Godzilla II : Roi des Monstres - critique Pacific frime

Geoffrey Crété | 29 décembre 2021
Geoffrey Crété | 29 décembre 2021

Godzilla II : Roi des Monstres repasse ce soir sur TF1 à 23h10.

Après Godzilla en 2014 et Kong : Skull Island en 2017, avant Godzilla vs. Kong en 2020, c'est l'heure de gloire de la créature créée par le studio Toho et Tomoyuki Tanaka (voir notre dossier sur ce sujet). Godzilla II : Roi des Monstres est dédié à sa puissance et son destin sur Terre, sous les yeux de Kyle Chandler, Vera Farmiga, Millie Bobby Brown, Ken Watanabe ou encore Zhang Ziyi. Réalisée par Michael Dougherty (Krampus), cette suite est-elle à la hauteur du mythe si souvent exploité ?

ROI DÉGONFLÉ

Le Godzilla de 2014 soufflait le chaud et le froid. Des images majestueuses et sensationnelles, mais des personnages creux ; une poignée de scènes magiques, voire terrassantes, mais une intrigue très facile en pilotage automatique ; un Godzilla utilisé comme le requin des Dents de la mer pour travailler son aura, mais une frustration réelle chez de nombreux spectateurs venus le voir. Godzilla II : Roi des Monstres, qui arrive après la preuve d'un univers étendu dans Kong : Skull Island et avant Godzilla vs. Kong en 2020, est une réaction claire à ce bilan.

Plus de personnages, plus de monstres, plus d'action, plus de drame : la suite réalisée par Michael Dougherty remet à plat la formule pour rééquilibrer les forces. Godzilla occupe l'écran dès le prologue, a droit à une première apparition soignée très vite, puis sa première bataille dans la foulée. Ceux qui s'étaient sentis floués par le film de Gareth Edwards devraient être plus satisfaits, puisque le spectacle est ici explosif, généreux, multiple, entre le bleu et le jaune, les eaux et les cieux, les éclairs et le feu.

Sauf que le film traîne les mêmes poids morts côté narration, et aggrave même son cas. L'intrigue est tout aussi famélique, dénuée de vrais antagonistes et obstacles, mais traîne beaucoup plus de personnages, et leur accroche des enclumes de dramaturgie hollywoodienne. Et comme Godzilla II : Roi des Monstres est beaucoup moins inspiré côté mise en scène, le résultat est donc encore plus fragile.

 

photoQuand tu vois la tronche de tes alliés humains

 

ERREUR HUMAINE 

La famille est une nouvelle fois au cœur du dispositif avec une mère, un père et leur fille traumatisés par les événéments du film de 2014. C'est là encore un drame qui ouvre les festivités, et servira de prétexte à la suite. Peu importe si ça n'a pas vraiment de sens (les choix du personnage de Vera Farmiga), si le soi-disant antagoniste (Charles Dance) ne sert à rien, si le discours écolo est lourd au point de devenir digne d'une série Z, et si finalement toute l'intrigue ressemble à une bête et banale chasse aux monstres dictée par des signaux sur des écrans radar.

Peu importe aussi si les compétences de la société Monarch, au centre de cet univers étendu de gros bestiaux, oscillent entre l'expertise de la technologie de pointe, et la méconnaissance la plus absurde des monstres. Dès la première scène de naissance de monstre, il est clair que la logique n'intéresse pas les mains à l'oeuvre sur Godzilla II : Roi des Monstres.

 

photoLa bande d'experts pas très experts

 

C'est bien dommage, et même totalement paradoxal vu l'emphase mise sur les personnages. Le film a beau placer dès le début ces humains et leurs peines sous la lumière, avec la promesse de vrais enjeux solides (des parents détruits qui empruntent des chemins opposés pour se reconstruire, leur fille tiraillée entre les deux), tout semble très vite abandonné.

Le trio devient statique, réduit à de purs instruments narratifs bas de gamme, qui permettent à l'intrigue d'avancer vers des rendez-vous imposés - avec un parfum moralisateur grotesque. Le personnage de Millie Bobby Brown, largement mis en avant dans la promo depuis les teasers (dont un qui n'a finalement rien à voir avec le film), se révèle ainsi très secondaire.

L'autre problème vient des multiples scènes mélodramatiques dédiées à l'héroïsme, le sacrifice et les passions des personnages. Des moments classiques dans un blockbuster, mais auxquels il manque une vraie dimension. Comment se soucier d'hommes et femmes si vides, si fonctionnels ? Pourquoi remplir les scènes ordinaires de tant de seconds couteaux, avec même deux comic reliefs ? Comment avoir la foi en un film qui aligne tant de personnages, de pseudo grandes scènes émotionnelles, mais n'arrive même pas à donner un peu de dimension à ses héros ? 

Godzilla II : Roi des Monstres réussit donc l'exploit d'échouer encore plus que Godzilla version 2014 avec un scénario boursouflé, qui parade avec de multiples cartes dramatiques pour encore plus frustrer.

 photo, Millie Bobby Brown, Vera FarmigaTellement de choses non exploitées

 

LA GUERRE DU MONDE

Le clan des monstres s'en sort-il mieux ? Oui. Godzilla II : Roi des Monstres a été vendu comme un affrontement cyclopéen entre Godzilla et d'autres bestiaux cultes de sa mythologie : Mothra, Rodan et King Ghidorah. L'ambition d'offrir un spectacle plus grand et fou que celui contre le couple de MUTO du premier film est claire, et de ce côté la suite de Michael Dougherty déploie beaucoup, beaucoup d'énergie pour y parvenir.

Tel un métronome hollywoodien, le film est rythmé par des affrontements à intervalles réguliers, qui ramènent constamment le récit vers les pulsations du chaos. Sur la glace, dans les airs ou sur terre, de nuit ou de jour, dans la nature ou en ville, dans les flammes bleues ou les éclairs orangés, côté américain ou asiatique, Godzilla II est là pour en mettre plein la vue. En ça, il lorgne plus du côté d'un Pacific Rim (ou Pacific Rim : Uprising ?), que du premier Godzilla de Gareth Edwards.

Le menu est généreux, et le film n'est pas avare en explosion, destruction, et cris de guerre venus des entrailles des monstres des enfers. C'est la force de Godzilla II : Roi des Monstres, mais également sa faiblesse.

 

photo Ghidorah vs Godzilla : il ne peut en rester qu'un

 

Sa force, car le film évite toute frustration créée par le premier, qui sous-pesait chaque apparition de Godzilla, et jouait la carte de l'attente, du hors-champ, de la tension. Ici, tout est révélé aux yeux du monde et du public, et le secret a été déterré. L'heure n'est plus à la construction (de l'univers, de la mythologie, de l'aura de Godzilla), mais à la destruction.

C'est d'autant plus important que Godzilla II : Roi des Monstres ouvre en grand les portes de l'univers étendu, qui verra King Kong débarquer pour taper du lézard dans Godzilla vs. Kong en 2020. Le studio a donc comme mission de vendre du rêve d'écailles radioactives, de souffle chaud comme l'enfer, de dents acérées et de bestioles toutes plus vilaines et intrigantes les unes que les autres.

 

photo King Ghidorah La direction artistique est un gros point fort

 

TERRE CREUSE

Mais cette mission de blockbuster, si elle permettra de fédérer le large public visé et placer la saga sur le marché, pousse Godzilla II vers des territoires très balisés. Le partis pris du premier film avait permis à Gareth Edwards d'orchestrer de grands moments sensationnels, entièrement pensés comme des morceaux de son et lumière. Des scènes qui en faisaient une superproduction fragile mais spéciale, dotée d'une vraie force de cinéma. Michael Dougherty a beaucoup moins d'espace, et obéit à un cahier des charges mastoque. 

Hormis quelques rares et courts moments malins (notamment sous l'eau), le film se cantonne au rayon de blockbuster classique dans sa gestion de l'action et des péripéties, et compte presque uniquement sur la photographie incroyable de Lawrence Sher et le design des créatures (assez réussi) pour épater. Rien de honteux, et rien de bien marquant non plus donc.

Quand arrive l'image de fin, il semble clair que ce Godzilla II : Roi des Monstres est un amuse-gueule, et une étape dans la mise en place de la suite. Chacun pourra alors décider : accepter cette fuite vers l'avant si familière à l'heure des univers étendus, ou regarder en face un blockbuster moyen, certes amusant dans le genre mais terriblement gentillet.

 

Affiche française

Résumé

Plus d'action, plus de monstres, plus de bruit mais aussi plus de vide dans l'intrigue, l'univers et les personnages : Godzilla II écrase tout sur l'autel du spectacle pour offrir un arc-en-ciel de destruction et bastons. De quoi offrir un spectacle plus simple et grand public, et donc beaucoup moins inspiré.

Autre avis Simon Riaux
Le seul spectacle du film provient de son incroyable accumulation d'incompétences, alternant entre dialogues embarrassants et séquences d'action brillant par leur absence de dramaturgie, chorégraphie, ou point de vue. Le ratage est total.
Autre avis Alexandre Janowiak
Godzilla II est un immense spectacle de monstres avec plein de bastons certes, mais c'est surtout une oeuvre au scénario immensément vide, dénuée d'inspiration et à l'action rarement prenante.
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Lecteurs

(3.8)

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commentaires
Sprig
29/12/2021 à 19:46

@Destroyah All Monsters oups dsl "Destoroyah" All Monsters : "est-ce qu’on ne fait pas une montagne d’un rien, là ?" t'as vu la taille de ton commentaire ?

Sprig
29/12/2021 à 19:43

"est-ce qu’on ne fait pas une montagne d’un rien, là ?" t'as vu la taille de ton commentaire ?

Destoroyah All Monsters
16/06/2021 à 22:21

Si il y a bien une chose sur laquelle je voudrais que vous m’éclairiez, c’est ceci : Pourquoi KOTM, à l’inverse de KSI et GVK, n’a-t-il pas l’excuse du blockbuster débile pour justifier ses faiblesses de scénario (parce que oui, il y en a ... un peu. Quand même. ) ? Parce que le film « ose » ne pas prendre la bête voie de garage d’« assumer » sa débilité et tente de faire plus ? Plus comment ? Plus comme parler d’écologie et de nucléaire (bien sûr, la scène du Destructeur d’Oxygène est une bête scène de destruction massive, le fait de montrer des poissons morts et une Uber explosion nucléaire finalement inutile, voire contre-productive vu que les militaires manquent de tuer Godzilla, étant évidemment une bonne grosse coïncidence des familles. Bien sûr). Ou de symbiose Homme-Nature (le speech d’Emma Russell, même si aveuglée par sa peine refoulée, contient la mention vraie du point positif des radiations post-explosion. Rien qu’à voir des loups gambader à Tchernobyl pour le savoir). Vous trouvez ça surinterprété ? Moi, j’y trouve enfin un peu de subtilité. Et y paraît que le discours est lourd ? Parce qu’il y en a un ? J’croyais qu’c’était un film catastrophe bien-bien con. Et ceux qui demandent où est le développement de perso, la director’s cut est là pour vous. Si c’est pas gentil ... Et pour les morts, la seule que je reproche, c’est celle du Dr Graham : sérieux ... elle se fait bouffer comme une merde par Ghidorah dans un élan de karma sorti du chapeau. Celle-là, elle était bien forcée ... mais pour les autres, le sacrifice du Dr Serizawa et du Dr Russell, moi, m’ont émus (l’un sauvant Godzilla, idole japonaise qu’il respecte par dessus tout, dans une zone radioactive à la Fukushima, l’autre se faisant pardonner en sauvant sa famille tout en éloignant Ghidorah de Godzilla). Et la famille Russell, si vous ne vous y êtes pas attachés, c’est soi parce que vous vous foutiez de la scène du p’tit déj, soit parce que vous n’avez lu leur deuil entre les lignes. Et pour les morceaux de son et de lumière, vous ne pouvez pas dire qu’on est pas servi : les plans dantesques s’enchaînent (les trois combats ont leurs plans opposant Godzilla à Ghidorah, des pépites d’apparitions, des moments de victoire de King Ghidorah ... et de Godzilla. Sans oublier le travelling final, qui se conclut sur Godzilla, le roi des monstres). Parce qu’il y a pas de mise en scène, hein ... si vous cherchez un yes man même pas capable de sublimer l’action, le DVD d’X-Men 3 est là. Oui, c’est frustrant de ne pas développer plus les perso, mais c’est un univers cinématographique. Et quand il y a un « ventre mou », vous dites que le film est trop long. Décidez vous ! Le film fait ce dont il a besoin, on a pas demandé à Thor et Wonder Woman de servir de pré-film réunion en nous bazardant des caméos des autres héros (tiens, voici le DVD d’Iron Man 2 et BVS. Mais on sait déjà lequel est le meilleur ...) Pas marquant ? Vous parlez dix secondes des superbes SFX et de la photo de dingue, tout en passant sous silence la musique absolument géniale de Bear McCreary. C’est un film catastrophe. On peut dire ce qu’on veut sur les films de destruction de Roland Emmerich, mais eux aussi ont des plans marquants (la scène de la Porte des Étoiles de Stargate, l’attaque alien dans Independance Day 1 et 2, Zilla sur le pont de Brooklyn et les tornades à Los Angeles/le tsunami/glaciation dans New York (Le jour d’Après), les destructions de Los Angeles et Yellowstone (2012) pour ne citer que celles-là). Et le scénario, le pire qu’il fait, c’est peut-être un peu forcé les apparitions de Godzilla (excepté le flashback de 2014). C’est tout. Ça ‘casse pas trois pattes à Godzilla. Ok, ça en casse pas niveau péripéties non plus, mais est-ce qu’on ne fait pas une montagne d’un rien, là ? Et le « trop plein de personnages », faut pas non plus exagérer : ils font des allers-retours du Mexique aux États-Unis, en passant par l’Antarctique et ... l’Atlantide ! Dans Pacific Rim, c’était pareil : beaucoup de lieux ... beaucoup de personnages. J’en vois déjà hurler derrière leurs écrans et me traiter de sans goût ne sachant pas reconnaître l’incroyable travail de Del Toro. Déjà de un, Pacific Rim est un des plus grands films de kaijus DE TOUS LES TEMPS. C’est dit. Mais de deux, faites pas genre. Même si ils sont sensiblement plus développés que dans KOTM (logique, Pacific Rim n’avait prévu « que » deux ou trois films, gros maximum. Pas la même chose qu’un univers cinématographique, on s’entend), ils restent néanmoins des clichés : le héros soldat bad boy, l’héroïne forte modelée par son passé, le père surprotecteur badass, les scientifiques tarés aux allures de geek/fan de science, etc. Et pourtant là non, tout le monde se tait. Personne ?
Et le pire, c’est que non, je ne suis pas foncièrement opposé à ce que KOTM mérite, un temps soit peu, les critiques à son égard. Ce qu’on pense de l’exploitation, ça reste et restera personnel. Et ceci n’est nullement mon ressenti face aux critiques d’un film que j’aime, mais plutôt le mien face à leur manque de consistance.

Miami81
01/12/2020 à 00:39

Entièrement d'accord avec la critique. Hormis certains plans graphiquement beaux, le film est loin de valoir le côté majestueux du 1er. On voit bien effectivement qu'ils ont tenté de compenser les erreurs du 1er (lenteur, personnage sans saveur) mais c'est pour donner un banal blockbuster bourré d'action mais sans âme. Le tout est au final assez moche, fatigant à regarder (je plains ceux qui l'ont vu au cinéma) et scénaristiquement mauvais (je ne comprends toujours pas l'objectif de monarch, son but, l'origine de ses moyens colossaux ni des "méchants"). Roland Emmerich aurait pu faire mieux, d'ailleurs l'histoire se fini aussi dans un stade et on a droit à une mini poursuite en voiture à travers la ville.

zetagundam
20/03/2020 à 22:02

@Balek
Mais de rien. C'est un plaisir de t'éclairer

Balek
20/03/2020 à 21:01

@zetagundam
Merci pour cette précise et fastueuse analyse champion

zetagundam
20/03/2020 à 20:05

Bien meilleur et divertissant que le 1er film de Gareth Edwards

Ratara
19/08/2019 à 01:36

C'est laid c'est bête a en mourir c'est mal réaliser avec ses combats sans chorégraphie a la limite illisible la plupart du temps on est dans un ratage total les acteurs sont insupportables le personnage de vera vermiga est sûrement écrit par un camé a la mete , c'est bourrée de cliché avec les vieux sacrifice de perso inintéressant bref bidon de chez bidon et c'est type d'Hollywood qui continu avec leur filtre bleu dégueulasse qui rends les films glacé et sans vie la seul fois il a fonctionné c'était pour minority report normal c'était un vrai Real derrière

corleone
11/06/2019 à 10:50

je n'arrive pas e expliquer la baisse de régime de godzilla 2 au box office USA... A croire que c amérloque sont trop conservateur de leur origines et qu'il ne faut surtout pas qu'une bete à la base japonaise détruise tout les USA.... le 1er a sans doute attiré les foule en pensant que s'était un remake de 1954 (en voyant beaucoupl plus GODZILLA et détruidant majoritairment le JAPOn et non les uSA) Du coup les chiffres du Gdzi de 2014 ne sont les gens quiétait curieux de revoir godzilla au ciné, puis décu d u film... Le 2 envoie clairment du lour

Ronnie
11/06/2019 à 10:00

On en a pour notre argent ! on a des monstres et de la baston et surtout on voit Godzilla bien plus que dans le 1er, on a des réponses à comment il se nourrit, comment il a survécu aussi longtemps, comment il ne s'est pas fait cramer pendant 5 ans, je le trouve aussi moins gros et c'est sans doute à force de nager qu'il à perdu du bide ^^
Ce qui me dérange c'est les personnages (surtout la mère qui vrille total), à la base je pense que l'homme n'a pas son mot à dire dans ce genre d'histoire et qu'il joue un rôle trop important dans un combat qui le dépasse totalement et après réflexion c'était plutôt bien mené dans le 1er.
Si le film était centré entre Godzilla et les hommes comme celui de 98 OK mais la c'est entre Godzilla et d'autres Titans...

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