L'épisode culte : Doctor Who, Les Anges pleureurs

Geoffrey Crété | 10 juin 2016
Geoffrey Crété | 10 juin 2016

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

ATTENTION SPOILERS

 

Les Anges pleureurs

 

CAREY WHO

Qui aura pu oublier les Anges pleureurs de Doctor Who, ces gargouilles diaboliques qui profitent de la moindre seconde d'inattention pour se rapprocher de leur victime, ouvrir leurs bras et montrer leurs dents ? Dans une saison 3 souvent dévalorisée car associée à Martha Jones (Freema Agyeman, vue depuis dans Sense8 des Wachowski), l'épisode 10 est un moment inoubliable, qui brise les codes de la série pour en sublimer la formule.

Les Anges pleureurs est donc une pause dans la folle odyssée du Docteur, quasi-absent de l'épisode, qualifié ainsi de Doctor-lite. Une technique qui a d'abord permis à la production de tourner deux épisodes en parallèle (la technique du double banking qui réduit les coûts de production, utilisé avec L.I.N.D.A. ou encore Le Choix de Donna). Mais une contrainte qui a surtout offert à la saison une parenthèse : réduit à quelques apparitions pour encadrer l'intrigue, David Tennant passe le relais à Carey Mulligan, à la tête d'un des épisodes les plus appréciés par les fans.

 

Les Anges pleureurs

 

"DO NOT BLINK" 

Diffusé en 2007, époque pré-nomination à l'Oscar de la meilleure actrice pour Une éducation, Les Anges pleureurs tourne autour de Carey Mulligan alias Sally Sparrow. Photographe à ses heures perdues, elle explore une maison abandonnée lorsqu'elle découvre un curieux message caché derrière la tapisserie : un avertissement signé par le Docteur, qui la somme de faire attention aux Anges pleureurs. De retour le lendemain avec son amie Kathy, Sally rencontre un homme qui lui donne une lettre : elle découvre ainsi que son amie, disparue entre temps dans la maison, a été catapultée dans les années 20, où elle a refait sa vie. Elle a alors demandé à son petit-fils de lui livrer ce message, des années plus tard, pour lui expliquer l'incroyable vérité. 

Sally récupère sans le savoir la clé du TARDIS, volée par les anges. Le Docteur, lui, tente désespérément de rentrer en contact avec elle pour lui expliquer la situation : cachées derrière l'innocente apparence de statues, les Anges pleureurs sont des créatures capables de se déplacer à une vitesse folle lorsqu'elles ne sont pas observées. Elles se cachent ainsi les yeux pour ne pas se regarder entre elles, et éviter d'être piégées dans leur posture de statue. Capables d'envoyer leurs victimes dans les couloirs du temps au moindre contact, elles cherchent à utiliser le TARDIS comme une source d'énergie. Seule Sally pourra les en empêcher puisque le Docteur et Martha sont bloqués dans le passé.

 

Les Anges pleureurs

 

UN, DEUX, TROP TARD 

Derrière la caméra, il y a Steven Moffat : futur showrunner de Doctor Who, qu'il dirigera de la cinquième à la dizième saison, il signe ici son quatrième épisode après Drôle de mort et Le Docteur danse dans la saison 1, et La Cheminée du temps. Sa réputation de scénariste incontournable sera en partie forgée par Les Anges pleureurs, qu'il fera revenir dans la saison 5 (Le Labyrinthe des Anges, en deux parties) et la saison 7 (Les Anges prennent Manhattan). 

Les Anges pleureurs est basé sur une histoire courte publiée à l'occasion du Doctor Who Annual 2006, "What I Did on My Christmas Holidays, by Sally Sparrow". Sally n'y a que 12 ans, et aide le Docteur et le TARDIS, séparés par deux décennies, à se retrouver. Il y a les communications à travers le temps, mais pas d'anges à affronter. Moffat trouvera l'inspiration en observant des statues dans un cimetière, et en pensant au jeu Un, deux, trois, soleil, qu'il a toujours trouvé effrayant. 

 

Les Anges pleureurs

 

MONEY MONEY MONEY

Comme le bottle episode à l'origine de mémorable huis clos Project Arctique de la première saison d'X-Files, la contrainte économique du double banking révèle une facette inédite de Doctor Who. Alors que la formule repose d'ordinaire sur le personnage emblématique, et dans une moindre mesure sur sa compagne, Les Anges pleureurs utilise un protagoniste à usage unique, chargé de porter toute l'intrigue sur ses épaules.

Aucun hasard d'y découvrir Carey Mulligan, future actrice hollywoodienne incontournable, qui a le luxe réjouissant de mener le jeu. L'épilogue, où elle croise un Docteur qui n'a pas encore vécu les événements, et qu'elle devance donc, témoigne d'un vrai beau désir de ne pas laisser la série s'enterrer dans sa formule.

 

Les Anges pleureurs

 

SYMPATHY FOR THE ANGEL

C'est également dans ce cadre que la série offre l'un des monstres les plus impressionnants de sa longue mythologie. Sans grands effets spéciaux (deux actrices maquillées incarnent les anges), avec la force (parfois poussive) du montage et de la mise en scène, l'épisode suggère une menace tapie dans les recoins de la normalité, prête à saisir sa victime inconsciente. Comme le signale lourdement le montage final, il s'agit ici de rendre inéquiantes ces présences ordinaires dans le paysage urbain, et faire naître cette douce angoisse que Doctor Who sait si bien maîtriser.

Dans une série habituée aux couches de latex et aux mauvaises incrustations, Les Anges pleureurs est donc une belle exception, preuve de l'imaginaire débordant de ses scénaristes. Le pari était pourtant risqué, comme l'expliquera Moffat par la suite : "J'avais peur du manque d'action. Même les monstres sont des objets inanimés. Je me disais, 'Mon dieu, c'est juste des gens dans des pièces qui sont un peu inquiets !". Je suis sincèrement surpris du succès que ça a eu. Parce que ça prouve que je ne sais rien. On a brisé toutes les règles de Doctor Who. Ca ne pouvait être moins Doctor Who, mais ça a eu un énorme succès".

 

Retrouvez les précédents épisodes cultes : 

X-Files - Projet Arctique 

Buffy contre les vampires - Un silence de mort

Au-delà du réel : L'aventure continue - Le Bouton de la mort.

 

Poster

 

commentaires

Diplo
12/06/2016 à 16:41

Silence in the Library est effectivement un épisode marquant.
Je pensais à Midnight également.

thierry
11/06/2016 à 21:02

Je me permettrais d'ajouter l'épisode "silence in the library" dans la liste des bijoux inaltérables de cette série.

R
11/06/2016 à 20:03

Ah là là,

Les anges pleureurs sont des sacrées monstres : imaginez-vous dans un vaste endroit comme un vieux manoir à la Resident Evil ou dans une grotte sombre avec ses statuts. Je crois que rare sont ceux qui pensent pouvoir survivre à ce genre de chose moi y compris.

Des êtres vraiment exceptionnels avec une conception tellement simple mais tellement terrifiant. Chaque épisodes avec eux, est un pur bonheur !

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