Alien la série : comment Disney peut sauver (ou tuer) la saga culte

Mathieu Jaborska | 15 décembre 2020
Mathieu Jaborska | 15 décembre 2020

Ce n'était qu'une question de temps : Disney vient d'annoncer une série Alien. On partage nos petites théories à ce sujet.

Quand Disney rachète un catalogue, ce n'est pas juste pour profiter de ses droits de diffusion. La firme exploite tous les personnages Marvel, toutes les possibilités de l'univers Star Wars, de l'univers Indiana Jones, de Pixar... Autant dire que le rachat de la Fox signait le retour d'un paquet de licences phare, en tête desquelles Alien, saga encore régulièrement au coeur des débats. L'Investor Day de décembre 2020 a mis fin au suspense : c'est sous forme de série que sera développé ce monde horrifique.

L'avenir incertain des xénomorphes est donc fixé, avec toujours Ridley Scott en tant que producteur et cette fois Noah Hawley à la barre. Les spéculations peuvent donc commencer avec le peu d'informations dont on dispose pour l'instant, mais aussi la quantité de matériel alienesque à disposition, dont le créateur de Fargo va probablement s'inspirer. On donne le coup d'envoi.

 

photo Alien DisneyChangement d'ambiance

 

Retour à la terre

C'est la seule information thématique révélée lors de l'annonce : la série se déroulera a priori sur la Terre. Ce choix, que certains pourraient conspuer, tant l'identité du premier volet repose sur l'inhumanité de ses décors, est loin d'être illogique. Cela fait des dizaines d'années que les artistes qui s'y sont frottés rêvent de déménager l'intrigue au bercail, et certains y sont parvenus. À commencer par Ridley Scott lui-même, qui, grâce au prétexte du prequel, nous montrait la Terre au début de Prometheus. Néanmoins, ce long-métrage polémique faisait tout pour échapper au carcan Alien.

La vraie première fois que la Terre a été montrée dans la saga au cinéma, c'était lors d'une fin alternative d'Alien, la résurrection. Un Paris apocalyptique y était dévoilé à l'occasion de la sortie en DVD. Et non, on ne compte pas les Alien vs. Predator, qu'on n'espère pas canon selon Mickey.

Dans la préface de l'intégrale anglaise publiée par Dark Horse, Mark Verheiden, l'auteur de la première série de bandes dessinées Aliens produite après le film de James Cameron, explique que sa condition était justement de revenir sur Terre, environnement méritant d'être exploité selon lui. Et il n'avait pas tort, car sa lecture de l'univers y gagne une richesse indéniable. Anticipant de façon troublante Prometheus et les ingénieurs, il exploite plusieurs pistes qu'on va évoquer dans notre article. Disney se priverait en ne s'inspirant pas de son travail.

 

photoL'Alien de Verheiden et Mark A. Nelson

 

Ainsi, si un long-métrage gagne à répudier un décor terrestre par souci d'unicité, un format un peu plus narratif et forcément moins concis profite, s'il est bien pensé, de ce parti pris. Aliens, le comic-book, réussit ainsi à créer un véritable univers étendu en exploitant quelques personnages bien connus tout en en introduisant d'autres. Et ce n'est plus un secret que la firme est très friande de ce genre de structures. D'où sa déclaration d'amour récente au format série, que ce soit sur Disney+ ou ailleurs.

Sur quelle terre pourrait se dérouler ce récit ? Sûrement pas sur celle de Jean-Pierre Jeunet, en bien trop mauvais état et clairement conçue comme un "effet woaw" assez pessimiste pour pérenniser l'idée qu'on se fait de l'humanité sous le joug de Weyland-Yutani. La vision de Verheiden est déjà plus alléchante, puisqu'elle explore les liens entre l'armée et l'entreprise toute puissante dans une société épousant les règles du cyberpunk.

La Terre d'Alien ressemblera-t-elle à Blade Runner ? Malgré l'échec de Blade Runner 2049, le genre est encore extrêmement populaire et particulièrement adapté au format série. Voilà qui permettrait aussi à Weyland Disney (on les confond) d'assoir sa domination dans le monde de la science-fiction plus noire, histoire de ne pas juste compter sur la technologie miraculeuse du MCU. Et si ça peut nous éviter les redites spatiales peu inspirées des courts-métrages de l'anniversaire de la saga, tant mieux.

 

photo ContainmentLe pas du tout inspiré Alien : Containment

 

Start up nation

Voilà un élément qu'on est quasi-sûr de retrouver dans cette nouvelle série : la célèbre entreprise peu respectueuse de ses employés, toujours présente en arrière-plan et souvent au coeur des enjeux. La franchise n'a pas fini de se nourrir du fameux twist qui scinde Le huitième passager en deux. Outre le fait qu'une telle organisation est idéale pour des enjeux télévisuels, son histoire telle qu'elle a été rapportée par différents médiums est également aussi floue que propice à l'exploration. Aliens vs. Predator : Requiem avait d'ailleurs essayé de s'en servir.

La saison 1 pourrait ainsi être un prequel et raconter la fameuse fusion entre Weyland et Yutani, survenant a priori après le dernier diptyque, mais avant le premier épisode. Pour que Google Weyland-Yutani (on confond encore) envoie le Nostromo se sacrifier à l'autre bout de la galaxie, il faut bien qu'elle ait eu vent de l'existence de la bestiole. Pour la première fois, l'intrigue pourrait bien se concentrer uniquement au sein de la boite, avec after works endiablés au programme.

 

photo, Ian HolmWeyland-Yutani, blanc comme neige

 

À moins qu'elle profite des grands laps de temps qui s'écoulent entre chaque film, à l'instar de l'excellentissime jeu Alien : Isolation, jeu qui a d'ailleurs eu droit à sa mini-série (affreuse). Verra-t-on le retour de la corporation Seegson ou d'Amanda Ripley, fille d'Ellen et héroïne du jeu ? Pas impossible, puisque celle-ci est mentionnée dans Aliens, le retour.

Dans tous les cas, les luttes de pouvoir entre ces méga-corporations constituent le coeur thématique de la saga, presque plus encore que les xénomorphes qui la peuplent. Et en plus, elles coûtent moins cher. Espérons que l'ironie de la situation vis-à-vis de Disney n'échappe pas à Hawley, a priori capable de satire. 

 

PhotoOn rejoue Ripley

 

Facehugger sans distanciation sociale

Si l'aspect industriel du monde cyberpunk d'Alien risque d'être mis à contribution, nul doute que quelques-unes des autres thématiques abordées dans l'univers étendu (tout ce qui a été fait en dehors des films) seront utilisées. Premièrement, parce que ce dernier a parcouru l'univers en long, en large et en travers. Deuxièmement, parce que Disney n'en est pas à son coup d'essai.

Les connaisseurs de l'univers étendu de Star Wars en savent quelque chose : la deuxième saison de The Mandalorian ne se gène pas pour piocher à droite, à gauche des idées, y compris dans des oeuvres rendues caduques par le règne des oreilles rondes.

Un des concepts que les connaisseurs d'Alien s'attendent à voir ressurgir est d'ailleurs très lié à l'actualité. Présidant la genèse super complexe d'Alien 3 et en embuscade dans quelques oeuvres plus confidentielles, l'idée d'un virus xénomorphe, issu de manipulations génétiques (sujet déjà presque traité par Jeunet), n'est pas à exclure. Dans la version du scénario d'Alien 3 de William Gibson, par ailleurs une des figures de proue du mouvement cyberpunk, ce virus Alien faisait presque lorgner le récit sur du The Thing pur et dur, paranoïa ambiante et transformations rares, mais spectaculaires comprises. Encore une fois, du pain béni pour une série FX.

 

photoPlus de nouveaux monstres ?

 

Selon certains, la version de Renny Harlin (scénarisée par Eric Red, succédant à Gibson) aurait même mis en scène une station spatiale avalée par un virus mutagène. Bref, le virus Alien a toujours été dans l'imaginaire qui entoure la franchise, probablement principalement grâce à ses décors, profondément organiques.

C'est aussi une réponse à cette question souvent posée, et à laquelle Aliens vs. Predator : Requiem a répondu le plus maladroitement possible : comment renouveler la menace xénomorphe ? Et si Mickey compte pérenniser la série comme elle capitalise sur The Mandalorian, il va falloir qu'elle multiplie les opposants. Et quand les androïdes et les xénomorphes ne suffiront plus, il faudra bien créer des antagonistes neufs, humains, assurément, extra-terrestres possiblement, pathogènes peut-être.

 

photoLe Predalien, très loin de la gueule de porte-bonheur

 

Godlike

Quoi qu'on reproche à Alien 3, il faut reconnaitre qu'il a su concrétiser le besoin de renouvellement qui tâtonnait lors de sa genèse. Et pour ce faire, il a inclus un élément également au coeur des tentatives d'extension d'univers : la religion. Ajouter l'idée d'un culte religieux à Alien est très pertinent, surtout aujourd'hui, où, dans une logique très contemporaine, la figure du xénomorphe est devenue une icône au sens spirituel du terme. La pop culture a tendance à avoir cet effet, particulièrement dans ce cas, grâce à la nature même de la créature.

On voit bien Noah Hawley exploiter l'aspect mythologique de la saga en ce sens, d'autant plus qu'il s'était déjà prêté au jeu avec les super-héros dans Légion. Cela permettrait également de s'aligner quelque peu sur les thématiques abordées par Scott dans Prometheus et Covenant, et de poursuivre les bonnes oeuvres du cinéaste déchu. On ne s'attend évidemment pas à une suite au dernier opus : les résultats au box-office, plutôt moyens par rapport à Prometheus (240 millions de dollars de recette pour presque 100 millions de budget), ne le permettent pas. Mais rien n'indique que la série ne dévoilera pas quelques réponses, afin de clore le chapitre "créationnisme et ingénieurs" le plus vite possible.

 

Photo Michael FassbenderUn retour de David ?

 

Encore une fois, les comics de Dark Horse avaient déjà exploité le pouvoir religieux du xénomorphe, et les scénaristes pourraient très bien s'en inspirer. La version de Mike Mignola, célébrissime créateur d'Hellboy, ne repose que sur ça. Quant au récit de Verheiden, une fois de plus très propice à l'adaptation, il décrivait une Terre où quelques individus développent un culte commun autour d'une vision de la reine Alien, au point de déchainer sa monstruosité sur le monde. Une relecture méta de l'impact mythologique du monstre de H.R. Giger, une présence imposante de Weyland-Yutani, l'extension d'un univers désormais terre fertile d'un univers étendu : tout y est.

 

Photo Sigourney WeaverLe combat des reines

 

Autres pistes

Après avoir évoqué les grands-angles possibles grâce au peu d'informations dont on dispose et les antécédents de la saga, il ne reste plus que des détails à passer en revue. Mais le projet étant encore en production, on ne peut que se contenter de se poser des questions.

La licence se lancera-t-elle dans des exercices inédits, comme la politique, redevenue sexy grâce à Game of Thrones et House of Cards ? Qu'en est-il de Sigourney Weaver ? L'actrice soutenait l'Alien 5 de Neill Blomkamp, mais avait refusé le scénario de l'Alien V écrit par Walter Hill. Disney va-t-il réussir à la convaincre de ressusciter un personnage "fatigué", ne serait-ce que pour un rôle secondaire ou un caméo ?

 

Photo Sigourney Weaver"Non, j'étais bien, là"

 

Quelle tronche auront les xénomorphes ? Est-ce qu'ils profiteront du traitement de The Mandalorian (le juste milieu entre effets spéciaux numériques et pratiques), ou de celui des remakes des classiques de la firme (une orgie de CGI indigeste) ? On penche plutôt pour la première option. Et surtout : est-ce que le premier épisode se terminera sur la découverte de bébé Alien ?

Tant de questions qui trouveront leurs réponses bien plus tard. En attendant, on continue à espérer que Disney et FX ne transforment pas Alien en Star Wars plus adulte, c'est-à-dire en un univers dont la richesse sera exploitée jusqu'à la nausée. Parce que dans les franchises Disney, personne ne vous entend changer de chaîne.

Tout savoir sur Alien : Covenant

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commentaires

Elyot
17/12/2020 à 17:47

Fan de la première heure de l oeuvre alien, chaque film a son ambiance que l'on aime ou pas. Le fait que les films aient été co/écrits co/réalisés par d'autres que le père fondateur, il n'empêche qu'il reste un univers vraiment vaste. Et un unique lien à créer : les bâtisseurs et les humains. Ainsi que la question suivante : réellement comment les bâtisseurs ont conçu les xeno. Ça me facine depuis plus de 20 ans ( j'en ai 34 lol ) Disney ou non, il faut juste que les personnes en charges parles avec leur cœur et pas en dollars. On la bien vu avec covenant qui n'est que l'ombre de ce qu'il devait être,( car dicté par les producteurs, et après multiples reshoots respectants les cahiers des charges imposés à Ridley ) à su me faire pleurer de honte au même titre que je suis dans le déni le plus total de la trilogie cinéma star wars sous l ère Disney.

Justice Pig
17/12/2020 à 14:42

Tous les commentaires de rageux... C'est affligeant.
Aux dernières nouvelles FX / Hulu font de très bonnes séries, et Noah Hawley a fait un excellent travaille avec Fargo et Legion. C'est un des showrunners les plus créatifs de ces dernières années et il a dans les mains une franchise géniale. Il est capable de nous faire revivre cette franchise et de nous surprendre à tous les niveaux. Donc attendez avant de tailler. D'autant que "Disney" c'est pas une entité, y'a pas Mickey à la tête de toutes les franchises qui veut rendre tous ses programmes tout public et bien pensant... Y'a plein de décisionnaires, de prods, de diffuseurs, de créateurs...

Galt
16/12/2020 à 14:20

Sachant que Disney transforme tout ce qu'il touche en cac*, ce sera sans moi lol.

Omegaton
16/12/2020 à 12:57

pas besoin de suite, c'est clos et tout le reste après le 3 ne vaut rien

Kyle Reese
15/12/2020 à 23:43

Je ne saurais dire s'il y a encore quelque chose à raconter avec Alien, quasiment tout a été dit pour moi (j'ai lu quelques comics cités à l'époque). A moins de faire abstraction de Prometheus et Covenant, il n'y a malheureusement plus aucun mystère sur la bestiole.
L'idée des expériences génétiques a été développé dans le 4 avec le résultat que l'on sait, perso j'ai détesté le design du nouvel hybride et n'aime pas la tournure du film même si je reconnais à Jeunet d'avoir tenté de faire du neuf.
Un future façon The Mandalorian ne me parait pas judicieux car au contraire d'Alien, Les Mandaloriens étaient un vrai mystère avant la série en tout cas au ciné (je n'ai pas lu de livre de l'univers étendu) d’où l'intérêt de celle-ci car elle construit le mythe au fil des épisodes. Chose impossible à faire pour Alien dont le mythe a été déconstruit par Scott en personne. Plus de mystère, plus de saveur. Je ne dis pas que les films de Scott n'avaient rien d'intéressant, c'était même assez inattendu et osé. (c'est le traitement humain qui pêche totalement). Mais maintenant à part faire une sorte d'Aliens avec comme terrain de jeu la terre et ses habitants, je ne vois pas. L'alien dans un espace confiné et en sur-nombre est un ennemi redoutable. Mais sur un vaste terrain avec des armes hight-tech, il sera bien plus facile à débusquer qu'un Predator sur-entrainé et sur-équipé. Le challenge doit être intéressant pour ce brillant réal showrunner. mais je ne vois pas vraiment comme il peut faire pour relancer le mythe et en faire autre chose qu'un prétexte à carnage humain.
Par contre s'il faut aller au massacre avec une bestiole bien coriace dans une nouvelle série, pourquoi ne pas adapter The Thing et faire se répandre la bête sur une échelle planétaire ... là ça rigolera beaucoup moins. Le virus de la chose qui se répand et se mondialise.
La pire invasion extraterrestre qui puisse arriver, le cauchemar ultime. Sachant qu'on ne connait quasiment rien de ses origines, qu'elle n'a pu être étudié longuement, c'est une créature au potentiel incroyable. Paranoïa, mutation et horreur garantie, bien plus fort que n'importe quelle type de menace de zombie.

Qc
15/12/2020 à 22:59

Disney a bousillé tout les franchises racheté ou presque !

Le xenomorphe qui sortira du ventre aura les oreilles de Mickey mouse .

Mouais Bof...
15/12/2020 à 22:52

Pour sauver la franchise??? Disney/La Fox devrair vendre l'enseigne Alien et surtout se débarasser de Ridley Scott sur tous les projets où il est impliqué de prêt ou de loin.

Numberz
15/12/2020 à 22:27

Aaahhh une intégrale ??? Mais je veux en français moi

Bibi67
15/12/2020 à 18:52

Et dire que j'attends toujours le film qui fera le lien entre les deux derniers du père Scott et le premier de la saga... Dans une autre vie peut-être...

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