A part Ça, les trésors perdus de Stephen King : Les Langoliers

Christophe Foltzer | 31 octobre 2018
Christophe Foltzer | 31 octobre 2018

La rédaction se penche sur les adaptations oubliées du maître de l'horreur ! 

Carrie au bal du diableShiningThe Mist … L’œuvre foisonnante de Stephen King a logiquement servi de matrice à certains des grands films fantastiques de ces dernières décennies, et la rédaction vous propose de revenir sur les adaptations de King.

Mais pas n’importe lesquelles : pas les chefs d’œuvres ultra-commentés, pas les réussites éclatantes ou les perles du genre. Non, derrière ces emblèmes bien connus se niche une tripotée d’adaptations beaucoup moins connues, qui composent un coffre à trésors horrifiques particulièrement réjouissant.

Films fous, inclassables, ratés, malades ou incompris... Ecran Large plonge dans l’héritage bizarroïde du Maître de la Terreur, en vous proposant de revenir sur des adaptations peu ou mal connues.

 

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QUATRIEME DIMENSION

Là, on attaque du lourd, voire du très lourd. Si vous avez grandi à la fin des années 90 - début 2000 et que vous aviez M6 qui tournait en boucle, vous êtes forcément tombés un moment ou un autre sur Les Langoliers, mini-série de 3h qui se voulait prestigieuse et qui l'est, mais pas forcément pour les raisons que l'on pense.

Comme souvent, la source du projet se trouve dans une nouvelle de Stephen King, publiée chez nous en 1990 dans le recueil Minuit 2 dont pas mal de personnes s'accordent à dire qu'elle est la meilleure du livre. D'ailleurs, la nouvelle s'est vue gratifiée du prix Bram Stoker de la meilleure nouvelle longue en 1991, ce qui en a fait évidemment une cible immédiate pour une adaptation en film ou en série. En partant de là, il faut comprendre qu'à l'origine, Les Langoliers était considéré comme un grand classique du King et que rien ne nous préparait au "truc" que nous allions découvrir quelques années plus tard sur nos écrans.

 

Photo LangoliersNon, ce n'est pas une cinématique de Blood Omen sur PS1

 

Le principe de départ puise son inspiration dans les types d'histoire dont nous régalait La Quatrième Dimension : une distorsion de la réalité, un cauchemar éveillé, l'installation dérangeante de l'étrange, des personnages comme tout le monde et une sacrée ironie dramatique. Les Langoliers prend donc place dans un avion, reliant Los Angeles à Boston, et dans lequel il se produit un événement plus qu'étrange. Alors qu'une dizaine de passagers, plus quelques membres d'équipages, se réveillent, ils comprennent qu'ils sont seuls dans l'appareil, tout le monde a disparu. Coupés du monde, ils se posent à l'aéroport de Bangor (dans le Maine bien entendu) où là encore, il n'y a pas âme qui vive. Tout leur semble familier et à la fois différent et bientôt des sons stridents se font entendre, que l'un des passagers paranoïaques associe aux Langoliers, des monstres dont il avait peur enfant.

 

Photo LangoliersEn fait c'est des grosses noix avec des dents

 

"AREOPORT DE NICE, DEUX MINUTES D'ARRÊT"

Qu'on se le dise, la nouvelle, bien qu'elle ait quelque peu vieillie aujourd'hui, est un modèle de suspense et de tension, privilégiant le mystérieux et le dissimulé au fantastique graphique et ostentatoire. Un peu à la manière de Brume, qui a donné naissance à The Mist, Les Langoliers est avant tout un portrait de la société moderne qui, confrontée à une situation qui la dépasse, devra s'unir ou non pour survivre, avec peu d'espoir au final tant l'esprit humain est capable du meilleur comme du pire dans ces moments. Avec des personnages-fonction, qui représentent différents clichés de la société occidentale (l'homme d'affaire, le pilote figure d'autorité, etc...), basiques au premier abord mais condition nécessaire pour que le message adressé passe.

On y trouve également l'autre grand thème de prédilection de l'auteur, à savoir la perversion du passé et de l'enfance puisque la dimension qui retient notre équipage trouve ses racines dans un passé refoulé ; les monstres en question sont issus de l'enfance du personnage de Craig Toomy, pivot de l'intrigue et grande figure du mal à visage humain. On peut trouver le discours un peu léger, unilatéral et schématique mais, dans le cadre du récit, cela fonctionne parfaitement.

 

Photo LangoliersLE Bronson Pinchot

 

Forcément, comme souvent avec King, la transformation d'une nouvelle (même longue) en mini-série de 3h ne se fait pas sans dégâts, d'autant plus lorsque l'on sait que c'est le groupe ABC qui commande le projet. Chaine grand public et familiale par excellence, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle conserve toutes les zones d'ombre et les ambiguïtés du récit, préférant un suspense et une efficacité tout relatifs au fond de l'histoire.

Pourtant, l'adaptation n'est pas confiée à un manchot. En effet, s'il est un réalisateur relativement discret, Tom Holland est quand même l'auteur de l'excellent Vampire, vous avez dit vampire ?, du premier Chucky, Jeu d'enfant et de quelques épisodes des Contes de la Crypte. Pas un génie donc, mais un solide artisan qui connait son métier.

 

Photo LangoliersGrosse fatigue...

 

Le problème, outre l'édulcoration opérée par la chaine, c'est le format. 3 heures, c'est long, surtout quand on n'a rien à dire. De plus, en 1995, la télévision est encore en 4/3, ce qui interdit toute vraie composition dramatique de l'image et autre gestion de la verticalité alors que le récit l'exigeait (on parle quand même d'un avion et d'un portail dimensionnel). En résulte une mise en scène plate et fonctionnelle qui fait le job, sans plus. L'autre souci, et c'est l'un des plus importants, c'est la maigreur de son budget.

L'ambition est démesurée visuellement, mais les CGI utilisées ne sont pas au top des capacités de l'époque et leur intégration n'en est que plus douloureuse. Impossible dans ces conditions de rendre les Langoliers menaçants lorsqu'ils semblent avoir été confectionnés par un stagiaire en création graphique et que leur apparition est dictée par les nombreuses coupures pub. Les Langoliers, pour ne rien arranger, est désespérément ennuyeux. A un point tel qu'on a bien du mal à se rappeler de quoi ça nous parle alors qu'on est encore en train de le regarder, ce qui est un sacré exploit, même pour l'époque.

 

Photo LangoliersLa fine équipe

 

ACTOR'S STUDIO

Mais alors, pourquoi regarde-t-on encore Les Langoliers aujourd'hui ? Pour son casting. Forcément, un casting de série B, des acteurs relativement prestigieux pour ce type de production qui ont bien du mal à camper leurs personnages dans un scénario qui enchaine les éléments grotesques et clichés. Pourtant, ils font ce qu'ils peuvent et ils s'en trouvent très attachants. Le grand David Morse  (qui n'est pas un étranger à l'univers de Stephen King) est tout en retenue, doux et sympathique, et accomplit parfaitement sa tâche de figure paternaliste sage, bienveillante et cartésienne, qui cache sa peur sous ses responsabilités envers ses passagers.

 

Photo LangoliersOuais, allez, un peu d'indulgence quoi

 

Mais, LA star de la mini-série, c'est bel et bien Bronson Pinchot, dans le rôle de Craig Toomy. Vu dans la série Larry et Balki, ou encore dans les Flics de Beverly Hills, le comédien nous livre une prestation hallucinante et halluciné qui mérite à elle seule la torture que l'on s'inflige, et en VO de préférence s'il vous plait. Totalement paranoïaque et flippé, il compose un incroyable numéro de cabotinage hystérique, en totale roue libre, tel que l'on n'en voit qu'une fois par décennie, qui ne frise jamais le ridicule, mais l'embrasse constamment, au point que le métrage en devient passionnant. A côté de lui, le pourtant très bon Dean Stockwell (autre grand spécialiste du cabotinage dans ses mauvais jours) fait bien pâle figure. 

Les Langoliers  se classe haut la main en tête des pires adaptations d'un récit de Stephen King et c'est paradoxalement ce qui le rend aussi bon. Pour une soirée Z, avec des potes, de la bière et un stock conséquent de pizzas, c'est un divertissement régressif qui n'a pas de prix tant il n'a aucun sens. Il faut le voir au moins une fois dans sa vie, juste pour savoir ce que cela fait. Et peut-être vous direz-vous à la fin de la mini-série que Damon Lindelof a dû sacrément la kiffer lorsqu'il était ado, parce que la filiation avec Lost est assez évidente.

 

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commentaires

Miami81
07/11/2018 à 12:50

Je confirme, avec une durée de 3 heures, les film est relativement ennuyeux alors que la nouvelle était très prenante. Les effets spéciaux étaient relativement médiocres, mais bon, c'était il y a plus de 20 ans et l'époque où on mettait partout du numérique dégueu. Reste le savoir faire américain dans l'Entertainment qui fait que, même pas terrible, on se laisse se prendre au jeu et on regarde jusqu'au bout. Et la présence des acteurs de série du moment qui rajoute la touche "oh elle ou lui je l'aime bien".

Euh
01/11/2018 à 10:11

Les cut scenes de Blood Omen à l'époque c'était très sympa :) les langoliers déjà à l'époque ça choquait, je ne l'ai jamais vu en entier, juste des parties ici et là, ce qui le rendait encore plus étrange.

Richter
01/11/2018 à 09:34

Je garde une certaine affection pour ces adaptations télé. Il y a celle-ci mais aussi Les Tommyknockers et.... Rose Red qui pour le coup n'est pas l'adaptation d'un de ses romans. Dans les films,Silver Bullet est mon préféré.

Decker
01/11/2018 à 02:54

Super téléfilm super lent de 4 heures avec un rôle parfait pour Dean Stockwell (ou Al dans Code Quantum), Idéal pour s'endormir (vraiment!)..

Chris
01/11/2018 à 01:09

J'avais apprécié à l'époque ce téléfilm sur "Les Langoliers" ce n'est vraiment pas la pire adaptation de Stephen King comme vous dites. Evidemment les effets spéciaux sont dépassés et ça traine un peu en longueur mais l'ambiance générale et le mystère dans la première partie sont vraiment bien. Je l'ai revu il y a pas longtemps et il m'à toujours bien plu (il est dispo en français sur youtube pour ceux que ça intéresse). Par contre je trouve que Bronson Pincho en fait des tonnes dans son rôle, il à déjà été nettement meilleur que ça, notamment dans "True Romance".

cassbob
27/01/2018 à 13:03

Je ne suis pas d'accord avec ce point de vue, il y a des choses très intéressantes, surtout que l'article paradoxalement reconnaît que c'est une série z mais le critique comme un film...
Je ne le trouve pas ennuyant(sauf si on a rien suivi ou qu'on a décroché après 5 min) , la réalisation(mis à part les effets spéciaux) et franchement bonne, et le coté vieillot de l'image participe encore plus à ce sentiment de fin de monde(les prises de vue dans la colline avec les pylônes électriques donnent vraiment un sentiment particulier)
Non ce n'est pas la pire adaptation, non il n'y a rien de drôle à mater ça entre potes (à moins de visionner la version française)et oui cette mini série(pour rappel hein !) vaut vraiment la peine en prenant compte de son age et de ses moyens. Et puis Bronson Pinchot est excellent.

Belafiul
06/12/2017 à 15:05

Ce téléfilm mériterait un remake ça c'est sûr

King le maître
04/09/2017 à 15:53

Pas du tout d'accord , si on va par la , l'adaptation de ça en téléfilm était à chier aussi , rien à voir avec le bouquin. Les langoliers est comme mieux qu'un shinning remasterise en telefilm. En tout cas ça fais plaisir de voir qu'autant de monde attend la sortie du remake de gripsou. " Tu veux un ballon ? "

Geoffrey Crété - Rédaction
04/09/2017 à 12:08

@Louig

Suite à un bug sur l'article, il a été reposté tout beau tout neuf, et malheureusement sans les commentaires...

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/997302-a-part-ca-les-tresors-perdus-de-stephen-king-peur-bleue

Louig
04/09/2017 à 12:02

Ils sont passés où les commentaires sur silver bullet ???!!

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