The Office : aujourd'hui le politiquement correct tuerait la série, d'après son créateur

La Rédaction | 15 juillet 2020 - MAJ : 15/07/2020 11:38
La Rédaction | 15 juillet 2020 - MAJ : 15/07/2020 11:38

Ricky Gervais, le légendaire créateur de The Office, a expliqué pourquoi sa série culte poserait problème à l’ère de la “cancel culture”. 

Alors que plusieurs débats sociétaux polarisent régulièrement l’espace public, les artistes, commentateurs et autres intervenants au sein des médias doivent désormais composer avec la “cancel culture”, soit la culture de l’annulation dans la langue de Ronald McDonald. C’est à dire, la tendance de certains citoyens ou groupes de citoyens réclamant, avec plus ou moins de véhémence, que certains artistes ou personnalités publiques n’aient plus accès aux débats ou modes d’expression qui sont les leurs, le plus souvent suite à des déclarations ou attitudes polémiques, voire à des accusations diverses et variées. 

Quant à ce qui est de savoir quel est le poids réel de quelques grappes d’internautes vociférant en ligne, de la nouveauté du phénomène, ou de son sens véritable (moralisation ou simple changement des aspirations du public ?), on ne prétendra pas trancher le sujet ici. Mais c’est précisément celui de Ricky Gervais. 

 

photoThe Office, trop subversif pour notre époque ?

 

Le scénariste et comédien, à l’origine de la cultissime série The Office, et auteur de speechs acides lors des récentes cérémonies des Golden Globes, s’est ému de ce mouvement, ou plutôt de ses conséquences. Dans les colonnes de Radio Times, il a ainsi déclaré qu’il ne pourrait plus se permettre autant d’impertinences que lors du lancement du programme. 

“Je pense que la série en souffrirait, parce que les gens prennent tout au premier degré. Il y a ces mafias de l’indignation qui sortent les choses de leur contexte. C’était un programme qui traitait de tous les sujets. On parlait de la différence, de sexe, de race, toutes ces choses que les gens ne veulent même plus discuter à présent, au cas où ils diraient quelque chose de mal et se verraient “annulés” [canceled, dans la langue de Mark Zuckerberg, ndlr]." 

Aux yeux de Gervais, c’est bien de la BBC que viendraient les premières tensions, la chaîne britannique voyant désormais l’impertinence comme un risque. 

 

photoDeux bonnes grosses têtes d'annulées 

 

“La BBC est devenue de plus en plus frileuse, les gens veulent seulement garder leur emploi. Aujourd’hui, les exécutifs s’inquièteraient des thématiques, ou des blagues, quand bien même elles étaient clairement ironiques, et nous donnaient l’occasion de rire de bouffons que la différence défrisait.” 

Pour le coup, on espère que Ricky Gervais se trompe, sans quoi, il existe probablement une dimension dans laquelle il se sera pris trop tard à l’écriture de son œuvre et aura fait face à un mur d’incompréhension. Sous nos latitudes, les carrières de Roman Polanski et de beaucoup d'autres tendent à relativiser l'impact de la "cancel culture".

 

Photo Ricky GervaisRicky Gervais, le meilleur ami de la BBC ?

commentaires

LeManch
16/07/2020 à 11:43

@See Snap.
Sauf que dans le cas de l'article, il est indiqué que la BBC devient frileuse et s'inquiète justement de froisser les gens ce qui la pousserait à prendre des décisions sans qu'aucun groupe de pression n'est en réalité fait quoique ce soit.
Donc Disney qui modifie ses films ou le carton explicatif de Autant en Emporte le vent c'est dans la lignée :des mesures qui sont prises dans la peur de froisser sans forcément que des groupes de pression n'aient demandé quoi que ce soit. On peut rétorquer que ça a déjà éte fait par le passé. Maybe, n'empêche que le timing est particulier et nier l'influence du contexte politique aux US est, à mon sens, une erreur.
Il y a de plus en plus une peur d'être mis sous les projecteurs se qui pousse les studios à agir de façon anticipative.. Et c'est en ça que je relativiserai quelques peu l'absence de force de frappe de la cancel culture. Après je ne me positionne pas sur le ''right or wrong'' de la situation.

See naps
16/07/2020 à 11:23

@LeManch

Sauf qu'aucun de ces exemples ne relève de la "cancel culture". Disney+ agit de sa propre initiative, à la demande de personne, menacé par personne. C'est regrettable, et assez scandaleux, mais c'est un calcul économique, qui n'a aucun lien avec aucun activisme moraliste.

Autant en Emporte le Vent, c'est carrément le contraire de la "cancel culture". Pour éviter que des incultes un peu fragiles ne demandent n'importe quoi, on accompagne le film d'une mise en contexte. Et du reste, quel est le problème ? Admettre qu'une partie du public ne bénéficie pas de la mise en contexte et du recul, et lui proposer une mise à jour, c'est le contraire de l'infantilisation, c'est précisément éditorialiser une oeuvre et aller dans le sens de la transmission.

D'ailleurs.... ça n'est pas justement l'argument de ceux qui sont terrifiés à l'idée qu'on déboulonne les statues de la honte ? Ne réclament-ils pas subitement le "contexte", qui les agace concernant Autant en Emporte le vent. Sinon, j'attends leurs demandes de réinstallation des statues déboulonnées par Vichy, essentiellement des abolitionistes et des citoyens noirs. Je ne les ai pas encore entendus sur le sujet, mais je ne doute pas qu’ils défendront là aussi une belle idée de la mémoire.

“Les nombreuses réécritures de film pour plaire aux LGBT”. Là, je ne sais même pas de quoi on parle.


Sinon, les cartons en début de film pour ne froisser personne, c’est pas nouveau. Ça a 90 ans, merci Howard Hawkes. Au moins, on sait que ça n’abime ni la liberté d’expression ni le contenu des œuvres. On est également fixés quant à l’intelligence des “défenseurs” de la liberté dexpression.

Pog
16/07/2020 à 11:18

@LeManch

La censure Disney+ est une fausse nouvelle : elle est dans la lignée de la censure pour les diffusions TV et dans les avions, qui est là depuis des décennies, partout dans le monde, jusqu'à Arte chez nous (recadrage, donc remontage parfois, et profonde destruction d'une oeuvre dans les cas extrêmes, sans que ça ne créé de scandale). Ca a créé un buzz sur Splash via les réseaux sociaux clairement, mais y'a un an ou deux, Olivia Wilde avait attiré l'attention sur le fait que son film Booksmart avait été discrètement censuré dans les avions : les scènes et plans où l'héroïne est avec une autre fille avaient été virés ou coupés. Ce qui me semble plus gênant que masquer le cul de Daryl Hannah sur la plage, aux USA, pays puritain.
Les textes contextuels : il me semble que ça existe depuis belle lurette pour des livres, tableaux dans les musées, etc. C'est un moment T, où c'est mis sur la table. Rien de gênant je dirais, du moins aucun recul sur ça pour l'instant.
La réécriture LGBT : je ne vois pas de quoi on parle. Qu'est-ce qui a été réécrit ? On assiste simplement à un mouvement logique de diversité. Il y a plein de films et surtout série où des personnages sont gay, bi, trans, et ont une place centrale, au lieu d'être un sidekick comique, ou une victime dans Les Experts. La norme (physique, sexuelle... jusqu'à celle qui place certains pays au centre du monde) a toujours été forcée dans le divertissement mainstream. Rien n'est innocent, tout a toujours été soigneusement choisi et affiché pour raconter quelque chose, forger des modèles, ériger des références. C'est selon moi très naïf de croire que d'un coup, c'est chargé de sens politique ou social. Simplement, ce sens s'éparpille désormais, et casse parfois la norme en place, tellement installée que c'est pour certains le naturel, et que changer le naturel, c'est gênant.

Après, le "on peut plus rien dire", je me demande si ça se disait pas déjà les décennies précédentes. Si c'est pas exactement comme "c'était mieux avant". Il me suffit de penser à la série Veep pour me dire que ça va, on peut encore en dire des choses, avec méchanceté, humour, cruauté et sans être censuré ou stoppé.

LeManch
16/07/2020 à 11:05

Je relativiserai sur l'absence de ''frappe concrète'' de cette soit disant cancel culture. Entre les images modifiées de certains films (Disney+) pour ne pas choquer le jeune spectateur, les textes contextuels en début de vieux films (au cas où le spectateur serait trop bête pour ne pas prendre de recul) ainsi que les nombreuses réécritures de films pour plaire au LGBT, il y a une tendance claire qui se dessine aux US où Hollywood part en guerre contre Trump et ses idées. Clairement de notre côté de l'atlantique nous sommes relativement plus épargnés.. Mais aux US les positions extrêmes se renforcent de façon inquiétante.. Je comprends donc le point de Rick Gervais.

Kyle Reese
15/07/2020 à 21:16

@RiffRaff

Merci pour cette petite liste.
J’ai déjà entendu un peu Fabrice Eboué et c’était pas mal en effet. Faudrait que je regarde un spectacle entier et je m’étais promis de jeter un œil à Jeremy Ferrari après avoir lu récemment un portrait et une critique excellente à son sujet. Il y a encore de l’espoir alors. Tant mieux.

Bourrage de crane
15/07/2020 à 18:48

Triste période. Au pire on boycotte les saloperies que Netflix et Hollywood veulent nous imposer.

Simon Riaux - Rédaction
15/07/2020 à 17:28

@Hunter Arrow

Comme écrit plus bas, je maintiens sans souci cette position. Il n'est écrit nulle part qu'il y a la moindre connexion entre ces deux éléments, juste que dans un cas comme dans l'autre, personne n'en est victime.

Autrement dit, les propos de Gervais sont eux aussi à relativiser et si la cancel culture (qui n'a pas particulièrement ma sympathie) est un sujet, la question est peut-être plus d'établir ce dont il s'agit concrètement, d'aboutir à une définition, plutôt que de la désigner comme le symptôme d'une époque liberticide.

Hunter Arrow
15/07/2020 à 17:23

Fallait conclure sur Polanski, vous êtes sur de votre coup là ? Nan parce que si les procédés de la cancel culture sont gerbants, montrer qu'en face un violeur d'enfant peu faire sa carrière tranquillou pépère dans nos contrées tend à donner raison à cette cancel culture. Alors dans l'idée c'était de relativiser son impact... mais l'image est maladroite convenez en. Car comme dit plus bas : entre un mec aux opinions controversées et un violeur, il y a un monde. Et que ce dernier ai l'opportunité de faire la carrière qu'il fait n'est pas tant un problème sociologique de plus... mais un vrai problème éthique chez nous.

Simon Riaux - Rédaction
15/07/2020 à 14:27

@Kumar

Ce n'est évidemment pas la même chose (sans quoi je serais en prison depuis un moment), et ce n'est pas du tout ce que j'essaie de dire.

Je voulais simplement rappeler que la "culture de l'annulation", si elle est visible et bien sonore actuellement, me paraît difficilement pouvoir être considérée comme une nuisance ou une force de frappe concrète. Pour l'essentiel, elle demeure absolument sans effet.

Kumar
15/07/2020 à 14:07

Je suis d'accord avec Ricky Gervais et avec le ton de l'article mais je trouve ça étrange de conclure sur Polanski, ce n'est pas du tout le même sujet! Y a quand même une grande différence entre faire des blagues qui ne soient pas politiquement correctes, et être accusé de viol...

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