Masala & Co : Chronique de la planète India n°1

Marjolaine Gout | 15 février 2010
Marjolaine Gout | 15 février 2010

 

 

Oye ! Oye ! Uppar Kya Hai ! Des plateaux de tournage de Kodambakkam aux studios implantés à la lisière des champs de papavéracées voici la chronique qui fait frémir les moustaches les plus revêches, tétaniser les bracelets de chevilles les plus retors et tressauter de joie bindis et burkas de toutes confessions. Vous venez d'alunir à l'heure des masalas, des filmis, des khans et des nehiiiiiiiiiii. Bienvenue sur la planète du cinéma indien !

 

Sommaire

Retour sur l'année 2009

                                                     - La production Hindi

                                                     - La production Tamoule & co

                                                     - La Burka Power

                                                    - Top 10 des meilleurs films

Retour vers le futur : 2010

                                                    - Prévisions : Les 10 films à suivre

Les sorties du mois

 

Pour ce numéro 1, un sommaire était nécessaire, mais promis le n°2 aura des airs de post-it !

Avant de décoller, un petit rappel s'impose. Pour la plupart, l'ensemble du cinéma indien fait référence à tort, soit à Satyajit Ray ou plus particulièrement à Bollywood, terme vulgarisé, qui désigne, en fait, la branche commerciale du cinéma hindi. Or, en Inde, si on trouve une abondance de langues et dialectes, la conception du cinéma est semblable et plurielle. Bengali, Marathi, Tamoul ou Telugu, on décèle une liste interminable défiant le bottin.

Ces cinémas indiens, disparates et spécifiques, déterminés par les états et leurs langues, se démarquent par leur culture et leur histoire. Ils se dispatchent ainsi majoritairement entre les studios de Mumbai (capitale du cinéma hindi) et Chennai sans compter ceux de Calcutta & co. Les films avec des danses dans les montagnes tyroliennes sont donc loin d'être légion !

Au final, c'est comme si la France comptait un cinéma en langue française, situé à Paris, un cinéma breton en Bretagne et des cinémas, corse, vivaro-alpin, provençal et basque implantés à Marseille. Même si on a eu des tentatives avec le ch'ti et le créole, ça laisse rêveur !

 

Vérifiez maintenant que le dossier de votre siège est couché, que votre ceinture est détachée, nous décollons! AYOOOOOOOOOOOOooooooo !

 

 

Retour sur l'année 2009

 

2009 aura été une année mouvementée. A Mumbai, d'avril à juin, producteurs et exploitants se sont dézingués à coup de bobines de films dans une grève coriace. Preity Zinta a, quant à elle, déserté les plateaux de tournage pour le gazon exaltant des stades de cricket. La dernière réalisation de Mani Ratnam, avec les Bachchans, a tourné à un cache-cache improvisé et forcé dans la jungle du Kerala ... un figurant aux longues incisives (aka La terreur d'Athirapilly ou l'éléphant fou) a été sujet à une « nerrvouse brèque-daune ». A des kilomètres de là, dans le Karnataka, le projet d'ériger une statue de Charlie Chaplin de 67 pieds, pour les besoins d'un film kannada, faisait déjà grincer une symphonie de machettes et de cimeterres. Puis, la fameuse grippe A réussit à faire des ravages en bouclant temporairement des complexes de cinéma. Mais, à ce jeu-là, le virus fut taloché par le calendrier astrologique de Rani Mukherjee, repoussant par sa seule aura la date de sortie de son film Dil Bole Hadippa !.

Ainsi, en coulisse, l'année 2009 avait tous les attributs du village gaulois, avec zizanie à tous les étages. Mais, en filigrane de ce chaos inhérent, rigueur et ordre subsistèrent bel et bien. Les sorties des films, bien que secouées, eurent lieu, cachant derrière une production pharaonique un panel d'œuvres fécondes.

 

 

La moisson cinématographique de 2009, nous a réservé moult surprises. Moult ! Certes, mais ne nous emballons pas. Globalement, l'année reste malgré tout décevante. Car, il aura fallu affronter une giboulée de comédies potaches, de piètres productions, un excès de mauvais scénarios et de caméras débullées, des masalas indigestes et des chefs d'œuvre annoncés qui se révélèrent être des bouillabaisses innommables. Ainsi pour ceux qui seraient tenté par le millésime 2009 d'Akshay Kumar, faites une croix dessus. C'est à croire qu'il a reçu un envoûtement le condamnant à une flopée de piquettes ! Dans la lignée, Quick Gun Murugan est le supplice à conjurer. Et pourtant, sur le papier, le concept était plus qu'original. C'est sûr qu'une parodie d'un western pastichant les séries B tamoules, fallait oser ! Mais, au final, le combat du cowboy végétarien face à l'axe du mal (la restauration rapide) mérite une salve de coup de lathi.

Ainsi, après avoir passé ces obstacles, on a pu découvrir...enfin... une vague de création avant-gardiste et audacieuse venue notamment du cinéma hindi et un retour en puissance de l'intérêt du réalisme, voire naturalisme, dans le cinéma tamoul.

 

 

La production hindi de 2009

 

Cette année, si la météorite 3 idiots, a pulvérisé tout sur son passage (y compris les schtroumpfs de James Cameron), un florilège de genres disparates s'est abattu sur les salles.

On aura ainsi eu notre lot de films sur le terrorisme avec le bon thriller Kurbaan et le drame titanesque New York,  de l'horreur avec 13 B aka Yavarum Nalam (qui aura eu le droit à deux versions avec actrices interchangeables pour la version hindi et tamoule), des comédies offbeat tels que l'improbable mockumentary The President is coming, 99 et son duo de Laurel et Hardy (Kunal Khemu et Cyrus Broacha) ou encore le déjanté Aagey Se Right. (Les aventures d'un « inspecteur gadget » inspiré d'un personnage de BD, Shikari Shambu, qui court ici après son pistolet « égaré »). Little Zizou, un Wes Anderson parsi, aux sonorités gujarati, intéressant mais néanmoins raté, nous révèle tout de même un auteur : Sooni Taraporevala. Sachant qu'elle est longtemps restée dans les jupons de Mira Nair, on comprend que le talent ait déteint.

La comédie Dil Bole Hadippa !, présentant certes son baluchon d'imperfections, nous offre une incroyable Rani Mukherjee. Métamorphosée en une réplique de « Turbanator » (ou Harbhajan Singh) elle se grime ainsi en sardar (sikh) pour pouvoir intégrer une équipe de cricket. Si ce remake de She's the man reste rudimentaire, il colporte néanmoins un message primordial sur le statut des femmes en Inde et inclut les fourberies de notre reine de la pasquinade.

 

 

Dans la veine des films à performances, Priyanka Chopra a pulvérisé le record détenu par Kamal Hassan en incarnant 12 rôles, dont celui d'une adolescente de 15 ans, dans la comédie romantique d'Ashutosh Gowariker : What's Your Raashee ?. Mais au final, Amitabh Bachchan, le pape du cinéma hindi, la détrône en jouant un enfant de 12 ans dans Paa. Rappelons qu'Amitabh possède déjà à son compteur un kilométrage d'années assez élevé.

Si on a donc été servi en thrillers, comédies et avec le kit de romance Love Aaj Kal, c'est du côté des films ciblés pour un public jeune que se trouvaient des réalisations novatrices.

 

 

En grand seigneur Anurag Kashyap a réussi à nous blinder avec deux œuvres polémiques : Gulaal et Dev D. Si l'une traite de politique, avec son Dev D halluciné, il nous revisite Devdas à la sauce contemporaine et en mode trash. A noter que Kalki Koechlin, une actrice française, élevée au Tamil Nadu, joue le rôle de Chanda (Chandramukhi). Dans un autre registre, calqué sur Dil Chahta Hai, mais loin de la trempe du film de Farhan Akhtar, Wake Up Sid dresse un portrait de la jeunesse indienne et de son passage à l'âge adulte. Mais les grandes surprises de cette année restent l'ébouriffant Kaminey, le curieux Rocket Singh ou encore le poétique Delhi-6 et bien d'autres que nous aborderons plus en détail dans la catégorie des meilleurs films de 2009.

Ainsi, si le cinéma hindi nous a donné une masse de films, soignant parfois davantage sa photographie et son matraquage marketing au détriment du scénario ou de la réalisation une constance émerge. La critique sociale revient inlassablement dans ces films et une volonté de transporter le cinéma hindi vers de nouveaux horizons s'affirme davantage.

 

 

La production tamoule et survol des autres cinémas

 

Au pays des masalas saignants, rythmés par des dappas (danses exutoires) endiablés, où les acteurs ont des semblants de luchador avec des sobriquets tels que « Superstar »...un revival pour le réalisme a gagné les cinéastes et conquis les spectateurs. Ainsi, des films comme le violent Renigunta ou Naadodigal ont réussi à rallier la foule face aux productions testostéronées et accablantes.

Cette année, en dehors des films ratés du bataillon des Dhanush, Surya, Vikram, Vijay et consorts, on aura eu des films percutants à l'instar du sublime Kanchivaram ou de l'effroyable mais incontournable Naan Kadavul. Bien entendu, les inévitables remakes étaient de mise avec Yogi (Tsotsi) ou Kanden Kadhalai (Jab We Met) et puis dans un concept proche de la guerre des boutons, Pasanga narrait avec originalité la confrontation d'une petite frappe du cours élémentaire et du premier de la classe, le tout assaisonnée de la touche masala.  Un bon film avec certes quelques faiblesses et malheureusement parsemées de quelques entraves culturelles pour un public occidental.

 

 

Mais l'ovni de l'année revient à Naadodigal et ses chasses à l'homme infernales pour sa distribution improbable. En effet, une de ses actrices principales, Abhinaya est sourde et muette, mais grâce à la magie du 7ème art, elle acquiert le don de la parole. Le mime Marceau a trouvé sa relève !

En Andhra Pradesh, la réincarnation connaissait ses beaux jours avec Arundhathi et Magadheera, intronisant le fiston de la megastar Chiranjeevi, Ram Charan Teja (Chiruta). Ram Charan Teja qui semble avec son cousin Allu Arjun assurer la succession de leurs lignages légendaires dans la grande famille du cinéma telugu. En terres malayalam, un film historique, Pazhassi Raja, a supplanté les autres en relatant des hauts faits du lion du Kerala, un prince révolutionnaire (qu'on peut imaginer à l'image d'un Danton moustachu incorruptible). Quant au cinéma marathi, il narrait des problèmes inhérents de la population à l'instar du poignant Gabhricha Paus traitant du quotidien et du suicide des agriculteurs indiens.

 

 

Le phénomène 2009 : La Burka Power !

Si actuellement, la burka est au cœur du débat politique en France, elle reste vitale en Inde. Moins saillante que le churidar ou salwar kameez, elle reste le vêtement idéal pour arpenter rue et cinéma sans être reconnue. La burka se transforme en une cape d'invisibilité permettant aux célébrités de passer partout incognito. Ben ouais fallait y penser, face aux paparazzis et aux fans déchaînés, Britney Spears & Co devraient penser à investir ! Mais, surtout, la burka reste l'accessoire par excellence dans le cinéma indien. On se rappellera du Bombay de Mani Ratnam et de la beauté de l'illustration calligraphique des burkas sous sa caméra. Habit servant magistralement les récits, de la romance au thriller, créant du suspense ou des situations comiques, la burka a été au cœur des films cette année. Dans Sikandar, elle permettait à un personnage de fuir les forces armées et dans Pokkisham, elle dénonçait de manière poétique et contestataire le servage, l'oppresion d'une femme. Mais avant tout, la burka est devenue un élément comique. La comédie Ajab  Prem Ki Ghazab Kahani se l'est certes appropriée mais c'est Aagey Se Right qui s'en empare avec faste. Ainsi dans Aagey se right, deux hommes cachés sous des burkas (colorées pour le coup) voltigent à la matrix en se mitraillant mutuellement. Fallait oser !!! La comédie a trouvé un nouveau ressort...phénomène de mode ou non l'avenir nous le dira.

 

 

TOP 10 des meilleurs films 2009

 1. Kaminey [Hindi]

Une bribe de Quentin Tarantino plus une miette de Guy Ritchie parfait d'une lampée des frères Coen  pourrait définir la nouvelle merveille de Vishal Bhardwaj (Omkara, Maqbool). Compositeur, scénariste et réalisateur, il nous a fignolé ce coup-ci un néo-noir relevé, incisif bâti dans les canons du ciné hindi. Kaminey traduit « les crapules »ou « vauriens » nous achemine dans une course poursuite haletante semée de schnouf, parabellum et quibus.

Avec un Shahid Kapoor métamorpho[f]é en jumeaux que tous oppo[f]ent excepté une élo[f]ution défaillante (mais différente), Vishal Bhardwaj crée un jargon, une e[f]thétique et une narration originale. Il dépou[ff]ière une nouvelle fois les dédales des films criminels (gang[f]ters, pour[f]uites...) en les détournant et en y mêlant la touche masala : action, comédie, drame et romance...et bien entendu le tout ficeler avec son ballot de chan[f]ons et dan[f]es. Le film à ne pas louper [f]ette année et à [f]e pro[f]urer de [f]uite chez [f]on bookmaker ou chez [f]on voi[f]in le plus proche !!!

Pour la petite anecdote, le langage des F, soit le remplacement des F par les S, (le problème d'élocution du jumeau Charlie dans le film), fait fureur depuis la sortie de Kaminey chez les jeunes en Inde et notamment dans les facs.

 

 2. Rocket Singh : salesman of the year [Hindi]

Le rafraîchissement de 2009. Qui aurait cru qu'un jour un film hindi traiterait d'un jeune diplômé idéaliste tentant de devenir un vendeur et tout cela sans l'ombre planante d'un mariage ! Ranbir Kapoor qui jusqu'alors n'était guère convaincant, hormis dans Wake Up Sid, réussit à incarner avec justesse un honnête sardar, duplicata à s'y méprendre des personnages intègres de James Stewart. Shimit Amin nous saisit avec une intrigue simple et originale dans une arnaque, façon matriochka, au sein d'une entreprise de vente d'ordinateur. Notre héros, fervent défenseur du respect, de l'éthique, mal mené et ébranlé dans un milieu corrompu jusqu'à la moëlle, décide de créer une « société écran » au sein de son lieu de travail.

Un film audacieux, qui, en temps de crise, donnera sûrement des idées à certains cols blancs et bleus.

 

 3. 3 idiots [Hindi]

« All Izz Well » Tout va plus que bien pour 3 idiots ! C'est même l'aérolithe, le carton, le All Time Blockbuster de cette année en Inde. Même les Na'vis de James Cameron ne sont pas parvenus à déloger cette comédie du sommet du box-office indien. Le retour du casting de Rang de Basanti et du mage Rajkumar Hirani, accessoirement réalisateur et connu comme  créateur de la franchise culte des Munna Bhai (dont il reprend ici la formule) a dégommé l'ensemble de la production cinématographique indienne de 2009.

Le Cercle des poètes disparus rencontre Munna Bhai pourrait être le pitch de 3 idiots. Une comédie humaine se déroulant à la fois dans le présent et le passé où dix ans après deux amis tentent de retrouver la trace de leur camarade de fac. Débute, alors, d'incessants flash-back, nous propulsant à l'époque où les trois amis étudiaient à l'université. Si le début du film n'est guère convaincant et que pour certains, l'aventure sera constellée d'une suite de gags tirant sur la bribe du grotesque et des émotions, je confesse que 3 idiots fonctionne à merveille. 

Adaptation lointaine du Five point someone de Chetan Bhagat, ce divertissement rassemble, bouleverse et amuse tout en pointant les oursins du système éducatif et de la société.

3 idiots se base ainsi sur le mécanisme éducatif indien, extrêmement bridé, où l'apprentissage à la baguette ne laisse aucune place aux étudiants pour s'exprimer et former leurs pensées. Les notes et la compétition sont reines dans un pays qui pousse ses ouailles à la déroute, voire au suicide face à l'échec.  Les yeux écarquillés, Aamir Khan excelle une nouvelle fois et incarne le camarade de classe perdu de vue, un génie, un catalyseur, déclencheur de l'histoire. Grâce à son personnage, les failles de la société éclatent. Il porte le message social de ce film touchant où tout n'est question que d'ouverture d'esprit, de choix, de décisions...en bref de libre arbitre.

Si le film est un très bon cocktail, flambant de trouvailles hilarantes, de chorégraphies originales, Rajkumar Hirani est loin de nous rendre une copie parfaite. Les effets comiques ne sont pas tous réussis. Notamment, les bruitages soulignent  davantage la maladresse et la lourdesse des gags. (Malheureusement, cela reste une des particularités tenace des comédies hindi).  

Globalement, un très bon divertissement avec un soupçon de drame qui risque de conquérir sous peu les écrans étrangers avec un montage spécialement formaté pour occidentaux.

 

 4. Delhi-6 [Hindi]

Fable poétique ou flânerie sociale Delhi-6 est assurément caustique.  Roshan, un américain d'origine indienne, accompagne sa grand-mère souffrante sur sa terre natale, l'Inde. Il y découvre toutes les facettes du pays. Les splendeurs comme les dissensions. On est ainsi transporté dans un voyage « initiatique » au cœur de l'Inde avec ses croyances, ses traditions, ses paysages, ses castes, ses tensions religieuses, sa corruption... Le bourdonnement et la sérénité de Delhi y sont capturés à merveille tant dans les plans que dans la somptueuse et palpitante bande-son d'A.R.Rahman.

Rakeysh Omprakash Mehra nous embarque à contretemps dans ce qui ressemble a fortiori à une mélopée. A s'y méprendre, Delhi-6 a tout d'une longue et interminable berceuse, or Mehra nous crée un contrepoint où se superposent les récits. Certes, le rythme est haché et lambine, mais le traitement du sujet est remarquable. Entre onirisme et réalisme, il n'y a qu'un pas. Dans un monde où les êtres s'entraident, puis se déchirent, le seul à être raisonné, est finalement le fou qui déambule dans les ruelles de la vieille ville et expose au quidam leur reflet dans son miroir. La véritable folie contamine ici le peuple par le biais d'une métaphore surprenante. Déguisé sous le symbolique « Kalaa Bandar » ou « singe noir » qui tourmente la ville, celui-ci devient le coupable, la victime expiatoire des maux d'une communauté qui s'entre-déchire.

Un film envoûtant à contempler et à méditer.  

 

 5. Siddharth The Prisoner [Hindi]

Voici un petit film qui n'a a priori rien d'original. L'histoire d'un prisonnier fraîchement « décarcéré » qui échange par mégarde sa mallette comprenant son œuvre : le roman d'une vie contre un attaché-case plein de liasses de billets.

Un long-métrage mené avec une vénusté incomparable dans sa réalisation dépouillée. La brillante musique de Sagar Desai, proche du style de Yann Tiersen, parachève l'atmosphère du film et élève ce film au rang de petite merveille Dans cette intrigue tourmentée, les acteurs nous absorbent dans une quête sur la renonciation du désir. Siddharth the prisoner peut se gargariser de nous présenter une vision originale de la liberté qui n'est point celle que l'on pourrait concevoir  à la lecture du titre du film. Pryas Gupta, le réalisateur et Sagar Desai, le compositeur deux noms à retenir et à suivre.

 

 6. Billu (Barber) [Hindi]

Une comédie rurale comme sait si bien les orchestrer Priyadarshan. Ce remake du film malayalam, Kadha Parayumol, est passé avant sa sortie par la case « shampouinage ». En effet, la caste des barbiers en Inde, peu contente du titre du film et pensant être ridiculisée, le titre a été tronqué. Au final, nul tailleur de barbes n'a été blessé durant ou après le tournage.

On retrouve Irfan Khan, Lara Dutta et sa majesté Shah Rukh Khan dans une intrigue basée sur une histoire hindouiste, celle de l'amitié entre Krishna et de son ami d'enfance Sudama. Dans un petit village, un barbier sans le sou s'acharne à redresser son échoppe tant bien que mal. Cependant, le tournage d'un film dans les environs vient attiser tensions, joies, convoitises et railleries car notre barbier affirme depuis des lustres être l'ami d'enfance de la star du film.

Cette comédie burlesque est délectable même si les interludes musicaux tranchent sévèrement dans la continuité du récit. Un humour mordant, un folklore majestueux et un discours final surprenant constituent quelques-uns des atours qui font la réussite de ce film.

 

 7. Kanchivaram [Tamoul]

Ce long-métrage qui date un peu, mais finalement sorti en 2009, est l'un des trois films concocté cette année par sieur Priyadarshan. (L'horlogerie Woody Allen avec son film annuel est mise à mal.) Cela reste une des claques tamoules de l'année. En 1948, un prisonnier sort de prison accompagné de gardes. Prakash Raj interprète ce captif, qui, durant son périple, se remémore le parcours d'une vie. Ancien tisserand de soie, son unique rêve était de marier sa fille dans cette étoffe...Communisme, révolte et drame familial s'entrechoquent dans une ambiance authentique des années 30, 40 servie par une sublime photographie. Un joyau artistique !

 

 8. Naan Kadavul [Tamoul]

Naan Kadavul ne laisse guère indemne. A la fin du film un constat, ce film perturbant  nous plongeant dans la noirceur de l'humanité semble n'avoir pour seul intérêt le but de nous choquer avec un défilé d'images et de situations insoutenables...surtout pour un œil occidental. Rien à voir avec les freaks de Tod Browning. Mais au final, après avoir digéré le film et tenté d'oublier les longs gémissements de l'actrice principale, le film se présente comme une rare et violente critique à l'encontre des religions, des croyances, de la corruption et de la cruauté des hommes. Un drame social passant au vitriol la société, complice d'ignominie.

Un père recherche ici son fils. Ce fils abandonné, suite aux prédictions d'un astrologue, est devenu un aghori, en marge de la société. En parallèle une jeune aveugle est enlevée à sa famille d'adoption, une troupe de comédiens. Elle se retrouve ainsi dans une communauté de mendiants oeuvrant pour le compte de la mafia.

Naan Kadavul présente une description brutale et sordide des destins funestes de marginaux. Les parias tentent de survivre dans un monde atrophié par des préceptes et le côté obscur du genre humain. Dans l'horreur, le cinéma indien a déjà atteint des sommets, notamment avec le magistral Matrubhoomi. Or, celui-ci faisait appel à l'imaginaire, procédé d'une violence extrême. Ici, Bala use d'un réalisme traumatisant et sidérant. Personne n'est épargné dans cet univers macabre où il vaut mieux renoncer à exister.

 

 9. Gabhricha Paus [Marathi]

Ce film traite du quotidien des agriculteurs indiens, damnés par le cercle vicieux de leur profession. Entre dureté de l'emploi, sécheresse, exploitation et corruption, leur détresse est relatée avec réalisme et un grain d'humour noir. Ce choix du suicide comme solution, une assurance pour subvenir à la détresse de la famille, est illustré  avec justesse au détour des vicissitudes d'une famille. Un vibrant apologue statuant de la précarité des agriculteurs les condamnant au suicide. Une tragédie d'actualité bouleversante, contournant le pathos.

 

 10. Pokkisham [Tamoul]

Pokkisham comporte des longueurs mais cela reste une belle balade romantique contée au travers de courriers et journaux intimes. Mahesh, fils de Lenin, retrouve les correspondances de son père avec une musulmane. Au fil de ces lettres et de ces journaux intimes, il y découvre son père à cœur ouvert. Un film soigné sur la pureté de l'amour et soulevant des problèmes de religions. Intégrisme quand tu nous tiens ! Cheran nous sert un Titanic indien nostalgique des années 70.

 

 

Retour vers le futur : 2010

 

Alors qu'une armada de films commence à déferler dans les salles indiennes, un amoncellement de projets se met en marche. Munna Bhai Chale Amerika devrait voir le jour avec le retour de Munna et circuit en vadrouille chez l'oncle Sam, Broken Horses de Vidhu Vinod Chopra avec Mickey Rourke se prépare, Rajkumar Gupta devrait réaliser No one Killed Jessica d'après le sordide procès du meurtre de Jessica Lall. Rani Mukherjee et Vidya Balan  sont annoncées pour jouer dans ce thriller. Farhan Akhtar tente de terminer la rédaction du scénario de Don 2. Alors que Shah Rukh Khan enfilera très bientôt  des collants pour incarner un super héros dans Ra 1. Pour sa seconde réalisation, Nandita Das adaptera La liane du désir de Divakaruni avec Vidya Balan et Tabu. Et après le succès de Pithamagan et Sethu, le réalisateur Bala et l'acteur Vikram rempilent pour un nouveau film...mais bon il faudra déjà attendre le bouclage de Avan Ivan avec Arya et Vishal. Et c'est pas gagné !

Enfin, l'adaptation du chef-d'œuvre littéraire de Gregory David Roberts, Shantaram, devrait avoir lieu courant 2011. Johnny Deep et Amitabh Bachchan devraient répondre présent sous la caméra de Mira Nair.

 

Prévisions : les 10 films à suivre

Mes amis, on est donc parti pour une année 2010 épique ! Des sorties de films plus qu'attendues et le retour de certains réalisateurs phares sont de très bonnes augures avec le roi Mani Ratnam, Karan Johar, Ram Gopal Varma, Ashutosh Gowariker, Sanjay Leela bhansali ou encore l'inévitable Priyadarshan...Au rayon des acteurs, Shahid Kapoor, Ranbir Kapoor, Kareena Kapoor et Priyanka Chopra seront une nouvelle fois en embuscade tandis qu'Aishwarya Rai reviendra sur nos écrans. Mais l'événement reste la reformation du couple mythique Shah Rukh Khan et Kajol, neuf ans après K3G, pour My Name is Khan.

 

 1. My Name is Khan [Hindi]

Le film faisait déjà couler des tombereaux d'encre dès l'annonce du retour du couple infernal et légendaire Shah Rukh Khan et Kajol. Mais depuis, My Name is Khan a reçu un battage médiatique involontaire. Août 2009, démarrage des festivités. On aurait pu croire à un coup de promotion. Shah Rukh Khan se fait arrêter à l'aéroport de Newark  (NJ) et interrogé. La raison étant son nom dérangeant : Khan. Au final, il aura fait la une des journaux suite à cette histoire. Rebelote, mais cette fois-ci en Inde, Shah Rukh s'insurge de la non participation des joueurs pakistanais à un tournoi de cricket indien (IPL). Vous me direz où est le rapport ? Oui y en a aucun, mais voilà, résultat la politique s'en mêle et le film My Name is Khan devient depuis début février la cible des contestataires, outrés par les paroles du Shah. Les affiches sont déchirées et la sortie du film est ainsi troublée... enfin pour l'instant dans la mégapole de Mumbai.

Bref, tout ce battage médiatique renforce l'attention autour de cette dernière réalisation de Karan Johar. Maître dans l'art de la narration ampoulée de drames, il s'attaque ici à une histoire d'amour hindo-musulmane où un homme est détenu à tort après les actes terroristes du 11 septembre. S'ensuit une quête du héros pour laver son nom. MNIK se présente assurément comme le film de 2010.

 

 2. Raavan / Raavana [Tamoul et Hindi]

Le retour de Mani Ratnam qui se la joue roots en réalisant 2 versions comme à l'époque du muet : une tamoule et une hindi en permutant des acteurs. Raavan est une version moderne du Ramayana où Sita la femme de Rama est enlevée par le démon Ravana. Abhishek Bachchan, Aishwarya Rai et Vikram sont quelques-uns des acteurs qui bouclent un casting de choc.

 

 3. Guzaarish [Hindi]

Sanjay Leela Bhansali renoue avec un sujet relatant d'infirmité. Hrithik Roshan joue un paraplégique partageant une relation étroite avec son infirmière (Aishwarya Rai). Il semblerait que le film traite de l'euthanasie. Espérons que Bhansali nous propulse dans un univers mené par son imaginaire et son esthétique léchée à l'image de Black.

 

 4. Khelein Hum Jee Jaan Sey [Hindi]

Ce thriller se déroulant dans les années 30 aura à l'affiche Abhishek Bachchan et Deepika Padukone. Ashutosh Gowariker renoue avec ce genre délaissé depuis son Baazi.

 

 5. Rakta Charitra [Telugu et Hindi]

Ce film qui devrait avoisiner les 5 heures et être ainsi divisé en deux opus présentera le bio-pic d'un politicien  de l'Andhra Pradesh, Paritala Ravindra, assassiné en 2005. Aux manettes Ram Gopal Varma et dans les mocassins de Paritala : Vivek Oberoi.

 

 6. Rajneeti [Hindi]

Thriller politique de Prakash Jha avec Ajay Devgan, Nana Patekar, Manoj Bajpai, Ranbir Kapoor, Naseeruddin Shah, Arjun Rampal et Katrina Kaif. Ce film, s'inspirant du Mahabharata, risque de nous étonner par son intrigue. A noter que Katrina Kaif aura, pour une fois, l'opportunité de nous démontrer peut être un talent d'actrice autre que celui de potiche latente en dilettante.

 

 7. Ishqiya [Hindi]

Scénario écrit en partie par Vishal Bhardwaj, Ishqiya mêle comédie, suspense et romance. Deux voleurs se cachent de leur patron et se retrouvent planqués chez la veuve d'un de leur ami. La veuve tente de leur venir en aide mais... On retrouve un casting électrique avec Vidya Balan, Nasseruddin Shah et Arshad Warsi. Peut-être l'une des surprises de cette année.

 

 8. Karthik Calling Karthik [Hindi]

Les tribulations d'un introverti Karthik (Farhan Akhtar) dont la vie bascule lorsqu'une tierce personne, dénommée Karthik, entre dans sa vie. Synopsis intrigant qui dévoilera certainement un long-métrage original.

 

9. Dhobi Ghaat [Hindi]

Cette première réalisation de Kiran Rao, Madame Aamir Khan à la ville, risque bien d'être une des grandes révélations de cette année. Aamir Khan joue un peintre dans ce film.

 

 10. Endhiran (The Robot) [Tamoul]

Un film de science-fiction avec Aishwarya Rai et Rajini Kanth qui devrait sortir en 3D pour contrer le piratage. Piratage de haut vol car certains films se retrouvent visibles avant même leur sortie en salle.

 

 

Et il faudra ouvrir l'œil sur des films tels que Khatta Meeta de Priyadarshan, une comédie satirique, The Girl in Yellow Boots de Anurag Kashyap, Action Replay, Madharasapattinam, film historique avec Arya, Varudu ou encore Kites mettant en scène une histoire sulfureuse aux vases communiquants avec la réalité.

 

 

Sorties du mois

 

Le mois de janvier a vu s'abattre sur le cinéma hindi la comédie Pyaar Impossible, Chance Pe Dance, Ishqiya, le film historique Veer avec un Salman Khan « surchevelu » pour l'occasion ou encore Rann s'intéressant à l'univers des médias. Du côté tamoul, Aayirathil Oruvan de Selvaraghavan présentait un film d'aventure mêlant mystère et suspense. Pendant ce temps, le cinéma marathi sortait enfin Harishchandrachi Factory relatant l'histoire du premier film indien et époustouflait avec Natarang où Atul Kulkarni rêve de devenir roi de Tamasha (art traditionnel du Maharashtra).

Ce mois de février, Striker (visible légalement sur Youtube) ouvrit le bal en plongeant les spectateurs dans les bas-fonds et les immergeant dans le jeu du carrom. Karthik calling Karthik et Teen Patti avec Amitabh Bachchan, Madhavan et Ben Kingsley devraient sortir en fin de mois.

Mais l'événement reste l'arrivée en salle de My Name is Khan qui fut tout de même projeté à la Berlinade.  Sa sortie reste néanmoins mouvementée et loin d'être placée sous de bons auspices au vu du charivari déclenché par une simple opinion de Shah Rukh Khan. Aux dernières nouvelles, en dehors de quelques entraves à Mumbai, le film effectue un très bon démarrage. En attendant retenez la date du 26 mai 2010...date du lâchage de MNIK sur nos écrans français.

 

Enfin, jeux olympiques s'imposent si vous êtes accros aux cinémas indiens, jetez un coup d'œil du côté de la danse sur glace et des américains Meryl Davis et Charlie White. Ils devraient normalement réitérer leur numéro indien sur la musique de Bunty aur Babli et de Devdas. Depuis la vague Slumdog, les Etats-Unis s'indianisent...et ce n'est pas Sheldon de Big Bang Theory qui désapprouvera !

 

Adresses pour dégoter des dvds indiens : www.bollywoodunivers.com [98 rue du Fbg St Denis, 75010, Paris] ou dans vos centres commerciaux les plus proches où des films distribués par Bollywood Times peuvent être trouvables.

 

 

 

 

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