Premières impressions sur Métal Hurlant Chronicles

Mise à jour : 02/11/2017 10:35 - Créé : 16 avril 2012 - Simon Riaux
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Qui a eu l'occasion de discuter avec les acteurs du système de production et de diffusion audiovisuel français ne peut qu'être frappé par l'apparente homogénéité du discours en vigueur. Les séries françaises sont captives de thèmes et de représentations d'un autre âge, entre flics à la papa et vaudeville rance, pourtant (presque) rien ne bouge. Ce n'est pas le dynanisme des créations originales signées Canal ou le Village Français de France Télévision qui viendront nous contredire : même quand la qualité d'écriture et les moyens sont au rendez-vous, l'hexagone a bien du mal à sortir des sentiers battus. Comédiens, réalisateurs, scénaristes, producteurs, acheteurs et diffuseurs tombent généralement d'accord sur ce point, sans que notre paysage hexagonal s'en voit transformé. On en venait presque à désespérer de voir une réalisation maison capable de nous sortir de l'infernale torpeur de nos campings, commissariats en préfabriqué et autres brocanteurs altruistes. Jusqu'à l'annonce de Métal Hurlant Chronicle. Follement ambitieux, artistiquement alléchant et potentiellement d'une richesse infinie, le projet s'est dévoilé au Festival Mauvais Genre de Tours.

 


Nous avons donc pu découvrir deux épisodes d'une première saison qui en comptera six, King's Crown et Shelter Me, de vingt-six minutes chacun. Une projection qui propulsa littéralement le festival en orbite, provoquant la joie de quelques centaines de spectateurs ravis de voir leurs attentes comblées. Le dyptique présenté illustrait parfaitement le concept du show, à savoir proposer de brèves histoires aux univers extrêmement marqués thématiquement et visuellement, seulement reliées entre elle par la présence de Métal Hurlant, planète filant à travers l'espace, répandant déréliction et malheur. Deux épisodes, placés sous l'égide de la Dark Fantasy et de la SF old parano old school, soit un programme audacieux appétissant.

King's Crown mettait en scène un tournoi à l'issue duquel l'unique survivant et gagnant sera appelé à devenir roi d'un imposant donjon, flottant dans les cieux grâce à une technologie dont les hommes ont perdu toute maîtrise. Alors que se dessine un monde féodal encadré par des cyborgs tout puissants, les participants du concours vont découvrir que même les règles les plus simples n'interdisent pas une certaine forme de tricherie... Empoignades viriles, duels sous la pluie et hémoglobine seront donc les ingrédients de ce premier récit, servis sur un plateau par Michael Jai White et l'impeccable Scott Adkins. Grâce à une maîtrise certaine des chorégraphies et un bon sens du spectacle, le montage s'autorise un usage jouissif de la caméra Phantom Flex, et nous régale de nombreux ralentis iconiques. Soit une excellente recette pour faire rentrer le fan bourrin de Spartacus et autres 300 dans cet univers de science-fiction à part, le cueillant là où il ne s'y attendait pas. Un dispositif connu et pas foncièrement original donc, mais fort bien utilisé et subverti dans la seconde moitié de l'épisode. En somme, une invitation pop-corn et grand public quoi indiscutablement réussie.

 


Alors que le premier fit quasiment office de démo technique, c'est le second épisode proposé qui permit d'entrevoir les réussites de la direction d'acteurs, la capacité du projet à déployer savamment une ambiance délicieusement vénéneuse. Lorsqu'une jeune femme se réveille dans l'abri anti-atomique de son étrange voisin, elle craint le pire, mais est encore loin du compte. Car la guerre nucléaire tant redoutée a finalement eu lieu, et l'inquiétant anonyme n'aura eu le temps que d'agripper la jeune femme avant de s'enfermer à double tour dans son bunker. Les deux survivants vont donc devoir se côtoyer et faire plus ample connaissance, alors que toute communication avec l'extérieur est impossible, sous peine d'irradiation mortelle... En une poignée de plans et de répliques, ce segment parvient à installer une atmosphère glaçante et intemporelle, dont la paranoïa et le fatalisme rappelleront autant le Merle de Malévil que Dick. L'amateur de science-fiction navigue dans des eaux connues, mais très bien fréquentées, puisque James Marsters y promène sa bouille ambiguë et inquiétante avec un plaisir communicatif. Ici le plaisir ne viendra pas tant du luxe de la direction artistique, ni de la chute du récit, que de son impeccable exécution, qui semble murmurer à l'oreille de tous les fans attentifs : « Je vous ai compris. »

 


On ne put que ressortir enthousiasmés par ce visionnage, qui ne nous promit non pas une révolution mais une plongée délectable dans un genre abandonné par nos compatriotes depuis bien trop longtemps. Métal Hurlant Chronicle est la preuve qu'une production française peut tenir la dragée haute à ses homologues anglo-saxons, et ne pas rougir devant la comparaison. Si l'ensemble de la saison s'avère de cette tenue, Joséphine pourrait bien avoir besoin d'un Ange Gardien.


Rencontre avec Guillaume Lubrano, réalisateur et producteur

On se plaint trop souvent du manque d'ambition et de vision de nos exécutifs français pour ne pas dresser un rapide portrait de Guillaume Lubrano, producteur chez WE Prod et réalisateur des six épisodes de la première saison de Métal Hurlant Chronicle. Nous avons pu échanger quelques mots avec lui à l'occasion du Festival Mauvais Genre de Tours. L'œil alerte quoique cerné, stressé puis soulagé par les réactions du public, Guillaume était difficile d'accès, la faute aux hordes de geeks et geekettes venus déposer à ses pieds offrandes, C.V, louanges et autres sacrifices rituels. Un peu comme l'auteur de ses lignes en somme, qui brava une foule dense et passionnée pour payer ses respects au monsieur, et lui demander comment avait été conçu l'ordre de diffusions des différents épisodes.

« Le mieux c'est de commencer par King's Crown, parce que c'est ce que les gens attendent de Métal Hurlant. Ensuite il faut tout de suite envoyer Shelter Me, parce que si on le met plus loin dans la saison, le spectateur va se dire “what the fuck, qu'est-ce que ça fout là ?“. Pour que le public n'oublie pas qu'on traite plein de styles et de couleurs de SF, il faut le traiter vite. »

« En tant que réalisateur, je voulais montrer vite qu'il n'y aurait pas que de l'action. Déjà parce que financièrement ce serait compliqué, et parce que j'ai envie de filmer autre chose. Je réalise les six épisodes de la première saison, d'un côté c'est super cool, de l'autre c'est épuisant. On verra si on peut faire autrement sur la saison deux. »

Acheté par plusieurs pays, mais pas par la France, on ne pouvait s'empêcher de lui demander quel était son ressenti face à une industrie hexagonale insensible au charme du métal, même quand il hurle.

 

 

« Ça ne me dérange pas qu'il y ait du Joséphine Ange Gardien en prime time. Je comprends tout à fait que quand tu finis le boulot que tu rentres chez toi, crevé, tu aies envie de tomber à la télé sur quelque chose qui te détende, ne te demande pas de réfléchir. Moi je fais partie des gens qui allument la télé plus tard, pour trouver autre chose. Et là, c'est le néant, ou presque. Du coup, je me dis que si on a pu faire Métal Hurlant Chronicle pour le prix où on l'a fait, il est tout à fait possible de proposer autre chose aux autres téléspectateurs. À fortiori à une époque où Internet va rendre caduque la question de la fenêtre de diffusion. »

Oui, mais les bandes dessinées originelles dans tout ça ?

« L'idée c'est de redonner des couleurs à Métal Hurlant, le magazine. Tu me demandais s'il n'y avait pas des récits extérieurs aux publications originales qui m'intéressaient, la réponse est oui, bien sûr. Si la série marche, l'idée serait de relancer un mag, avec des histoires originales, que nous pourrions ensuite adapter dans le show. Bon c'est carrément un grand fantasme là, mais déjà pour la diffusion des épisodes on va en sortir une adaptation en bande-dessinée. C'est quelque chose qui fait plaisir, c'est un bel objet, et on espère pouvoir aller bien au-delà. »

Nous lui fîmes part avant de nous séparer de notre seule déception, l'impossibilité de visionner l'épisode où officie la sublime Kelly Brook.

« Faut bien qu'on vous en laisse encore un peu à découvrir... De toute façon tu vas en parler quand même. » Il avait raison le bougre.

 


 

 

 

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