Heroes : avant Marvel et DC, la série phénoménale de super-héros

Arnold Petit | 13 décembre 2020 - MAJ : 14/12/2020 03:22
Arnold Petit | 13 décembre 2020 - MAJ : 14/12/2020 03:22

Entre Daredevil et les autres séries Marvel de Netflix, l'Arrowverse, WandaVision et les prochaines séries de Disney+ consacrées aux personnages du MCU ou encore celles de HBO Max, les super-héros prolifèrent à la télévision aussi rapidement qu'au cinéma. Avant que DC, Marvel et les adaptations de comics règnent sur les écrans, une série avait déjà imaginé des individus avec des capacités extraordinaires interagissant les uns avec les autres pour tenter de sauver le monde : Heroes.

Ceux qui s'en souviennent gardent probablement un mauvais souvenir de la façon dont la série a brusquement régressé après une première saison plus que prometteuse, mais Heroes reste quand même un petit classique dans son genre, et on a décidé de revenir dessus parce que personne n'a jamais vraiment pu oublier Hiro Nakamura et Peter Petrelli.

 

photoUn temps que les moins de vingt ans ont sans doute oublié

 

GENESIS

En 2006, Marvel est encore loin d’être le mastodonte qu'il est aujourd'hui et DC vient seulement d’entamer son retour sur le devant de la scène. X-Men de Bryan Singer et Spider-Man de Sam Raimi ont bien changé la perception du public envers les super-héros, mais le genre oscille toujours entre l’infamie d'Elektra et la virtuosité de Batman Begins. À la télévision, alors que Lost, les disparus continue de cartonner et prépare sa troisième saison, Smallville rencontre un certain succès, mais qui repose essentiellement sur la popularité de Superman. Avec son concept autour de personnes dotées de super-pouvoirs, Heroes arrive au bon moment et devient presque instantanément un phénomène, avec près de 14 millions de téléspectateurs réunis devant le premier épisode.

Plutôt que d'adapter des super-héros existants, Tim Kring a choisi de s'en inspirer pleinement, avec une structure narrative similaire aux comics et des super-pouvoirs qui évoquent clairement ceux que possèdent certains personnages de Marvel et DC : Claire Bennet et sa capacité de se régénérer comme Wolverine, Nathan Petrelli qui peut voler comme Superman, Matt Parkman qui lit dans les pensées à la manière du Professeur Xavier.

Cette liberté lui permettra de jouer avec les codes du genre et de développer une intrigue inédite, sans être contraint de rester fidèle à une œuvre. À défaut d'être original, le scénario est intrigant : lors d’une éclipse, à différents endroits du globe, des individus sans aucun lien entre eux manifestent des aptitudes hors du commun et doivent se réunir pour empêcher une catastrophe. Une idée qui pourrait bien avoir influencé les Wachowski pour Sense8.

 

photo, Milo VentimigliaPeter Petrelli, héros principal, qui est le lien entre tous les autres

 

Heroes tire totalement son inspiration des comics, mais l’assume pleinement et utilise même cet aspect dans son scénario. D’abord, avec les comics 9e Merveilles ! (ou 9th Wonders en VO) d’Isaac Mendez, qui annoncent ce qui va se dérouler et guident certains personnages dans leur quête, mais aussi en imaginant que les super-pouvoirs sont apparus génétiquement. Un détail qui rappelle clairement le gène mutant des X-Men, avec leurs pouvoirs se manifestant du jour au lendemain, pouvant être perçu comme un don ou une malédiction, à l'instar de Ted Sprague, qui émet des ondes radioactives et contamine sa femme sans s’en rendre compte. La série puisera d'ailleurs dans le travail de Chris Claremont pour élaborer certains de ces arcs narratifs.

Les épisodes sont des chapitres, réunis dans des volumes, et le scénario s’intéresse aux héros chacun leur tour, dévoilant leurs facultés, leurs personnalités et leurs motivations. Des personnages riches, clairement identifiables par leur pouvoir, leur origine ou leur comportement, qui dégagent tous une certaine émotion et portent véritablement la série. Chaque scénariste était responsable de l'écriture d'un ou plusieurs personnages et écrivait son histoire de son côté, puis fournissait ensuite son travail à celui ou celle qui écrivait l'épisode. Un procédé qui a permis à la série d'enchaîner les tournages et de boucler sa production en à peine quelques mois. 

 

photo, Masi OkaHiro Nakamura, capable de voyager dans le temps et l'espace (et meilleur personnage de la série)

 

SAVE THE CHEERLEADER, SAVE THE WORLD

Les héros possèdent tous (ou presque) une faculté exceptionnelle, mais ne se baladent pas en costumes pour autant et sont confrontés à des problèmes du quotidien : Matt avec son couple qui bat de l’aile, Claire tente de comprendre ce qui lui arrive et veut être une lycéenne comme les autres, Hiro cherche à combler l’ennui de son travail, Isaac est accro à l’héroïne, Niki essaie d’élever son fils, Micah, comme elle peut, Mohinder suit les traces d’un père dont il a toujours voulu l’approbation et Peter tente de sortir de l’ombre de son frère, Nathan. Un réalisme accentué encore un peu plus par la mission qui les unit : empêcher une explosion nucléaire de dévaster New York. Une catastrophe qui ravive les angoisses du 11 septembre.

Au fur et à mesure des épisodes, Heroes a étendu sa mythologie avec inventivité, introduisant plusieurs éléments récurrents, comme un symbole en forme de brin d’ADN, la légende de Takeso Kensei, ou encore une mystérieuse Compagnie qui surveille et traque les super-héros. Certains noms sont même rentrés dans la culture populaire, comme Hiro Nakamura, ce Japonais aussi drôle qu’attachant capable de courber l’espace-temps, Peter Petrelli, l’infirmier qui peut reproduire les capacités des autres, ou encore Sylar, tueur psychotique qui découpe le cerveau des héros pour leur voler leurs pouvoirs.

 

photo, Hayden PanettiereClaire Bennet, une lycéenne invincible, sur qui repose le destin du monde

 

Cette ressemblance avec les comics, aussi bien en termes de narration que d’ambiance, se ressent surtout grâce à la contribution d’un scénariste de comics émérite : Jeph Loeb, qui a notamment écrit Batman : Un Long Halloween, Batman : Silence ou la saga Daredevil : Jaune, Spider-Man : Bleu et Hulk : Gris. Nommé en tant que producteur exécutif, il a supervisé l’écriture du scénario, écrit certains épisodes et apporté toute son expérience pour faire en sorte que la série soit perçue comme une adaptation de comics cohérente, mais aussi amené un ami et collaborateur de longue date avec lui : Tim Sale, qui devait seulement réaliser les story-boards de l’épisode pilote.

Tim Kring a tellement été impressionné par son travail qu’il a décidé de mettre son talent à profit en tant que consultant artistique et le dessinateur a finalement conçu toute l'identité visuelle de la série, en lui donnant sa police d’écriture caractéristique et en imaginant les tableaux et les dessins d'Isaac Mendez, capable de peindre le futur. Ces toiles et croquis prophétiques (aussi sublimes les uns que les autres) sont devenus des éléments à part entière dans l’intrigue et continueront d'être mentionnés chaque saison. D'autres scénaristes comme Mark Verheiden ont écrit certains épisodes et tenté d'apporter cette sensation de voir des super-héros tels qu'ils sont représentés dans les comics.

 

photo, Zachary QuintoGabriel Gray ou Sylar, un ennemi à l'inextinguible soif de pouvoir

 

HEROES & VILLAINS

Malgré tous ses défauts, sa réalisation assez basique et son manque de budget évident, Heroes reste une belle surprise pour sa première saison. Les effets spéciaux ont assez bien vieilli et n’ont pas à rougir à côté de ce que les séries du Arrowverse peuvent réaliser aujourd'hui. En plus d'être un modèle de diversité, le casting était convaincant, voire brillant dans certains cas, avec des acteurs et des actrices ayant déjà fait leurs preuves, mais aussi de nouvelles têtes.

Avant de devenir Spock dans Star Trek, Zachary Quinto avait incarné un Sylar aussi complexe que terrifiant. Ce fils d'horloger qui cherche à comprendre le fonctionnement des choses, sans aucune empathie, pourrait presque être considéré comme une version de Jon Osterman qui aurait mal tourné. Milo Ventimiglia reste (et restera) toujours associé à Peter Petrelli, tout comme Masi Oka avec Hiro Nakamura ou Hayden Panettiere avec Claire Bennet. Ali LarterGreg Grunberg, Jack Coleman, Adrian Pasdar, Jimmy Jean-Louis, Sendhil Ramamurthy, tous ont contribué au plaisir ressenti pendant cette première saison.

 

photo, Adrian PasdarNathan Petrelli, un politicien opportuniste, obnubilé par sa carrière

 

En plus de son ambiance, de son casting et de ses effets spéciaux, la série pouvait également compter sur sa bande-son, composée par Wendy Melvoin et Lisa Coleman, d’anciens membres du groupe The Revolution avec Prince, qui ont ensuite formé le duo Wendy & Lisa. Les deux musiciennes ont enregistré la voix de L. Shankar, un violoniste et compositeur indien qui a largement participé à l’essor de la musique orientale en Occident, puis ont ensuite conçu la bande-son apaisante de la série autour de ces chants, avec des morceaux distinctifs pour chaque personnage et des sonorités aussitôt reconnaissables dès les premières notes.

Tout n'était pas parfait pour autant et la fin de la première saison a même été une déception. Après avoir laissé entendre qu'une confrontation entre Peter et Sylar allait avoir lieu, le manque de budget a eu raison des belles ambitions de départ. Pas de gros effets spéciaux ou de combat dantesque entre les deux personnages, seulement un affrontement classique, à mains nues, bouclé en deux temps trois mouvements pour vite préparer le terrain pour la suite, qui allait malheureusement sonner le glas de la série.

 

photo, Sendhil RamamurthyMohinder Suresh, un humain en quête de réponses sur son père et ses travaux

 

PLUS DURE SERA LA CHUTE

Face au phénomène engendré par Heroes, la série a aussitôt été renouvelée et les scénaristes ont vu les choses en grand, avec trois volumes au cours de la saison 2, Générations, Exode et Les Traîtres. Le public était au rendez-vous pour le premier épisode, avec près de 17 millions de téléspectateurs, la plus grosse audience jamais réalisée, mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Les erreurs se sont accumulées les unes après les autres. Certains comme Bryan Fuller ou Jeph Loeb ont quitté le navire, la série a perdu en cohérence et, alors qu’elle possédait tout le potentiel pour devenir une petite merveille, Heroes a doucement entamé sa chute jusque dans les ténèbres de l’infini.

Alors que la première saison enchaînait les révélations et faisait grimper la tension à chaque épisode, la saison 2 tournait en rond et prenait son temps pour présenter ses enjeux. À la base, Tim Kring avait conçu la série comme une anthologie, à la manière d’American Horror Story ou de Fargo. En raison de la popularité de certains héros, l’idée a été abandonnée et la série s’est retrouvée obligée de faire progresser son récit tant bien que mal.

 

photo, Ali LarterNiki Sanders, une héroïne schizophrène qui veut seulement protéger son fils

 

Certains personnages supposément morts ou disparus ont fait leur retour grâce à des facilités éhontées, d’autres ont tout simplement été éclipsés et de nouveaux héros sont apparus, n'ayant presque aucune incidence sur le scénario. Peter, Sylar et Hiro étant devenus trop puissants, les scénaristes ont donc trouvé un moyen de les ramener quasiment à leur état d’origine et repris la même intrigue qu’au départ, avec une nouvelle catastrophe qui menace le monde. La grève des scénaristes survenue au milieu de la saison a complètement bouleversé les plans. Onze épisodes ont été réalisés à la place des 24 prévus et le volume intitulé Les Traîtres a finalement été gardé de côté pour la troisième saison.

Même si Heroes possédait encore cette atmosphère inspirée des comics et que la direction artistique et les effets spéciaux étaient toujours plus que louables, ce manque d’inspiration flagrant s’est ressenti de plus en plus, la série ne sachant pas où aller, et les audiences ont progressivement chuté. Après l’échec de la deuxième saison, que Tim Kring a justifié par une romance trop présente et l’arrivée de nouveaux personnages, la saison 3 n’a pas arrangé les choses.

Ne parvenant pas à se renouveler, la série a choisi de complètement renverser la situation, avec des vilains qui deviennent des héros, un grand méchant sorti de nulle part et encore plus de personnages insipides et inexistants. Aucun antagoniste n’est parvenu à égaler Sylar en termes d’horreur, de sadisme et la série a désespérément cherché un moyen de le remplacer, en vain.

 

photo, Jack ColemanNoah Bennet, l'homme mystérieux aux lunettes à monture d'écaille

 

NBC a décidé que la quatrième saison serait la dernière et la série s’est achevée comme elle a pu, décevante jusqu’au bout. Heroes est resté un douloureux souvenir pour ceux qui l’avaient suivi et en 2015, NBC a tenté de faire renaître le projet avec une autre série, Heroes Reborn, qui se déroulerait cinq ans après la fin d’Heroes, avec quelques rescapés du casting original et de nouveaux héros. Sauf que Marvel et DC avaient déjà commencé à bâtir leurs univers étendus respectifs et Arrow, The Flash et Daredevil étaient passés par là. Face à cette concurrence, le scénario réchauffé et les personnages risibles ont vite balayé les maigres espoirs des fans après quelques épisodes et la série a été annulée à son tour.

Certains préfèrent penser que Heroes s’est terminée à la fin de la première saison, au Kirby Plaza, alors que tous les personnages se retrouvaient ensemble. Si seulement les scénaristes avaient eu la même idée...

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commentaires

Miami81
14/12/2020 à 12:20

La série a souffert du mal des séries produites pour les networks : trop d'épisodes par saison. Tout s'allonge démesurément, le spectateur en fini par perdre le fil conducteur de la saison et on n'en finit plus de ce méchant impossible à éliminer définitivement. Heroes reborn était en revanche une bonne surprise avec moins d'épisodes et donc plus efficace, mais arrivée trop tard.

RobinDesBois
14/12/2020 à 11:38

La première saison est excellente et s'inscrit au coeur de l'âge d'or des séries. La deuxième saison avait beaucoup de potentiel mais a été compromise par la grève des scénariste et on a un gros sentiment d'inachevé. Et tout s'écroule à partir de la saison 3. C'est dommage parce que les deux premières saisons sont très bien écrites, les personnages attachants et intéressants et les épisodes semblaient presque bénéficier du budget d'un film c'était spectaculaire pour l'époque de voir des super pouvoirs qui rendent bien dans une série. Elle n'a pas eu la conclusion qu'elle méritait.

GrGarnier
14/12/2020 à 09:44

Quel bon souvenir cette première saison. Vous m'avez donné envie de m'y replonger.

CyxCy
14/12/2020 à 00:30

La dernière phrase est assez injuste. Ce ne sont pas les scénaristes qui ont décidé de maintenir en vie artificiellement une série en perdition. Ils ne sont que les employés et exécutants de ceux qui décident, et détiennent l'argent.

Kyle Reese
13/12/2020 à 21:31

Commencé à l'époque, vu quelques épisodes et puis le soufflet est retombé très vite, je trouve qu'elle manquait de personnalité, d'identité visuelle.

Marvelleux
13/12/2020 à 17:26

La première saison, mais quelle saison de grand crue. La deuxième n'est pas mauvaise malgré ses défauts, j'avais des apprihoris je vous conseille de la re-regarder.

jorgio6924
13/12/2020 à 16:16

La série a décliné au tout dernier épisode de la saison 1.
Ce combat entre Peter et Sylar était d'un risible... Une fausse promesse au combat qu'on nous a caché par une porte et qui se déroulait dans le futur: épisode ultime niveau qualité.
Jamais Heroes n'a pu atteindre ce niveau par la suite.

Gregdevil
13/12/2020 à 13:26

Totalement d'accord avec votre critique.
La saison 1 excellente, le reste n'a que peu d'intérêt. Quel dommage.
C'est la 1ere série que j'ai regardé en vost.

DutyLaw
13/12/2020 à 12:12

J'avais apprécié la première saison, mais c'est vrai que la qualité de la série n'a cessé de décroitre avec le temps, ce qui n'a pas aidé le spin-off à trouver son public après l'avènement de Marvel et DC.

Actuellement, en terme d'alternative à ces deux là concernant le genre super-héroique, il y a My Hero Academia qui est réellement solide.

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