La Quatrième dimension - Saison 4

Nicolas Thys | 23 mars 2009
Nicolas Thys | 23 mars 2009

La quatrième saison de La Quatrième dimension risque de déconcerter plus d'un fan de la série. Ce sera l'année du changement. Changement mineur d'abord : le générique qui, cette fois encore, se modifie. On reste dans un espace étoilé mais l'épure observée jusque là s'évanouit et laisse place à des figures plus concrètes, plus réelles à l'image de ce que sera la série de plus en plus consciente qu'elle navigue entre deux univers : un fantastique qui se rappelle à nous et une réalité qui nous échappe. Comme la voix de Rod Serling l'annonce : nous entrons dans un monde aux frontières de l'illusion et du réel.

 

 

 

Mais le bouleversement le plus radical intervient dans la forme. Cette fois les spectateurs n'auront plus droit à 36 épisodes de 22 minutes comme c'était le cas jusque là mais à 18 épisodes d'une durée, aujourd'hui étrange, de 50 minutes. Les épisodes deviennent donc deux fois plus longs et les histoires s'étoffent. Mais ce changement n'est pas néfaste, bien au contraire. La série proposant un voyage hors des sentiers battus, le spectateur acceptera le changement et, pour peu qu'il adhère, il se rendra vite compte que l'allongement de la durée des épisodes apporte un second souffle à la série.

 

 

 

Alors que dans les saisons précédentes l'Histoire et les mythologies américaines occupaient la place numéro 1, elles restent présentes mais passent au second plan derrière une description critique des actions humaines beaucoup plus précise et fine  qu'auparavant. L'aspect psychologique se développe et avec lui l'ampleur de la folie des hommes qui cherchent à imposer au monde leurs volontés et leurs désirs avant que ceux-ci ne se retournent contre eux (La Nouvelle exposition).

 

 

 

C'est au désir de toute puissance de l'homme que la série va s'en prendre essentiellement ; l'homme désireux de dépasser sa condition naturelle (La Muette), l'homme techniquement supérieur mais impuissant ou incompétent à utiliser convenablement son art (A son image ou La Vallée de l'ombre), l'homme faussement maître de l'Histoire (Il est Vivant ou Le Bon vieux temps), le désir de pouvoir, de richesse ou d'amour fou (un rêve de génie, Le Journal du diable).

 

 

 

La période historique qui préoccupe ici, et qui est présente dans plus de la moitié des épisodes même en filigrane, est la seconde guerre mondiale dont la cruauté sans limite hante tout un chacun. La réflexion sur l'histoire qui s'amorce n'est plus tournée exclusivement vers un passé à reconquérir, elle prend appui sur le présent et sur l'avenir. Le devoir de mémoire est indispensable mais surtout, quelle qu'elle soit, il nous faudra accepter pleinement notre Histoire et notre époque pour continuer et ne pas sombrer dans la folie. Le passé hante souvent le présent même quand il n'est pas le moteur du récit (Une tombe à 55 mètres).

 

 

 

Mais la phrase qu'on retiendra et qui illustre le mieux cette avant dernière saison est celle du premier épisode prononcée par Rod Serling : un monde « trop incroyable pour être réel, trop réel pour être un rêve », phrase qu'auraient certainement adorés les surréalistes pour qui le rêve ne pouvait se défaire de l'hallucination. Et, on le constate, plus d'une fois la série nous emmène naviguer dans des mondes illusoires ou parallèles.

 

 

 

Dans une bonne partie des épisodes tout semble réel, trop réel, et si ce n'était un simple détail qui cloche on pourrait penser à des maladies psychiatriques et non des phénomènes surnaturels. La distance qui sépare la quatrième dimension de la folie des hommes se résume à un détail : un marteau et des algues dans Une tombe à 55 mètres, deux billets de cent dollars dans Il est vivant, la scène finale de Miniature, une flamme sur un doigt dans Le Journal du diable, la conclusion de Traversée à Bord du Lady Anne. Et, comme pour enfoncer le clou, l'épisode Le Parallèle - préfiguration de la série Sliders ? - fait office de mise en abyme de cette idée de l'existence d'une autre dimension semblable à la nôtre à un détail près.

 

 

 

A l'exception de quelques rares épisodes (Jess-Bell, Jeudi nous rentrons à la maison), toute la saison 4 fonctionne donc sur le régime de la critique de la condition de l'homme moderne (même sous son versant comique : Le Chantre) et sur son incapacité à agir pour le bien commun surtout depuis la découverte des horreurs des camps. A noter également un très bel épisode intitulé Le Vaisseau de la mort dans lequel on retrouve des réminiscences de Solaris écrit deux ans plus tôt par Stanislas Lem.

 

 

 

Du côté des stars on retiendra d'abord la performance magistrale et stanislavskienne de Dennis Hopper dans Il est vivant. L'accompagneront au cours de cette saison : Robert Duvall, Burt Reynolds, Martin Balsam, Dana Andrews,  Burgess Meredith, Paul Mazursky, Jack Klugman, Gladys Cooper, Pat Hingle, James Best, Alan Napier, James Doohan, Morgan Brittany, Pat Crowley, Anne Francis, James Whitmore. A noter deux épisodes réalisés par Stuart Rosenberg et deux écrits par Richard Matheson.

 

 


 

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