Esprit cathodique - Numéro 5

Patrick Antona | 29 février 2008
Patrick Antona | 29 février 2008

Parce qu’il n’y a pas que le ciné et les DVD dans la vie. Et parce qu’il y a aussi la TV et qu’avec le nombre de chaînes hertziennes, celles de la TNT sans oublier surtout celles du câble et du satellite, il y a de quoi devenir fou à éplucher les programmes pour trouver THE film à voir confortablement installé dans son canapé. Ecran Large a décidé de mettre à votre service son plus fin limier, Patrick Antona et ses 17 255 films vus (compteur arrêté au 18 janvier 2008) pour vous offrir une sélection de ce qui serait sympathique de voir chaque semaine. Pas forcement le best of the best mais un melting-pot savamment préparé par le maestro. Donc, le concept est fort simple : un soir = un film. Voici le choix de cette semaine allant du 1er mars au 7 mars 2008.

 

 

 

 

Samedi 1er  mars

 

 

 

Eragon

Soif de Sang

Canal+

Ciné FX

20 :50

21 :00

 

Tribut inévitable du succès de la trilogie du Seigneur des anneaux, toute une flopée d'ersatz orientés héroic-fantasy se bousculent de plus en plus sur nos écrans, de la série des Narnia aux Chroniques de Spiderwick en passant par cet Eragon qui avait reçu un accueil plutôt frais (et pas plus loin qu'ici même dans Ecran Large). Avec le recul, on peut être plus complaisant avec la chose, plus faite pour l'écran TV en définitive dans le genre compilation des lieux communs du genre. Si Jeremy Irons a toujours la classe, même en cachetonnant un minimum, et que les grosses bêtes nous rappellent quelque part les monstres du grand Ray Harryausen, on ne se lasse pas de se répéter « Mais oui Eragon c'est Dragon avec E, c'est pas con ! ». Après mure réflexion, si, un peu ...

 

Soif de sang (1979) nous replonge dans cette époque bénie où le nouveau cinéma australien explosait, avec des réalisateurs comme Peter Weir, Bruce Beresford et surtout George Miller. Petite production épatante et angoissante, le film de Rod Hardy s'appuie sur le postulat révolutionnaire que les vampires modernes laissent tomber leurs apparats pour une exploitation plus moderne et industrielle de leur survie, et cela 20 ans avant la série des Blade. A (re)découvrir d'urgence.

 

 

Dimanche 2 mars

 

 

 

Pharaon

Patricia, un voyage pour l'amour

Arte

NT1

20 :40

22 :30

 

Et si la vision la plus réaliste, tout en négligeant pas le côté spectaculaire, de l'Egypte antique ne serait pas dans ce film-fleuve et intelligent réalisé en Pologne en 1965 ? Incontestablement le film de la soirée à ne pas manquer, véritable thriller psychologique passionnant et atmosphérique, dominé par un trio d'actrices aussi belles que troublantes et qui sont au centre du faisceau d'intrigues qui se nouent autour d'un jeune Ramsès déjà manipulé par sa mère. Le réalisateur Jerzy Kawalerowicz, déjà auteur du mythique Mère Jeanne des anges, a continué dans la voie du péplum avec une version de Quo Vadis ? en 2001 dont on aimerait en savoir plus.

 

On reste dans le domaine de l'érotisme (oui il y en a dans Pharaon) mais aussi dans celui la nostalgie pré-pubère avec Patricia, un voyage pour l'amour, sucrerie gentiment polissonne dont le seul intérêt est de pouvoir admirer la beauté dénudée d'Anne Parillaud dans sa période post-Hôtel de la plage et bien avant Nikita. Le destin de pauvre petite fille riche qui veut échapper à l'emprise de son papa en se lâchant dans toute forme d'expériences sexuelles (dont une jolie scène de lesbianisme qui avait marquée à son époque) avant de se ranger des voitures pourra faire doucement ricaner. Mais bizarrement cela me rappelle peu ou prou une ancienne mannequin qui a fait quelque chose d'équivalent en ce début d'année. 

 

 

Lundi 3 mars

 

 

 

Terrain miné

TMC

22 :20

 

Comment ne pas choisir comme plaisir coupable de la semaine le seul film (pour l'instant) réalisé par Steven Seagal, Terrain miné, monument boursouflé et coûteux d'auto-satisfaction qui fut le début de la fin pour notre casseur de bras un temps préféré (Liam Neeson dans Taken est en train de lui piquer le pompon). Si vous voulez savoir de quelle manière Steven Seagal a acquis son surnom de Saumon agile, comment neutraliser la pollution qui menace le Grand Nord en faisant sauter une plate-forme pétrolière, et entendre des répliques anthologiques de ce tonneau : « Protège cette entrée comme si c'était le pucelage de ta sœur ! » ou cette autre tirade dite du « En slip de bain sur la banquise ».

 

Alors oui, Terrain miné est bien un film pour vous. Et pas pour tous ces bouffeurs de yaourt qui n'ont jamais reconnu sa grande influence sur le rayonnement de la pensée fondée sur la non-violence et aussi sur le renouveau du métier de chiropracteur.

 

 

Mardi 4 mars

 

 

 

Doux oiseau de jeunesse

Darshan : l'étreinte

TCM

Arte

20 :45

23 :00

 

Richard Brooks a été un grand cinéaste et un grand bonhomme, auteur de chefs d'œuvre inaltérables tels que De Sang froid, Elmer Gantry ou Les Professionnels et qui a été un des meilleurs illustrateurs de Tennessee Williams et de ses peintures des sentiments humains exacerbés. Dans ce récit classique de la décadence de la grande bourgeoisie du Sud, similaire à La Chatte sur un toit brûlant, le spectacle est assuré par le talent incomparable des acteurs, de Paul Newman à Geraldine Page, en passant par un jeune Rip Torn (le Mr Zed des Men in Black !) tous parfaits dans leurs habits de  personnages en souffrance.

 

Tel Obélix avec la potion magique, Jan Kounen est tombé dans la mystique et ce depuis le tournage de Blueberry. Depuis, pas un de ses films, de fiction ou documentaire, n'échappe au thème ou à la séquence tendant à illustrer l'ouverture des voies impénétrables de la spiritualité humaine, parasitant les premiers comme Blueberry et 99 Francs, sublimant les autres comme le sublime D'autres mondes ou cette Etreinte, qui, si elle dépeint un être attachant (désolé pour le jeu de mot) et hors norme, finit par être un peu redondante sur la fin. 

 

 

Mercredi 5 mars

 

 

 

Infernal Affairs

Infernal Affairs 2

Canal+ Cinéma

20 :50

 

Après avoir vu Les Infiltrés version Scorsese il y a deux semaines, tentez la comparaison avec le film original de Hong-Kong , et sa prequel , réalisés tous les deux par le tandem Andrew Lau/Alan Mak. Déroulant son implacable scénario aux multiples ramifications connexes comme une véritable symphonie tragique, Infernal Affairs, avec sa double histoire de taupe infiltrée, demeure un des sommets du thriller policier et une preuve de la vitalité sans cesse renouvelée du cinéma d'Asie. Et le jeu du chat et de la souris assuré par le duo classieux et choc Tony Leung Chiu Wai/Andy Lau Tak Wah demeure un cran au-dessus de celui que se livre Leonardo Di Caprio/Matt Damon, de même que par l'utilisation d'un accessoire devenu indispensable dans toute histoire de suspens, au point d'en devenir un quasi-protagoniste : le téléphone portable.

 

 

Jeudi 6 mars

 

 

 

Bienvenue à Gattaca

Le Solitaire

TCM

Ciné Polar

20 :45

20 :45

 

Ce soir, c'est la revue des premières fois pour deux cinéastes dorénavant incontournables : Andrew Niccol et Michael Mann.

Pour le premier, son coup d'essai en 1997 fut un coup de maître avec son anticipation futuriste et pessimiste sur fond d'eugénisme, servi par d'excellents comédiens et une mise en scène fluide et maîtrisée et un design high-tech et aseptisé du meilleur effet. Au final, Bienvenue à Gattaca est considéré, avec raison, comme un classique du genre.

 

Similaire en ce qui concerne la description d'un environnement froid mais qui n'en est pas moins une jungle, Le Solitaire suit le destin de Frank, perceur de coffres-forts qui, après un dernier coup, se trouve en but aux tueurs de la maffia. Brouillon de ces futurs œuvres à venir, ce premier film de cinéma de Michael Mann (le téléfilm Comme un homme libre ayant été distribué en salles en Europe deux ans auparavant) garde une estampille années 80 assez marquée, la musique électronique de Tangerine Dream y étant pour beaucoup, et offre à James Caan un de ses meilleurs rôles de personnage singulier luttant contre l'adversité.

 

 

Vendredi 7 mars

 

 

 

Les Voyages de Gulliver

Horror Hospital

France 3

Ciné Cinéma Culte

14 :55

21 :00

 

Il y a toujours quelque chose de bon à tirer dans la découverte de la série B pourrait être la devise de la journée.

 

D'un côté, nous avons le film parfait à regarder avec les enfants, avec cette version naïve et colorée des Voyages de Gulliver magnifiés par les effets spéciaux plein de poésie de Ray Harryhausen. Etant un grand fan du magicien de la stop-motion, on peut regretter les écarts avec le texte originel ainsi que la mise en retrait de tout propos social qui imprégnait le roman de Jonathan Swift. On peut être en droit, en tant qu'adulte, de préférer la mini-série de Charles Sturridge avec Ted Danson.

 

Petite merveille parodique et horrifique issue du cinéma anglais des années 70, avec ce côté contestataire et libertaire qui imprégnait l'époque, Horror Hospital est l'occasion de redécouvrir le grand talent de Michael Gough (le majordome Alfred des Batman de Burton et Schumacher). Cet acteur de formation classique a tout joué dans sa longue carrière mais le public du cinéma d'horreur lui garde une place réservée par ses rôles de psychopathe (Crimes au musée des horreurs) et de savant-fou (Konga), avec cette distinction so british  qui le met au niveau de Peter Cushing ou de Christopher Lee.

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