Kaamelott : pourquoi c'est l'une des meilleures adaptations du Roi Arthur

Camille Vignes | 20 juillet 2021 - MAJ : 21/07/2021 12:08
Camille Vignes | 20 juillet 2021 - MAJ : 21/07/2021 12:08

Kaamelott est une série géniale, avec un Roi Arthur qui a tout compris, et le film à venir est une bonne excuse pour rentrer dans les détails. 

Écrite et réalisée par Alexandre Astier entre 2005 et 2010, Kaamelott a marqué l’histoire de la télévision française par son intelligence, son humour, ses personnages et ses répliques inoubliables. En choisissant de relire le cycle arthurien, déjà tant travaillé et réimaginé au fil des siècles, Alexandre Astier prenait un risque majeur. Mais le décalage hilarant entre contexte historique et social et langage contemporain, familier, voire argotique, choisi par ce dernier, ressort comique utilisé avec brio, aura tôt fait de séduire les foules.

Des années après sa fin, et avant même que le premier volet sur grand écran ne soit officialisé, Kaamelott est toujours aussi mythique, et elle agrège aujourd’hui toujours autant de fans et de réactions passionnées (si ce n’est plus qu’en 2010). Et si pour beaucoup, ce succès tient à ses dialogues hilarants et personnages attachants, c’est un travail de fourmi qui se cache derrière cette série, un travail profond, méticuleux et incroyablement vaste. 

 

photoUne série dure comme du roc

 

C’EST PAS DE LA CAMELOT

L’histoire du Roi Arthur, de Guenièvre, des chevaliers Lancelot, Perceval ou Yvain, de la table ronde, de la Dame du Lac et de Merlin est constitutive de l’histoire du cinéma. Sa première adaptation est presque contemporaine des premières œuvres du 7e Art, s’agissant du Roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde réalisé par Giuseppe de Liguoro en 1910.

Laissée quelques années de côté par les cinéastes, l’histoire de Camelot court régulièrement à l’écran depuis 1953 et la version des Chevaliers de la Table ronde de Richard Thorpe, avec son imagerie d’un Moyen Âge fantasmé par des siècles d’histoire, ses armures rutilantes, ses tentures et étoffes aux dorures sans pareilles, servies pas une volonté de gigantisme et des codes cinématographiques bien ancrés dans les années 50. Et suite à cette idée très terre à terre de la légende, et dénuée de magie, nombre de productions se sont poussées au portillon.

 

photoPour le roi, tout est permis

 

Toutes plus différentes les unes que les autres, car toutes adaptées d’un matériau lointain et malléable, facilement sujet à l’interprétation, aux anachronismes et aux ajouts de détails étranges, bizarres ou mystiques (peut-on imaginer plus grand n’importe quoi que le film de Russ MayberryUn Cosmonaute chez le Roi Arthur ?), ces œuvres prouvent une chose : par essence, le Roi Arthur est un mythe évolutif, qui se prête sans fin à la réécriture de tous, penseurs, intellectuels, hommes de foi et artistes.

Partie d’un mythe breton, pour être reprise au fil des siècles par les chrétiens, et pour se voir ajouter la quête du Graal, cette légende est plus que plastique. Et il faut bien reconnaître que, depuis l’apparition au 6e siècle du cycle arthurien à son développement par Chrétien de Troyes au douzième siècle, en passant par ses nombreuses réinterprétations plus ou moins historiques, la cour de Camelot a eu le temps de s’imprégner de tout un panel de questionnements différents, servant souvent les intérêts politiques et sociaux d’une époque ou d’une pensée bien définies.

Les plus férus du genre se souviennent certainement de la version totalement kitsch et illuminée d’un rayon vert de John BoormanExcalibur de 1981 qui, au sortir de la Guerre du Vietnam, plante des thématiques écologiques au beau milieu d’une légende arthurienne hallucinée et d’une forêt d’Émeraude.

 

photoLes idées changent, pas le propriétaire d'Excalibur

 

Cette légende a connu un peu plus d’une dizaine d’adaptations si l’on ne compte que les longs-métrages sortis au cinéma, quelques vingt-cinq si l’on regarde également du côté du petit écran, et des centaines si l’on décide de se plonger dans tous les médias de la culture populaire (livres, romans graphiques, jeux de rôles, jeux vidéo). Ce lourd passé amène forcément son lot de difficultés. Manier un tel matériau, connu de tous, très largement apprécié, ayant déjà fait l’objet d’adaptations très réussies (on ne saurait plus citer Monty Python, sacré Graal), et d’autres boiteuses (coucou Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur de Guy Ritchie), est forcément compliqué. 

D’autant plus quand on sait qu’il a également été une manne sans fin d’inspiration pour l’univers populaire d’heroic fantasy. Au même titre que Robin des bois, le fantastique en plus, la légende arthurienne innerve tout un pan de la culture de ses codes médiévaux, valeurs chevaleresques et créatures imaginaires. Impossible de ne pas voir ses répercussions dans Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones.

 

photoLe Roi Arthur d'Antoine Fuqua, un objet à part

 

L’HUMILITÉ, C’EST PAS QUAND Y’A DES INFILTRATIONS ?

Aujourd’hui, qui ne connaît pas Excalibur, l’épée magique chasseuse des ténèbres, la Table ronde, les chevaliers, la quête du Graal, le triangle amoureux formé par Guenièvre, le Roi Arthur et Lancelot ou encore la mystérieuse forêt de Brocéliande ?

Et pourtant, en s’éloignant de la grande histoire, sans la renier ou l’ignorer, Alexandre Astier a réussi à trouver tant d’autres choses encore à raconter, parlant de la musique, de l’alimentation, de la médecine ou encore des techniques militaires… Autant de thèmes chargés d’enjeux sociaux et politiques dont Kaamelott s’empare et dissèque, aussi bien pour en rendre compte que pour s’en moquer.

Souvent quand Alexandre Astier parle de Kaamelott (comme dans l’émission Twitch de Domingo, Popcorn) il évoque son œuvre comme la réalisation d’un jeu solitaire, sorte de « petit Lego » qu’il construit progressivement dans sa chambre. Et compte tenu de l’évolution de la série, de l’éloignement progressif du format court, plus imposé que choisi, de son passage à la bande dessinée puis au grand écran, une certaine volonté de dépassement des limites de son imagination est bien visible. Surtout quand on sait que tout cet univers est un château de cartes presque entièrement construit des seules mains d’Alexandre Astier.

 

photoCatapulte !

 

Et pourtant, s’il reconnaît facilement être le maître d’œuvre de son univers, il parle moins souvent de son degré de maîtrise de la légende arthurienne, ou du degré de maîtrise des personnes sur qui il s’est appuyé pour que son œuvre soit crédible.

Pour aller à l’encontre du format qui l’avait installé, pour passer de la logique du shortcom comique de trois minutes à des épisodes plus longs, plus dramatiques et avec une vraie unité narrative ; puis en retournant dans le passé, en changeant ses lieux et décors (jusqu’à passer sur le papier) sans que l’histoire devienne bancale, impossible d’imaginer que l’homme n’ait qu’une légère connaissance de l’ensemble. Une chose est sûre, la sienne va bien au-delà de celle qui a généralement été servie.

Alexandre Astier ne s’adresse pas qu’aux lecteurs et connaisseurs des grands textes de Chrétien de Troyes (généralement étudiés au collège). Il va aussi chercher à charmer les fins connaisseurs, appuyant Kaamelott sur des centaines de romans écrits pendant la période médiévale, sur dizaines de milliers de pages comprenant des reprises, des continuations, des contradictions, n’hésitant pas à intégrer des personnages méconnus des néophytes pour les rendre populaires.

 

photo"- C'est pas mal ce dossier - Pas faux"

 

Elias de Kelliwic est le meilleur exemple en la matière. L’enchanteur pourfendeur du dragon et rival de Merlin n’a rien d’un personnage inventé pour l’occasion. C’est en fait une reprise de l’enchanteur Elliavres, personnage de La première continuation de Perceval (un texte assez peu connu du grand public). 

Et pas que. Certes, Alexandre Astier a à cœur de rendre public un univers le plus foisonnant possible. Certes, il a nourri son œuvre des réécritures continuelles du mythe arthurien, mais c’est aussi un féru de cinéma, qui appuie sa création sur celle de Eric Rohmer (Perceval le Gallois, 1978), de Robert Bresson (Lancelot du Lac, 1974), des Monty Pythons… les assaisonnant de ce qu’il aime de Star WarsStargate ou Astérix sans jamais se prendre complètement au sérieux. Tout ça donne des choses très drôles, comme tout le monde le sait, et des clins d’œil très subtils (comme la citation en version originale d’un des premiers textes de cette légende, Tristan et Iseult, dans un des épisodes sur le code de chevalerie).

 

photoL'épée du pouvoir, dans une galaxie far far lointaine. 

 

GRAAL PAR CI, GRAAL PAR LÀ…

Avec un titre pareil, avec une orthographe pareille, « Kaamelott » d’Alexandre Astier ne pouvait pas mentir sur ce qu’elle allait vendre : une série bâtie sur la légende du Roi Arthur, de la fondation de Camelot à la guerre contre Lancelot du Lac, se jouant d’elle pour mieux la détourner. Et pour ne pas faire n’importe quoi avec une légende ultra riche qui, finalement, appartient à tout le monde, il a dû faire un gros travail avec des historiens, des littéraires, des conservateurs des musées de Bretagne. Et une fois tout ça bien en main, Alexandre Astier ne va cesser d’aller puiser dans le foisonnement de textes arthuriens pour intégrer ci ou ça à sa série, et pour s’amuser à subvertir différents détails de l’histoire.

Les questionnements sur la forme du Graal (est-ce une coupe, une pierre incandescente ou un plat ?) sont déjà présents dans des romans, certaines légendes voudraient même qu’il ait été la Terre elle-même, abreuvée du sang du Christ. En revanche, pas sûre que l’évocation d’un bocal à anchois soit présente dans ce mythe, ou même que les chevaliers de la Table ronde soient allés creuser dans toute la Bretagne pour le retrouver… Pas sûre non plus que la naïveté de Perceval, tirée de diverses sources médiévales et évoquée par Chrétien de Troyes, ait frisé la crétinerie ou le génie mathématiques dans les textes d’origine.

 

photoLa canne, ça ne sert à rien, du coup ça nous renvoie à notre propre utilité : l’Homme face à l’Absurde.

 

Kaamelott est une série comique, faite de personnages qui font des blagues, qui s’engueulent, s’insultent et guerroient, qui parodient le mythe arthurien, mais au fond, c’est aussi une série qui parle de l’histoire — sans non plus avoir une vocation historique. Et contrairement à l’immense majorité des œuvres cinématographiques et du petit écran, la série plante son récit au Ve siècle après Jésus-Christ, bien avant l’époque médiévale christianisée qui voit généralement évoluer le Roi Arthur et ses chevaliers.

Grâce à cela, Alexandre Astier a pu parler et se moquer de tout un tas de dynamiques qui étaient à l’œuvre dans cette antiquité tardive, mettant en scène la lente agonie de l’Empire romain (avec ses empereurs toujours plus jeunes et inaptes à gouverner), la christianisation difficile du monde occidental (l’incompréhension du devoir de prière, du dieu unique, de l’injonction à préserver toute vie, sauf celle des hérétiques…) et les mutations sociétales qui l’accompagnent (comme les nouvelles normes musicales que le Père Blaise tenter d’instaurer en interdisant les intervalles païens).

 

photoEt l'incroyable gastronomie de l'époque

 

Dire autant de choses d’une époque si méconnue du public et des historiens était un choix audacieux qui renouvelle le genre. Parler de cette époque de transition où l’Empire romain est en train de s’effriter, mais pas complètement, où les royaumes barbares grignotent de plus en plus de pouvoir, sans être entièrement installés, sous couvert de petites blagues filées aussi bien écrites est d’autant plus remarquable. Ajoutez à cela la dimension fantastique souvent prêtée au Moyen Âge (cette époque peuplée de dragons et de trolls, de druides et déesses) et un discours méta rend Kaamelott simplement unique.

Cette idée de l’histoire en train de s’écrire, des chevaliers racontant leurs aventures en réunion parce que le Père Blaise à une légende à écrire est omniprésent dans la série. Les réunions de la table ronde sont généralement l’occasion de voir le Roi Arthur en train d’inventer lui-même ce qui va devenir la légende arthurienne, et de faire consigner les exploits et foirades de ses chevaliers. Et la série se moque en permanence de ça, comme quand Arthur dit à Merlin, qui est tout bonnement nul : « Si vous continuez comme ça, vous allez finir par devenir une légende ».

 

photoMerlin, le Grand vainqueur de la belette de Winchester

 

LE CUL ENTRE DEUX CHAISES

Mais cette période de transition, de passage de l’Antiquité au Moyen Âge ne permet pas seulement à Alexandre Astier de tourner ses personnages et son histoire en dérision. En parlant du peuple breton (nouvellement fédéré) et du peuple romain (fraîchement décrépit), elle lui a aussi donné l’occasion de parler de ce qu’est l’identité. De ce que c’est d’être Romain, de comment on le devient, comment on accède à ce statut, mais aussi de comment on devient Breton ou chevalier, de comment l’Empire romain se retire petit à petit pour laisser place à d’autres structures politiques…

Ce que la série met en avant de ce point de vue là, c’est que la création et l’évolution d’une culture fonctionnent de la même manière que l’identité d’un individu. Elle est toujours en mouvement, toujours en train de se reconstruire, car rien n’est gravé dans la roche, rien ne passe d’un point A à un point B sans transition. La pâte d’amande va subitement disparaître parce que les cultures culinaires des Romains et des Bretons sont différentes. Les identités comme les cultures sont comme des vases communiquant qui s’abreuvent les unes des autres au fil de leurs interactions.

 

photoEt le pain breton ne va pas subitement devenir bon

 

Arthur est la personnification de cette période de transition. Il a grandi en Bretagne, avec un paysan, a été choisi par les dieux pour conduire le peuple de Bretagne, a fait ses classes à Rome, a été placé par l’empereur dans ces contrées nordiques pour garder la main mise sur le territoire avant de déserter pour mieux régner, puis de rendre sa couronne, son épée et son trône. Il est cette identité qui se réinvente en permanence (comme le mythe dont il est tiré). Il était romain, il devient breton, tout en restant attaché à Rome.

Le mythe arthurien a en lui cette complexité identitaire, puisant autant dans le folklore breton que dans la religion chrétienne. Et Alexandre Astier joue avec ça pour en soulever la complexité et l’absurdité, à une époque où les flux migratoires et les phénomènes d’acculturation et de dissolution des cultures n’arrêtent pas de faire parler d’eux. Kaamelott n’est jamais militante, mais comme la plupart des œuvres issues de cette légende, elle raconte quelque chose de contemporain et de politique important.

 

photoPetit ajustement culturel : on ne change plus les assiettes pour le fromage

 

POUR LA PETITE HISTOIRE

Pour autant, cette grande histoire est racontée au ras du sol, à travers des petites histoires du quotidien et des anecdotes. Kaamelott ne filme pas les grandes batailles, Arthur sur les champs de bataille et les combats contre les dragons. Ça, il le laissera à ses bandes dessinées. Ce que la série montre, ce sont les chefs de guerre pétant un câble devant la nullité de leurs soldats, incapables de suivre un ordre ou d’attendre pour manger. C’est la couardise de Bohort, l’amour pour le gras de Karadoc, les repas sportifs du roi et de sa belle-famille, ce dernier dans son bain, ses disputes sur l’oreiller et ses séances d’entraînement avec son maître d’armes.

Ce choix de filmer le quotidien, de montrer l’humain dans ce qu’il a de plus normal (ou de plus "petit") face à la légende qu'il doit soutenir permet d’humaniser tous ces personnages. Contrairement à tous ces films qui font du roi et de ses chevaliers de grands héros dignes de l’antiquité gréco-romaine, d’Hercule ou de Persée, Arthur de Kaamelott et ses chevaliers sont abordables et attachants. Ce sont des êtres humains comme tout le monde qui s’engueulent, échouent, galèrent, frissonnent, réessaient et se marrent…

Ils incarnent vraiment le mythe arthurien, celui de tous les jours, qui parle d’aujourd’hui et pas d’un ancien temps inaccessible. Et d’ailleurs, le seul personnage qui a de réelles aspirations de grandeurs héroïques (Lancelot) est détestable, et si seul.

 

photoDes gens qui en ont gros

 

Même si toute cette cour est souvent accablante, elle n’en reste pas moins émouvante au plus haut point. La volonté de bien faire et d’apprendre de Perceval et Karadoc est vraiment touchante, même si les deux sont hyper nuls. Yvain et Gauvin restent deux gros nazes adolescents, mais ils sont adorables, gentils bien qu’un peu stupides… Léodagan a des préoccupations très pragmatiques et contemporaines : il veut de l’argent, il veut de la nourriture, il s’engueule avec sa femme et sa fille, fait la leçon à son fils, se plaint que les temps changent… et son personnage de chef de clan sanguinaire est hilarant.

Tout ça évite l’écueil des réécritures contemporaines. Les personnages ne sont jamais des mythes, ce ne sont pas des statues de marbre, des personnages immuables sans évolution possible. Aucun n’est d’ailleurs vraiment le même entre la première et la dernière saison. Bohort commence en étant le chevalier trouillard qui a peur des lapins adultes et des faisans, qui n’ose pas attaquer un chef barbare ou sortir son épée, mais à la fin du livre V, c’est lui qui défend son roi contre Lancelot.

Guenièvre est une grosse gourde « conne comme une chaise », qui ne comprend rien à rien et qui, à mesure qu’Arthur abandonne son rôle de roi, apprend à connaître les ressorts politiques. Alors qu’elle passe des saisons entières à se faire humilier ou ignorer par Arthur, elle va complètement transformer la dynamique qui existe entre eux. Et de la même manière, Arthur passe de ce gouverneur glorieux et triomphant à ce roi en déroute, déprimé et suicidaire, non plus en quête du Graal, mais du sens de sa mission.

 

photo, Alexandre AstierQuand la légende est un poids trop lourd

 

JE CROIS QU'il FAUT QU'VOUS ARRÊTIEZ d'essayer D'DIRE DES TRUCS

Tout ça permet aussi à Kaamelott de parler d’une chose aussi commune que l’importance de l’amitié. Au final, ce n’est pas la découverte du Graal qui est importante, c’est de continuer à le chercher. Le Arthur d’Alexandre Astier est l’un des rares de la fiction contemporaine à avoir compris que le but était bel et bien de chercher quelque chose à plusieurs.

Comme il le dit à ses chevaliers dans le premier Livre, le Graal est une union, une grandeur. La quête qu’il y a derrière n’a qu’un but : faire communauté, sans jamais démériter, avoir un but commun pour souder clans et chevaliers. Il n’y a qu’à voir, dès qu’un personnage se perd dans sa solitude ou que l’objectif commun est perdu de vue, le royaume s’étiole et les esprits sont en roues libres (coucou Guenièvre et sa pâte d’amande, toujours dans le premier livre) :

« Et qui s'occupe de moi pendant ce temps ? Eh bien oui ! Maintenant qu'il n'y a plus de pâte d'amande je tourne en rond je suis sur les nerfs ! Je n’ai pas d'amis, pas de loisirs, comme vous me touchez pas, les choses de l'amour je m'assois dessus, et je parle au figuré, alors je me suis plongée dans la pâte d'amande. Quand j'vous regarde et que j'vois comment vous me traitez hein... Je me dis que j'aurais meilleur compte d'aller d'ici jusqu'à Rome pour en chercher, surtout que c'est finalement la meilleure chose qui me soit arrivée ! ». 

 

photo50 nuances de solitude 

 

Il fallait bien qu’on y vienne, aux dialogues écrits par Alexandre Astier, totalement anachroniques et théâtraux qui ont fait la renommée de Kaamelott. Parce qu’outre le fait qu’ils soient brillants, toujours écrits pour une personne en particulier autant que pour le personnage qu’elle jouera, et que tout bon fan prend un plaisir certain à les citer et les réciter, ils permettent toujours à l’ensemble d’être profondément crédible tout en ne se prenant pas trop au sérieux.

Pour Alexandre Astier (toujours d’après ce qu’il disait à Domingo dans l'émission Popcorn), rien n’est plus important dans un dialogue que de laisser les choses venir en leur temps. Pour lui, il est impossible de parler de quelque chose, comme ça, de but en blanc. C’est ce qu’il reproche d’ailleurs à certaines productions : oublier qu’on n’arrive pas à table ou dans une pièce pour dire ce qu’on a à dire et s’en aller. Dans la vraie vie, ça ne se passe jamais comme ça, il y a forcément des divagations, des discussions qui mènent on ne sait jamais trop où.

 

photoLes divagations avant l'idée finale

 

Il essaie donc toujours d’attraper ces moments de flottement pour donner un accent de réalisme aux interactions de ses personnages, aussi grotesques soient-elles. C’est cette volonté qui mène à des dialogues purement absurdes comme dans le Livre I, lorsqu’Arthur ne comprend rien à ce qu’essaie de lui dire Perceval :

« Non, moi j’crois qu’il faut qu’vous arrêtiez d’essayer d’dire des trucs. Ça vous fatigue, déjà, et pour les autres, vous vous rendez pas compte de c’que c’est. Moi quand vous faites ça, ça me fout une angoisse... j’pourrais vous tuer, j’crois. De chagrin, hein ! J’vous jure c’est pas bien. Il faut plus que vous parliez avec des gens. »

Encore une fois, ses répliques restent une des meilleures armes de persuasion d’Alexandre Astier. Parce qu’elles sont justes, fleuries et drôles, parce qu’elles sont dissonantes par rapport à l’époque, au contexte social. Et parce qu’elles mettent à bonne distance les personnages de cette quête inatteignable qu’est le Graal.

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commentaires
Brosdabid
22/07/2021 à 19:06

Kitch Excalibur, heu...
Illuminé d accord
Après c est peut être un fin connaisseur d légendes Arthurienne
Mais bon son Kaamelott, c'est une bouffonnerie mal filmée

C'est pas faux......
21/07/2021 à 22:33

Même ici au Québec, la série possède une légion de fans fini. J'ai bien hâte de voir le film.......

Le Pangolin
21/07/2021 à 14:17

"Version kitch et illuminée" de John Boorman.

Y a du lourd là quand même!

mrjulot
21/07/2021 à 10:54

J'ai trouvé le film excellent, quelques défauts mineurs seulement.

Den the gun
20/07/2021 à 21:21

Superbe article.
Longue vie au Roi !


20/07/2021 à 17:31

Longue Vie Au Roi !

sylvinception
20/07/2021 à 17:02

"Dans la vraie vie, ça ne se passe jamais comme ça,"
Bingo!!
Respect, Sir Astier... et vivement demain!!

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