Looking annulée : une série qui nous manque déjà

Geoffrey Crété | 30 mars 2015 - MAJ : 15/02/2020 17:40
Geoffrey Crété | 30 mars 2015 - MAJ : 15/02/2020 17:40

Parce que chaque année, le sérievore affronte une marée de nouveautés, il est devenu fréquent de passer à côté d'un bel objet. Nouvelle séance de rattrapage, après The Knick de Steven Soderbergh, avec l'envoûtante Looking, centrée sur trois trentenaires gays à San Fransisco. Alors qu'elle vient d'être annulée après deux saisons, pour revenir lors d'un dernier épisode spécial l'année prochaine, nos 5 raisons de l'apprécier à sa juste valeur.

 

photo, Jonathan Groff

 

C’est gay, mais pas que

Certes, on y parle lavement et sodomie, on y voit des mecs s’emballer et on évolue sans tabous dans le milieu gay de San Fransisco. Mais impossible de résumer Looking à cette étiquette. La sexualité des personnages a beau faire partie de l’ADN de la série créée par Michael Lannan, celle-ci ne l’utilise qu’en tant que cadre dramatique pour parler d’humains déchirés par leurs peurs, leurs ambitions, leurs désirs. Comme les homos eux-mêmes, la série ne se résume pas à sa sexualité, mais n’en a pas peur non plus. Il n’y aura d’ailleurs pas d’histoire de coming out ou d’homosexualité difficile à assumer – chose à laquelle même Cucumber, la dernière série étonnante de Russell T. Davies, l’un des papas du Doctor Who, n’a pu échapper.

De quoi voire en Looking l’évolution naturelle et rassurante du genre de la série gay, après les incontournables Queer as Folk et The L Word où évoluaient des personnages en désaccord avec leur sexualité. Bonne nouvelle donc.

 

 

C’est pas über cool

Sur HBO, Looking était diffusé après Girls : logique puisque des deux côtés, on parle relations amoureuses, errances sexuelles, égocentrisme émotionnel et jobs branchés – en gros, génération Y. La complémentarité est d’ailleurs saisissante puisque Girls s’intéresse à la vingtaine, sur la côte est avec des filles/femmes, et Looking à la trentaine masculine, sur la côte ouest.

Mais là où le buzz a fini par tuer Girls, survendu sur la personnalité hors-norme d’une Lena Dunham qui a fini par faire de l’ombre à son producteur Judd Apatow, Looking est restée sous les radars. De quoi expliquer sa présence timide sur la scène des séries (elle n'a pas pu se vendre sur un concept fort comme Orange is the New Black, une série mois gay et plus décalée), et donc ses faibles audiences puis son annulation. Mais cela lui confère aussi une aura plus aimable et attendrissante.

On savoure l’épisode avec l’impression de se voir offrir quelque chose de spécial, qui n’a pas été prémâché par la culture pop-cool et ne déborde pas de clins d'oeils complices au spectateur 2.0 - à ce titre, le running gag du déguisement Half-Life, que personne ne reconnaît dans un épisode de la deuxième saison au grand désespour de Patrick, illustre bien la chose. Une approche plus sincère qui libère la série du poids du phénomène de mode, de la surexposition médiatique, et donc d’un certain nombre de parasites susceptibles de camoufler les faiblesses. La simplicité prend ici des airs de noblesse, laissant l’émotion se construire dans la plus belle des sobriétés.

 

photo, Jonathan Groff, Frankie J. Alvarez, Murray Bartlett

 

C’est maîtrisé

Là aussi, la comparaison avec Girls sera utile. Car hormis son héroïne Hannah, qui a la chance de vivre de nombreuses péripéties parfois très bien senties, la série new-yorkaise confirme à chaque nouvelle saison son incapacité à faire vivre ses personnages secondaires, emprisonnés dans leurs contradictions simplettes.

Au contraire, Looking a pris soin d’organiser son histoire avec beaucoup de finesse : Patrick reste ce qui se rapproche le plus du héros de la série, mais sans jamais délaisser ses potes Agustin et Dom. Chacun a son identité, choyée par les scénaristes avec une vraie attention et une réelle sensibilité, qui sans surprise ira bien plus loin que l’archétype. Autour d’un minet qui promène sa mine de malheureux privilégié déchiré par ses touchantes angoisses post-ado, le quadra serveur se révèlera bien plus profond que ne le suggérait sa moustache piquée à un Village People, tandis que l’artiste borderline abandonnera bien vite ses pauvres ambitions pour construire son humanité – une trajectoire que la Hannah de Girls aura mis quatre saisons à emprunter. Là encore, il s'agit moins d'originalité que de pureté en matière d'enjeux, présentés sans fioritures.

 

photo, Jonathan Groff, Frankie J. Alvarez, Murray Bartlett, Lauren Weedman

  

Rayon seconds rôles, Looking contrebalance sa propreté de façade avec au moins deux excellents personnages : Richie d’abord, le coiffeur latino, et Eddie, le bear séropositif. Sur le papier, deux clichés imbuvables ; en réalité, deux superbes personnages, véhicules d'un sens moral qui fonctionne en miroir avec le narcissisme des héros. Sans oublier la délicieuse Dorie, camionneuse blondasse à l’humour acerbe, qui apporte une énergie revigorante au trio principal sans pour autant se réduire à un mauvais accessoire comique, comme le prouve sa belle évolution dans la deuxième saison.  

 

 

photo, Jonathan Groff, Russell Tovey

 

C’est très beau

La longue séquence de dispute entre Patrick et Kevin dans le dernier épisode de la saison 2, où le couple questionne les douloureuses limites de l’honnêteté, rappelle la présence au générique d’Andrew Haigh, réalisateur du très beau Week-end et dont le 45 Years a reçu le double prix d’interprétation à Berlin cette année. Producteur des deux saisons, réalisateur de plus de la moitié des épisodes et scénariste sur une partie, Haigh a sans aucun doute un réel poids dans la série créée par Michael Lannan.

Sans courir après le dialogue percutant ou le verbe artificiel, sans abuser des références culturelles ou des vignettes décalées, Looking prend le pouls d’une génération belle dans sa banalité, qui aborde une rave party ou un enterrement avec la même douceur. La série trouve ainsi un équilibre précieux entre le rire et les larmes où, comme dans la vie, on évolue loin des extrêmes dans un entre-deux à la fois doux et amer.

 

photo, Jonathan Groff

 

C’est doté d’une super BO

La police-néon du titre s’accorde à la perfection avec les sonorités électro-house de la bande originale, qui oblige très vite à attendre avec impatience chaque fin d’épisode, l’oreille prête à planer sur la musique du générique de fin. On entendra ou découvrira ainsi So Now You Know de The Horrors, Drops de Jungle, Finally de Cherry Ghost ou encore This is the Day de Soul Mining. L’harmonie entre ces conclusions musicales et les histoires frappe, si bien que ces choix deviennent une partie non négligeable de l’identité de la série. De quoi lui permettre, en une vingtaine de minutes qui forme chaque épisode, d'occuper tout l’espace. Et même résonner dans l’esprit du spectateur encore un moment.

 

Affiche officielle

commentaires

Benat
20/12/2016 à 12:31

Dommage que cette formidable serie se soit arrêtée trop vite Meme le film nous laisse sur notre fin On attend un retour avec. Espoir Les acteurs sont magnifiques de talent et de réalisme

bbulm
27/12/2015 à 17:21

2 petite saison pour une série qui a du potentiel c'est vraiment domage espéron qu'il se rattrape sur le film (même si un film ne suffira pas) mais c'est vraiment énervant d'avoir une super série qui n'ai pas pu s'épanouir

Brian Kinney
30/03/2015 à 20:11

+1
Série fort intéressante, et assez peu médiatisée ici

Dexcobb
30/03/2015 à 15:53

Merci pour cet article ! Une série qui vaut vraiment le coup d’œil.

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