La Quatrième dimension - Saison 5

Nicolas Thys | 21 septembre 2009
Nicolas Thys | 21 septembre 2009

A voir cette cinquième et dernière saison de Twilight Zone, ceux qui ont vu les quatre première auront certainement l'impression d'une saison ultime, d'une fin de série même si rien ne l'indique clairement. Pourtant les changements sont là, latents, discrets mais tout de même présents, indiquant peut-être l'entrée véritable dans une autre dimension.

 

 

 

Tout d'abord, le générique qui au fil des saisons a été modifié mais est resté l'un des plus beaux génériques de série télé jamais conçu, parfaitement représentatif de l'atmosphère générale, perdu entre science fiction et folie. Cette fois il est pratiquement identique à celui de la quatrième saison. Il se fige davantage mais reprend aussi certains éléments des saisons précédentes, comme s'il trouvait là son souffle final. La porte, l'oeil, la ligne qui se métamorphose, les étoiles, tout y est.

 

 

 

Une différence plus marquée, la durée des épisodes par rapport à la saison précédente. On observe un retour en arrière. La raison en est simple, pas même une chute d'audience ; si les épisodes des saisons 1, 2, 3 et 5 duraient 25 minutes et celle de la 4eme saison 42 minutes c'est simplement parce que CBS a déplacé la série à une plage horaire qui devait absolument être d'une heure (publicités incluses). Pourtant ce retour aux sources semble significatif d'une fin prochaine.

 

 

 

Enfin, en s'attardant sur le fond de la série, on constate que les thématiques abordées changent assez peu, avec comme toujours des épisodes qui reviennent sur l'ensemble des périodes marquantes de l'histoire des Etats-Unis : la guerre de Sécession (The 7th is made up with Phantoms), la seconde guerre mondiale (The Encounter), la guerre du Vietnam (In praise of Pip). Pourtant les épisodes en font référence plus qu'ils ne s'y attardent contrairement aux autres saisons et, ici, c'est le futur, proche ou lointain, et le présent qui dominent.

 

 

 

C'est ainsi qu'on retrouvera l'une des grandes caractéristiques de la science fiction avec de nombreux jeu sur des temporalités diverses qui se chevauchent ou varient, imaginaires et parfois probables qui donnent lieu à de véritables uchronies. A quelques exceptions près, on on notera moins d'épisodes reposant sur les voyages temporels ou sur une assise historique véritable que sur des jeux temporels. A Kind of Stopwatch en est la plus belle affirmation où un homme arrête le temps à l'aide d'un chronomètre ainsi que Ninety Years without slumbering où un homme pense qu'il mourra le jour où une montre cessera de fonctionner.

 

 

 

Un nombre important d'épisodes portent la marque du futur ; futur proche avec l'informatique et la peur qu'elle peut engendrer (From Agnes With Love), des robots qui sont créés (Steel), ou une époque eugéniste où l'apparence sera la priorité dans une société qui veut tout contrôlée (Number 12 just like you) ou pour conserver un statut précis (Queen of the Nile).

 

 

 

On verra aussi la présence de moments où le nucléaire se fait menaçant (Prob 7, over and out) ou ouvertement post-apocalyptiques (The Old Man in The Cave) dans une société ravagée. Enfin encore une fois folie et fantastique se chevauchent (The Last Night of a Jockey), des objets mystérieux prennent vie (The Living Doll dont on perçoit l'une des inspirations de Chucky), quelques monstres font leur apparition comme dans l'angoissant Nightmare at 20,000 feet et des mondes parallèles sont découverts comme dans le très beau dernier épisode, The Bewitchin' Pool ou des endroits d'où nul ne peut s'échapper (Stopover in a quiet town).

 

 

 

Pourtant la différence majeure de cette cinquième saison reste le pas franchi dans le cynisme et la noirceur qui peuvent difficilement être plus importants et pratiquement chaque épisode tend vers un extrême qui peut être perçu comme un signe d'une fin imminente de la série.

 

Tout ici est beaucoup plus sombre qu'auparavant et aucune rédemption n'est possible. L'homme est définitivement devenu un loup pour l'homme et il sera le moteur de sa propre fin. Si l'esprit et la morale chrétienne dominait parfois dans les autres saisons, elle est ici régulièrement mise à mal et, lorsque Rod Serling l'emploie dans ses petits discours finaux on a l'impression qu'il n'y croit plus ou qu'il en rit. Les morts cherchent à revenir d'outre-tombe dans Mr. Garity and the grave ou vocalement dans Night call et même la bible en prend pour son grade avec le très bel épisode Prob 7, over and out qui s'amuse du mythe d'Adam et Eve.

 

 

Cette saison est définitivement l'une des plus abouties. Serling n'y va pas de main morte et donne tout ce qu'il a pour avec un fantastique qui atteint ses limites tout en étant encore parfaitement représentatif d'une époque où les Etats-Unis pataugeait dans une guerre du Vietnam qui devenait plus violente (c'est en 1964 que le conflit s'est intensifié), un climat de guerre froide encore bien prégnant, une peur atomique qui ne faiblissait pas et une paranoïa au sujet d'un avenir incertain de plus en plus forte. I'm the night - color me black, écrit par Rod Serling lui-même, est certainement l'un des plus beaux épisodes en ce sens, cumulant prise de conscience sociale et morale et prônant un changement dans les mentalités à travers une fable anti-peine de mort d'une grande force.

 

 

 

On retrouve une fois encore de grandes figures de la télévision ou du cinéma avec, en particulier, Robert Enrico, Jacques Tourneur, Ida Lupino, Don Siegel, Richard Donner, Richard C. Sarafian, Robert Florey ou Ted Post aux commandes de cette saison. Bernard Hermann a également composé la musique d'un épisode et Richard Matheson en a écrit un. Et, parmi les acteurs, figurent Lee Marvin, Mickey Rooney, Telly Savalas, James Coburn, Warren Oates, Martin Landau, William Shatner, Jack Klugman, Ed Wynn, Seymour Cassel, Gladys Cooper, Ann Blyth, George Takei ou Hazel Court.

 

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