Esprit cathodique - Numéro 9

Patrick Antona | 29 mars 2008
Patrick Antona | 29 mars 2008

Parce qu’il n’y a pas que le ciné et les DVD dans la vie. Etparce qu’il y a aussi la TV et qu’avec le nombre de chaînes hertziennes, cellesde la TNT sans oublier surtout celles du câble et du satellite, il y a de quoidevenir fou à éplucher les programmes pour trouver THE filmà voirconfortablement installé dans son canapé. Ecran Large, parl'intermédiaire de son fin limier Patrick Antona, vous aide à vous yretrouver en vous offrant une sélection de ce quiserait sympathique de voir chaque semaine. Pas forcement le best of thebestmais un melting-pot savamment préparé par le maestro. Voici le choix decette semaine allant du 29 mars au 4 avril 2008.

 

 

Samedi 29 Mars

 

 

Young Yakuza

La Petite boutique des Horreurs

Arte

Sci-Fi

14 :00

20:45

 

Exclusivité Arte ce samedi avec la diffusion en avant-première du docu-drama Young yakuza, quatre jours avant sa sortie cinéma nationale. Continuant son exploration du Japon moderne, entamée en 1998 par Tokyo eyes et continuée par son portrait de Takeshi Kitano dans la série « Cinéma, de notre temps », Jean-Pierre Limosin nous entraîne au plus profond du quotidien des yakuza, enquête en fait initiée suite à l'invitation d'un chef maffieux ! Et l'on pourra juger sur pièce si cette vision de ce monde interlope, nonobstant le filtre mis sur leurs activités criminelles (condition sine qua non de l'acceptation du cinéaste français en leur sein), réussira à dépasser le cliché exotique et permettra de comprendre un peu mieux les rouages de cette fratrie si particulière.

 

 

Comédie musicale barge et colorée, adaptée d'un show de Broadway, lui-même s'appuyant sur la série B culte de Roger Corman, La  version 1986 possède comme principaux atouts des effets mécaniques époustouflants permettant de donner vie à Audrey 2, la plante carnivore à la voix de soul singer, ainsi qu'un casting de haut vol réunissant les grandes gloires du Saturday Night Live, de Bill Murray à John Candy, en passant par Steve Martin, mémorable dentiste-biker sadique. Et le film de se targuer d'avoir la scène finale la plus onéreuse du cinéma sucrée au montage, happening cataclysmique et nihiliste dont il est fait mention dans le numéro de mars de Mad Movies, et qui est seulement visible sur différents sites Internet, le DVD zone 1 ayant été retiré vite fait de la vente par la Warner Bros, sans annonce d'une possible ressortie.

 

 

Dimanche 30 Mars

 

 

Le bourreau des cœurs

Le Grand Inquisiteur

NRJ12

Cinema Culte

20 :45

22 :55

 

Alors que Disco pointe le bout de son nez, sommet du cinéma beauf totalement assumé et revendiqué, on peut trouver une forme de filiation en droite ligne entre celui qui fut un des rois du box-office des années 80, Aldo Maccione, et Franck Dubosc. Interprétant à l'envie le stéréotype du séducteur ringard et désarmant mettant en avant ses atouts virils, l'italien adoptant la démarche chaloupée de « la classe », le rouannais n'hésitant pas à enfiler les slips les plus improbables à cet effet, les deux acteurs possèdent en commun une forme de bonhomie et d'accessibilité qui arrive à emporter l'adhésion, faisant passer la qualité du film comme secondaire. Le problème c'est que ce genre d'engouement ne dure qu'un temps, Le Bourreau des cœurs fut un des derniers succès de notre grand Aldo, le public s'étant lasser de son personnage d'italien dragueur. On verra comment Franck Dubosc gèrera l'après-Disco, même si le film risque de faire un succès populaire.

 

Beaucoup plus passionnant que Les Sorcières de Salem d'Arthur Miller, Le Grand inquisiteur est un récit de chasse aux sorcières situé dans le 17° siècle anglais, tourné comme un western. Dominé de la tête par Vincent Price, imposant en juge corrompu adepte de la torture et du chantage, ce film était le troisième du jeune réalisateur anglais Michael Reeves, à même pas 25 ans ! Mais celui qui était parti pour devenir le digne successeur de Terence Fisher au sein de la production britannique mis fin brusquement à ces jours quelques mois après, destin tragique d'un ange déchu qui laissa derrière lui un chef d'œuvre du genre.

 

 

Lundi 01 Avril

 

 

Staying alive

France 4

20 :45

 

Pas d'Esprit cathodique qui se respecte sans le plaisir coupable de la semaine, doublé ici par le fait que c'est de nouveau un Stallone ! Alliance alors improbable entre l'étalon italien ici réalisateur (mais s'allouant une apparition tout en clin d'œil et ray-ban) et un John Travolta alors en pleine déconfiture (son dernier succès remonte à Grease en 1978), Staying alive est une forme d'objet filmique qui joue sur la même corde que les Rocky, à savoir le destin d'un battant un peu largué qui réussira son ascension par la force de ses muscles, et pas par la qualité de ses prestations scéniques !  

 

 


 

Car plus que la musique, un peu éprouvante du frangin Frank Stallone (la participation des Bee Gees ayant été réduite à la portion congrue), c'est la dimension sportive de notre Tony Manero qui est mise ici en avant, avec comme clou du spectacle un final chaotique censé représenté l'enfer où un John Travolta tout bodybuildé et transpirant se lancera dans un baroud solo éperdu et flamboyant. Au moment de sa sortie en 1983, Staying aliveDisco apparaissait comme anachronique, la mode du disco semblait alors bien loin derrière. La sortie de semble lui redonnait une forme de nouvelle légitimité, le film de Stallone étant en outre indéniablement plus fun que celui d'Onteniente.

 

 

Mardi 01 Avril

 

 

Dark City

Eh mec ! Elle est où ma caisse ?

Direct 8

Comédie

20 :40

20 :40

 

Alex Proyas est un cinéaste qui tourne peu et dont les tournages ont souvent été soumis à des vicissitudes qui en ont quelque peu altérées le résultat final : décès de son comédien principal Brandon Lee sur The Crow, influence envahissante de Will Smith sur I, Robot. En l'état actuel de sa filmographie, Dark City demeure son ouvrage le plus abouti, vision stupéfiante d'une ville au design noir et tentaculaire soumise aux caprices de transformation des mystérieux Etrangers. Et puis, la présence de Jennifer Connelly, en icône glamour toute droite sortie d'une gravure des années 1940 est un argument supplémentaire pour tenter ce voyage jusqu'au bout de la nuit d'un genre bien particulier.

 

 

Si le côté déprimant du chef d'œuvre d'Alex Proyas risque de vous rebuter après une journée harassante de boulot, alors laissez-vous tenter par la déconnade pure avec le duo débilo-comique Ashton Kutcher/ Seann William Scott dans Eh mec ! Elle est où ma caisse ?. Produit dégénéré de la vague des comédies pour teenagers, le film de Danny Leiner prend la voie de la parodie des films de SF des années 1950 avec plus ou moins de bonheur, mais on pourra se surprendre à lancer quelques petits « shibbyyy » de contentement.

 

 

Mercredi 02 Avril

 

 

Furtif

Los Muertos

TPS Star

Arte

20 :55

22 :45

 

Si il y a bien un modèle de critique ciné qui a fait date au sein d'EcranLarge, c'est bien celle concernant Furtif lors de sa sortie en 2005. Il est vrai que le film de Rob Cohen se pose quand même comme un catalogue de poncifs assez poussés, que Jessica Biel a des épaules dignes d'une nageuse est-allemande, mais la vision de jets futuristes se coursant à travers les airs arrive à me transporter un tant soit peu. Mais même la bienveillance la plus élémentaire ne peut rien pour empêcher le crash final, même si celui-ci se révèle être quelque peu inoffensif.

 

 

L'OFNI de la semaine à découvrir sur Arte est Los Muertos, film argentin au rythme très, très lent, quasi-muet à part quelques échanges en langage indien, mais qui finira par donner une forme de sensation quasi-hypnotique, pour peu que l'on se plonge dans la contemplation de cette odyssée solitaire dans l'enfer vert.

 

 

Jeudi 03 Avril

 

 

La Revanche d'un Homme nommé Cheval

Cinéma Ciné Classic

22 :50

 

Irvin Kershner possède à son actif trois suites réussies de grands succès commerciaux, L'Empire contre-attaque, Robocop 2 et cette Revanche d'un homme nommé cheval. Seconde partie des aventures de John Morgan, lord anglais interprété par Richard Harris enlevé par les indiens sioux et rabaissé à la condition de bête de trait (d'où son nom de « cheval ») avant d'être intégré dans la tribu en tant que guerrier, le film d'Irvin Kershner ne possède pas la force de l'original Un homme nommé cheval, réalise par Elliot Silverstein en 1970. Mais en cinéaste efficace, Irvin Kershner s'acquitte correctement du cahier des charges pour livrer un film d'aventures enlevé et prenant, où, quinze ans avant Danse avec les loups, les indiens avaient le bon rôle.

 

 

Vendredi 04 Avril

 

 

Psychose Phase 3

L'Homme bicentenaire

Cinema Culte

Canal + Family

21 :00

22 :40

 

Passé à la postérité auprès des fans de Star Wars pour avoir réalisé Le retour du Jedi, Richard Marquand mérite mieux que sa contribution à l'empire de George Lucas. Réalisé en 1978, Psychose Phase 3 (titre français idiot pour The Legacy) est un habile récit horrifique de possession et de hantise, fortement influencé par une esthétique à la Dario Argento, du fait de morts violentes très graphiques. Aidé par les prestations convaincantes de Katharine Ross, Sam Elliott et Roger Daltrey, Richard Marquand fait preuve d'une grande maîtrise pour sa première mise en scène et distille une atmosphère funeste digne des classiques du genre gothique. Par la suite, outre le 3° volet de la saga stellaire, le réalisateur signera un chef d'œuvre du thriller d'espionnage avec L'Arme à œil, un suspens judiciaire efficace avec A Double tranchant, et disparaîtra prématurément en 1987 sans avoir plus compléter Hearts of Fire avec Bob Dylan.

 

 

Passé relativement inaperçu au moment de sa sortie, L'Homme Bicentenaire de Chris Colombus se traîne une réputation de film lénifiant et convenu qu'il semble ne pas devoir mérité. Partageant avec A.I. de Steven Spielberg de nombreuses similitudes, L'Homme Bicentenaire est un conte dont le thème central est l'émergence de conscience chez un androïde tout dévoué au service des humains, et dont le supplément d'âme sera fourni à la fois par les progrès de la robotique et son « amour » pour la lignée des femmes de la famille Martin. Dans le costume du robot Andrew, Robin Williams fait preuve ici d'une retenue plutôt inhabituelle de sa part, limitant au possible ses habituels effets (imitations abusives, logorrhée envahissante), et réussissant à faire passer une bonne part de réflexion philosophique, en parfaite adéquation avec la pensée de l'écrivain Isaac Asimov, et transmettre au final une émotion sans tomber dans le grotesque.

 

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