Lucy Lawless et Peter Mensah (Spartacus)

Aude Boutillon | 6 mai 2011
Aude Boutillon | 6 mai 2011

Le 8 mai, Spartacus : Gods of Arena débarque en France sur la chaîne Orange Ciné Choc. Cette préquelle de Spartacus : Blood and Sand s'intéresse à la vie des turbulents habitants de la Cité avant l'arrivée de Spartacus, l'esclave et gladiateur qui lancera la première révolte d'esclaves. Cette mini-série dérivée, petite friandise avant le tournage de la seconde saison, saura-t-elle combler les amateurs d'excès en tous genres qui caractérisaient la première saison de Spartacus ? Retour sur la rencontre de l'équipe d'Ecran Large avec Lucy Lawless, inoubliable Xena (à ses dépends !) et Peter Mensah, respectivement interprètes des personnages de Lucretia et Doctore.

 

Propos et autoportrait (en fin d'article) recueillis par Stéphane Argentin au cours du 50ème Festival de Télévision de Monte-Carlo (juin 2010). Traduction et retranscription par Aude Boutillon.

 

 

Comment avez-vous eu connaissance de la série Spartacus, et quelle a été votre réaction quand on vous a proposé d'y interpréter un personnage ? 

Peter Mensah : Nous avons pris connaissance de la série différemment. Pour ma part, j'étais en plein voyage quand j'ai reçu un coup de téléphone de Steven DeKnight, le créateur de Spartacus, et j'ai immédiatement pu me rendre compte qu'il y avait là un super projet susceptible de m'intéresser. Puis ils m'ont envoyé un script du second épisode qui a confirmé ce que je pensais, à savoir que ça allait être quelque chose de très excitant et novateur, du jamais-vu à la télévision. La décision a été très facile à prendre, surtout quand j'ai su que Robert Tapert était impliqué dans ce projet.

Lucy Lawless : Mon mari (Robert Tapert) est le producteur exécutif, et il hésitait à me proposer le rôle de Lucretia, tout simplement parce qu'il n'était pas sûr de vouloir voir son épouse faire toutes ces choses que fait Lucretia (rires), mais il a finalement décidé que ce rôle était fait pour moi.

 

Peter, vous avez tourné dans 300. Les producteurs vous ont-ils dit que Spartacus reprendrait le même style, notamment au niveau de la réalisation ? 

Peter : Nous n'avons jamais évoqué 300 durant notre discussion sur Spartacus. Il a toujours été question de créer un produit original, unique, basé sur une histoire différente et surtout de créer une approche différente, spécialement pour la télévision. Même si l'on peut faire des comparaisons, à aucun moment nous n'avons tenté de faire la même chose que dans 300. Bien entendu, on peut y trouver des similarités, comme le fait que les deux adoptent le style des romans graphiques. Il y a une chose intéressante dans le fait de produire une série télévisée, c'est que nous montrons l'équivalent de 13h d'images, ce qui est très différent de montrer au public un film de 3h. Dans une série, les choses sont beaucoup plus détaillées.

 

   

Pensez-vous que par le futur, nous verrons davantage de séries dans ce genre, filmées sur fond bleu ?

Peter : Je pense que c'est quelque chose de très populaire, il y a quelque chose de très attractif dans ce style de roman graphique et dans ces productions très éclatantes visuellement. Si ces séries se développent, et je pense que ce sera le cas, alors je suis très heureux d'être associé à l'une d'entre elles qui le fait si bien.

 

Qu'est-ce que cet environnement change pour vous ? 

Lucy : Ca peut être difficile, car vous devez imaginer les choses au lieu de les voir, ce qui peut avoir une mauvaise influence sur votre façon de jouer. On essaie de faire en sorte qu'il y ait toujours quelque chose à regarder, quelque chose d'approprié et pas seulement une balle de tennis à l'extrémité d'un baton.

 

Lucy, pouvez-vous décrire votre personnage ?

Lucy : C'est une garce (rires). Non, je ne voulais pas qu'elle soit simplement la grande méchante de la série, je trouve ça ennuyeux. Je voulais en faire un véritable être humain, une battante. C'est à la fois son point faible et sa force. C'est la survivante ultime. Elle continue à s'adapter quand elle doit affronter l'ennemi. Et Dieu sait qu'il y avait beaucoup de choses à affronter pour survivre. Ca n'était pas une époque facile !

   

Que pouvez-vous nous dire à propos de la préquelle ?

Lucy : Je n'en sais pas grand-chose, à vrai dire. Je sais qu'on en verra beaucoup plus. (s'adressant à Peter) Ton personnage va être approfondi, non ? Oe... Oenomais, c'est ça ?

Peter : Oenomaüs. Elle me demande si je connais le nom de mon propre personnage, quand même (rires) ! Ce qui sera super avec cette préquelle, c'est que le public aura des éclaircissements. D'ici à ce qu'on commence la saison 2, on comprendra vraiment ce que les personnages traversent, maintenant qu'on connait un peu leur histoire. Mon personnage, Oenomaüs, aka Doctore, va être un peu plus exploré dans la préquelle.

Lucy : Ce n'est pas évident, parfois, lorsqu'on vous donne des informations concernant votre personnage dont vous n'aviez pas conscience. C'est fou, ça remet complètement en question ce qu'on a fait dans la première saison ! Mais ça va être marrant.

 

Beaucoup de personnes connaissent Spartacus à travers le film de Stanley Kubrick. Ca n'a pas du être facile de passer après ce monument cinématographique ?

Lucy : La barre est placée très haut et la façon dont nous avons revisité cette histoire mythique a choqué et énervé beaucoup de monde. Mais à quoi bon la raconter exactement de la même façon ? Ca a déjà été fait ! C'était vraiment génial, et nous, nous le faisons de manière totalement différente. Nous l'avons donc rendu aussi sauvage que possible (rires).

Peter : Le travail de Kubrick est incroyable. Pour ceux qui commencent à regarder Spartacus avec de grandes attentes à ce niveau-là, ça peut prendre quelques épisodes pour se plonger dans l'histoire. Mais au bout de 4, 5, 6 épisodes, vous êtes totalement immergés dans ce que vivent les personnages. Et j'imagine que d'ici le dernier épisode, vous acceptez qu'on vous dépeigne une version complètement différente de cette histoire. Je pense que ça a toujours été la volonté qui a guidé cette série : non pas de reproduire ce qui avait déjà été fait, mais de présenter une vision différente de cette histoire, avec des personnages plus « crus ». 

 

Dès le départ, la série a fait couler beaucoup d'encre en raison de sa violence et des scènes de sexe.

Lucy : Les gens sont tellement attirés par ce qu'ils ne peuvent pas avoir (rires) ! Relax, c'est juste une paire de seins ! Ca n'est pas si grave ! C'est idiot, vraiment.

 

Est-ce que c'était quelque chose que vous aviez à l'esprit, au début, le « buzz » que susciterait Spartacus ?

Lucy : Vous devez en faire beaucoup pour attirer l'attention, de nos jours. Dans chaque épisode, on a ce qu'on appelle des "moments de distributeurs à eau", deux à trois par épisode, et le lendemain, au bureau, les gens se tiennent devant ce distributeur et disent « oh mon dieu, tu as vu ce qui s'est passé dans Spartacus hier soir ? », parce qu'on a jamais vu ça a la télé. Ca nous plait, quelque part.

Peter : En fait, je crois qu'on décrit une époque très différente de maintenant. On pouvait se faire tuer à tout instant, l'esclavage était affiché, et la nudité n'était pas un pêché moral. Non pas que ce soit différent maintenant (rires). On a juste essayé de plonger le téléspectateur dans ce monde-là. Ça a pu être choquant au début car nous n'y sommes pas habitués. Mais au fil du temps, ça devient juste le contexte servant de toile de fond à l'histoire de personnes qui essaient de survivre à des temps difficiles.

Lucy : Et tout cela est aussi vrai sur le plateau de tournage. Au début, il était difficile de faire ce genre de choses. Il y a tellement de nudité autour de vous. Mais avec le temps, plus personne n'y prête vraiment attention. Vous vous retrouvez à prendre un café en compagnie d'une personne nue, d'une autre couverte de sang... (rires)

   

 

Quelles sont les limites, au niveau de la violence, de la nudité ?

Lucy : Il y a bel et bien des limites. Les scènes de sexe sont uniquement suggérées. On ne fait pas du porno ! Personne n'a envie d'être associé à quelque chose de mauvais goût, même si le script le présente comme tel. C'est effectué de manière tout-à-fait correcte, il n'y a jamais de contact direct, malgré ce que vous pensez voir à l'écran. L'intégrité de personne n'est compromise.

Peter : Ca n'est pas du tape-à-l'œil, sauf peut être un petit peu au début, mais la plupart du temps, c'est toujours intégré à l'histoire.

                                                                                                

Travaillez-vous avec un consultant, pour les questions historiques ?

Lucy : Pas sur le plateau, mais au niveau de l'écriture. Mais Spartacus n'a pas vocation à être un documentaire, c'est du pur divertissement, notre travail est de vous faire voyager. Certains détails et personnages sont vrais, cependant.

Peter : Oui, ça reste du divertissement, même si on essaie de rendre une description vivante au possible. Avec un peu de chance, c'est ça qui est apprécié, plus que les sensations.

 

Est-ce que Spartacus aurait pu exister sans Rome ?

Lucy : Rob voulait raconter une histoire romaine depuis des années, il avait lu, il était vraiment passionné. Les gens ne lui ont pas fait confiance, ils ont dit « tu fais du Hercule et Xena », ils ne pouvaient pas concevoir qu'il fasse autre chose. Puis HBO a diffusé Rome, on a regardé, et on était complètement fans, on trouvait ça génial. Puis on a vu 300. Rob a dit « Mon Dieu, si j'arrive à comprendre comment utiliser ça, adapté à un budget et un format télé, je pourrais raconter mon histoire romaine ». Le travail de Zack Snyder a définitivement été une source d'inspiration.

 

Quand vous avez commencé à tourner dans Spartacus, vous êtes-vous dit que vos fans seraient surpris ?

Lucy : Je savais qu'il y aurait une sorte d'obstacle. Je voulais vraiment que Lucretia soit différente, qu'on ne voie pas de Xena en elle, et je pense que c'est réussi. Mais l'ombre de Xena plane toujours, je pense qu'il est nécessaire de s'éloigner un moment des plateaux, de laisser les gens faire de ce personnage de l'histoire ancienne. J'ai le sentiment que Spartacus représente un nouveau départ pour moi, et je suis ravie de cette opportunité.

 

Spartacus a fait de vous une icone néozélandaise, et vous avez eu l'occasion de tourner avec d'autres stars de ce pays, dans la série Flight of the Conchords. Racontez-nous cette expérience.

Oh, je me suis tellement amusée ! J'ai l'habitude de jouer des personnages forts, intelligents, et là je me suis retrouvée à interpréter une vraie nulle, un sac à patates stupide au possible. 

 

Aimeriez-vous continuer dans la comédie ?

Vous savez, il est très dur pour moi de refouler tout ça, car j'ai plutôt tendance à tout tourner en dérision. Et là, je ne peux pas le faire, car l'aspect "roman graphique" de la série ne s'y prête pas, c'est déjà beaucoup demander au public que de s'y accoutumer. 

Peter : Lucy est vraiment quelqu'un de très drôle, vous savez. Elle chante, danse, raconte des blagues...

Lucy : N'importe quoi, je ne danse pas. D'où tu tiens ça ?

Peter : Je t'ai vu faire ton numéro sur scène...

Lucy : Oui, bon, d'accord. (rires)

 

Vous avez aussi dansé dans un épisode de Xena, et après ça tout le monde s'est mis à faire des épisodes musicaux !

Peter : Juste pour que ce soit clair, ça n'arrivera pas dans Spartacus, il est hors de question que je fasse ça (rires) !

 

 

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