Le Bureau des Légendes : de l'ombre à la lumière, la série d'Eric Rochant est devenue incontournable en 3 saisons

Sophie Sthul | 10 juillet 2017
Sophie Sthul | 10 juillet 2017

Le Bureau des Légendes a achevé sa troisième saison et, serait-on tentés d’écrire sa mue. De série bureaucratique vers un concentré romanesque, qui s’impose désormais parmi les figures de proues de la fiction hexagonales.

 

MONTEE EN PUISSANCE

La série orchestrée par Eric Rochant débutait dans les bureaux anthracites de la DGSE, pour se poursuivre dans d’interminables corridors et officines, encadrée par la voix-off d’un de ses personnages principaux. Une mise en place soignée, mais dont la première saison souffrait encore d’un développement un peu laborieux, et surtout d’une note d’intention en forme de piège.

Car à vouloir débarrasser le mythe de l’espion de ses colifichets kitsch, de sa patine spectaculaire artificielle et de ses absurdités géopolitiques, le show a pris le risque de le déshabiller complètement, de le départir de la part de fantasme romanesque qui en fait justement le sel.

 

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Et c’était d’ailleurs la faiblesse principale de cette entame, en dépit d’une forme maîtrisée et par endroits inventive (Le Bureau des Légendes est aujourd’hui la proposition formelle la plus aboutie de la production télévisuelle française), ces espions grisonnants manquaient singulièrement de chair, de passions. Puis vint la saison 2, tournée sur l’extérieur, précipitant ses héros et leurs angoisses dans un univers menaçant, où le scénario confrontait bien plus efficacement sa note d’intention, avec les identités remarquables du genre.

 

Mathieu Kassovitz, Le Bureau des légendes

 

SERIAL KILLER

Le fait est suffisamment rare pour être noté – voire applaudi – Le Bureau des Légendes parvient à tenir son rythme sériel d’une saison annuelle, d’où un sentiment de proximité avec l’œuvre et la possibilité de la sentir évoluer presque en temps réel, franchement appréciable sous nos latitudes.

 

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C’est aussi ce qui nous permet d’apprécier fortement comment la série progresse encore dans ses ambitions et son équilibre. Le terrain est désormais prégnant, et permet à tous les protagonistes de s’accomplir, grâce au talent de leurs interprètes, mais également à l’intelligence de l’écriture. Qu’il s’agisse du parcours torturé d’un Mathieu Kassovitz fiévreux ou de la toujours vibrante et imprévisible Sara Giraudeau, la majeure partie de nos anti-héros offre au récit un formidable moteur, à explosion bien évidemment.

On note avec plaisir que ce sont désormais les opérations extérieures qui occupent le centre émotionnel du dispositif, charriant une nuée de personnages passionnants (on pense notamment à une bouleversante combattante Kurde), alors que le rythme de l’ensemble épouse désormais totalement sa logique feuilletonnante, ce qui décuple encore son impact.

 

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THE OFFICE

Si la saison 3 est la meilleure, qu’elle confirme le statut de leader du Bureau des Légendes en matière de divertissement dramatique, comme Engrenages en son temps, il lui reste encore une marge de progression. En effet, alors que la dimension « spectaculaire » de l’histoire impressionne souvent et déploie une remarquable créativité en matière de suspense et de puissance dramatique, son pendant administratif apparaît de plus en plus faible.

Non seulement les séquences situées dans les bureaux, parisiens ou autres, sont d’un didactisme et d’une rigidité qui affaiblit souvent les gros morceaux du récit, mais c’est bien leur écriture en général qui accuse le coup. De même si le casting de Jean-Pierre Darroussin était une idée maline sur le papier, le résultat à l’écran, surtout alors que les autres personnages se développent avec une ampleur appréciable, pèche souvent par mollesse.

 

Affiche saison 3

 

Des scories d'autant plus regrettables que cette partie du récit possède paradoxalement de sérieux atouts, incarnés par Léa Drucker et Florence Loiret-Caille, qui proposent des personnages féminins capables à eux-seuls de renouveler des pans entiers de mythologie déjà vue. La série est actuellement une de celle qui travaille avec le plus d'acuité ses personnages féminins, tant en termes d'attention portée à leur écriture que de réflexion sur leur interaction avec des univers traditionnellement masculins. Espérons donc que Le Bureau des Légendes continue de leur donner une place de premier choix.

 

Photo Sara Giraudeau

 

Dans le fond, Le Bureau des Légendes donne le sentiment d’avoir en partie renié son ADN originelle, et c’est sans doute aucun pour le meilleur. Reste désormais à espérer que l’excellente série d’Eric Rochant poursuive et achève sa mue, épousant l’intensité dramatique que lui suggèrent ses thématiques fortes, histoire de définitivement damner le pion aux 24 heures chrono et autres Homeland.

 

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commentaires

thierry
10/07/2017 à 17:09

Oui pour les briefings visuels.
Non lorsqu'ils nous les expliquent comme si nous avions 3 ans. (alors que la personne à qui il s'adresse en sait autant).
Sinon, très bonne saison !

jpdar
10/07/2017 à 16:52

J'ai peur que la saison 4 nous emmène vers une sorte de systématique. D'autant que la fin de la saison 3 apporte une excellente conclusion à toutes les intrigues, tout en laissant un peu de place à l'imagination.
Wait and see...

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