Riverdale : que vaut vraiment cette série à la Veronica Mars vendue comme un Twin Peaks pour ados ?

Mise à jour : 28/05/2017 01:09 - Créé : 13 mai 2017 - mdata
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La première saison de Riverdale vient de s’achever. Il est temps de faire le bilan de cette chronique d’une petite ville pas si tranquille. 

Lancée sur la chaîne CW en janvier 2017, Riverdale se base sur les personnages des comics Archie Comics. Derrière la caméra, on retrouve Roberto Aguirre-Sacasa (qui a le poste de chief creative officer chez Archie Comics) et le producteur exécutif Greg Berlanti (qui est déjà derrière toutes les séries de super-héros qui sont diffusées sur CW : Arrow, Flash, Supergirl et Legends of Tomorrow.

La série se situe dans la petite ville de Riverdale, et à travers le quotidien d'Archie Andrews et de ses amis, c'est une certaine vision idéale de l'Amérique qui est mise à mal.

 

 

DESPERATE TEENAGERS

Dès le premier épisode, Riverdale a mélangé les genres. En ajoutant dès le départ une histoire de meurtre qui servira de fil rouge à toute la saison, les scénaristes assombrissent ce qui aurait pu être une banale série sur les rêves et aspirations d’adolescents américains.

L’ambiance de Riverdale est assez sinistre : trafic de drogue, meurtres, combines en tout genre, secrets de famille… la petite ville qui a l’air si tranquille est en fait une cocotte minute qui ne demande qu’à exploser. Et sans surprise, c'est une certaine idée de la société américaine qui est attaquée. LA formule est classique, vue mille fois ailleurs, mais la série assume pour proposer une petite aventure légère.

 

Photo Cole SprouseJughead, le témoin de tout ce qui ne va pas à Riverdale

 

Car il est indispensable de garder une chose en tête : Riverdale a beau inonder le quotidien des personnages de révélations et mésaventures plus ou moins lugubres, tout ceci reste une série à destination d’un public adolescent qui appréciera ou pardonnera ces limites évidentes. Le connaisseur ne s'y sera pas trompé : Riverdale est diffusée sur The CW, la chaîne préférée des ados américaines avec des Jane the Virgin, Supernatural, Flash, Arrow, qui a brillé par le passé avec Sept à la maison, Gilmore Girls, Veronica Mars ou encore Vampire Diaries.

S'il fallait la situer, ce serait quelque part autour de Desperate Housewives et Big Little Lies, comme une version adolescente de ces histoires de fausses apparences, de communauté pourrie de l'intérieur, qui cache ses monstres derrière les portes de beaux quartiers. Un refrain désormais très familier, mais qui reste un moteur dramatique efficace.

 

Photo Lili Reinhart

 

LE SYNDROME JOHN CARTER

Archie comics date des années 40 : ses histoires ont beaucoup inspiré les romances adolescentes qui ont suivi au fil des ans, sur papier, à la télévision et au cinéma. Il n’est absolument pas exagéré de dire qu’Archie est l’inspiration directe de tout ce qui a suivi : de Dawson à Beverly Hills en passant par Spider-Man, les aventures de Archie, Betty et Veronica ont servi de modèle à bien des histoires. 

En arrivant en 2017, Riverdale se retrouve donc dans la position peu enviable de l’original qui arrive après ses déclinaisons. Au cinéma, nous avons déjà rencontré cette situation avec John Carter, pillé par bon nombre de films entre temps, ou encore Ghost in the Shell, influence assumée des Watchowski pour Matrix : le public boude alors l’original en lui reprochant son manque d’originalité.

 

Photo Cole Sprouse, Lili Reinhart,Camila Mendes

 

Mais la série boucle la boucle. Elle a su se nourrir de ce que ses précédecesseurs ont pu apporter, y compris une certaine noirceur absente des histoires d’origine. Riverdale est en effet beaucoup moins naïve que les comics des années 40, ce qui est aussi le reflet d’une société qui a beaucoup changé. La série traite de la perte de l’innocence, qu’il s’agisse de celle d’une ville dont la noirceur dissimulée lui éclate en plein visage ou de celle de ses jeunes protagonistes confrontés à des situations qui les poussent à mûrir plus vite.

Mais sur un plan méta, la série montre aussi la perte de l’innocence des séries adolescentes en y ajoutant des éléments plus sombres. Les temps ont changé, et les ados avec. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si chaque épisode prend le titre d'une oeuvre bien connue : The River's Edge (La Fleuve de la mort, film des années 80 avec Keanu Reeves), A Touch of Evil (La Soif du mal, d'Oson Welles), Body Double, The Last Picture Show, Anatomy of a Murder (Anatomie d'un meurtre, d'Otto Preminger) ou encore The Sweet Hereafter (De beaux lendemains, d'Atom Egoyan). Riverdale assume un certain recul sur le genre, comme un grand clin d'oeil complice au spectateur qui connaît désormais les ficelles mais aura choisi de se laisser séduire par l'aventure.

 

Photo Madelaine PetschLa vie n'est pas rose à Riverdale

 

La présence au casting de Luke Perry et Molly Ringwald dans le rôle des parents d’Archie Andrews n’est certainement pas anodine. Les deux acteurs, familiers pour plusieurs générations, établissent le lien avec les séries (Luke Perry) et les films (Molly Ringwald) centrés sur les adolescents. Le fait d’en avoir fait les parents du personnage principal de Riverdale peut être perçu comme une façon de faire de la série l’enfant spirituel de Beverly Hills et Breakfast Club.

 

Photo Molly Ringwald, Luke PerryUn léger coup de vieux depuis Beverly Hills et Breakfast Club...

 

PETIT MEURTRE ENTRE ADOS

Riverdale se regarde avec un plaisir certain. D'épisode en épisode, la série arrive à conserver le spectateur devant son écran pour suivre les (mes)aventures d’Archie et de ses amis. Le casting n’y est certainement pas étranger : KJ Apa, Lili Reinhart, Camila Mendes et Cole Sprouse ont beau être (évidemment) plus vieux que leurs personnages, ils forment un groupe attachant.

 

Photo K.J. Apa, Lili Reinhart, Cole Sprouse et Camila MendesArchie, Betty, Jughead et Veronica

 

Le fil rouge de l'intrigue de la saison (la mort de Jason Blossom) offre suffisamment de suspense et surprises pour tenir sur la longueur, sans ennuyer ou frustrer le spectateur adepte du genre. Riverdale est simple et claire : il y a ainsi une sensation de progression, d'évolution sur le chemin de la vérité, même si la saison commence lentement avant un gigantesque coup d'accélérateur à la fin. Le plaisir procuré est facile, mais évident pour celui qui aura accepté de plonger dans les secrets de la ville.

Très mis en avant dans le marketing, le côté intemporel de l'univers - tempéré par l’utilisation de téléphones portables - donne par ailleurs un certain charme à la série, en reprenant ainsi les fondamentaux des histoires de petites villes américaines.

 

PhotoOn dirait les années 50 !

 

RIVERDEAD

A Riverdale, il se passe des choses sinistres : c'est l'une des facettes les plus divertissantes de la série. Car sans surprise, les habitants de cette petite ville a priori banale ne sont pas aussi parfaits qu’ils en ont l’air. A commencer par la blonde Betty, qui semble constamment au bord d'une crise de nerfs (ou pire) malgré son allure d'adolescente modèle. Elle manquera même de peu de franchir un point de non-retour en voulant venger l'honneur de sa soeur. Dans la catégorie adolescente perturbée, il y a aussi Cheryl Blossom, de plus en plus sombre d’épisode en épisode.

Riverdale parle donc de meurtre, mais aussi de slut-shaming, de relation professeur/élève (même si c’est assez rapidement évacué), de secrets de familles particulièrement glauques : bref, on est loin de simples et fades amourettes entre lycéens dans une ville tout droit sortie d’une carte postale.

 

Photo Madelaine PetschCheryl Blossom, en route vers la noirceur

 

En digne teen story, Riverdale traite des exclus, des gens qui ne rentrent pas dans le moule. Jughead en est l’incarnation parfaite : fils d’un membre du gang des Serpents, il ne ressemble pas aux autres, de son propre aveu.

Il y a aussi Ethel (interprétée par Shannon Purser, alias Barb de Stranger Things), prototype de la fille marginale et pas populaire des histoires d'adolescents, qui cherche à exister aux yeux des autres. Le genre de personnage fragile auquel on s'attache, redoutant qu'une humiliation de trop la pousse dans ses retranchements. 

 

Photo Lili Reinhart, Shannon PurserTout le monde n'est pas populaire à Riverdale

 

BIEN OU PAS BIEN ?

Cette première saison n’est évidemment pas exempte de défauts. Même le public adepte de ce genre de série, qui aura accepté la formule présentée dès le pilote, l'aura vu.

Certaines situations sont assez convenues, et mettent en lumière des facilités scénaristiques. Voir Betty Cooper se prendre pour une grande journaliste (et ainsi promettre à quelqu’un de le protéger, en digne émule de Woodward et Bernstein) juste parce qu’elle écrit pour le journal de son lycée, c’est assez comique. Il y a également des moments où l’histoire ne fonctionne que si le spectateur est suffisamment indulgent pour ne pas se dire que ce à quoi il assiste n’a aucune vraisemblance. Et côté romance, ça vire vite à la guimauve.

 

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Mais la série reste attachante malgré ses défauts, et il y a fort à parier que la fin du treizième épisode de la première saison saura ramener le spectateur devant son écran pour la seconde. Car c'est évident : le public qui aura accepté de suivre Riverdale est précisément celui qui pourra l'apprécier, avec ses qualités et ses grands défauts.

Arrivant après les films et séries que les comics ont inspirés, Riverdale arrive à intéresser le spectateur avec une première saison qui pose efficacement les bases de son univers. Rendez-vous pour la seconde saison, qui est d’ores et déjà officiellement annoncée !

 

En partenariat avec Watchtower Comics

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commentaires

Jojo 17/05/2017 à 07:54

Globalement j'ai passé un très bon moment, l'ambiance, la narration et les personnages volontairement clichés sont excellents même si Archie est parfois mal utilisé.
Mention spéciale pour Cole Sprouse (Jughead) qui se détache du lot.

Terminéator 15/05/2017 à 13:21

Bien dit #EL . @Jhon c'est ton commentaire qui est une bouse

Totempkof 14/05/2017 à 22:09

@NICKO

A quand une participation intéressante sur un article ? Si t'aimes pas celui-là, tu peux venir débattre sur Fargo ou American Gods. Sauf si c'est juste un plaisir de participer au vide

NICKO 14/05/2017 à 22:03

A quand la critique sur PRETTY LITTLE LIARS ?

Geoffrey Crété - Rédaction 14/05/2017 à 13:12

@Jhon

1) parce qu'il faut de tout pour faire un monde, et votre "bouse" sera peut-être le plaisir ou le coup de coeur d'un autre
2) parce que, notamment par rapport au premier point, on ne hiérarchise pas avec de pseudo-critères objectifs les séries qui seraient indubitablement trop bouseuses pour être dignes de notre intérêt : d'où, peut-être, le "large" dans Ecran Large
3) parce qu'on parle de Riverdale ici, mais de bien d'autres choses ailleurs. On critique chaque semaine les épisodes de Fargo et American Gods, on a publié des dossiers sur The Last Man on Earth, Better Call Saul, Feud et Sense8 récemment, et on tient une rubrique des épisodes cultes où on parle d'oeuvres très diverses (de Stargate à Futurama, en passant par Au-delà du réel et Buffy). De quoi laisser à chacun le soin de sélectionner ce qu'il lit, tout comme il sélectionne ce qu'il regarde.

Jhon 14/05/2017 à 13:05

Trop nul cette serie pour ado attarder je me demande avec toutes les séries qui existe comment ecranlarge en vient à parler de cette bouse

Dam's 13/05/2017 à 19:26

J'aime vraiment l'aspect graphique de la série.

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