Baron Noir : que valent les deux premiers épisodes de la saison 3 sur Canal+ ?

Alexandre Janowiak | 10 février 2020 - MAJ : 02/03/2020 17:57
Alexandre Janowiak | 10 février 2020 - MAJ : 02/03/2020 17:57

Baron Noir reprend du service sur Canal+ dès ce 10 février 2020 avec le début de sa saison 3. Après une saison 2 plutôt pas mal, que valent les deux premiers épisodes de ce retour sur le devant de la scène ? Attention spoilers sur la saison 2 et quelques-uns sur la saison 3 !

Notre critique complète de la saison 3

 

 

CANDIDAT DANS L'OMBRE

La saison 2 se terminait dans une ambiance morose pour Philippe Rickwaert (Kad Merad). Après un coup de maître politique d'Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis) avec les législatives anticipées suite à la dissolution de l'Assemblée nationale et une victoire électorale sans précédent, elle formait un gouvernement de centre-droit, et embrassant plusieurs parties. Parmi les recrues du côté socialiste, le jeune Cyril Balsan (Hugo Becker), ancien bras droit de Rickwaert se voyait nommé ministre de l'Éducation, laissant Philippe Rickwaert esseulé.

Ce dernier était finalement appelé par Michel Vidal, leader de Debout le peuple (une sorte de France Insoumise), pour réussir à l'emporter lors de la prochaine présidentielle. Hésitant, Philippe Rickwaert s'imaginait finalement, avec sa fille, un destin présidentiel dans l'ultime plan. Et c'est justement, cet objectif qui va devenir le centre de cette troisième saison.

 

Photo Kad MeradRickwaert, président ?

 

LES MARCHES DU POUVOIR

Après avoir payé sa dette et son année d'inéligibilité, Philippe Rickwaert décide donc de se lancer dans la course à la présidentielle. Mais à l'image d'un Frank Underwood dans les deux premières saisons de House of Cards, la route est encore longue avant l'élection et le 55 rue du Faubourg Saint-Honoré. C'est donc à coup de magouilles, de stratégies politiques et de retournements de vestes que l'ancien ministre du Travail va essayer de redorer son blason, de placer ses pions et finalement tenter de se préparer une voie royale.

La série Canal+ showrunnée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon se lance sur les chapeaux de roues dans cette saison 3. Et si l'on peut craindre dans un premier temps, le ton un peu trop gueulard de Kad Merad et les renversements de situations extrêmement rapides, Baron Noir réussit à captiver avec précision et bonheur.

 

Photo Kad Merad, Anna MouglalisUn affrontement à distance...

 

Avec la saison 2, on pouvait reprocher à la série de se calquer presque trop à la réalité politique française entre sa présidente mimant la mouvance Macron, la montée en puissance des extrêmes (gauche et droite) et la perdition du parti socialiste sur tous les fronts. Dans ce début de saison 3, la série semble décider à rattraper la réalité, mais surtout à la dépasser. C'est sur ce point qu'elle devient terriblement passionnante et entraînante.

Si la mise en scène de Chevrollier reprend la patte de Benzekri et semble souvent trop fabriquée, l'écriture, elle, est toujours aussi méticuleuse. Il y a d'ailleurs un réalisme bluffant dans le suivi des règles constitutionnelles, électorales et législatives, donnant à la série et ses péripéties un sentiment du possible. L'idée et la sensation que cette politique fiction n'est pas si éloignée du réel. Au contraire, elle y est même totalement ancrée, sans s'empêcher pour autant de s'aventurer dans des territoires étrangers.

 

Photo Anna Mouglalis, Kad Merad... mais aussi rapproché

 

ELYSÉE OF CARDS

Ainsi, Baron Noir déploie en seulement deux épisodes un terrain de jeu particulièrement fertile et prometteur. Évidemment, le personnage de Rickwaert est toujours le centre du récit (rien de plus normal puisque la série a pour titre son surnom politique) et une chose est sûre, son double jeu avec Debout le peuple est l'arc narratif le plus intéressant. Entre ses stratégies électorales lors des régionales qui vont mener certains de ses collègues à leur perte ou ses coups d'avance qui ne seront pas forcément suffisants, il va devoir ruser plus qu'il ne le pensait pour rentrer à l'Élysée.

D'autant plus, qu'il n'est pas le seul à penser à l'avenir et à multiplier les jeux de dupes avec talent. La présidente Amélie Dorendeu, en particulier, a des desseins politiques beaucoup plus ambitieux, s'appuyant sur le fédéralisme européen imaginé par Schuman pour l'union politique qu'elle rêve de mettre en place avec l'Allemagne. Dans le même temps, son Premier ministre Thoriginy (Pascal Elbé) tente avec autorité de placer des pions centristes sur le territoire français à des fins personnelles.

 

Photo Kad Merad, Anna MouglalisQui pour finir à l'Élysée ?

 

Dans l'opposition, le nationaliste d'extrême-droite Lionel Chalon (Patrick Mille) est prêt à tout pour remporter la prochaine présidentielle et en toute logique, il sait qu'il devra faire des concessions, en tout cas sur certains points. Ses négociations minutieuses avec la droite dite républicaine lors des régionales pourraient ouvrir les portes d'un nouvel échiquier politique et donner, enfin, la possibilité à son parti et ses idées de diriger l'exécutif français.

Enfin à gauche, rien ne va plus au parti socialiste, et si Rickwaert aimerait le relancer, la renaissance du parti à la rose (ou en tout cas de ses idéologies) passera sans doute par la ruse et des portes dérobées. C'est là qu'intervient donc Debout le peuple de Michel Vidal (François Morel) dont la montée en puissance, si elle ne fléchit pas, annonce vraisemblablement un affrontement inédit entre les deux extrêmes lors de la prochaine élection présidentielle.

 

Photo Pierre MorelMichel Vidal se fera-t-il duper jusqu'au bout ?

 

Bref, ce début de saison 3 est donc particulièrement rythmé (grâce à sa musique aussi), jonglant entre les partis et leaders politiques pour développer toute son envergure scénaristique et déplorer cette ivresse du pouvoir. Il y a ici et là toujours des hésitations notamment narratives. Les grandes ellipses peuvent parfois déconcerter (comme celle entre le premier et deuxième épisode) et la temporalité qui change en un claquement de doigts dilue les impacts de certaines décisions. Au-delà, les dialogues manquent parfois de finesses tout autant que les diatribes véhémentes de Rickwaert à coups de métaphores peu inspirées. Leurs rares substitutions par des échanges calmes, posés ou silencieux sont d'ailleurs plus percutantes.

En tout cas, une chose est sûre, le cliffhanger final du deuxième épisode présage d'une route sinueuse et semée d'embûches pour chaque personnage. Reste à savoir qui en ressortira vainqueur et qui en paiera le prix fort !

Deux nouveaux épisodes de la saison 3 de Baron Noir diffusés chaque lundi soir à partir de ce 10 février 2020. La saison 3 est d'ores et déjà disponible en intégralité sur Canal+ Séries.

 

Affiche officielle

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