Batwoman entre officiellement dans l'histoire des super-héros en révélant son homosexualité

Camille Vignes | 20 janvier 2020 - MAJ : 20/01/2020 16:31
Camille Vignes | 20 janvier 2020 - MAJ : 20/01/2020 16:31

Après la première super-héroïne de l'ère du DCEU à avoir son film solo (Wonder Woman), DC met en scène la première super-héroïne homosexuelle... sur petit écran. 

Doucement, les choses se décomplexent pour la représentation de l’homosexualité et des communautés LGBTQI+ du côté des productions tout public. Car si des séries comme Euphoria ou encore Sex Education sont les garants d’un discours bienveillant et réconciliant, il leur est impossible de toucher tout le monde (et leur propos transcende les questions LGBTQI+). 

 

photo, Zendaya, Hunter SchaferEuphoria, LGBTQI+ jusqu'au bout des paillettes 

 

Quand il s’agit de sexualité, voire de modernité sociale, inutile de rappeler que les choses bougent lentement à Hollywood. Il aura fallu attendre 2017 et la sortie de Wonder Woman pour qu’enfin une super-héroïne se voit offrir stand-alone movie dans cette nouvelle ère des super-héros (il y avait eu Catwoman en 2004 déjà) et 2019 pour que la chose soit réitérée par Disney et Marvel avec Captain Marvel. 

Doucement mais sûrement, les choses changent donc, et c'est la même chose pour la communauté LGBTQI+. Si l’on peut encore déplorer certains gros ratés (comme la fameuse scène de baiser homosexuel dans Star Wars : L'Ascension de Skywalker), l’association américaine GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) entend bien faire avancer cette cause. 

 

photo, Gal GadotWonder Woman, étendard féministe de DC 

 

En novembre 2018, juste après la sortie des Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald, Jude Law estimait que le monde était prêt pour accueillir un héros homosexuel sans en faire une affaire d’état.

Plus tard, en mars 2019, c’était au tour des studios Marvel/Disney de porter fièrement les couleurs du drapeau multicolore en annonçant eux aussi que le monde était prêt. La directrice de production Victoria Alonso déclarant que le leader des Eternels serait le premier super-héros gay (et on passera outre la dimension marketing de ces déclarations car, si elle est sans doute l’une des raisons de cette décision, ce n’est pas le propos ici). Et en juillet de la même année Valkyrie était déclarée première héroïne LGBTQI+ du MCU. 

En mai dernier enfin, Joe Russo (co-réalisateur avec son frère Anthony des Avengers : Endgame, Infinity WarCaptain America : Civil War…) déplorait le retard d’Hollywood sur le traitement paritaire des différentes sexualités, et avouait qu’il incombait aux créateurs de films de faire avancer les choses. 

 

photo, Brie LarsonCaptain Marvel, foin marketing pour résultat moyen 

 

La tendance des super-productions contemporaines glisse donc progressivement vers l’inclusion. Or, si la Warner Bros. a trouvé la tête d’affiche de cette cause en la personne de Dumbledore (porté par Jude Law) via sa franchise des Animaux Fantastiques, côté super-héros, les choses sont encore bien discrètes. 

Des rumeurs ont couru en mars dernier sur l’orientation sexuelle de Renee Montoya (Rosie Perez) dans Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, puis d’autres en juillet via We Got This Covered (peu fiable donc) annonçaient que le spin-off sur le personnage de Margot Robbie inclurait le premier vilain homosuel du DCEU. Sans plus de confirmation de ce côté-là depuis, les choses restent flouent. Et en plus, on parle de seconds rôles dans un film lui même secondaire dans la franchise globale.

C’est dommage quand on sait ô combien les films issus de comics rassemblent (et enchantent) le public. Pour DC, Aquaman a encaissé plus de 1,1 milliard de dollars au box-office mondial (sans parler du succès monstre de Joker) tandis que Marvel a systématiquement passé le milliard avec ses productions super-héroïques de 2019 (Captain Marvel, Avengers : Endgame, Spider-Man : Far from home - en partenariat avec Sony). 

 

photo, Ruby RoseKate Kane, première super-héroïne homosexuelle pour le Arrowverse de DC

 

Pourtant, les choses bougent bel et bien pour l’univers live DC. Preuve en est How Queer Everything Is Today!, l'épisode de reprise de Batwoman après la trève hivernale a vu son héroïne Kate Kane (Ruby Rose) faire un coming out public, alors même que cela pourrait endommager son identité secrète. 

L’information avait trainé dans les médias en juillet dernier mais vient seulement de se réaliser. Et dans le Arrowverse ce n’est autre que Kara Danvers, ou Supergirl, qui a eu la chance de révéler le scoop dans CatCo. On ne spoilera pas aux fans n'ayant pas encore vu l'épisode dans quelles conditions l'héroïne a été amenée à faire son coming out. L'important est qu'elle l'ait fait et qu'elle ouvre, ainsi, la voie à tout une série de répercussions positives dans le monde des super-héros. 

 

photo, The Flash, Batwoman, Supergirl, DC's Legends of TomorrowUn peu avant le fameux scoop 

commentaires

Tom Ward
21/01/2020 à 15:50

@RobinDesBois

J'entends tes arguments, mais je les trouve un peu maladroits.

"je vois pas l'intérêt de placer une minorité sexuelle juste pour le principe de dire "regardez ils sont comme tout le monde ça aurait pu être un hétéro" je trouve ça absurde car ça n'est pas le but d'une oeuvre cinématographique et qu'on ne va pas voir des films pour ça."

Tu as l'air de penser qu'un homosexuel n'est représenté que par son orientation sexuelle, et que s'il y a un personnage gay dans un film ou une série, c'est que sa sexualité doit OBLIGATOIREMENT entrer en jeu et avoir une incidence dans le scénario, comme si ce personnage n'était "pas comme les autres". Or, rétablir la parité et éradiquer l'invisibilisation, ça veut dire effacer les clichés. Le cinéma, ce n'est pas accentuer les préjugés et catégoriser les minorités pour que le spectateur s'y retrouve plus facilement. Le cinéma, c'est parler à tout le monde à travers une histoire. En tant qu'homosexuel, je n'ai pas envie que l'on me présente un personnage gay qui ne soit que gay, avec toujours les mêmes drames, les mêmes problèmes et l'éternel sentiment d'être différent des autres. J'ai envie de voir un super-héros ou un agent secret ou un aventurier dans la jungle qui fout des baffes à un méchant, déniche un trésor ou sauve le monde et qui SE TROUVE être gay.

"Mais pourquoi es-tu "content" ? Qu'est ce que ça va t'apporter de particulier si cela n'a aucune influence sur le scénario et que son homosexualité est purement anecdotique et qu'elle ne participe même pas à la construction du personnage ?"

Je suis content parce que les communautés LGBT ont toujours été invisibilisées au cinéma. Tu as raison, ça ne changera rien à ma vision du film, mais je trouve ça chouette que l'on montre que tous les héros ne sont pas hétérosexuels, parce que ça, c'est une vision fausse de la réalité et de la fiction (il y a des super-héros qui sont gays dans les comics, Batwoman par exemple, et il est temps de les montrer sur grand écran parce que bon, en 2020, ça commence à devenir lourd de toujours montrer des héros représentant le mâle blanc hétéro, comme s'il n'y avait qu'eux pour sauver le monde).
Encore une fois, ce que fait Disney est maladroit, il est clair qu'ils surfent sur une vague et leur intention n'est pas forcément si bonne qu'ils le prétendent. Mais ce serait pire de ne rien changer, parce que le but d'un film de super-héros, c'est de parler à tout le monde et que tout le monde puisse s'identifier à ces héros. Donc c'est maladroit, mais le fait est que l'on bouscule un peu l'image du super-héros, et c'est bien.
Même chose pour la représentation des femmes chez Marvel : ça ne te surprend pas un peu qu'on ait dû attendre 2019 (11 ans après Iron Man tout de même) pour avoir droit au premier film solo porté par une femme dans le MCU ? ;) Eh bien c'est exactement la même chose.

JamesCr
21/01/2020 à 14:17

Une tempête dans un verre d'eau ce truc.
Dans les comics, oui, elle est lesbienne. Donc ça devait être dit dans la série, logique.

Geoffrey Crété - Rédaction
21/01/2020 à 14:01

@Fidele assidu

"Maintenant", effectivement.
Et dans chaque série ? Non. Dans pas mal de séries récentes, notamment teen, notamment Netflix aussi. C'est loin de "chaque série". Et c'est aussi/surtout en réaction à une invisibilité jusque là.

Ici, on parle d'une super-héroïne. On a aussi parlé d'Eternals sur ce sujet. Des territoires où on en est encore au "le premier", "la première". Preuve que, oui, très rare.

Et je ne vais même pas m'avancer sur la vraie vie de tous les jours et savoir si on devrait savoir combien de gay on croise au quotidien, et si le cinéma/les séries sont censés représenter fidèlement les proportions de la population.

Fidele assidu
21/01/2020 à 13:23

@Geoffrey Crété : "très rare" ... y'en a un ou une dans chaque série dorénavant. Avec les séries Netflix on a l'impression que le monde est composé d'au moins 30% de LGBT et de 20% de couples hétéro interraciaux. Hors, dans la vie de tous les jours...

Simon Riaux - Rédaction
21/01/2020 à 13:19

@Dirty Harry

N'y a-t-il pas une contradiction entre le fait que "ça n'attire personne" et que ce soit "dans le vent" ?

Franchement, si on voulait être dans le vent, on expliquerait jour et nuit que Disney c'est génial, et point barre. Et on écrirait rien qui risque de vexer qui que ce soit.

Pour être tout à fait transparent, le sujet nous intéresse au sein de la rédaction (comme tout ce qui touche aux connexions entre cinéma et société en général), et oui, ce sont des sujets massivement lus. Et on voit mal pourquoi on se retiendrait de causer d'un sujet qui nous parle et attire beaucoup d'audience.

Dirty Harry
21/01/2020 à 13:15

"le sujet interesse pas mal de gens" euh à part dans votre corporation et les milieux qui adorent se regarder comme au dessus des autres (pardon je voulais dire progressistes) regardez vos commentaires, regardez les entrées/audience que cela produit (aussi important en nombre qu'en a le rayon gay de la Fnac : c'est à dire quasi personne) mais bon si vous souhaitez gonfler l'intérêt porté à une minorité pour vous flatter d'être dans le vent (qui si elle est une minorité c'est bien qu'il y en a peu, non ? Faudrait penser à enlever les oeillères....).
En plus la sexualité quand on est gosse (le public réel des super héros) on s'en contre-tape. Je sais que l'époque tourne entièrement autour du zizi (on a les absolus transcendantaux qu'on mérite) mais lorsque j'étais môme, même un baiser entre hétéros me gênait, j'en tournais la tête et je n'avais pas envie d'assister à ça (ce truc ringard s'appelle la pudeur mais ce n'est pas à la mode non plus). Mais bien sur tout ça s'appelle pour les militants défense de minorité de la phobie ordinaire et il faut nous bourrer le cerveau d'encore plus de ça jusqu'à indigestion, car au plus on nous contrôle notre cerveau à nous les êtres inférieurs, plus ça améliore la société il parait : on attend d'en voir les vertus tant annoncées...)

Geoffrey Crété - Rédaction
21/01/2020 à 12:01

@Damdam

Pourquoi ? Précisément car c'est encore très rare, et que Batwoman a une volonté affichée, assumée, de rééquilibrer ça, et dire : pourquoi pas un héros ou héroïne gay, puisque la sexualité a toujours été centrale dans ces histoires (sauver la fille, séduire la fille, cacher son identité à la fille, etc). La série a fait ce choix, et comme on suit ces séries, on en parle.

C'est précisément parce que c'est encore rare, et encore un sujet compliqué (des polémiques sur les fameux lobby gay, du "y'en a partout maintenant"... à la réalité de toutes les personnes homo persécutées ou pire à travers le monde), que c'est un choix compréhensible d'en parler ouvertement et ne pas le mettre sous le tapis.

D'autant que peu importe le choix fait, le débat est là : quand c'est un détail (un quasi figurant dans Avengers : Endgame, un plan de 2 secondes dans L'Ascension de Skywalker, une image rapide dans Star Trek Beyond), beaucoup reprochent le manque de courage, le côté non assumé et tiède ; et quand c'est affiché au premier plan, c'est là encore pour des reproches d'argument commercial cynique. Preuve, à nouveau, que c'est un sujet compliqué.

Et Batwoman ne parade pas tous les jours en égérie LGBT non plus. Ou alors, il faudrait considérer que tous les blockbusters vendus sur les romances, les belles actrices en love interest au premier des affiches, et les déclarations promo à base de "c'est avant tout une histoire humaine, d'amour, de famille", sont des mouvements marketing hétéro douteux.
Le sujet intéresse pas mal de gens (notamment pour les raisons précédemment citées), mais la série a surtout été discutée pour son choix de casting critiqué, sa place dans l'univers DC, et l'événement Crisis on Infinite Earth. Et ses qualités-défauts en tant que série, tout simplement.

Damdam
21/01/2020 à 11:41

Le jour où nous n'aurons plus besoin d'écrire un article pour dire que tel ou tel hero est ouvertement homosexuel et que c'est donc une révolution, on aura enfin gagné le "combat" pour l'acceptation.
Est ce qu'on fait un article pour dire que superman est hétérosexuel ? Alors pourquoi en faire un sur la sexualité de batwoman et autres héros marvel ?
Intégrer des personnages homosexuels c'est bien, ça permet l'ouverture d'esprit mais l'utiliser pour la promo c'est comme si on disait "regardez les homos on vous comprend, on a un perso homo dans notre films, venez nombreux". Ça a juste l'effet inverse sur moi, je me sens repoussé dans la case qu'on a toujours voulu me mettre.

Bref

Caroline
21/01/2020 à 10:47

On en revient au thème du film "The Lobster" de Yorgos Lanthimos avec Colin Farrell : je n'aime que ce qui me caractérise, je cherche partout mon alter ego, si l'autre n'a pas les mêmes goûts je m'en vais.

ComprendsPas
21/01/2020 à 10:33

Je m'en fous.....

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