Wakfu sur Netflix : pourquoi la série dérivée de Dofus ne s’est pas hissée au rang d’Avatar ?

Camille Vignes | 21 novembre 2020
Camille Vignes | 21 novembre 2020

Dofus devrait renaître en 3D d'ici à quelques années. Wakfu devrait avoir le droit à sa quatrième saison et les trois premières sont sur Netflix. Retour donc sur la série d'animation d'Ankama. 

Lancée le 8 juin dernier, la campagne de financement participatif pour la production d’une quatrième saison à la série Wakfu a démarré très fort. Plus de 700 000 euros avaient été amassés en seulement 48 heures, permettant sans trop de doutes d’assurer la vie des 13 derniers chapitres de l’histoire. Treize épisodes imaginés épiques, qui devraient venir clore plus de dix ans de travail d’ici à 2023.

Mais avant de découvrir tout ça, retour sur une série balaise, sortie de son œuf originel Dofus, truffée de références en tout genre… une sorte d’Avatar, le dernier maître de l'air à la française ?

 

 

LE KROSMOZ : UN MCU TRICOLORE

Dofus. Si ce nom ne vous évoque rien, cela en dit certainement plus sur votre âge que ce que vous pensez. Arrivée sur les ordinateurs 2004, ce MMORPG français développé par les studios Ankama (puis Ankama Production) a enrôlé plus d’un adolescent, et pour un bon bout de temps.

Certes, depuis le début de la dernière décennie, la population présente sur les plaines médiévales fantastiques du Monde des Douze, a perdu de l’ampleur, mais la communauté en quête de bébêtes à dézinguer, d’ennemis à terrasser ou tout simplement de boss de donjon à battre est stabilisée…

Mais surtout, et c'est là tout l'intérêt d'Ankama, le succès d’alors a permis aux studios d’étendre leur univers dans toutes les directions, de faire apparaître bon nombre de produits dérivés (certains plus qualitatifs que d’autres), comme des manfra (manga-français), de nouveaux jeux vidéo, Arena et Wakfu, ou encore des adaptations animées comme la série Wakfu ou encore le film Dofus - Livre I : Julith.

 

Jeu vidéoVous reprendrez bien un peu de nostalgie ?

 

Évidemment, parmi toutes ces productions développant l'histoire du Krosmoz, sorte de cosmos en forme d'oeuf, relatant sur des milliers d'années les aventures d'aventurier du Monde des Douze, de peuples alien, de dragons et de dieux, certaines sont tombées dans l’oubli. Le film d’animation Dofus, par exemple, n’a pas vraiment trouvé son public et dans l’ensemble les critiques étaient plutôt mitigées. Quant à la série Wakfu (les épisodes spéciaux mis à part), diffusée de 2008 à 2012 par France 2, il aura fallu attendre 2017 pour qu’Ankama offre une troisième saison à la série, cette fois-ci diffusée par France 4 et en partie financée par Netflix. Et elle, elle a très vite creusé son trou dans le cœur des fans.

Or souvenez-vous, dans les années 2000, l’animation française n’avait très pas bonne presse. Certes, la série d’animation Code Lyoko (dont on vous parle en vidéo) avait un peu rebattu les cartes, mais dans l’ensemble, très peu de productions sérielles tricolores sont restées en mémoire. À l’époque, la brèche était encore béante, et la chance de se démarquer côté séries d’animation plus qu’à saisir. Tout était à renouveler : que ce soit l’histoire à raconter, les thèmes à aborder, mais aussi la facture de l’ensemble ainsi que l’univers visuel et sonore à déployer.

 

photoJe vois... ah non en fait, je ne vois rien

 

DESSINE-MOI UN BOUFTOU 

Et ça, Ankama l’avait alors bien compris, car s’il y a un domaine dans lequel le studio s'est démarqué, c’est celui de l’animation. On peut reprocher pas mal de choses à l’histoire globale et à la stupidité latente et parfois trop visible de l’ensemble (on y reviendra), mais on ne peut pas enlever à Ankama Animation son talent de faiseur d’images.

Que ce soit dans l’esthétique de l’ensemble, celle des petits détails ou encore dans l’animation globale, la série s’est créé une véritable identité. Rendant hommage aux jeux vidéo d’origine (Dofus puis Wakfu). Évoluant sensiblement au cours du temps, elle est non seulement belle à regarder, mais surtout c'est une réussie technique !

Visuellement, les influences japonaises sont indéniables et compte tenu de l’appétence du public français pour leurs animés, le studio aurait eu tort de se priver de cette mine d’or. Il n’y a qu’à regarder le design des personnages pour s’en rendre compte (ou le fait que l'univers étendu soit allé presque tout de suite s'emparer du manga, LE média papier japonais). Pour autant, l’ensemble n’est pas intégralement calqué sur nos amis nippons et Ankama a réussi à insuffler à son univers une personnalité propre, se détachant juste ce qu'il faut des designs des jeux vidéo sans pour autant abandonner complètement sa charte graphique.

 

photoJoie de voir s'animer ce vilain  

 

Plus ronde, plus douce et plus pastel que ce que le public à l’habitude de voir dans l'animation insulaire, la série réussit vraiment à mettre une piquette à la 3D japonaise. Là où cette dernière est généralement décevante, Wakfu est dès sa première saison (2008), un véritable petit bonheur visuel. Elle prendra assez d’assurance dans ses saisons 2 et 3 pour se permettre quelques petits jeux de points de vue et de mise en scène.

Le moyen d'affirmer toujours un peu plus sa maîtrise des combats et de l'ambiance sonore. Les bastons ne savent pas mentir. Si le studio n'avait pas eu une si bonne maîtrise de son médium jamais les gnons et autres coups en tout genre n'auraient happé comme ils le font le spectateur. Avec toujours plus d'intensité, de réussite et de malice.

Et côté oreilles, si les saisons 1 et 2 étaient un petit régal auditif, la troisième était clairement passée au niveau supérieur, ajoutant à son ambiance sonore tout plein de petits bruitages qui manquaient à l’ensemble et qui finissaient d'immerger le spectateur dans le Krosmoz. 

 

photoElle veut se battre la momie Iron Man ? 

 

LE SEIGNEUR DES TOFUS

L’introduction des personnages, la formation de la bande d’aventuriers prêts à tout pour vaincre ses ennemis, certains épisodes comme ceux sur le boufbawl sont autant de clins d’œil fait au Japon. Mais pas seulement ; les influences des studios ne viennent pas que des animés ou aux mangas.

Tout au long de la série, ses créateurs rendent visible leur amour pour le cinéma et la pop culture. La série est truffée de références à des films mythiques, de gimmicks connus ou de répliques avec lesquelles le public s’amuse.

Ils infusent tant la série de leur catalogue de classiques qu’il est difficile de tous les référencer, mais parmi les plus visibles et dans le désordre on notera les films d'horreur et de superhéros, Alien, le huitième passager, Star Wars, L'Âge de glace, Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'anneau (avec la fameuse Confrérie du Tofu), les jeux d’arcades de danse, Mario… 

Et leur envie de s’insérer dans l’histoire de la création audiovisuelle ne s’arrête pas à ces renvois amusants. Dans sa facture même, Wakfu reprend des façons de faire que les cinéphiles ne manqueront pas d’apprécier. La première saison habillait par exemple son grand méchant d’un thème musical, comme le cinéma s’est amusé à le faire avec bon nombre de classiques.

 

photoMalheureusement, lui n'a pas eu le droit à son thème

 

MAY THE FORCE BE WITH YOU 

Pourtant, Wakfu n’arrive jamais à se hisser au rang d’un Avatar, le dernier maître de l'air (série d'animation américaine profonde, dispo sur Netflix et classique de l'animation). Mais pourquoi ? Si rien ne pêche vraiment dans sa fabrication et que ses concepteurs se jouent de références pour attirer l’œil aguerri de cinéphiles, pourquoi Wakfu ne réussit-elle jamais à atteindre les sommets ?

Pourquoi, alors qu’elle se permet moult critiques sociales, sociétales, railleries et moqueries, reste-t-elle aussi peu profonde ? Dans la deuxième saison, les trois épisodes spéciaux boufbowl sont l’occasion pour la série de faire un scan des problèmes de nos sociétés occidentales capitalistes, critiquant ouvertement ces mondes où l’argent fait la loi et surtout la justice, mais aussi le patriarcat, l’invisibilisation des femmes, le machisme et le masculinisme. S’amusant aussi des dirigeants en la figure du roi, faisant de lui une sorte de Reine de cœur au masculin à la tronche enfarinée de poudre, qui s’égosille d’un souhait : raccourcir ses sujets d’une tête à partir du cou.

 

photoVous êtes coupable de culpabilité... et d'être une femme aussi

 

Pourquoi, alors qu’elle s’évertue à sortir du manichéisme simpliste du bien contre le mal en travaillant ses vilains, les principaux et certains secondaires, Wakfu n’a-t-elle jamais convaincu en masse ? Pourtant Nox, le Xélor maîtrisant les rouages du temps, rongés par la solitude et de remords n’avait rien de vraiment plat.

Qilby, le représentant des Eliatropes, peuple alien disparu depuis des milliers d’années, devenu fou à cause de sa mémoire, infaillible et millénaire, ne souhaitait au fond rien de plus que de retrouver les siens. Même Oropo, ennemi philosophique s’emparant de la figure de l’autre et du double, hanté par des souvenirs qui ne sont pas les siens, n’avait rien de lisse.

Alors pourquoi, Wakfu n’est-elle jamais devenue l’étendard des séries françaises ?

 

photoPourtant, il a la gnak Yugo 

 

LES CHEVALIERS, ÇA SAUVE LES PRINCESSES 

Malgré tout ce terreau fertile qui la constitue, il est clair que le studio a manqué de recul et de renouvellement. S’il est excellent faiseur d’images, il est moins bon raconteur d’histoire. Certes, l’ensemble tient debout sans problème, mais il se prend les pieds dans ses bonnes idées, les transformant trop facilement en défaut gênant.

La mort d’un des personnages à la fin de la première saison est balayée d'un souffle dès le début de la deuxième, alors qu’elle aurait permis de creuser un peu plus les personnages, et de leur offrir des réflexions existentielles profondes compréhensibles de tous. D’autant que le retour dudit personnage ne sert pas vraiment les besoins de l’histoire et permet surtout d'assurer son ressort comique. 

 

photoEt à quelques bagarres sympas quand même

 

Alors que la première saison tentait de casser un peu ce lieu commun voulant que "l’animation c’est pour les enfants", la deuxième saison renversait la donne. Elle se perdait dans un fan service bancal, et réussissait même à rater le design de la dimension dans laquelle est enfermé le peuple Eliatrope, elle qui ne ressemble à rien d’autre qu’à une boîte de nuit pour donuts. 

La troisième saison, plus mature et plus sombre, se voulant plus philosophique aussi avec cette idée du combat contre soi-même, de fatalité du temps qui passe et de quête d'identité, renouait avec les fulgurances du début. Les personnages, celui d'Echo en premier, étaient véritablement bien travaillés, profonds et nuancés. Mais le final s'était empêtré dans des enjeux profondément égoïstes qui amoindrissaient le récit. Et en treize épisodes, la série abusait tant d'allusions sexuelles et de blagues idiotes que le propos général est au mieux allégé, au pire indigeste.

 

photoAh.... les blagues sur les slips... on s'en lasse pas ? 

 

Les Nox et Qilby avaient pour seul mantra de retrouver leur famille, et ce quelque soit le prix à payer. Machiavélique, la fin justifiait les moyens pour eux, soit la destruction du monde et de ses civilisations.

Mais seul le développement du premier portait réellement la série. Une dimension profondément écologique allant presque chercher du côté d'Hayao Miyazaki se détachait de la première saison, avec cette rencontre impossible entre machine et nature. Et s'il retrouve un peu de sa force dans la troisième saison (augurant le meilleur pour la suite), malheureusement la subtilité du regard posé sur le monde semblait s'effondrer dans la deuxième saison. 

 

photoTu le vois Miyazaki là ? 

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commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
23/11/2020 à 10:37

@euh...

Oui ! Ce qui tombe bien, puisqu'on s'adresse à plein de publics différents, selon les sujets, les angles et les âges des rédacteurs et des lecteurs ;)

euh...
23/11/2020 à 08:47

Culte? Nostalgie?

srsly?

Sérieux, j'ai 40 ans, mais c'est de la nostalgie d'avant-hier, ça, les gars... ^^°

Korbzan
23/11/2020 à 07:43

Ouin ouin ! Télérama

Boudy
22/11/2020 à 11:54

Parce que Dofus c de la m*rde haha ????

Guéguette
22/11/2020 à 10:42

J'ai trouvé ça moyen cette façon de surenchérir sur les situations critiques vu la cible visée. Faire hurler de douleur une femme enceinte qui vient de se faire transpercer le bide (alors que l'adversaire était maitrisée et fait son meilleur one shot dans une position impossible...genre je te rajoute du drama de façon arbitraire)...Faut se calmer les mecs.

La Rédaction - Rédaction
21/11/2020 à 18:25

@Kamal
Merci pour vos encouragements (et votre contribution critique) !

Kamal
21/11/2020 à 15:50

Je tiens à dire que j'adore votre site. Vous avez le mérite de parler de thèmes et œuvres peu abordés et surtout vous faites des rétrospectives très intéressantes, en plus d'être souvent sur des sujets peu en vue.

Je suis plutôt d'accord avec vous. La saison 1 de Wakfu était excellente, vivante, originale, pleine de qualités et surtout très bien écrite. Elle apportait un regard nouveau sur l'animation et était adaptée à tout public, en plus d'avoir plusieurs niveaux de lecture.

La saison 2 en revanche est franchement mauvaise : scénario bâclé et incohérent , épisodes lourds et chiants, méchants peu charismatiques etc. Concernant le retour de Tristepin, je crois que cela était une volonté du producteur France 3, qui a d'ailleurs abandonné la série. Il n'en demeure pas moins que son retour a totalement ruiné le final de la saison 1 et m'a dégouté de la série.

La saison 3 est pour moi vraiment ratée. Les trois premiers épisodes étaient bien, surtout le 3 qui était vraiment excellent, mais tout le reste était à jeter. La saison est devenu un feuilleton, pour au final faire comme dans les 3 dernières saison, cad un épisode, un méchant à vaincre. C'est super dommage et cela montre que le sce ario n'a pas été bien travaillé du tout.

Franchement, cette série était géniale au dbeut mais plus le temps passe plu elle devient nulle. Je suis désolé mais s'il y a une saison 4, il faut à tout pei tout miser sur le scénario.

C'était justement le problème des deux dernières saisons, tout était bon, sauf le scénario.

Hasgarn
21/11/2020 à 14:32

Vivement la saison 4 quand même !

Kaladhel
21/11/2020 à 12:39

D'ailleurs, on a pas de nouvelles de la série live Netflix ?

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