Westworld : le phénomène de HBO est-il l'antidote à l'angoisse du spoiler ?

Jacques-Henry Poucave | 6 décembre 2016
Jacques-Henry Poucave | 6 décembre 2016

Westworld s’est achevée sur un record d’audience et la mise en orbite d’une série rescapée, que HBO hésita un temps à diffuser devant son budget délirant et sa production chaotique. À l’heure du bilan, nous revenons sur ce qui nous semble la grande réussite de la série.

Certains épisodes nous auront séduits, d’autres déçus, au final, on retiendra de cette première saison de Westworld un sentiment de frustration, la faute à une narration pas toujours à la hauteur des enjeux passionnants déployés par les nombreuses thématiques de cette œuvre potentiellement vertigineuse. Pour autant, Westworld pourrait bien signer l’avènement d’un nouveau modèle en matière d’écriture.

ATTENTION SPOILERS

 

épisode 5 Evan Rachel Wood

 

Avec les succès mondiaux de Game of Thrones ou encore Walking Dead, parler de ces emblèmes de la pop culture est devenu extrêmement complexe. Que l’on soit simple spectateur avide de partager son expérience sur les réseaux, commentateurs avisé, fan ou journaliste, difficile de s’exprimer sans spoiler à tout va.

Il est devenu tout aussi difficile pour celui qui ne suit pas en quasi-direct la diffusion de ses shows préférés de se prémunir contre les révélations malvenues et intempestives, et échanger avec ses proches devient parfois un véritable parcours du combattant. Contre toute attente, si Westworld est bourré de mystères et de rebondissement, la série semble être parvenue à désamorcer en partie cette problématique.

 

épisode 5 Ed Harris

 

Le Labyrinthe n’est pas pour toi

Dès la diffusion du 2ème épisode, à peu près toutes les théories qui se seront vues confirmées par la suite ont été émises par de nombreux spectateurs : identité de L’Homme en Noir, d’Arnold, nature de Bernard, multiplicité des lignes temporelles…. Le public avait tout deviné.

Pour une série classique, cette avance prise par le public sur la diffusion aurait été un drame. En effet, la plupart des productions actuelles jouent sur la puissance d’arrêt, le twist, la surprise assénée au spectateur. Ainsi, le season premiere de la saison 7 de Walking Dead aurait totalement perdu son intérêt si l’identité des victimes de Negan avait fuité. Au contraire, dans Westworld, la capacité des spectateurs à pressentir ce qui allait advenir a décuplé le plaisir.

 

Ed Harris Maze

 

Car Westworld aura bien joué la carte de l’énigme, d’un mystère attrayant, mais l’aura traité de manière radicalement différente d’un Game of Thrones. Tout simplement, en se focalisant sur le voyage plutôt que la destination. Le fameux labyrinthe que cherche désespérément Ed Harris dévoile en fin de saison qu’il n’existe tout simplement pas, et il en ira de même pour les révélations tant attendues.

 

De Violents délices

Westworld a ainsi traité le personnage de Bernard avec une rare intelligence. Plutôt que de dévoiler sa nature d’androïde dans un twist brutal, le scénario a patiemment placé de très nombreux indices, allant d’une photo dont il ne pouvait distinguer le contenu, en passant par le nom d’Arnold, anagramme du sien, puis les trous dans son histoire personnelle, avant une poignée de répliques (« je comprends mieux les hôtes que les visiteurs », « Quelle porte »), jusqu’à la véritable révélation.

 

anthony hopkins

 

Et encore, cette dernière ne constituait qu’une partie de l’iceberg, constitué par la véritable identité du robot, sorte de clone du mythique créateur du parc. Bref, HBO nous a proposé non pas d’avancer à coup de soubresauts narratifs, mais bien de suivre un flux continu d’information.

Cette méthode a eu un effet particulièrement intéressant sur les forums et réseaux sociaux. Tous les épisodes contenant des informations sur les différents mystères de la série, le dialogue s’est instauré entre des spectateurs, situés à différents niveaux de visionnage. Plus intéressant, la discussion, la spéculation, sur les futurs embranchements narratifs du show est rapidement devenu un sport international.

Autre conséquence : plutôt que de lutter pour échapper à des informations spoilatrices, la recherche de ces dernières, du moindre élément permettant d’étayer ou de contrecarrer une théorie, est devenu une source de motivation. Voilà qui a décuplé le plaisir d’une large partie du public.

 

épisode 9 Evan rachel Wood

 

Le rêve dans le rêve

Alors certes, on aurait préféré que tout cela mène à quelque chose de plus concret qu’un début de révolte. Certes, on aurait aimé que les androïdes de Westworld aient quelque chose d’autre à nous proposer qu’un décalque de ce que nous avons déjà vu du côté de Blade Runner, Ghost in the Shell, Matrix, Battlestar Galactica ou tout bêtement Mondwest.

Mais on est en droit d’espérer que la deuxième saison du show bénéficiera de l’expérience engrangée sur la première, que le duo Joy-Nolan aura désormais quelque chose de très précis à narrer (la rébellion et l’avènement de la conscience robotique) et surtout que la production sera plus sereine que celle de cette saison introductive.

 

épisode 9

 

On espère surtout que le scénario veillera une nouvelle fois à s’apprécier comme une lente brûlure, plutôt qu’un bref coup sur la nuque. Là où la plupart des séries contemporaines jouent la tactique du coup du lapin, Westworld s’est pensé comme une longue étreinte, conçue pour émoustiller le public du début à la fin. C'estc e que vient de confirmer Jonathan Nolan dans un entretient au Hollywood Reporter, dans lequel il expliquait que les spectateurs de la série feraient rapidement la différence entre spoilers et théories, espérant remplacer la culture du dévoilement par celle de la construction.

Et c’est peut-être là la plus grande ambition de la série.

 

épisode 9 Evan rachel Wood

commentaires

Glob
08/12/2016 à 18:55

@yellow

Je pense simplement que prendre le mot "raté" hors contexte, sans prendre en compte le reste de l'argumentation et de l'avis, est stérile. Ce n'est pas "raté", point et on passe au suivant. C'est raté selon eux par rapport aux ambitions, à l'équipe réunie (ce qu'ils ont plusieurs fois rappelé), à la profondeur et l'intérêt de la chose sur le papier. A ce que ça vend, ce que ça promet. On ne parle jamais dans l'absolu.
Quand on lance MacGyver on attend une chose, qui n'a rien à voir avec ce qu'on attend de Westworld. Quand on dit ou lit que 21 Jump Street ou Sausage Party sont super, ça n'a là non plus rien à avoir avec l'utilisation du mot "super" pour Premier contact ou du Blake Edwards.

On peut bloquer sur un mot parfois, mais parfois c'est juste créer un gouffre et un débat sur un détail de forme et non plus le fond.

yellow submarine
08/12/2016 à 18:44

@Glob: je pense que Grift a un peu mieux saisi mon propos. Je suis désolé de tiquer sur un mot mais ce n'est pas un mot anodin. Dire que la nouvelle version de mac Guyver est ratée, oui c'est clair il n'y a rien a sauver. En revanche Westworld mérite mieux. Bref on verra bien si la saison 2 met cette fois tous le monde d'accords.

Cklda
07/12/2016 à 21:17

Ce qui est attachant avec cette série c'est que, quand bien même je suis d'accord avec la critique d'EL mais aussi ses détracteur, je ne peux m'empêcher d'en garder un très bon souvenir. C'était certes parfois prévisible, mais ça ne m'a pas semblé racoleur du tout ( ou alors tellement que je me suis laisser séduire et perdre tout sens critique) et de façon surprenante très bienveillant. Je ne sais plus quel lecteur a écrit que c'est une série qui sait prendre son temps, de façon intelligente, sans rallonger trop artificiellement son récit (contrairement à percher par ex, qui raconte pendant trois épisode le précédent - et pour laquelle EL je vous ai trouvé plus magnanime) et pour finalement offrir une réflexion ludique sur ce qu'est la conscience. Pour moi c'était de la bonne came.

Grift
07/12/2016 à 15:32

@La redaction.
Globalement je suis en phase avec votre analyse, même si je vous trouve un peu dur parfois et trop gentil par moment ( l'épisode 8 est à mon sens bien plus faible que l'épisode final). Mais bon chacun à son avis et c'est tant mieux.

Mais même en comprenant vos remarques... impossible par contre de comprendre, comme yellow, comment vous pouvez dire que c'est une saison ratée (globalement ou pas). C'est perfectible, aucun doute la dessus. Parfois ça manque de finesse. Mais dans l'ensemble ça reste intelligent, fascinant à regarder et suivre, c'est bien joué, bien produit et, cerise sur le gâteau, ça porte un message. Combien de saison de série peuvent en dire autant chaque année ?

Apres si c'est raté parce que ça n'a pas répondu à (toutes) vos attentes (qui devaient être très haute du coup pour une série qui était annoncé comme un fail avant l'heure) c'est autre chose...

Bon en tout cas on partage cette attente de la saison 2 :)

Glob
07/12/2016 à 13:20

Yellow submarine : un peu malhonnête de reprendre leur rapide résumé en réponse aux accusations dans les commentaires (ils allaient pas répéter tous leurs arguments puisqu'en fait y'a un article au-dessus). "ratée dans l'ensemble", ça veut pas dire juste "raté". Rien qu'en lisant leur premier commentaire en entier et pas en le résumant à trois mots, il parlent d'épisodes parfois réussis, d'une gestion des révélations réussie, et du fait que c'est pas tant inintéressant que déjà vu.
Faut apprendre à digérer les avis différents peut-être non ? Tu peux aimer, trouver ça super, et ils peuvent trouver ça pas bien, et ordinaire. Vous êtes clairement pas les seuls dans ces positions, et y'a rien d'incroyable là-dedans.

Simon Riaux - Rédaction
07/12/2016 à 13:17

Non.
Comme dit plus haut, comme répété au fil des épisodes, on a été assez déçus par le didactisme de la série, ses faibles enjeux narratifs. Mais ça ne nous empêche pas de considérer que sa gestion des révélations, de la problématique des spoilers (l'objet de cet article donc) est brillante.

C'est justement avoir un avis mesuré. Expliquer qu'au-delà d'une certaine déception, on a plein de raisons de s'intéresser à la série et d'espérer que la saison 2 saura nous séduire.

yellow submarine
07/12/2016 à 13:14

justement vous laissez une longue analyse pertinente de cette saison et conclure dans les commentaires en disant que la saison est raté c'est un peu contradictoire.

Simon Riaux - Rédaction
07/12/2016 à 11:02

@yellow submarine

Si vous relisez le long article qui est ci-dessus, vous verrez qu'on a autre chose à dire que "raté".

postman
07/12/2016 à 10:15

@yellow submarine : tu verras, y a du fantastique (ronald d Moore à la barre), du cul, de la violence et du complotage tout en conservant un côté "girlie" (ma femme adore aussi). La saison deux est encore meilleure que la première et le bad guy est anthologique.

yellow submarine
07/12/2016 à 09:23

@postman: je viens de regarder la bande annonce, je connaissais pas ça a l'air bien je crois que je vais regarder l'épisode 1 sur netflix.

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