Lost - Saison 2

Zorg | 15 juillet 2006
Zorg | 15 juillet 2006

Quand nous quittâmes les rescapés du vol Oceanic 815 à l'issue de la première saison, une poignée d'entre eux se trouvait dans une posture pour le moins délicate. Leur radeau, fraîchement lancé et voguant maladroitement vers la civilisation, était en effet arraisonné par Les Autres à quelques milles nautiques de son port d'attache. Un enlèvement et un blessé grave plus tard, la situation était clairement désespérée pour nos Robinson modernes. L'autre groupe de naufragés, resté à terre celui-là, était occupé à confectionner un ouvre-boîte géant qui leur permettrait d'apprendre enfin ce qui se cachait sous la trappe qui les narguait depuis une demi-saison au moins.

 

Pour ceux qui auraient manqué les précédentes péripéties des rescapés de Lost, retrouvez notre test du coffret DVD de la première saison déjà disponible en France en suivant ce lien.

   

 

Il est désormais grand temps de résoudre ce double cliffhanger avec cette seconde saison de Lost qui frappe à la porte et au menu particulièrement chargé. Tout en continuant l'introspection de chacun des survivants via les désormais habituels flash-backs, on apprend enfin ce que dissimulait la trappe sise dans la jungle de l'île, ce qui occupera une bonne partie des préoccupations des survivants. On va aussi apprendre ce qui est arrivé à la partie caudale de l'avion et à ses passagers, ainsi que faire un peu plus connaissance avec ces Autres tant redoutés et qui ont fait leur première véritable apparition dans le final de la saison dernière. Semblant obéir à l'adage selon lequel rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, les scénaristes font aussi apparaître de nouveaux personnages dès le début de saison tandis que plusieurs autres auront disparu à son issue.

 

 

De part sa narration extrêmement resserrée et en flash-backs, et un casting très étendu, Lost est confrontée à un problème de rythme assez unique. Lors de la saison inaugurale, la nouveauté jouait avec un effet maximum, chaque épisode et flash-back dévoilant un aspect vraiment inédit de la vie des héros. Ce n'est désormais plus le cas, et on a à plusieurs reprises au cours de la saison le sentiment que les scénaristes nous recrachent une histoire sur laquelle tout a déjà été dit auparavant. Par ailleurs, si l'on cumule le fait que le show compte une petite quinzaine de personnages principaux, et qu'un épisode ne couvre au grand maximum que 48 heures de vie sur l'île, on a rapidement l'impression que l'histoire n'avance guère et que nos rescapés ne font vraiment aucun effort pour s'en sortir.

 

 

Cette gestion du temps est certainement le point le plus critique de la série dans la mesure où elle conditionne tout le reste. La quantité phénoménale de questions que soulève la première saison est bien évidemment au cœur des préoccupations, et même si les auteurs résolvent régulièrement un mystère par un autre, cela ne suffit tout simplement pas. La chronologie est étirée au maximum, après deux saisons il ne s'est en effet déroulé que deux mois sur l'île, et le téléspectateur ne peut s'empêcher d'être pris pour une vache à lait dans la mesure où chaque épisode semble retarder l'échéance à laquelle les producteurs seront confrontés un jour ou l'autre : faire LA révélation ultime, offrir LE dénouement, qui mettra purement et simplement fin au show.

   

 

Lost deviendrait-elle donc délibérément un jeu de patience où ne seront récompensés que les plus endurants ? On est en droit de le penser, mais on peut aussi offrir des arguments allant dans le sens inverse. Ainsi, même si elle n'est pas la série la plus regardée outre-atlantique, loin s'en faut, Lost est certainement le show qui bénéficie du plus gros buzz depuis X-Files. L'engouement est tel qu'on ne compte plus les sites de fans, les forums, qui décortiquent les épisodes, traquent les détails dans leurs derniers retranchements pour tenter d'en extraire la moindre information. Le show est soumis à l'attention permanente des ses fans, les effets d'attente sont donc inévitables et les déçus seront forcément légion.

 

 

 

 

De plus, à l'instar d'Alias qui avait souffert de la désaffection de son créateur, Lost souffre considérablement du manque d'attention de J.J. Abrams, trop occupé l'an dernier sur M:i:III pour prendre activement part au développement du show. Non pas que la série se délite comme un X-Files exsangue après quatre ou cinq saisons de trop, loin de là, mais on sent très nettement le déficit d'influence du scénariste/créateur. Il manque un bon coup de clef à molette pour resserrer les boulons et rendre au show la brillance et la précision de ses débuts, ce soupçon d'huile dans les rouages qui fait tourner la machine comme une horloge.

 

 

Lost reste de plus un show extrêmement complexe, ce qui peut paradoxalement le rendre si ce n'est difficile à suivre, du moins relativement hermétique. D'une part, on ne compte plus les références littéraires, philosophiques, historiques, mythologiques que les auteurs injectent dans leurs récits. Ensuite, il faut des yeux d'aigles et une attention croissante pour capter et saisir la foultitude de détails cachés dans les moindres recoins des flash-backs. Ceux-ci ont bien sûr pour fonction d'expliquer le comportement présent d'un personnage en racontant son passé, mais ils sont surtout l'occasion pour les auteurs de créer la mythologie propre du show en liant les personnes, les lieux, les événements avec un sens du détail effrayant. Si cette tendance était encore relativement modérée au cours de la première saison, elle prend des proportions presque délirantes au cours de la deuxième année, où chaque plan risque de dévoiler un élément, un lien qui pourrait s'avérer capital pour la suite des événements. Fascinant d'un point de vue narratif et scénaristique, mais épuisant pour le spectateur.

 

 

 

 

Après deux saisons, et deux mois passés sur l'île, Lost frustre donc plus qu'elle ne soulage. Les mystères de l'île ne sont plus tout à fait les mêmes, et le sentiment de ne pas avoir avancé d'un iota rampe sourdement dans la tête du spectateur. Avec un final particulièrement dense et qui nous plonge dans des abîmes de perplexité, cette deuxième année souffle le chaud et le froid. Les auteurs ont déclaré que le show ne déploierait tout son véritable potentiel qu'à partir de la troisième saison, et on ne peut que prier pour que ce ne soit pas un écran de fumée. Pris en feux croisés entre des producteurs désireux de garder leur poule aux œufs d'or le plus longtemps possible, et des fans mettant le show en sursis, Lost va devoir réellement « passer la seconde » dans la troisième et déployer de sérieux arguments sous peine de voir l'intérêt du public s'effondrer.

 

 

Lost Saison 2, le samedi soir à partir de 20h50 sur TF1.

 

Les avis de la rédaction


Vincent Julé : Lost saison 2… ou la confirmation. Mais de quoi exactement ? Que le tirage de corde, ou plutôt d'intrigue(s), est devenu un sport national pour la série – « They took my son !! » – et que les ouvertures et fermetures de saisons (se) suffisent amplement.

 

Stéphane Argentin : Si la saison inaugurale de Lost montrait déjà ses limites une fois passé une excellente première moitié, la deuxième saison enfonce encore davantage le clou. À l'exception des trois ou quatre premiers et des trois ou quatre derniers épisodes, le reste commence déjà à sentir le « tourne-en-rond » où il faut désormais traquer les 5 minutes palpitantes au milieu des 42 autres nonchalantes.

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