Critique : 36 fillette

Nicolas Thys | 1 juin 2007
Nicolas Thys | 1 juin 2007

36 fillette se situe, dans la même veine qu'A ma sœur dont il reprend la thématique principale. A l'aide d'une mise en scène réaliste et brute faisant la part belle aux comédiens dont Breillat tente de capter le désespoir et l'ambiguïté, le film témoigne de l'éveil à la sexualité d'une adolescente et de son désir de perdre sa virginité, un mur qui, une fois franchi, la transformerait miraculeusement en la femme qu'elle n'est pas et laisserait derrière elle la fille qu'elle n'est plus.

C'est là le paradoxe premier qui ne cessera de se démultiplier et que le titre résume de manière lapidaire. Lily porte une taille fillette alors que son corps est déjà presque celui d'un adulte. Elle n'est ni l'un ni l'autre, les deux à la fois, essayant d'être sexy sans l'assumer complètement et s'habillant ensuite comme un garçon manqué tout en cédant davantage aux avances. Sexe et amour, elle n'en connaît encore aucun mais elle veut maîtriser les deux.

Son vocabulaire, vulgaire, sec et violent ne l'empêche pas de pleurer et fait contraste lors d'une scène de danse avec le slow en arrière plan : une chanson pour adolescents des années 1950 de Ricky Nelson, le gamin associé de John Wayne dans Rio Bravo. Juste après pourtant elle rejettera le jazz, pas assez ancré dans son époque. Les autres protagonistes n'agiront pas différemment et se contredire tout au long du film, jamais sûr de leurs sentiments, de leurs gestes, d'eux-mêmes ou des autres. Les enfants aspirent à grandir et les adultes à rester adolescents : des fêtards, des gens « cool » et pourtant trop âgés pour rester éveillés tard.

Les références cinéphiliques sont nombreuses, Jean-Pierre Léaud en tête dans une séquence magnifique où il est impossible de ne pas penser à son rôle d'éternel gamin rebelle chez Truffaut. Il sera le seul d'ailleurs à la comprendre sans tenter de la séduire. Le plan final, un regard caméra complice du plus bel effet n'est pas sans rappeler Monika de Bergman : l'histoire d'une autre femme qui grandit trop vite. Lily est passée de l'autre côté et ne reste que l'expression d'un « tout ça pour ça ». Finalement elle aura juste vieilli de quelques journées...

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(2.5)

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