Brothers & sisters - Saison 1

Stéphane Argentin | 18 septembre 2007
Stéphane Argentin | 18 septembre 2007

Avec son pitch collégial et son casting quatre étoiles, Brothers & sisters avait tout du drama familial pétri à la guimauve en cette rentrée télévisée américaine 2006. Et pourtant, à la surprise générale (et quelque peu aidé il est vrai par un magnifique lead in le dimanche soir sur la chaîne ABC : Desperate housewives), la série s’est instantanément imposée auprès du public (11 millions de téléspectateurs de moyenne sur l’année) grâce à des qualités indéniables.

 

Qualités que l’on retrouve d’ailleurs dès le pilot au gré des discussions et dissensions entre les différents membres de la famille Walker ; l’instant privilégié pour de tels échanges ayant lieu autour d’une tablée aussi copieusement animée que verbalement fournie et drôle. Un moment de rencontre (la réunion familiale) que l’on retrouvera régulièrement par la suite au point de devenir le véritable moteur narratif du show. En effet, qui mieux que la cellule familiale (les séries hospitalières sans doute) peut être à l’origine des débats les plus divers et variés sur les sujets les plus sérieux et concrets de notre société : guerre, religion, politique, mariage… ?

 

Mais par delà les thèmes abordés, non sans une bonne dose d’humour contrebalançant leur gravité, c’est avant tout et surtout l’image d’Épinal de la parfaite petite famille modèle américaine qui en prend un coup dans l’aile, le décès du patriarche (Tom Skerritt) en fin de pilot n’étant finalement que le catalyseur du mal qui ronge les Walker et, par extension, l’Amérique. Sans trop en dévoiler, cette disparition aussi fulgurante d’impromptue sera à l’image de celle de Nathaniel Fisher (Richard Jenkins) dans Six feet under : la clé ouvrant un gigantesque placard rempli de squelettes, tant sur le plan affectif que professionnel, pour les autres membres de la famille Walker.

 

 

Comparée Brothers & sisters à la série, désormais entrée dans la légende, imaginée par Alan Ball serait néanmoins très réducteur puisque le show créé par Jon Robin Baitz, propulsé-là sur le devant de la scène après quelques menus travaux en tant que scénariste à droite à gauche, se veut en effet moins abrasif (on est sur une grande chaîne publique américaine, ABC, et non sur la très libérale HBO) et métaphorique que Six feet under. La seule exception en la matière se trouve en plein cœur du jardin familial : la piscine, lieu de l’infarctus initial et entité symbolique (l’eau) de régénération en fin de première saison.

 

Mais avant d’en arriver là, chacun des Walker devra porter sa croix et expier ses pêchés afin de retrouver la paix intérieure. La matriarche, Nora (Sally Field, tout en timidité amusante et amusée et fraîchement récompensée d’un Emmy Awards pour son rôle), sera la première à faire les frais des mystères de feu son mari. Tommy (Balthazar Getty, déjà plus à son avantage que dans son rôle étriqué dans Alias) va voir son couple remis en question, tout comme Sarah (Rachel Griffiths, toujours aussi irréprochable en matière de relations tumultueuses après Six feet under), mais pas pour les mêmes raisons (nous n’en dirons pas davantage là-encore afin de ne rien éventer des différents twists narratifs). Kevin (Matthew Rhys, un habitué des guests star de séries télé depuis des années) a lui aussi bien du mal à trouver sa place et l’âme-sœur, engoncé qu’il est dans son costume trois pièces d’avocat gay. Justin (Dave Annable, vu dans la très réussie mais avortée série Reunion), personnage sans doute le plus torturé de tous, aura toutes les peines du monde à s’extirper de la spirale infernale de la drogue, faux remède à ses démons du passé ramenés du front militaire. Quant à Kitty (Calista Flockhart, aussi exubérante que dans Ally McBeal), jadis présentatrice vedette de télé, elle aura bien du mal à refaire sa vie en partant en campagne pour le Sénateur d’un parti politique qui n’est même pas le sien à la base (Rob Lowe, décidément abonné aux rôles de technocrates après À la Maison Blanche).

 


Soit autant de destinées et de parcours individuels qui vont s’entrecroiser pour le meilleur et pour le pire dans la grande tradition d’un genre émergeant à la télé : la dramédie, mélange de comédie et de drame. À trop vouloir brasser de sujets sur le mode de la neutralité (la série ne prend jamais unilatéralement parti, se contentant d’exposer habilement toute l’étendue de chaque problématique) et dans un grand déballage d’humour et de larmes, certains reprocheront sans doute à Brothers & sisters de verser un peu trop dans le méli-mélodrame (le genre-même de reproches que bon nombre de critiques américaines émettaient à l’encontre du show à ses débuts). Ce serait là-encore cataloguée bien vite Brothers & sisters dans un registre dont elle cherche précisément à s’extirper avec brio. Car, sitôt passé un week-end campagnard familial aussi intense qu’émouvant au premier tiers de la saison, la série s’emballe et trouve pour de bon sa vitesse de croisière jusqu’au season finale et cette fameuse « renaissance aquatique généralisée ».

 

À qui n’a donc pas peur de plonger tête la première dans une série tour à tour dépressive et réjouissante, Brothers & sisters est l’une des plus belles réussites télévisées du moment émanant d’une grande chaîne nationale américaine.

 


Brothers & sisters : Tous les mardis soir à 20h50 sur Fox Life depuis le 28 août 2007 (et prochainement sur TF1).

 

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