American Crime : la série-choc de John Ridley (12 Years a Slave) qui mérite plus d'attention

Geoffrey Crété | 13 mars 2017
Geoffrey Crété | 13 mars 2017

Alors que la troisième saison arrive, retour sur American Crime, la série créée par John Ridley (12 Years a Slave).

En 2014, lorsque John Ridley remporte l'Oscar du meilleur scénario pour 12 Years a Slave de Steve McQueen, il se prépare à une toute autre aventure : ABC a commandé un pilote de sa série télévisée American Crime, officiallisée en mai.

La diffusion de la troisième saison le 12 mars aux Etats-Unis est l'occasion parfaite pour revenir sur cette anthologie passionnante, qui dresse un portrait brutal et nuancé de l'Amérique d'aujourd'hui, et brasse de nombreux sujets sulfureux (racisme, homophobie, drogue, inégalités sociales).

 

Photo Timothy Hutton, Felicity Huffman

Felicity Huffman et Timothy Hutton dans la saison 1

 

AMERICAN NIGHTMARE

Il y a comme une mode dans les titres de séries TV : après l'horrifique American Horror Story, Ryan Murphy a lancé American Crime Story, avec une première saison centrée sur le procès d'O.J. Simpson et une deuxième sur l'ouragan Katrina. A la même époque arrivait American Crime de John Ridley. Trois séries d'anthologie (des saisons indépendantes) articulées autour d'une certaine idée de l'Amérique, avec ses démons, ses zones d'ombre et ses impasses.

Chaque saison d'American Crime est donc indépendante, avec le retour de plusieurs acteurs dans de nouveaux rôles, intrigues et décors. La saison 1 prend place dans une petite ville de Californie, secouée par le meurtre d'un couple. La saison 2, à Indianapolis, tourne autour du présumé viol d'un adolescent par ses camarades. La saison 3 s'attaquera notamment à l'immigration et aux travailleurs clandestins.

L'ambition est claire : cartographier l'Amérique profonde, et disséquer un système politique, social et judiciaire qui ne peut que pousser les citoyens dans leurs retranchements, et les monter les uns contre les autres.

 

Photo Felicity Huffman, Lili Taylor

 Lili Taylor et Felicity Huffman sont parmi les visages récurrents

 

AMERICAN STORY X

American Crime a beau être construit autour d'une enquête et d'un certain mystère, ce n'est pas une série policière. Celui qui cherche une alternative à Broadchuch devra passer son chemin : la série de John Ridley est une autopsie glaciale, qui repose sur ses personnages. Chaque saison met ainsi à l'épreuve les protagonistes archétypaux pour tisser une toile complexe, où la frontière entre le bien et le mal s'envole tandis que les victimes et les bourreaux s'affrontent et échangent leurs masques. La force de la série vient de son obstination à aller au-delà des rôles pré-établis, pour gommer les barrières culturelles et sociales entre les personnages.

Dans la première saison, la mère de la victime est une femme glaciale et raciste. En face, dans le camp des accusés, il y a la soeur musulmane très engagée du présumé coupable (Regina King), passionnément défendu par sa petite amie junkie. Il y a aussi un adolescent emporté dans l'engrenage de la justice. La culpabilité est partagée et l'innocence, absente. Dans la deuxième, les accusations de viol d'un élève, qui affirme avoir été agressé par deux camarades lors d'une soirée arrosée, provoquent une onde de choc : la vérité se dilue dans la bataille menée par les différents protagonistes, si bien qu'elle se vide peu à peu de son sens.

 

Photo Regina King

 Regina King, l'une des actrices récurrentes

 

AMERICAN BEAUTY

American Crime est née suite à une conversation entre John Ridley et son fils de 13 ans en 2012, après la mort de Trayvon Martin, un adolescent noir non armé tué lors d'une patrouille de voisinnage. Une affaire qui a enflammé l'Amérique d'Obama, qui avait alors déclaré, "Il y a 35 ans, j'aurais pu être Trayvon"

C'est curieusement sur la chaîne mainstream ABC que le scénariste oscarisé, également producteur de cinéman, a trouvé une maison pour sa série. Visage de la promo sans pour autant avoir un traitement de faveur à l'image, Felicity Huffman sera la première surprise lorsqu'elle reçoit le scénario et découvre qu'il sera porté par la chaîne derrière la glorieuse Desperate Housewives.

 

Photo Felicity Huffman

 

Car American Crime n'est pas une série facile ou polie. Elle n'est pas là pour divertir, offrir un suspense haletant ou donner une leçon de vie. Il n'y a qu'à voir la fin ambiguë de la saison 2 pour comprendre que John Ridley n'est pas là pour donner des réponses, exposer des solutions et distribuer les rôles. Ce n'est ni les méchants Blancs contre les gentils Noirs, ni les pauvres contre les riches, ni les éduqués contre les oubliés. La série de John Ridley a des airs de Collision, le film oscarisé de Paul Haggis, mais une version plus noble, plus âpre, qui ne se cache pas derrière les mouchoirs et les ficelles réconfortantes du mélo.

American Crime explore les multiples voix et voies de la vérité, qui se dissout dans la haine, la peur et les mécanismes de la justice. Sans désigner de coupable, sans dresser de barrières, sans accuser aveuglément et simplement un groupe ou un autre. En 2015, c'était un besoin silencieux. En 2017, c'est quasiment une nécessité.

 

Affiche

 

 

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
14/03/2017 à 00:47

@Euh !

Ravi de partager notre enthousiasme !
Vous êtes peu à venir lire ce genre d'article, mais on y tient !

Euh!
13/03/2017 à 14:19

J'adore cette série! beaucoup trop oublié par les média!
Elle mérite d'etre soutenue et de continuer!
Merci de mettre un petit coup de projecteur dessus EL.
C'était pas gagné d'avoir une saison 3... J’espère d'office qu'on aura une saison 4.

votre commentaire