Netflix a tendance à bien trop étirer ses récits, tant il paraît clair que Marianne eut bénéficié d'un format plus resserré (son ton aurait pu coller idéalement à des chapitres d'une trentaine de minutes maximum), voire à un long-métrage rempli à ras bord.

 

photo, Victoire Du BoisEmma, interprétée par Victoire Du Bois

 

SEASON OF THE WITCH

Toujours est-il que les quatre derniers épisodes s'avèrent une impressionnante réussite. Les frissons se muent en angoisse irrépressible, et si Samuel Bodin use toujours de jumpscares, il les dose de mieux en mieux, et parvient à générer de formidables chapes d'angoisse. La série multiplie alors les trouvailles plastiques, transformant ici une peluche de singe en vecteur d'horreur, là une salle de classe en mariage inattendu entre le vertige de Silent Hill et la grandiloquence d'Argento.

Dès lors, plus rien n'arrête la série, qui peut enchaîner les scènes ultra-maîtrisées et les approches charnelles de l'Europe.

 

photo, Victoire Du Bois, Lucie Boujenah Lucie Boujenah et Victoire Du Bois

 

On appréciera particulièrement la frontalité de la construction de la trouille. La caméra s'attache à la chair, aux textures, faisant se répondre ici une réplique, là une prophétie, ici un gri-gri de chair, cheveux et sang.

Composite et généreux, le scénario enthousiasme jusqu'à son ultime épisode, peut-être le plus solide de tous, où s'accomplit totalement la merveilleuse malédiction de Marianne : celle d'aboutir à un fantastique moderne, franc du collier et efficace, capable de puiser dans l'âme du folklore français, comme dans les classiques de l'horreur anglo-saxonne. Et le spectateur de se surprendre à scruter les falaises d'Elden redoutant d'y croiser l'Ankou, ou quelque monstruosité pire encore, affamée et vicieuse.

Marianne est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 13 septembre.

 

affiche finale

 

Résumé

Après deux épisodes franchement embarrassants, Marianne renaît de ses cendres et s'apprécie pour ce qu'elle est : une série généreuse, admirablement bien mise en scène quand il s'agit d'agencer l'horreur, attachante quand elle sonde ses personnages. 

Lecteurs

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commentaires

BeauJuif
30/09/2019 à 15:49

J'ai pas Netflix moi

Quisquose
24/09/2019 à 22:14

#kenshiro tu as raison, ton français est très mauvais.

Fab
20/09/2019 à 18:03

J ai bien bien-aimé mais je trouve que les acteurs n n'articulent pas bien....

Factorie
20/09/2019 à 16:41

Même si oui, les acteurs ne jouent pas toujours juste, je pense vraiment que la série proposent des idées intéressantes a défaut d'être originales. C'est vrai que c'est un peu noyée dans un flot de citations, mention quand même à la citation visuelle d'un plan iconique de l'Exorciste III , il fallait oser la refaire dans ce contexte . Je confirme aussi que la toute fin avec le" Monde de Marianne" et ses paysages de falaises perdues, améne une autre profondeur et permet d'incarner le monstre d'une façon a la fois plus humaine et plus effrayante...

Ankytos
20/09/2019 à 11:00

Je n'ai pour l'instant vu que 3 épisodes (donc apparemment ce qu'il y a de moins bon, si j'en crois ce que je lis ici) et c'est pas mal du tout.
Il y a un ton personnel (ce que j'apprécie) et des vrais moments efficaces en matière de flippe ou de malaise. Les thèmes ne sont pas tellement plus recyclés ou communs qu'ailleurs.
On peut ne pas adhérer mais, alors que les français font rarement les choses bien en la matière et que cela m'agace régulièrement, je ne vais certainement pas bouder ce travail qui fait preuve de sérieux et de talent. Je suis donc impatient de voir la suite.

Edenever
19/09/2019 à 22:18

Ça reste une série française c’est à dire au rabais quelques trouvailles repompées sur d’autres films peu d’originalité et le scénario a de gros problemes d’incohérence les acteurs jouent mal on passe de scènes pesantes à une espèce d’humour de pilier de bar qui annihile la mince frayeur qu’on pouvait avoir au niveau psycho les personnages ont des réactions debiles et c’est très caricatural le flic moche qui écoute la musique folklo le curé qui se traîne par terre le mec qui rentre à la fenêtre trop évident que ce n’edt Pas lui juste un démon qui vient l’engrosser On tombe dans le grand-guignolesque qui reprend tous les clichés et en fait une série regardable par instant mais qui reste quand même bien naze

Sammaan
19/09/2019 à 10:53

Je suis partiellement d'accord avec votre critique; autant il est vrai que les choses s'améliorent au fur et à mesure, ça n'empêche que le fait que le flash-back naît pas servi d'exposition dès le départ est symptomatique d'une série qui accumule les mauvais choix. Il suffit de constater que le jeu des jeunes acteurs de l'épisode 5 est incomparable au reste du casting malgré, certes, une légère amélioration vers la fin (mais bon on passe d'un 2/10 à un 6/10 en termes de jeu), pour se rendre compte que la série pâtit d'un manque de justesse qui lui est presque fatale.
Heureusement que la mise en scène est souvent très efficace. Faut l'avouer : j'ai eu de vrais frissons, de la vraie chair de poule, à de nombreuses reprises. Et ça, ça s'applaudit car c'est impressionnant de réussir à faire vraiment peur en recyclant tous les bons vœux codes de l'horreur.
Mais là où mon avis diverge le plus avec celui d'Écran Large, c'est que la fin est, eh bien, à mon goût, bien ratée. Autant l'histoire ça va (j'apprécie qu'on aille au bout d'une démarche), mais la peur s'est évaporée: pas un frisson, pas de chair de poule, et une actrice toujours aussi fausse. Dommage, mais bon: telle son héroïne, cette série est sacrément attachiante et j'ai tout de même (un peu) hâte de voir une deuxième saison.

Jr
19/09/2019 à 09:02

Oui, c’est une série dont il convient de savoir passer le premier cap, laisser de côté l’aspect surjoué qui sied son volet humoristique mais annule la puissance de son horreur.

Le ton finalement désinvolte devient une force qui autorise à peu près tout. Quant aux personnages, plutôt antipathique au premier abord, s’ils nous éloignent du récit dès son prologue, ils finissent par trouver une nuance et substance rassurante qui fait que la série monte en puissance et offre de vrais morceaux de bravoure à mesure que les enjeux se mettent en place. Avec ce soulagement de voir disparaître peu à peu la mécanique du jumpscare pour trouver une forme d’horreur plus viscérale et élégante, offrant une conclusion habile, comme une belle ouverture vers un inconnu.

Je partais dessus avec répulsion, j’ai tenu et bien m’en a pris, car le voyage valait vraiment le détour.

prof west
19/09/2019 à 07:35

kenshiro

idem vu le premier je me suis dit aller on tente mais comme dit c'est très mauvais mal joué pas envie d'aller plus loin aucun intéret pour les fans du genre ya mieux quand meme en us.

sandwill
19/09/2019 à 05:45

vu....et franchement les idées sont peut-être prises par-ci et par-là mais à aucun moment c'est du plagiat....ensuite on ne peut pas en vouloir à l'auteur si ça pop culture dicte sa façon d'écrire et de réaliser....J'ai passé un bon moment .

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