The X Files : retour sur une série culte

Vincent Julé | 28 juillet 2008
Vincent Julé | 28 juillet 2008

Difficile aujourd'hui de parler du phénomène qu'a été X Files. La série s'est terminée en 2002, après 9 longues années et dans un relatif anonymat. Ça l'est d'autant plus que son actualité, le second et nouveau film X Files : Régénération, sort de nulle part et se révèle être un drôle d'objet. Entre plaisir solitaire voire coupable, signe d'adieu et pied de nez, il déjoue les attentes, tourne le dos au buzz et s'affranchit presque de la série originale.

 

Pourtant, au détour d'un plan enneigé ou d'un échange entre Mulder et Scully, la magie opère, la nostalgie prend et les souvenirs remontent. Cela peut être la nuée d'insectes lumineux de Quand vient la nuit (saison 1, épisode 20), cette tension insoutenable dans La main de l'enfer (saison 2, épisode 14), ce hangar avec ses milliers de fichiers et ses petits hommes blancs dans le triptyque décisif Anasazy/The Blessing Way/Paper Clip (saison 2, épisode 25 ; saison 3 épisodes 1 et 2), l'huile noire de Tunguska (saison 4, épisodes 8 et 9)... Des images à jamais gravées dans l'esprit du téléspectateur, différentes à chacun, et qui rappellent que X Files reste une série culte et révolutionnaire.

 

 

 

 

C'est au début des années 90 que Chris Carter, alors scénariste pour des sitcoms, se voit proposer de développer des nouveaux concepts pour la Fox. Inspiré par la série Kolchak: The Night Stalker (ou Dossiers brûlants chez nous), ses souvenirs du Watergate et un rapport qui révèle que 4 millions d'Américains auraient été enlevés par des extra-terrestres, il écrit le pilote de ce qui deviendra The X Files. Mais déjà la production lui cherche des poux, ils veulent que Scully ait un amoureux et qu'elle soit jouée par une actrice plus connue, plus grande, plus blonde que la jeune (24 ans !!) Gillian Anderson - le nom de Pamela Anderson était évoqué a-t-on récemment découvert. Toujours est-il que le pilote est tourné début 1993 avec Gillian Anderson et David Duchovny, et que la série est retenue pour la rentrée dans la case du vendredi soir. En France, il faut attendre juin 1994 pour découvrir la série sous le titre Aux frontières du réel sur M6, tout d'abord en seconde partie de soirée en semaine puis en prime-time le samedi.

 

Dana Scully y est donc une jeune agent du FBI, qui vient d'être assignée aux affaires non classées. Sa mission est de surveiller les agissements de l'agent Fox Mulder, dont les croyances dans les phénomènes paranormaux ne sont pas du goût de la direction. Et de fait, avec son bagage médical et scientifique, le rôle Scully est de discréditer les travaux de Mulder, mais peut-être par pour les raisons qu'elle croit, peut-être pour protéger un complot. Lui, le believer, le fada de soucoupes volantes, celui dont la sœur aurait été enlevé par des extra-terrestres. Elle, le sceptique que cela soit d'un point de vue scientifique ou religieux. Toute la dynamique de la série repose sur cette opposition et complémentarité, mais Chris Carter ne veut pas faire de leur relation le moteur des épisodes et les intrigues prévalent toujours.

 

 

 

 

Pour se faire, il s'entoure d'un staff qui s'est connu en grande partie sur 21 Jump Street : Glen Morgan et James Wong (Destination Finale), Kim Manners (Supernatural), Rob Bowman (X Files : Combattre le futur, Elektra) et David Nutters (tous les nouveaux pilotes de séries). A qui s'ajoutent des plumes comme Howard Gordon (24), Alex Gansa (Numbers, Entourage), Darin Morgan (frère de Glen), bientôt rejoints par Vince Gilligan (Breaking Bad, Hancock), Franck Spotnitz (Night Stalker), John Shiban (Enterprise, Supernatural). Se seront ainsi traités dans les 202 épisodes de la série tout le spectre du fantastique et de la science-fiction : télékinésie, corps astral, réincarnation, vaudou, voyage dans le temps, fantômes, loups-garous, vampires, invisibilité, cannibalisme, combustion spontanée, expériences et manipulations génétiques, monstres et petits hommes verts...

 

Qu'ils créent, empruntent, revisitent, rendent hommage ou parodient, les auteurs et réalisateurs le font toujours en l'intégrant parfaitement à l'univers avec une identité et une esthétique bien spécifiques, mais aussi une générosité et une sincérité à toute épreuve. A toute épreuve, parce qu'il faut avouer qu'en neuf saisons, la série a tout connu, dont des essais ratés, des parti pris casse-gueule et de drôles de récréations. Citons Espace (saison 1, épisode 8) sorte de Mission to Mars avant l'heure, La liste (saison 3, épisode 5) sur la peine de mort, Prométhée post-moderne (saison 5, épisode 5) déclinaison personnelle et formidable de Frankenstein et Elephant Man par Chris Carter, Zone 51 (saison 6, épisodes 4 et 5) et son échange de corps très Monty Python, Appétit monstre (saison 7, épisode3) raconté du point de vue du monstre... et donc un film.

 

                        

 

En effet, si la série peine en termes de chiffres d'audiences dans la première saison avec 7 petits millions de téléspectateurs, elle est tout de même renouvelée pour une seconde et c'est l'envolée. Elle gagne 10 millions de téléspectateurs en une année et atteint des chiffres affolants comme 25 voire 30 millions en saisons 4 et 5. C'est le moment idéal pour tenter la grande aventure du grand écran, et Chris Carter prend le risque de faire de X Files : Combattre le futur à la fois un chaînon manquant de la série, entre le final de la saison 5 où les affaires non classés sont fermées et leur réouverture en début de saison 6 (les épisodes sont d'ailleurs respectivement tirés La fin et Le commencement), mais aussi un film à part entière, qui renvoie à l'essence de la série avec complot et extra-terrestres donc, mais avec aussi plus d'hélicoptères et une plus grosse soucoupe volante. Le cul entre deux chaises, le film ne convainc qu'à moitié les fans, les néophytes et le box-office. En effet, malgré ses 189 millions de dollars de recettes mondiales, il ne fait pas autant de profit que prévu avec un budget de 66 millions et surtout une campagne promotionnelle au montant équivalent.  

 

 

 

 

A partir de là, la série retrouve doucement mais sûrement ses chiffres d'antan, entre 10 et 15 millions de téléspectateurs. Cette érosion sur la longueur s'explique à la fois par une certaine lassitude, la difficulté à se renouveler mais aussi le départ de David Duchovny et de son personnage en fin de saison 7, et l'arrivée des agents John Dogget et Monica Reyes joués par Robert Patrick et Annabeth Gish. Chris Carter avait des réserves à continuer, le season finale Requiem pouvant même servir de series finale, mais se laisse convaincre se disant qu'il y a toujours plus d'histoires à raconter. Il est même prêt à repartir pour dix ans avec un nouveau casting, de nouveaux agents. Malheureusement, cette nouvelle dynamique ne prend jamais, surtout que la série doit aussi faire avec l'échec du spin-off Au cœur du complot sur les Lone Gunmen et les attentats du 11-Septembre qui empêchent de traiter de n'importe quel sujet. Les moments marquants des dernières saisons tournent ainsi autour de la mythologie ou de la relation entre Mulder et Scully.

 

 

 

Voilà, si nous n'avions pas encore mentionné la fameuse mythologie, ou mytharc, c'est qu'elle est autant la grande force qu'une faiblesse de la série. C'est en fin de saison 1 que Chris Carter, Glen Morgan et James Wong commencent à bâtir ce qui va devenir au fil des épisodes et des saisons l'un des complots les plus complexes, les plus passionnants et les plus frustrants de l'histoire de la télévision. A côté des épisodes stand alone ou monster-of-the-week, chaque saison se compose ainsi de 5 épisodes mythologiques (double la plupart du temps et en début et fin de saison), qui s'intéressent au début à la présence extra-terrestre et aux enlèvements, puis à un grand complot gouvernemental qui implique des super soldats, une huile noire, des expériences génétiques et grandeur nature, des agents doubles, des extra-terrestres rebelles et une invasion à la nature multiple datée pour l'année 2012. Difficile de rentrer plus dans les détails, tant la mythologie ne tient pas en une formule ou un coup de théâtre, mais s'étend, se densifie, se perd aussi parfois tout au long des neuf saisons. Mais ceux qui s'y sont frottés, et même investis, le savent, reste au final un tout global cohérent et fascinant.

 

 

 

 

Aujourd'hui, le culte autour de la série en a pris un coup dans les faits, mais dans les esprits, il reste vivace voire intact. Ainsi, en 2004, le magazine TV Guide la nomme deuxième série la plus culte derrière Star Trek, et en 2008, Entertainment Weekly la place quatrième meilleure oeuvre de SF et quatrième meilleure série des 25 dernières années.

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