Desperate housewives - Saison 2

Zorg | 7 septembre 2006
Zorg | 7 septembre 2006

Wisteria Lane. Son charme discret, son soleil éternel, sa tranquillité paradisiaque… son suicide… ses affaires d'alcôve, ses voisines irascibles, ses meurtriers du dimanche, ses pyromanes en jupons… Bon, tout compte fait, oubliez le « paradisiaque », on est hors sujet.

Inutile de tergiverser ni de tourner autour du pot, la deuxième saison de Desperate housewives est une déception. Pas assez mordante, trop superficielle, la comédie dramatique (ou le drame comique, c'est selon) de Marc Cherry souffre dès son entame d'un déficit flagrant de préparation. On peut reprocher à Lost, qui a de nombreux points communs avec Desperate housewives, de naviguer à vue et d'embarquer ses spectateurs dans une sacrée galère, mais,on peut au moins en dire autant des nouvelles aventures de nos ménagères désespérés.


Le show aurait-il brûlé toutes ses munitions dès la première année ? On peut légitimement se poser la question devant les tâtonnements et les hésitations de l'histoire qui nous est proposée cette année. Après la passionnante histoire de la première saison, qui était réellement au cœur du show, on sent nettement que les auteurs se sont retrouvés à court d'idées pour enchaîner avec la suivante. Ils ont alors tenté une greffe risquée en invitant Alfre Woodward en pianiste recluse emménageant dans le quartier avec son fils. Celle-ci échoue malheureusement, si ce n'est à retenir l'attention, du moins à passionner les foules, la faute à une histoire non seulement trop artificielle, mais surtout sans réelle connexion avec le quatuor de personnages principaux.


La satire sociale tourne alors au soap-opéra de luxe, amusant de temps à autre, surtout dans les premiers épisodes, arrachant bien un éclat de rire occasionnellement, mais loin d'être aussi incisif qu'aux débuts. Les critiques n'ont d'ailleurs pas manqué de donner de la voix outre-atlantique, devant la baisse de qualité des épisodes, et l'audimat a de concert amorcé une légère décrue (heureusement assez limitée pour que Desperate housewives conserve son diadème de dauphine du hit-parade). On a beau rire de voir Susan Mayer se prendre une porte dans le pif en petite culotte sur son perron, on a beau se tenir les côtes de voir Bree Van De Kamp lutter avec une ferveur qui n'appartient qu'à elle contre l'éveil sexuel de ses enfants, on a beau bêler devant Gabrielle Solis accueillant le livreur de pizzas en guêpière, et on a beau se délecter des aventures conjugo-professionnelles de Lynette Scavo, il faut bien reconnaître que la lassitude finit par s'installer. Un peu comme dans Urgences en quelque sorte, sauf que celle-ci en est à sa treizième saison, pas à la deuxième.


C'est le règne de la routine, du petit train-train hebdomadaire, qui prend certainement quelques risques, mais pas forcément les bons. La mécanique tourne plutôt correctement, mais elle oublie son âme en chemin. Pour aussi agréable qu'en soit le spectacle, on aimerait bien voir Eva Longoria moins souvent en petite culotte et Gabrielle Solis jouer autre chose que les pimbêches (ok, elle est une pimbêche, mais il n'empêche), on aimerait bien voir Teri Hatcher arrêter de se comporter comme une midinette et se prendre râteau sur râteau, et les exemples se multiplient dans la première moitié de saison.


Que nous reste-t-il alors ? D'une part, Bree et Lynette. La première, durement frappée par la première saison, a vu son univers voler en éclats sans espoirs de rémission. La pauvre tente bien difficilement de recoller les morceaux, et même si le remède s'avère pire que le mal, son caractère tout à fait unique nous offre les meilleures tranches de rigolade de la série. La seconde, par contre, reste définitivement le meilleur personnage du show, le plus fin, le moins archétypal, et la deuxième saison lui offre des perspectives et des dilemmes diablement intéressants, à cent lieues des caprices de lycéennes de ses voisines et amies.

Ensuite, malgré de sérieux ratés durant la première partie de cette nouvelle saison, on finit tout de même par sentir un net regain d'intérêt dans la deuxième, notamment avec l'arc-story sur les déboires parentaux des Solis qui donne naissance à l'une des scènes les plus poignantes dans l'histoire du show. Par ailleurs, si l'on excepte le dénouement du fil conducteur avec Alfre Woodward, qui n'aura jamais été qu'accessoire alors qu'il aurait dû driver la saison de manière globale, et qui est expédié comme un immigré clandestin sur un vol charter, le double épisode final démontre un potentiel qu'on n'avait pas ressenti depuis les débuts de la première saison.


À l'instar de Lost, Desperate housewives a donc grandi trop vite. On ne propulse pas une série débutante à la deuxième place du hit-parade des séries (aux États-Unis du moins) sans conséquences, et le manque de vision à long terme des auteurs aura été fortement préjudiciable. Après le succès retentissant de sa première saison, la seconde s'avère une réelle déception, et il faudra mettre les bouchées doubles pour que la troisième ne sombre pas définitivement dans la soupe mièvre et bonne enfant.

Desperate housewives, saison 2, diffusée sur Canal + le jeudi à 20h50, deux épisodes à la suite.

Eva aux Emmy awards 2006 © Scott Alan / Photorazzi

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