Preacher : un season finale apocalyptique, entre jubilation et frustration

Jacques-Henry Poucave | 1 août 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jacques-Henry Poucave | 1 août 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Réputé inadaptable, le roman graphique Preacher achève sa première saison sur AMC. On fait le point sur une semi-réussite aussi prometteuse qu’inaboutie. Attention, SPOILERS.

Depuis son entrée en matière, jusqu’à son season finale destructeur, Preacher a su aligner de formidables qualités et camper solidement un univers particulièrement dément et retors, sans jamais parvenir à conjurer certains de ses gros défauts.

 

season finale

 

BACK TO BASICS

On le sentait dès la mi-saison, cette première fournée d’épisodes n’aura finalement eu comme seul véritable but de servir de prequel au comics. En effet, la série achève son premier cycle, précisément là où s’achevait le tout premier tome de l’œuvre de Garth Ennis. Plutôt que de rallonger inutilement la sauce, cette option a probablement été choisie afin de permettre aux spectateurs, pas nécessairement familiers avec l’univers complètement cramé du Révérend Custer, de se plonger progressivement dans son univers et ses codes.

 

season finale

 

 

Les personnages présentant tous une morale singulière, ainsi qu’une éthique plus que discutable, il paraît évident que Seth Rogen et ses compères ont favorisé une immersion progressive dans le monde taré de Preacher, plutôt que de risquer de perdre instantanément une large frange du public.

Cette stratégie, si elle aura permis à certains comédiens (comme Dominic Cooper) d’installer progressivement leur personnage, est sans doute la cause des gros problèmes narratifs de cette saison inaugurale.

 

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TABULA RASA

Le final de Preacher s’achève donc ainsi que l’on pouvait s’y attendre. La bourgade d’Annville est pulvérisée par une explosion de méthane et un ouragan de matière fécale, alors nos trois héros, Joseph Gilgun, Ruth Negga et Cooper, prennent la route dans le but de – littéralement – trouver Dieu et lui botter le cul.

Soit peu ou prou le point de départ de l’intrigue originale. Problème, chemin faisant, les scénaristes ont semble-t-il tué TOUS les personnages secondaires. Absolument tous. Le résultat est un épisode particulièrement cruel, bourré d’humour noir, de vannes amères et de retournements croustillants, mais aussi une sorte de pur désaveu quant aux intentions du show.

 

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Le personnage d’Emily vous avait touché et séduit, alors que la jeune femme s’enfonçait lentement dans les ténèbres ? Elle a été carbonisée par une tornade inflammable de caca. Odin aurait fait un formidable antagoniste déviant, obsédé par la fatalité ? Il a été vaporisé par un maelstrom fécal. Vous redoutiez l’enquête et la vengeance du shérif, à la recherche de son file, envoyé en enfer par Jesse ? Il est bon pour la casse.

Et il en va ainsi de tous ces seconds couteaux, mais aussi de leurs intrigues secondaires, dont la plupart étaient loin d’être achevées. Soit un quasi doigt d’honneur de la part de la production, qui aura donc joué la montre au cours de cette première saison, sorte de répétition conclue de manière extrêmement abrupte.

 

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Pâté Retro Satanas

Mais, ce que démontre également cet ultime épisode de la saison 1, c’est que Preacher aura momentanément réussi l’essentiel : capter le ton et l’univers profondément nihilisto-anarcho-vénère de l’œuvre originale.

A l’issue de cette série d’épisodes, on est profondément attachés à Jesse, Cassidy et Tulip. Fidèles au monde déployé par Garth Ennis, mais indiscutablement différents, les membres de cet infernal trio sont le point fort du show. Ce dernier aura aussi réussi à trouver un excellent équilibre entre l’humour agressif du récit et la représentation de la violence.

Car si on se massacre, découpe, égorge et flingue à tout va dans Preacher, le comics n’est pas tant une bande-dessinée gore qu’une création énervée. En plaçant son humour souvent avec justesse, en usant de violence frontale mais aussi de hors champ et de ruptures de ton, la série a su reproduire assez efficacement l’essence satanique de son modèle.

 

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Pavé de bonnes intentions

Le bilan est donc mitigé, mais indéniablement sympathique. La seule crainte vis-à-vis des futurs épisodes serait de voir AMC leur faire subir un traitement similaire à Walking Dead, jouant sans cesse le chrono sans se soucier de cohérence globale ou de conclure les diverses pistes proposées par le scénario.

Et ce dernier peut nous offrir de sacrées surprises. Comme on vient de le voir, le Saint des Tueurs est fraîchement débarqué sur Terre et sa confrontation avec Jesse promet le meilleur. Arseface, alias Eugene, est toujours en enfer, et on attend avec impatience le retour de l’objecteur de conscience du Prêcheur. Quant à Dieu, les rednecks, la famille Custer et la terrible Marie, ils nous attendent de pied ferme.

Si ses auteurs resserrent considérablement leur écriture et se focalisent désormais sur l’intrigue principale de Preacher, ils sont en mesure de nous offrir un gigantesque morceau de télévision. Encore faut-il qu’ils fassent tout à fait confiance au matériau démoniaque qu’ils ont entre les mains.

season finale

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commentaires
Satan Lateube
28/08/2016 à 15:40

Dominic Cooper dans la série physiquement c'est un croisement entre Kev Adams et Ezequiel Lavezzi !!!

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