La Quatrième dimension - Saison 3

Nicolas Thys | 21 octobre 2008
Nicolas Thys | 21 octobre 2008

Peu de changements dans cette nouvelle saison de La Quatrième dimension, série phare du début des années 1960, si ce n'est un nouveau pas franchi dans la noirceur mais aussi dans l'apaisement du voyage vers l'au-delà. Une chose : le générique est modifié et fait apparaitre ce qui est désormais l'un des plus importants symboles à la fois de la folie et du passage vers un autre monde : un vortex en forme de spirale qui s'enfonce dans un espace toujours plus noir, lointain et infini. Les épisodes reprennent quant à eux de nombreux éléments de fond déjà présents auparavant, en leur insufflant une nouvelle énergie et en leur apportant quelques variations. Des redites certains diront. Très peu pourtant car l'intérêt de cette série réside dans le fait de savoir reprendre une idée et de la déployer à l'infini tout en étant novateur.

 

 

 

« La légende survit à l'homme ». Cette maxime prononcée par un champion incontesté de billard décédé dans Le joueur de billard parait bien résumer le propos de la série et de la saison. La majorité des 37 épisodes diffusés en 1961 à la télévision américaine revisitent en effet la mythologie américaine et ses légendes afin tantôt de rendre hommage mais souvent de régler des comptes avec une Histoire parfois difficile à assumer, qu'il ne s'agit pas tant de transformer que de montrer sous un nouvel aspect fantastique et fantasmagorique, sans s'encombrer d'un réalisme superflu qui ne siérait nullement à une telle série. De la guerre de sécession, que la série montre comme la naissance frustrée car divisée des Etats-Unis d'Amérique, à un futur proche c'est l'histoire dégénérée d'une nation, de ses croyances et de ses peurs qui est ici résumée.

 

 

 

 

Hommage tout d'abord à Hollywood et à l'une des industries les plus florissantes du 20ème siècle : le cinéma. Dans Il était une fois, écrit par Richard Matheson et mis en scène par Norman Z. McLeod, réalisateur de plusieurs films avec les Marx Brothers, le Buster Keaton muet des années 20 fait un bond en 1961 et retrouve la parole avant, nostalgique de son époque plus silencieuse, de revenir au début du siècle !

 

 

 

 

Mais le plus marquant du point de vue de la légende est Règlement de comptes pour Rance McGrew qui s'amuse d'un acteur minable et couard interprétant pour la télévision un shérif du siècle précédent qui élimine facilement les bandits de grand chemin jusqu'à ce que Jesse James ne revienne d'outre-tombe pour s'en mêler. Egalement deux épisodes ayant la seconde guerre mondiale pour toile de fond : La Grandeur du pardon où un lieutenant américain sur le point de tuer une trentaine de japonais mal en point à la fin de la guerre se retrouve dans la peau d'un lieutenant japonais sur le point de tuer des américains lors d'une bataille célèbre et Le Musée des morts où un ancien SS revenu en pèlerinage à Dachau se voit juger par ceux qu'il a torturé. Toujours sur la guerre La Vallée immobile montre que la perte de la guerre de sécession repose sur une fois imperturbable en Dieu et La Route de la mort, l'un des plus beaux épisodes, sur l'idée d'une fraternité difficile entre Nord et Sud.

 

   

 

Peurs et mythologies typiques de la guerre froide, nombreux sont les épisodes sur les menaces de toutes sortes. Menace nucléaire où l'homme est confronté à des semblables animalisés (L'Abri), ou à sa solitude (Deux et L'Excentrique Monsieur Radin). Menace du troisième type vu sur son versant effrayant mais comique (Comment servir l'homme ?) ou paranoïaque et dramatique (Le Cadeau). Menace des dictatures communistes instables (Le Miroir, A Quatre heure) ou menace inattendue voire impensable (C'est une belle vie). Plus actuel encore dans son message cette saison s'attarde sur les changements climatiques destructeurs (Le Soleil de minuit) ou le culte du corps et/ou de la jeunesse éternelle dans L'Echange, Jeux d'enfants et La Fée électrique.

 

 

 

La mort et la fin de vie sous tous leurs aspects sont également l'un des grands leitmotivs de la saison. Outre certains épisodes déjà cités elle est le sujet principal de Vengeance d'Outre-Tombe, Rien à craindre, Les Chaussures diaboliques, le très chrétien mais très beau La Chasse au Paradis, Les Funérailles de Jeff Myrtlebank et La Relève de la garde qui est une belle référence à The Browning Version.

 

 

 

Plus anecdotique enfin, cette troisième saison restera importante pour les fans car deux épisodes seront remakés dans le film à 8 mains, La Quatrième dimension, de 1983 : C'est une belle vie que réalisera Joe Dante et Jeux d'enfants mis en scène par Spielberg. D'un point de vue référentiel certains épisodes se révèlent étonnants puisque Cinq personnages en quête d'une sortie ressemble étrangement à Cube de Vincenzo Natali et La Route de la mort en partie aux Autres d'Alejandro Amenabar. Du côté des stars alors en devenir ou célèbre on est une nouvelle fois gâté avec la présence de Buster Keaton, Robert Redford, Charles Bronson, Elisabeth Montgomery, un excellent Peter Falk, Donald Pleasance, Lee Marvin, Lee Van Cleef, Leonard Nimoy, Dean Stockwell, Phyllis Thaxter, Gladys Cooper, David White, Veronica Cartwright, Cliff Robertson, Jack Klugman et une apparition de Paul Mazursky. Vous les retrouverez tous dans notre galerie photos consacrée à cette troisième saison.

 

  

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