Critique : Un amour de jeunesse

Laure Beaudonnet | 6 juillet 2011
Laure Beaudonnet | 6 juillet 2011

Qui n'a pas vécu cet amour inconditionnel symptomatique de la jeunesse ? Sur un cœur vierge de tout sentiment, le premier amour marque à vie, laissant ses stigmates sur la chair pure. Camille en fait les frais à 15 ans. Amoureuse de Sullivan, elle s'enfonce du côté obscur de la passion, vivant le tragique départ de son « âme sœur » en Amérique Latine comme un arrachement. Elle est contrainte de se sortir de ce tumulte pour survivre. Repartie sur le chemin de la guérison, elle fait la rencontre de Lorenz, un architecte fascinant qui la révèle en tant que femme et lui porte le regard tant attendu. Alors que sa vie reprend forme et vigueur, le destin la remet sur le chemin de Sullivan. Loin d'en être absolument guérie, elle replonge aveuglément dans cet amour impossible. Une trame comme on en connait beaucoup, mais l'amour n'est-il pas singulier et parfaitement universel à la fois ?

Sous des faux airs de film "bobo", Un amour de jeunesse fascine pour sa langueur poétique, sa manière de donner une valeur universelle aux petits riens, à l'anecdotique. Encore une fois, Mia Hansen-Love dévoile son talent pour raconter le quotidien, pour laisser les atmosphères se déployer à l'aide de silences travaillés. Car le non-dit est aussi parlant que le verbal dans ce film, il transcende les relations et laisse à son public une liberté d'interprétation tout à fait réjouissante. Non seulement l'image est travaillée - on découvre l'Ardèche sous son meilleur jour - mais les acteurs, et surtout la jeune Lola Créton crève l'écran. Fragile et sincère, sa voix, à la lisière du chuchotement, fait claquer les phrases avec justesse. Elle incarne avec une jolie sensibilité cette jeune fille dont la douce candeur est tachée à tout jamais par la souffrance.

Mia Hansen-Love adopte le point de vue d'une adolescente pour poser le cadre de l'amour absolu. On la suit se construire sur sa blessure et trébucher par sa faute. La réalisatrice ne cherche pas à moraliser son propos, ni à l'intellectualiser, malgré les apparences d'un discours philosophique en toile de fond appliqué à l'architecture. Cela dit, l'analyse de la lueur pour parler des instincts plus obscurs est assez judicieuse et instructive. Un amour de jeunesse touche juste. Intelligent et surtout très efficace, il empoigne son public, le conduisant dans le romantisme pur. Douloureux et tellement nostalgique qu'il est difficile de ne pas en sortir bouleversé.

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