Lost - Saison 3 : premiers pas vers la réhabilitation ?

Julien Foussereau | 2 juillet 2007
Julien Foussereau | 2 juillet 2007

Avertissement : la lecture de cette article est déconseillée si vous n'avez pas suivi les premières saisons.

 

Il n'y a pas si longtemps, la perspective de regarder un épisode de Lost faisait saliver n'importe quel amateur de série qui se respectait. Lost alliant avec efficacité et rigueur survie en environnement hostile, fantastique, conspiration, portraits complexes et ambigus d'individualités rescapées. Par la suite, J. J. Abrams a délaissé son bébé pour transformer M :I : III en un assez bon épisode d'Alias en plus friqué. Pendant ce temps, il confia la pleine gestion de la boutique des disparus à Damon Lindelof et Carlton Cuse, ses deux showrunners. Alors, Lost saison deux devint « la série des naufragés qui remonte la pendule dans la trappe douillette avec tourne-disque, douche, après-shampooing et mousse à raser ». D'accord, nos héros avaient meilleure allure et sentaient moins des bras. Il n'empêche, on commençait à s'ennuyer ferme devant cette construction « 4 premiers épisodes alléchants + 15 épisodes de ventre mou avançant à la cadence d'un gastéropode ébouillanté + 4 épisodes de season finale au taquet ». Pour faire simple, Lost nous pompait l'air tant sa progression qualitative s'apparentait à celle d'Alias. C'était l'époque triomphante du show, celle où Abrams espérait -sans rire- faire gamberger ses spectateurs pendant 120 épisodes encore, le tout avec le sourire.

 

 

 

Entre temps, question audience, la série s'est salement ramassée et ABC lui a plombé les molaires (les futures saisons initialement prévues ont fondu comme neige au soleil). Cela a conduit nos chers Cuse et Lindelof à réviser leur copie. Pour être honnête, Lost est quand même passé du statut de prodige à celui d'encas que l'on regarde d'un œil distrait en attendant du « lourd » genre Dexter, Rome ou House M.D.. De là à dire qu'on attendait de dévorer la saison 3 avec autant d'impatience qu'un mouflet sa platée d'endives cuites...Verdict en une phrase : la troisième fournée du show se termine nettement mieux qu'elle ne débute. S'il fallait en plus prodiguer un conseil, ce serait de s'armer de patience pour affronter le premier arc, mortellement ennuyeux et écrit par dessus la jambe. Ce désagrément passé, la série gagne en intensité dramatique et en profondeur psychologique pour s'achever sur un procédé narratif inattendu, augurant une redistribution des enjeux réjouissante au possible.

 

 

 

On entre à présent dans le détail, et certains pans de la saison vont être dévoilés.

La troisième saison semble pourtant prometteuse sur le papier : une intrigue resserrée sur la trinité : Jack-Sawyer-Kate, prisonnier des Autres. Las ! Abrams et Lindeloff jouent encore au plus fin avec le n'importe quoi généralisé (une deuxième île invisible, ne manque plus que le nain en costard) et leurs intrigues diluées (les flashbacks sont autrement plus intéressants que le récit premier... jusqu'à I do, épisode qui ne sert à rien si ce n'est à montrer que Kate a un cœur qui bat surtout quand elle couche avec Sawyer...wahoo !) En bref, les épisodes 01 à 06 ; tous ceux diffusés sur ABC en 2006 avant l'interruption hivernale) font très « saison deux ». Fort heureusement, créateur et showrunners ont tiré les leçons qui s'imposaient parce que la construction narrative se fait plus rigoureuse à partir de l'épisode 07 centré sur l'insaisissable Juliet même si l'on n'est pas toujours à l'abri de segments jouant trop la montre (comme Catch 22 et Flashes before your eyes, épisode particulièrement pénible sur le passé de Desmond). Mais ce qui sauve clairement Lost de la noyade est le recentrage on ne peut plus bénéfique sur ses personnages les plus charismatiques. Les archétypes un peu vains comme Hurley, Charlie et Claire sont délaissés au profit, par exemple, des délices d'ambiguïté que sont John Locke et James « Sawyer » Ford. Le chauve mystique retrouve un peu de sa superbe après son évolution pathétique lors de la saison précédente. Mieux, le voile de mystère qui recouvrait son fauteuil roulant et sa paralysie est complètement dissipé et la résolution de son « obsession » va même jusqu'à fusionner avec celle de Sawyer dans deux épisodes prenants (The Man from Tallahassee & The Brig).

 

 

 

Ce qui nous amène à la deuxième leçon. Lost saison trois lâche davantage de lest. Autant l'année dernière, cette sensation de naviguer dans le brouillard permanent sans l'ombre d'un phare à l'horizon rendait la vision du show soporifique (se souvenir par endroits de révélations minables que Lindelof et Cuse consentaient à nous lâcher !), autant là, on se rapproche d'un bon équilibre avec la première saison où un important mystère éclairci soulève cinq nouvelles interrogations méchamment corsées (qui diable est Richard Alpert ? Pourquoi ne vieillit-il pas ? Pourquoi le borgne increvable des Autres porte-t-il le nom de Bakounine, théoricien russe de la pensée anarchiste ?) Cette saison est aussi l'occasion de découvrir plus en détail les Autres et l'origine de l'initiative Dharma à travers Benjamin Linus le chef manipulateur et reptilien (son épisode The Man Behind the Curtain est un grand moment de la saison et se paie même le luxe de rehausser l'anecdotique Tricia Tanaka is Dead). Ses confrontations plus ou moins frontales avec Locke, Juliet et Jack et l'exposition de son background en font un méchant des plus délectables.

 

 

 

Enfin, il serait malvenu de ne pas évoquer la victoire par K.O. de Jack Shepard sur Sawyer dans le combat du personnage le plus trouble de la série. Alors que « le bogôsse » bad boy tend à devenir le comic relief de la série, le personnage de Matthew Fox s'impose comme le patron de la série. Cette saison confirme que Jack est un taré, travaillé par un complexe de Dieu carabiné. Trois épisodes lui sont consacrés au sein desquels les flashbacks décrivent une personnalité obsédée par le contrôle, loin, très loin, du bon leader-gendre idéal introduit voilà deux ans... Une tendance qui se confirme dans l'excellent season finale Through the looking glass : [SUPER-MEGA-SPOILER] des tendances belliqueuses de plus en plus assumées de Jack sur l'île au déchet alcoolique déambulant dans son 4X4 à Los Angeles, Scentless Apprentice de Nirvana à fond les ballons jusqu'à la prise de conscience finale, celle que l'on n'a pas affaire à un énième flashback mais bel et bien à un flashforward post naufrage apparemment pas jouasse [Fin du spoiler de la mort], Matthew Fox se révèle impressionnant de justesse et démontre par sa seule prestation qu'il ne faut pas enterrer cette série capable de redistribuer les cartes et rééquilibrer la balance afin de coller de nouveau à ce qu'était Lost dans ses plus belles heures : le show de tous les possibles...

 

 

 

Avec ce season finale, on pourrait croire que le show tire bientôt sa révérence. Il n'en est rien. ABC a signé avec l'équipe pour trois saisons de 16 épisodes cette fois. Abrams, Lindelof et Cuse ont affirmé leur pleine satisfaction à propos de ce contrat et du nombre idéal d'épisodes pour clore la série en beauté. C'est pourquoi, ils n'ont pas intérêt à nous décevoir et exploiter comme il se doit l'étonnant cliffhanger dans l'espoir de renouveler la série pour mieux nous surprendre. Dans le cas contraire, la sanction critique et publique serait sans appel et Abrams confirmerait sa réputation de petit malin, pas foutu de terminer correctement ce qu'il entreprend (le bâclage d'Alias).

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