Masters of Horror : Saison 2

Ilan Ferry | 8 septembre 2007
Ilan Ferry | 8 septembre 2007

Déception, tel est le maître mot de cette deuxième saison des Masters of Horror diablement plus plate que son enthousiasmant prédécesseur. Comme pris d'une désagréable impression d'être installé sur des rails solides, nos chers maîtres de l'horreur semblent avoir décidé cette année d'offrir au spectateur le minimum syndical en matière de frayeurs.

Première victime de cette tendance que l'on espère temporaire : Tobe Hooper, qui nous avait déjà gratifié d'une médiocre Danse des morts l'année dernière, récidive avec Les forces obscures ou comment le shérif d'une petite ville affronte une ancestrale malédiction transformant ses paisibles concitoyens en impitoyables machines à tuer. Si le postulat de départ demeure des plus réjouissants (renvoyant tour à tour au Bazaar de l'épouvante et Pulsion homicide), il est vite parasité par la réalisation hystérique d'un Hooper tentant désespérément d'être « branché ». Il en résulte un épisode brouillon, sorte de fourre tout où surnage un Sean Patrick Flanery complètement absent. Dans le même ordre d'idée, les segments des briscards que sont Mick Garris et Stuart Gordon à défaut d'être mauvais, restent bien en deçà de ce que l'on était en droit d'espérer d'eux depuis l'année dernière.

 

 

Instigateur de la série, Mick Garris se repose cette fois sur les épaules de Clive Barker pour nous présenter une Muse de sexe et de sang. Un mariage à priori heureux ayant déjà fait ses preuves dans le Chocolat de Garris, auquel vient s'adjoindre la touche d'un Clive Barker toujours enclin à faire rimer plaisirs charnels et sexuels dans un maelstrom de perversité et de sang dont lui seul a le secret. Malheureusement, leur Muse pêche par une histoire trop alambiquée nous perdant rapidement dans ses méandres métaphoriques sur le processus de création. On retiendra au final le retour d'un Christopher Lloyd devenu trop rare sur nos écrans.

Délaissant un temps Lovecraft, Stuart Gordon s'attache à un autre auteur singulier et pilier de la littérature fantastique : Edgar Allan Poe. Approche singulière et torturée de la vie et l'œuvre du célèbre poète, Le chat noir met beaucoup trop de temps à démarrer, préférant s'appuyer sur son ambiance baroque et le cabotinage d'un Jeffrey Combs littéralement habité. A déconseiller aux amis des bêtes.

 

 

 
Si l'on attendait peu de Hooper, il n'en va pas de même pour les « vrais » maîtres de l'horreur que sont John Carpenter, John Landis, Dario Argento ou encore Joe Dante. Malheureusement pour les fans, cette deuxième saison est définitivement celle de la désillusion marquant par là même une véritable débâcle chez les valeurs les plus sûres du genre ! A commencer par John Carpenter qui, incroyable mais vrai, signe là son plus mauvais film ! Dans le fond, cet improbable mélange entre Assaut et Rosemary's Baby contenait tous les ingrédients d'un spectacle couillu doublé d'un violent pamphlet social dans la droite lignée des précédentes œuvres du cinéaste. La forme, tout autre, fait preuve d'une platitude hallucinante ponctuée d'effets cheap faisant passer les productions Corman pour du Joël Silver. Piégée à l'intérieur marque la première incursion de Big John dans le Z pur et, espérons le, la seule tâche noire dans une filmographie jusqu'ici impeccable quand elle ne frôlait pas tout simplement le génie absolue.

Le jeu de massacre se poursuit avec le segment de Je Dante qui nous offre une Guerre des sexes terrifiante et mordante dans sa première partie mais à la tension retombant graduellement jusqu'à son dénouement convenu. Dommage tant le sujet portait les germes de la destruction chères au cœur du papa des Gremlins.

 

 

Laissons un temps de côté les heureuses exceptions que sont Argento et Landis pour se pencher sur les cas des outsiders de cette seconde fournée, petits nouveaux de la série bien décidés à être propulsés au panthéon des maîtres de l'horreur. Si certains tels Brad Anderson ou Rob Schmidt s'en sortent honorablement (à défaut de marquer cette deuxième saison de leurs inimitables sceaux) d'autres peinent à réussir l'exercice par manque d'idées ou tout simplement de talent.

C'est le cas du V comme Vampire d'Ernest Dickerson qui confirme tout le mal que l'on pensait de cet ersatz fantasticophile de Spike Lee depuis les très mauvais Bones et Never Die Alone. Piteux remake djeuns de Vampire, vous avez dit vampire ?, l'épisode de Dickerson réussit l'incroyable exploit de rendre le démoniaque Michael Ironside ridicule en vampire qu'on jurerait frappé d'Alzheimer, et de livrer un final risible tout juste digne d'un mauvais épisode de la série Blade !

Tout aussi anecdotique, la Croisière sans retour proposée par Norio Tsuruta use et abuse des figures imposées du cinéma d'horreur nippon avec ses esprits vengeurs et autres mèches de cheveux vindicatives. Il en résulte une ennuyeuse variation maritime de The Grudge peu aidée par le jeu outrancier de ses acteurs d'où peine à surnager (c'est le cas de le dire) le fadasse Daniel Gillies récemment aperçu en terne compagnon de cellule d'Elisha Cuthbert dans Captivity.

 


 
Déjà à l'origine des très réussis Session 9 et The Machinist, Brad Anderson nous gratifie du segment le plus atypique de cette seconde fournée. Original dans son traitement, Un son qui déchire l'est malheureusement beaucoup moins dans son déroulement. De fait, malgré une judicieuse utilisation des sons, l'épisode traîne en longueur et préfère se focaliser sur la psyché de son personnage principal au détriment d'une réelle efficacité. Anderson transforme les qualités de ses précédents longs-métrages en tics scénaristiques nuisant fortement à l'ensemble.

A contrario, Mort Clinique de Rob Schmidt (Détour Mortel) et sa galerie de plans nichons est une agréable surprise efficace et sans temps mort où l'horreur s'immisce pernicieusement autour de thèmes aussi sérieux que l'euthanasie ou le mariage. Le dénouement, à la fois grinçant et ironique, ne manquera pas d'interpeller les couples à problèmes.

 

 

Au rang des agréables exceptions, les Pêchés de jeunesse de Tom Holland fait figure de premier de la classe. Non content d'exploiter pleinement son sanglant sujet, le réalisateur de Jeu d'enfant crée un boogeyman terrifiant, mix impensable entre Freddy Krueger et le clown de Ça. Sombre et sans concessions malgré son faux happy end, Pêchés de jeunesse est un vrai film d'horreur qui mériterait de voir son anti héros (magistralement interprété par un William Forsythe terrifiant à souhait) faire l'objet d'une franchise dans la lignée des Griffes de la Nuit. Certainement la meilleure surprise de la saison.

En comparaison, George le cannibale de Peter Medak (La mutante 2) fait bien pâle figure alors même qu'il aurait pu offrir une version gore et réjouissante de l'Histoire américaine. Peine perdue, Medak verse dans la mauvaise copie de Joe Dante en cédant trop facilement à la parodie jusqu'à sa conclusion faussement subversive.

 


  

Finissons sur une touche positive pour les aficionados qui seront certainement ravis de voir Landis et Argento s'en sortir avec les honneurs. Le premier dépeint Une famille recomposée d'une noirceur qu'on ne lui connaissait pas et s'essaye avec bonheur à un humour beaucoup plus macabre qu'à l'accoutumée offrant par là même au sympathique George Wendt un rôle à contre emploi (cf. interview). Enfin, après une longue traversée du désert, Argento semble avoir repris le droit chemin et revient à ses premiers amours. Outrancier, vulgaire, gore et horriblement fun, J'aurais leur peau ne fait pas dans le détail et fait jaillir la tripaille pour le plus grand bonheur des fans !

   


 

 

Horrible tableau des notes :

 

 

 

   

Les forces obscures (Tobe Hooper) : 3/10

 

Une famille recomposée (John Landis) : 7/10

 

V comme Vampire (Ernest Dickerson) : 3/10

 

Un son qui déchire (Brad Anderson) : 6/10

 

Piégée à l'intérieur (John Carpenter) : 3/10

 

J'aurai leur peau  (Dario Argento): 7/10

 

La guerre des sexes (Joe Dante) : 5/10

 

La Muse (Mick Garris) : 4/10

 

Péchés de jeunesse (Tom Holland) : 7/10

 

Le chat noir  (Stuart Gordon): 5/10

 

George le cannibale (Peter Medak) : 4/10

 

Mort Clinique (Rob Schmidt) : 7/10

 

Croisière sans retour (Norio Tsuruta) : 3/10

 

Terrifiante moyenne : 4/10

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