Jane Lynch (Glee)

Aude Boutillon | 6 avril 2011
Aude Boutillon | 6 avril 2011

A moins d'avoir passé l'année 2010 blotti dans une grotte au fin fond du Paraguay, le nom de Glee ne peut que vous être familier. Véritable raz-de-marée diffusé par la Fox aux Etats-Unis, la série musicale américaine a raflé une quantité folle de récompenses et élevé en quelques mois ses interprètes au rang de stars. Sa toute fraîche diffusion sur W9 nous donne l'occasion de vous faire découvrir les acteurs de ce phénomène, à commencer par Jane Lynch, interprète de la truculente Sue Sylvester.

 

Propos et autoportrait (en fin d'article) recueillis par Stéphane Argentin au cours du 50ème Festival de Télévision de Monte-Carlo (juin 2010). Traduction et retranscription par Aude Boutillon.

 

 

Vous manifestez un certain enthousiasme à incarner un tyran...

Quand j'interprète Sue Sylvester, je laisse s'exprimer le tyran qui est en moi, c'est vrai. Comme je tente de ne pas le laisser guider ma vie, c'est vraiment drôle, quand je peux le relâcher !

 

Vous aimez ça ?

J'adore ça (rires). J'adore dire ce queles gens gardent normalement pour eux.

 

Honnêtement, Glee ne concerne plus seulement quelques jeunes faisant partie d'une chorale, c'est une série qui tourne autour de Sue !

C'est ce que j'ai toujours pensé ! J'en suis très heureuse, peut-être qu'elle n'est qu'un des nombreux aspects de la série, mais je pense qu'avoir un méchant est très important. J'aime que les créateurs l'aient rendue si extrême. C'est une combattante, toujours à chercher la bagarre, même quand les autres personnages se montrent pacifistes, ou qu'il n'y a tout simplement pas de raison de se battre, elle crée le conflit. J'adore ça chez Sue.

 

Pensez-vous qu'elle soit réellement méchante ou bien qu'il s'agit uniquement d'une « façade » ?

Ca ne l'est pas pour elle. Pour les autres, oui, et c'est pourquoi elle est si populaire. Mais elle se voit comme une guerrière intrépide, une sorte de déesse héroïque.

 

 

Est-ce que tout est dans le script ou mettez-vous votre grain de sel dans votre interprétation ?

 

Tout est écrit, oui. La seule chose dont je suis responsable, c'est cette petite phrase dans l'épisode pilote : « Vous trouvez ça dur ? Essayez donc le water-boarding (technique de torture par l'eau, NDT). Ça, c'est difficile ! » (rires)

 

Quelle est la réaction des passants quand ils vous croisent ?

C'est drôle, ils m'aiment bien, ils ne m'en veulent pas d'incarner un personnage si mauvais, ils me disent simplement « oh, vous êtes tellement méchante ! » avec un sourire ravi.

 

Selon vous, pourquoi les personnages adultes de la série sont-ils si tristes ?

C'est à croire qu'on a carrément perdu espoir pour les adultes. Peut être avaient-ils des amis et de l'ambition, mais aucun d'eux n'a été capable de les garder au cours de sa vie. Ils sont comme bloqués à un stade de leur vie, avec leur petite jalousie mesquine. Il y a donc quelque chose de triste dans ces personnages, comme celui d'Emma, qui ne cesse de souhaiter le meilleur, mais est incapable de passer au-dessus de sa propre maladie. Les adultes sont coincés, et les jeunes les regardent en pensant « wahou, je ne veux pas finir comme ça ».

 

C'était comment, de tourner avec Olivia Newton-John ?

C'était génial, je suis une grande fan d'Olivia. C'était absolument incroyable de la rencontrer, puis de travailler avec elle, et même de devenir son amie. Enfin je veux dire je lui ai envoyé un e-mail et elle m'a répondu (rires). Elle était adorable, aussi gentille qu'on se l'imagine.

 
 

Qu'est-ce qui explique la popularité de votre personnage et des vilains en règle générale : House, Dexter... ?

Sue ne mache pas ses mots et dit tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas. House est aussi un bon exemple avec son cynisme exacerbé. Le public adore ça. Mais nous ne sommes pas des personnages dangereux ! House est vraiment inoffensif, tout comme Sue Sylvester. A l'inverse, Anthony Hopkins dans Le silence des agneaux est dangereux et il est donc difficile de se prendre d'affection pour lui. Mais c'est un peu plus facile avec nous, car nous montrons notre humanité, nous ne sommes pas des sociopathes, juste des personnes qui ont choisi un moyen d'expression particulier.

 

La transformation de la série en un véritable phénomène vous a-t-elle surprise ?

Oui, pas au point de dire « oh mon dieu, je n'aurais jamais pensé que ça puisse arriver », puisque vous l'espérez toujours. J'ai tourné dans énormément de séries et de pilotes dont je pensais qu'ils étaient tous très bons, mais qui n'ont jamais vu la lumière du jour. En voir un qui rencontre le succès et met carrément le feu est donc une expérience assez incroyable. Je n'ai jamais rien vécu de tel.

 

Vous avez chanté dans la série, auriez-vous aimé faire partie de la tournée Glee ?

Oui, j'adore faire des représentations en direct, mais ce n'était pas à l'ordre du jour pour Sue. Peut-être qu'elle fera partie de la prochaine tournée. Ce Glee Tour est une occasion merveilleuse de montrer que les jeunes comédiens du show sont réellement les interprètes des chansons, et pas uniquement de simples robots jukebox !

 

Parlez-nous de votre performance sur Vogue, de Madonna.

 

Nous avons probablement plus travaillé sur cette performance musicale que sur toute la saison. Les réunions de production ont commencé trois mois avant le tournage, tout comme mon entraînement de danse, car oui, apprendre me prend tout ce temps ! Quand est arrivé le moment du tournage, nous étions donc vraiment préparés, et nous l'avons bouclé en une journée. Tout était parfait : éclairages, vêtements, maquillage, danseurs. On avait vraiment travaillé dur pour en arriver là. Quand on l'a vu, on était tous tellement fiers de nous ! Le succès que la chanson a rencontré, c'était la cerise sur le gâteau.

 

 

Vous ne chantez que deux fois dans la série, ça vous suffit ?

J'aimerais chanter davantage. Je ne l'ai pas réclamé, je ne préfère pas, on nous propose des choses tellement géniales que mon imagination fait pâle figure comparée à celle des auteurs.

 

Au milieu de la première saison, on découvre la sœur de Sue. Aviez-vous conscience de cette facette de votre personnage ?

Non, c'était une surprise quand j'ai lu le script. Au cours de l'épisode où je fais passer des auditions et où je choisis cette fille atteinte du syndrome de Down je me suis demandé, « aïe, qu'est-ce que je vais devoir faire, être méchante à l'égard de cette gamine malade ? ». Mais après cela, on découvre que la sœur de Sue est atteinte du même syndrome, et ma mâchoire s'est littéralement décrochée tellement j'ai trouvé ça brillant. C'est en parfaite adéquation avec ce que Ryan (Murphy, le créateur de la série, NDLR) veut que la série aborde, c'est-à-dire des gens qui sont clairement des paria, et c'est la raison pour laquelle Sue est si méchante avec les jeunes. Elle a protégé sa sœur toute sa vie, et elle cherche à se venger de cette blessure qui se rouvrait chaque fois que quelqu'un s'en moquait.

 

Aimeriez-vous la voir devenir un personnage récurrent ?

J'aime le fait que Sue ait un endroit où on puisse la voir telle qu'elle est : vraie, honnête et vulnérable, où elle a quelqu'un à qui parler, et sa sœur a toujours la bonne réponse à lui apporter. Je suis heureuse qu'ils aient créé ce personnage, et je suis heureuse qu'elle fasse des réapparitions.

 

Parlez-nous du tournage avec les jeunes.

C'est marrant, vous savez, jouer,danser et chanter a tendance à nous mettre tous sur un pied d'égalité. Je me sens comme leur pair. Ils ont 25, 30 ans pour certains, et je ne les vois pas comme des gamins, et je ne pense pas, malgré mon expérience, qu'ils me voient comme autre chose que leur égal.

 


 

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