Simon Baker (The Mentalist)

Aude Boutillon | 6 juin 2011
Aude Boutillon | 6 juin 2011

La troisième saison de The Mentalist vient de s'achever aux Etats-Unis, sur la révélation de l'identité de Red John, célèbre Némésis de Patrick Jane. Après le succès des deux premières saisons en France (malgré la décision contestée de TF1 de diffuser les épisodes dans le désordre), la troisième devrait débarquer incessamment sous peu sur TPS Star. Retour sur notre rencontre avec Simon Baker lors du dernier festival de Monte-Carlo.

 

Propos et autoportrait (en fin d'article) recueillis par Stéphane Argentin au cours du 50ème Festival de Télévision de Monte-Carlo (juin 2010). Traduction et retranscription par Aude Boutillon.

 

 

Qu'est-ce qui vous a le plus intéressé dans The Mentalist ? Le fait que ce soit une série de Bruno Heller, le créateur de la série Rome ? Ou bien votre personnage ?

J'ai trouvé le personnage intéressant. Je ne connaissais pas bien Rome, que je n'avais jamais regardée, mais ce projet était vraiment à mille lieux de Rome, c'était assez perturbant. Mais j'ai aimé le principe de la série, qui pouvait être à la fois très commercial et permettait au personnage d'avoir une certaine épaisseur. Il est drôle, mais aussi fort. Il y a en lui une part très sombre, c'est un personnage puissant.

 

Quel travail avez-vous effectué pour l'interprétation de ce personnage ?

J'ai fait beaucoup de recherches sur internet, je me suis en particulier intéressé à Darren Graham, un  mentaliste anglais qui se montrait très sceptique, puisqu'il présentait une émission dans laquelle il faisait son numéro puis expliquait les trucs et astuces, ce qui décrédibilisait le côté médium. Je me suis aussi intéressé aux opposés, c'est-à-dire à ces personnes qui se vendent comme ayant des pouvoirs, comme Uri Geller. Je tenais à voir les deux facettes de ce personnage. J'ai moins regardé les astuces que la façon dont elles étaient présentées. Au début de la série, quand je faisais ce numéro de médium, il y avait un côté showbiz, avec tous ces flashbacks, c'était assez imprudent vis-à-vis de la nature même du personnage. J'ai le sentiment que désormais, le don de mentaliste de Patrick Jane est abordé de manière honnête, directe. Il n'utilise qu'occasionnellement ces supercheries, quand il s'adresse à quelqu'un qui croit qu'il est médium. Finalement, son personnage est une combinaison de ces deux aspects, entre lesquels il jongle.

 

On peut assister à une progression du personnage de Patrick Jane, depuis la première saison. Comment travaillez-vous sur cet aspect ?

Je pense que le personnage change d'épisode en épisode, mais en gros, c'est quelqu'un de brisé, qui cherche la rédemption. Il a du mal, car il ne parvient pas à se trouver. C'est un conflit en lui-même, et il a une certaine vulnérabilité en raison du traumatisme qu'il a vécu.

 

Pensez-vous que le personnage de Red John soit en quelque sorte un élément schizophrénique, le reflet de la culpabilité ressentie par Jane pour quelque chose dont il n'est pas responsable ?

Absolument. Leur relation est très intéressante, ils sont bien plus proches qu'ils ne le pensent. Ils sont en quelque sorte nécessaires l'un pour l'autre.

 

 

Pensez-vous que la storyline de Red John (qui ne représente qu'une poignée d'épisodes par saison) soit essentielle à la série ? Si votre personnage découvrait l'identité de Red John et le capturait, en serait-ce la fin ?

Selon moi, oui. La série est basée dessus. S'il parvenait à l'attraper, Red John devrait être remplacé par un autre Némésis. Si vous regardez le personnage de Red John en prenant du recul, c'est en réalité un « dispositif dramatique » qui amène une tension. C'est Kaiser Sauze. Il y a un élément de mythologie. Personnellement, j'aimerais que tous les épisodes le concernent, mais c'est impossible car il perdrait son côté mythologique. Les gens adorent ça dans les séries.

 

Red John a aussi une importance quand il n'est pas à l'écran. Le fait que Jane ait une part sombre influe sur ses relations, notamment avec le personnage de Robin Tunney. Sans cela, ils pourraient peut-être développer une relation.

Peut-être bien. En tant qu'acteur, lorsque vous travaillez sur une série, il y a toujours une opportunité de laisser des indices, de créer des possibilités, à destination du public. Nous avons passé la première saison à le préparer à comprendre que The Mentalist serait ce genre de série, et que ce sera votre travail en tant que public d'assimiler ces indices et de faire travailler votre imagination. J'ai le sentiment qu'il y a toujours des possibilités de créer des situations, dans cette série : avec Red John, c'est celle de dévoiler la vulnérabilité du personnage de Patrick Jane. Dans la première saison, le personnage de Kristina Frye (interprétée par Leslie Hope) dit qu'elle est parvenue à communiquer avec ma femme, et je pense qu'il est important pour le public de voir à quel point le personnage de Jane est vulnérable. Tous les jours, il a cette force de travailler avec le CBI pour se repentir, pour avancer.

 

Comment expliquez-vous le succès de la série ? Par l'aspect « drama », peut-être ?

Je pense que c'est un élément. Je suis toujours attiré par ce vieux style de mystère, d'histoire de détective, où vous avez un ensemble de suspects, et on procède par élimination. Vous ne pouvez pas aider à la résolution de l'énigme, mais juste avoir une opinion en tant que membre du public. Je pense que si vous consacrez une heure de votre temps à une série, toutes les semaines, c'est votre droit de ne pas être mis à l'écart et de ne pas vous contenter de dire « ah, d'accord, l'ADN sous le microscope dit que ça doit être lui ». Vous pouvez monter n'importe quoi avec la science, c'est sans intérêt. Imaginez, je vous raconte une histoire, et la fin n'a absolument rien à voir avec le début, et vous vous dites « c'est pas drôle, je me suis fait avoir », c'est pareil avec l'ADN. Je passe 50 minutes à écouter une histoire, j'ai envie de la comprendre ! C'est sans intérêt.

 

 

The Mentalist ressemble énormément à la bonne vieille enquête policière façon Columbo. D’autant que la vraie question de Columbo comme The Mentalist, c'est « qui est le personnage ». Columbo n'a jamais été évoqué sur le plateau ?

Si, j'ai parlé de Columbo avec les auteurs de The Mentalist. Mais certains d'entre eux sont si jeunes qu'ils ne connaissent même pas cette série et j'ai dû leur prêter les DVD (rires).

 

Percevez-vous une relation entre vous, un acteur, et votre personnage jouant un médium ?

Un des plaisirs de jouer Patrick Jane, c'est que c'est un acteur. Parfois, le plaisir réside dans le fait que c'est un personnage en perpétuelle représentation. Il doit s'engager dans les choix qu'il fait en tant qu'acteur. Je suis un acteur jouant un acteur qui joue un rôle, ça en devient comme les poupées russes. C'est marrant.

 

Reverra-t-on Kristina Frye dans les saisons prochaines ? Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé...

Nous verrons dans la saison 3. Nous en parlons toujours. Je n'en dirai pas plus. Mais selon moi, la question est de savoir si Kristina Frye était juste une idylle, ou l'idée que quelqu'un jouait avec l'esprit de Jane. Ce dernier ne se voit certainement pas comme quelqu'un qui peut être romantique, et il s'est trouvé que Kristina était simplement la personne la plus proche de lui, à un moment donné. Au départ, ce n'était pas nécessairement elle qui était concernée en premier lieu, mais elle le devient à plusieurs aspects.

 

Sur le plateau, l'heure est plutôt à l'amusement ou à la concentration ?

Les deux ! Vous pouvez à la fois vous concentrer et vous amuser. Je dois connaitre mon personnage mieux que tout le monde. Un des luxes de travailler sur cette série avec ces personnes, c'est que j'ai la possibilité de vraiment explorer mon personnage et de discuter de l'histoire et de la direction de mon personnage. C'est très important pour moi.

 


 

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