Buffy contre les vampires : 10 épisodes mal-aimés qui méritent mieux

Camille Vignes | 26 décembre 2019
Camille Vignes | 26 décembre 2019

On parle souvent d'Orphelines, Un silence de mort ou Que le spectacle commence pour évoquer toute la virtuosité de Buffy contre les vampires. Pourtant, en sept saisons, la série a eu l'occasion de séduire avec beaucoup d'autres épisodes parfois moins aimés... et on revient dessus aujourd'hui. 

Un orgue, le hurlement d’un loup, les riffs de guitare du groupe punk californien Nerf Herder… Plus de 20 ans après, Buffy contre les vampires reste une série culte. Bluffante de modernité et de liberté, elle a fait l’objet d’un nombre incroyable de recherches universitaires, d'une vingtaine de publications de livres et de centaines d'articles étudiant ses thèmes. 

Derrière son univers fantastique, ce récit initiatique sur un groupe d'adolescents aborde nombre de difficultés rencontrées lors du passage à l’âge adulte : le manque de confiance en soi, le sentiment d’isolement, la dépendance à la drogue, les relations familiales et amicales qui se distendent, le deuil…

 

photo, Nicholas Brendon, Alyson HanniganDe son double maléfique...

 

C’est avec un génie déconcertant que Joss Whedon s’est emparé de ces problématiques et qu’il les a explorées, dans une construction aussi novatrice que réfléchie. Les épisodes se suivent, ne se ressemblent pas, et posent des questions toujours plus profondes, accompagnant les étapes d'apprentissage de ses héros. Au fil des saisons, le créateur a ainsi assemblé l'une des séries les plus riches de ces dernières décennies.

Nombre d'épisodes resteront à jamais dans les mémoires. Les trois préférés de Sarah Michelle Gellar d’abord - Orphelines (saison 5), Les Chiens de l’enfer (saison 3) et Un silence de mort (saison 4). Et d’autres, comme l’épisode musical Que le spectacle commence (saison 6) ; celui du sacrifice de Buffy, Apocalypse (saison 5) ; ou encore celui où Willow, désespérée, provoque la fin du monde, Rouge Passion (saison 6)…

Aussi extraordinaires que soient ces épisodes, beaucoup d’autres pourraient être cités. Et quelques beaux moments oubliés et souvent mal-aimés, remémorés. Retour donc sur une petite sélection de 10 épisodes de Buffy contre les vampires qui n’ont parfois pas convaincu et qui, pour nous, méritent mieux.

 

photo, Alyson Hannigan... au mal incarné 

 

RÉVÉLATIONS (SAISON 3 ÉPISODE 7)

ÇA RACONTE QUOI : Faith, arrivée depuis le début de la saison, dévoile de plus en plus la violente ironie qui se cache derrière son nom. Contrairement à ce que laisse entendre son patronyme, elle est certainement le personnage qui a le moins la foi. Elle ne croit pas en elle, mais surtout en personne d'autre, et avoue dans cet épisode avoir un vrai problème avec les représentants de l’autorité. « Ne le prenez pas mal, mais j’ai un problème avec les représentants de l’autorité, et ça finit souvent assez mal ». 

Vouée corps et âme à sa tâche de tueuse, elle n’hésite pas à se lancer à la poursuite d’Angel quand Alex, jaloux et énervé, lui apprend le retour et la survie du vampire. S'ensuit son premier combat contre Buffy.

L’épisode introduit un nouveau personnage, Gwendolyn Post. Elle se présente comme étant la nouvelle observatrice de Faith et apprend l’arrivée prochaine à Sunnydale du démon Lagos, ce dernier étant à la recherche du gant de Myneghon. Elle finira par révéler sa duplicité en enfilant le gant et projetant des éclairs avec, avant de connaitre une fin hautement comique en se faisant cramer par l’un deux. 

 

photo, Sarah Michelle GellarFaith et Buffy 

 

UN ÉPISODE PAS VRAIMENT INDISPENSABLE… Malheureusement, le retournement de situation autour de Gwendolyn Post (sortie de nulle part et donc, douteuse) et la découverte de ses véritables motivations, ne sont jamais vraiment surprenants. Le traitement de sa mort est bien là pour le prouver. Et si Révélations n’a jamais eu mauvaise presse, la réalisation de James A. Contner n’est pas non plus mémorable. Et souvent jugée un peu trop molle, malgré l'amusant final avec ses éclairs.

… MAIS QUI A SA PETITE IMPORTANCE : Outre la trahison ressentie par Faith quand elle apprend qu’une des rares personnes à qui elle avait accordé sa confiance s’était en fait jouée d’elle, Révélations tourne ses interrogations autour du secret et tente de montrer que, s’il peut être un mal nécessaire pour le commun des mortels, il peut surtout être très dangereux. En faisant s’affronter pour la première fois Faith et Buffy dans un combat musclé, et très réussi dans le genre, la série commence à éloigner la deuxième tueuse du reste du groupe… alors même que le retour d’Angel leur est enfin révélé. 

Finalement, Révélations est un épisode pivot pour la troisième saison de Buffy contre les vampires car il met en place la suite de la série. Il permet aussi à Eliza Dushku d'avoir une jolie partition.

Il est par ailleurs le premier épisode à avoir été scénarisé par Douglas Petrie, ce dernier étant devenu une des plumes les plus influentes de la série (il a écrit 17 épisodes, dont Trahison, Soeurs ennemies ou encore Retour aux sources). 

 

photoEt après... elle meurt 

 

INTOLÉRANCE (SAISON 3 ÉPISODE 11)

ÇA RACONTE QUOI : Après la découverte par Joyce du corps de deux enfants morts, c’est la chasse aux sorcières qui se rejoue dans Intolérance . D’ailleurs, Giles y évoque directement le procès des sorcière de Salem qui s’est tenu en 1692. 

L’affaire provoque une vague de peur à Sunnydale et Joyce, choquée, créée l’association MOO (« Mères Opposées à l’Occulte », peut-être en référence au véritable mouvement américain MADD - Mothers Against Drunk Driving). Ce climat de tension pousse les habitants de la ville à ouvrir les yeux sur les menaces qui pèsent sur eux. Ils prennent des mesures radicales et démesurées, pourchassant les sorcières de Sunnydale (dont Willow) et les tueuses, pour les brûler sur un bûcher dans un final cathartique. 

 

photoPlus jamais... quitte à buter ma fille 

 

UNE BONNE IDÉE QUI N'A PAS FONCTIONNÉ : Intolérance est un de ces épisodes indépendants qui n’a pas de véritable lien avec l'arc narratif de la saison. la série. Vu tout ce qui se passe dans cette saison 3, il a donc été facilement oublié.

Globalement, c'est l'exécution d'une idée pourtant intéressante qui a été critiquée. Daniel Erenberg de Slayage évoquait même une fin dénuée d’enjeux, jamais poignante, « une idée correcte, devenue totalement ennuyeuse à l’écran ». Malheureusement, la mère de Buffy, responsable de l’hystérie collective, se révèle trop souvent ennuyeuse, et l’action est considérée par beaucoup comme étant laborieuse et répétitive. 

MAIS UNE IDÉE QUI MÉRITE LE DÉTOUR : Dans la plus pure tradition de Buffy contre les vampires, Intolérance utilise avec brio le fantastique pour sonder des peurs réelles. Cet épisode déploie un discours sur l'effet de masse, l'aliénation collective, les préjugés inhérents aux petites villes qui peuvent glisser à cause de leurs angoisses face à l'étranger et l'inconnu. Le sous-texte politique (contrôler la peur, contrôler la foule), est évident et malin.

Sans être un épisode puissant à cause de sa formule de "monster of the week", il met en scène une véritable critique de la montée en puissance de la haine dans les situations de crises populaires. En plaçant ces mots dans la bouche de Joyce (la mère de Buffy), il aborde également la peur de la perte de l’amour de ses parents, et celle ne pas voir ses actions être approuvées. 

Par ailleurs, c'est là qu'Amy la sorcière se transforme en rat, ce qui aura un rôle majeur par la suite - l'une des scènes les plus drôles de la saison 4, et un impact dans la trajectoire de Willow en saison 6.

 

photo, Sarah Michelle Gellar, Alyson HanniganAu bûcher hérétiques 

 

COHABITATION DIFFICILE (SAISON 4 ÉPISODE 2)

ÇA RACONTE QUOI : Buffy entame une nouvelle vie à l’université dans cette quatrième saison. Il est donc temps pour elle de se frotter aux différents rituels de la fac, dont celui de la chambre étudiante partagée et de la colocataire démoniaque… au sens propre comme au sens figuré. 

Pour la série, c’est l’occasion de tester la confiance que le scooby-gang place en Buffy. Et de montrer à la chasseuse que ses proches ne la croiront pas toujours… Après une série de cauchemars dans lesquels ce même démon lui aspire son âme, les relations entres les deux colocataires se dégradent rapidement, Buffy étant persuadée que sa voisine est un monstre.

Malheureusement, personne ne la croit. Tout le monde s’inquiète même pour elle et lui met des bâtons dans les roues. Mais il s’avère que la jeune chasseuse avait raison, que Kathy était bel et bien un démon, fan de Cher… Et tout est bien qui finit bien. 

 

photoSi seulement tous les fans de Cher étaient des démons à abattre

 

UN PEU ANODIN... La saison 4 est sans nul doute parmi les moins aimées de la série. Le chapitre lycée étant terminé, Joss Whedon a affronté avec ses héros la suite de l'aventure, avec un nouveau décor, de nouvelles règles. La faiblesse de l'Initiative et Adam, sans parler de Riley, n'a pas aidé à structurer la saison.

Mais voir Buffy confrontée à cette réalité nouvelle, dans un monde qui s'agrandit d'un coup, et pour potentiellement perdre pied, est un formidable carburant dramatique... et comique.

… MAIS TRÈS DRÔLE : 

La réussite de cet épisode vient de ce désir de ramener les personnages dans la simple et bête réalité, et montrer une facette plus humaine et grotesque de Buffy. Cohabitation difficile traite ainsi avec beaucoup de légèreté et énergie cette angoisse sociale qui devient haine aveugle, permettant à Sarah Michelle Gellar de s'en donner à cœur joie, face à une irrésistible Dagney Kerr. Believe de Cher n'a plus jamais sonné pareil après cet épisode, et voir l'héroïne devenir légèrement hystérique et obsessionnelle sur sa coloc a quelque chose de réjouissant.

Reste que même si le final a ses bonnes idées (Buffy qui arrache le visage de Kathy, et s'exclame "JE LE SAVAIS !"), l'épisode aurait été bien plus drôle si la tueuse avait eu tort, et s'était laissée submerger par ses émotions et son ego.

Par ailleurs, Cohabitation difficile est le sixième épisode de la série sans vampire. Personne ne meurt. Même pas les démons qui repartent tranquillement dans leur dimension. Quoi qu’on en dise, un peu d’optimisme dans une série qui tue à tour de bras ne peut pas faire de mal.

 

photo, Sarah Michelle Gellar, Alyson HanniganAllez, redonnez-lui une chance

 

BREUVAGE DU DIABLE (SAISON 4 ÉPISODE 5)

ÇA RACONTE QUOI : Pas grand chose en réalité… ça raconte les dangers de l’alcool, sans impacter outre mesure le récit dans son ensemble. Grosso modo, la peine de cœur de Buffy, récemment séparée de Parker, la pousse à boire plus que de raison. Et surtout à boire une bière ensorcelée qui transforme ses consommateurs en gros débiles des cavernes qui sèment la panique dans les rues de Sunnydale, armés de leur gourdin des familles… 

CERTAINEMENT L'UN DES ÉPISODES LES PLUS CONSPUÉS : Trop puritain dans sa manière d’aborder les problèmes liés à l’alcool chez les étudiants, pour beaucoup. La BBC s’était insurgée de voir « une série dont la force principale est une allégorie intelligente » traiter un sujet si important avec autant de légèreté et de transparence.

Et peut-être peut-on accorder au public et aux critiques n’ayant pas apprécié l’épisode, que ce dernier est un poil trop caricatural, lui qui s’amuse à transformer en homme des cavernes toute personne approchant trop ses lèvres du fameux « breuvage du diable » (comprendre de la bière). On a connu Joss Whedon plus inspiré et fin.

 

photo, Sarah Michelle GellarBuffy veut bière 

 

MAIS À LA REVOYURE, ÇA FONCTIONNE ET C'EST DRÔLE : Certains épisodes de Buffy contre les vampires sont à prendre tel quel, sans leur imposer une quelconque ambition transcendantale. L’idée derrière cet épisode était d’ailleurs toute simple : recevoir des subventions de la part de l’Office of National Drug Control Policy pour les programmes mettant en garde la jeunesse contre l’alcool et la drogue.

Toute l’ironie de cet épisode réside d’ailleurs dans ce but, car, même si Breuvage du Diable est infiniment moins puissant et moins subtile que Dépendante, il a été jugé par le programme trop décalé de la réalité pour que les téléspectateurs puissent faire le lien avec le message de départ… Un jugement inverse de celui des critiques et de certains spectateurs. Il n’en offre pas moins de véritables tranches de rire s’il est pris pour ce qu’il est, un bon gros épisode de série Z. Avec Sarah Michelle Gellar là encore en roue libre.

Sans oublier que cet épisode vaudra une nomination à l’Emmy Award des meilleures coiffures pour une série (en 2000). Et ça aussi, c'est drôle.

  

photo, Sarah Michelle GellarBuffy veut bonhomme dans la boîte carrée 

 

LE MARIAGE DE BUFFY (SAISON 4 ÉPISODE 9)

ÇA RACONTE QUOI : Willow dérègle le monde dans cet épisode. Elle montre pour la première fois l’étendue de ses pouvoirs, et son incapacité à pouvoir contrôler autant de puissance. Rien à voir avec les évènements de la fin de saison 6, mais une prophétie de ce qui se passera par la suite. 

En prise à un terrible chagrin suite à sa rupture avec Oz, elle lance un sort pour que sa peine s’en aille.... sans se rendre compte que la moindre de ses paroles va alors s’accomplir. Avant de s’en  appercevoir et d’annuler le sort, elle va lancer une bande de démons femelles aux trousses d’Alex, rendre Giles aveugle et marier (ou presque) Buffy et Spike. 

 

photo, Sarah Michelle Gellar, James MarstersPetite prophétie et gros malaise 

 

IL EST TEMPS D'EN PARLER PLUS : Malheureusement, cet épisode est souvent laissé de côté, et pas traité à sa juste valeur. Car c’est pour beaucoup l'un des épisodes les plus comiques de la série, qui mérite d'être réévalué. Il possède une vraie identité humoristique, empruntant son rythme et ses gags aux vieux cartoons de la Warner d’après le média The A.V. Club. 

Malheureusement, si Buffy contre les vampires a montré à de nombreuses reprises sa capacité à faire rire (notamment dans cette saison 4 si peu aimée), ce sont les thèmes plus graves qui ont le plus marqué le public et qui l’ont fait entrer dans l’Histoire. 

UN ÉPISODE PROPHÉTIQUE : Cet épisode est une véritable ode à Spike, lui qui vole la scène au autres membres du Scooby Gang grâce à l’étrange alchimie qu’il créé avec Buffy. 

Et derrière toutes ces scènes comiques, cet épisode préfigure de nombreux évènements futurs, creusés dans les saisons suivantes : la relation entre Buffy et Spike, l'abus de la magie par Willow et l'affirmation de son homosexualité (avec la bannière de l'UC Sunnydale Lesbian Alliance), ou encore l’incroyable humanité que cachera de plus en plus mal Spike. Car si l’épisode raconte une chose en filigrane, c’est bien l’incapacité du groupe à comprendre comme se sent véritablement un de ses membres (Willow), là ou Spike l’aura compris tout de suite. 

 

photo, Sarah Michelle Gellar, James MarstersEt vas-y que ça se bécote pendant tout l'épisode 

 

CAUCHEMAR (SAISON 4 ÉPISODE 22)

ÇA RACONTE QUOI : Difficile de résumer un épisode aussi complexe que celui qui clôt la quatrième saison de Buffy contre les vampires. D’abord parce qu’il s’agit de rêves et que rien n’est plus dur à raconter qu’un rêve. Ensuite parce qu’il est divisé en quatre parties, avec les songes des protagonistes principaux (Buffy, Willow, Alex et Giles).

Quatre rêves qui n’ont comme fil rouge que d’être hantés par la première Tueuse (et bien sûr, le vendeur de fromage). Invoquée pour les aider à vaincre Adam dans l’épisode précédent, elle les traque et les tue, sauf Buffy , avant qu’ils ne se réveillent tous. 

VIRTUOSITÉ NARRATIVE: Cauchemar est l’un des épisodes les plus beaux, étranges, riches, et parmi les mieux construits de la série. Il offre sans retenue pléthore de références personnelles, de citations de choses passées et d’allusions à des événements futurs. Notamment à la sœur de Buffy, Dawn, qui pointera son nez dans la saison suivante. 

 

photo, Sarah Michelle Gellar, Alyson Hannigan, Nicholas Brendon, Anthony Stewart HeadBonne nuit les petits

 

Avec cet épisode, le créateur de la série voulait casser la construction classique et ne pas clore la saison par un combat et une victoire. Au contraire, Joss Whedon (ici réalisateur et scénariste) souhaitait se recentrer sur les quatre personnages originaux et sur leur évolution à travers leurs rêves. Comme une pause, une parenthèse introspective, basée sur le sens, les sensations et les errances.

Certes, cette boulimie de références et cette particularité lui ont valu d’avoir une place privilégiée dans le cœur du public et des critiques, ainsi que de Joss Whedon et Amber Benson, qui le citent parmi leurs préférés. Mais cela rend aussi sa compréhension difficile pour les spectateurs ne connaissant pas les thèmes et les personnages de la série en profondeur. Et surtout, vu sa réussite, il mérite d'être encore plus haut dans les mémoires.

BIJOU DE CINÉMA : Difficile de faire entrer le spectateur dans l’ambiance onirique, et maintenir l'intérêt autour de ce parti pris narratif. Difficile d’éclater la narration et de doser avec justesse le probable, le possible et l’absurde qui peuplent ces rêveries cauchemardesques. Et pourtant, en empruntant l’esthétique de nombreux films (on peut penser à L'Anglais de Steven Soderbergh ou Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick), Joss Whedon donne assez de matière à l’image pour créer une ambiance incroyable, envoûtante, unique. Longs travellings, personnages décentrés, utilisation du négatif ou de la surexposition, alternance abrupte de gros plans et de plan très larges, musique planante, effets de montage pour téléscoper les décors et espaces... Cauchemar est un plaisir pour les yeux et l'esprit, et l'un des plus soignés de la série.

 

photo, Sarah Michelle GellarLe rêve de Buffy

 

Les critiques sont souvent dithyrambiques sur cet épisode, saluant son imagerie étrange (l’homme fromage, cette merveilleuse création), la richesse de ses interprétations, et sa formidable complexité, centrale dans série toute entière. 

« Visuellement riche et psychédélique, il établit à nouveau que cette série était avant tout et de façon profondément touchante centrée sur ses personnages, avec un délicieux penchant pour l'humour » - Entertainment Weekly

« Cet épisode surréaliste marque le tournant de la série, la déplaçant d'une fantasy urbaine très bien réalisée vers quelque chose de plus créatif, plus sérieux et plus surprenant que quasiment tous les programmes télévisés » - Syfy

 

photo, Sarah Michelle GellarDes vrais moments d'étrangeté

 

LA FAILLE (SAISON 5 ÉPISODE 7)

ÇA RACONTE QUOI : Imaginé comme un dytique avec l’épisode Darla de la série dérivée Angel après que les scénaristes des deux séries n'aient réalisé qu’ils préparaient le même style d'histoire, La Faille est centré sur le personnage de Spike. 

Il explore son passé : sa rencontre avec Drusilla, sa transformation en vampire sanguinaire, la naissance de son surnom, sa cicatrice, et les deux tueuses auxquelles il a ôté la vie. Le combat du vampire avec la seconde, Nikki Wood, est inspirée par Reservoir Dogs. Il est raconté en voix off, alors que le spectateur voit la scène à l’écran, avec certains moments où c’est le Spike du flashback qui s’adresse directement au public.

LA MYTHOLOGIE S'ÉTOFFE... La Faille est vraiment important pour la mythologie du Buffyverse puisqu’il évoque enfin le passé de Spike et donne de la profondeur à son personnage. On assiste à sa transformation. On le découvre humain, poète raté, rejeté par la femme qu'il aimait et qui prendra sa revanche en devenant l'un des vampires les plus sanguinaires de l’univers.

Finement écrit, complexe au-delà des mots, Spike continue de dévoiler ses failles et ses paradoxes. Jamais cicatrisé de ses humiliations passées, il laisse deviner à Buffy qu’il a le coeur toujours le coeur quand il lui dit qu’elle n’est pas digne de lui.

 

photo, James MarstersLes origines de Spike 

 

... ET L'ÉPISODE EST INDISPENSABLE : Et plus encore que son histoire, le long passif que Spike entretient avec les Tueuses lui vaudra d’insuffler à Buffy toute la noirceur dans laquelle son personnage plongera à la fin de la saison et dans celle d’après. 

Il laisse planer l’idée qu’en chaque Tueuse sommeille un désir de mourir… un désir longuement exploré dans la sixième saison. Un désir qui débordera du personnage de Buffy pour innerver tous les protagonistes et donner un penchant très sombre à la série. 

« Chaque élément qui rend cette série si brillante - humour, drame, romance, flashbacks révélateurs, dialogues vifs et tranchants, montage élégant et jeu d'acteurs sensationnel - se trouve ici en abondance. La découverte progressive de la vie, la mort et l'après-vie de Spike est brillamment maîtrisée, et l'épisode traite intelligemment de la face la plus sombre du personnage de Buffy » - Syfy

 

photo, James Marsters, Juliet LandauDrusilla et Spike, à leurs débuts

 

FAST FOOD (SAISON 6 ÉPISODE 12)

ÇA RACONTE QUOI : Buffy rentre décidément dans l’âge adulte et tout ce qu’il charrie de responsabilités avilissantes. Après la mort de sa mère, la sienne et sa résurrection forcée, elle est contrainte de trouver un travail pour ne pas perdre la garde de Dawn.

L’occasion pour la série de ramener Buffy à sa condition d’humaine parmi les autres, et de l’extraire de celle de Tueuse quelques minutes. Elle est engagée dans un des fast-food du coin pour tenir la caisse et faire les frites et, derrière la narration classique de l’épisode (découverte d’un problème, résolution par lattage de démon),  se cache une critique pas toujours réussie du milieu. 

 

photoLes habitués sur lundi...

 

UN CONCEPT PAS HYPER BIEN EXPLOITÉ : Comme pour l’épisode Breuvage du Diable, Fast Food est problématique dans sa réalisation plus que dans le concept mis en place. Le ton sarcastique de la série est un peu maladroit et pas vraiment à la hauteur des traits d’humour auxquels Buffy contre les vampires avait habitué son public. 

Malgré tout l’épisode tient debout et possède même un réel intérêt social. Finalement, c’est aux annonceurs qu’il doit son statut d’épisode le plus controversé de la série (d’après Joss Whedon lui-même), ces derniers n’ayant pas du tout apprécié les moqueries faites à l’encontre de la restauration rapide. 

QUAND MÊME DIGNE D'INTÉRÊT : Même s’il tombe parfois à plat, l’humour noir de l’épisode éclaire les dures réalités de la vie avec cynisme et dynamisme. L’histoire se décentre de Buffy et du Scooby Gang à de rares occasions. 

Dans cet épisode, la souffrance de Buffy et son ennui se mêlent à des questionnements sur le travail, sur la place de l’humain dans une entreprise ingrate comme que celles de la restauration rapide, aussi bien que des questions sur l’éthique alimentaire et, en substance, la condition animale. 

 

photo, Sarah Michelle Gellar... et les frites du jeudi 

 

SANS ISSUE (SAISON 6 ÉPISODE 14)

ÇA RACONTE QUOI : Sixième saison, cinquième épisode abordant et gâchant l’anniversaire de Buffy, Sans Issue est avant tout l’épisode qui révèle la kleptomanie de Dawn, son terrible mal-être et le sentiment d’incompréhension qui la submerge. 

Bien trop puissante pour elle, la tempête de ses sentiments ne se fait entendre que par un démon, qui jettera une malédiction sur ses proches, les empêchant de quitter la maison pendant la soirée d’anniversaire de Buffy. Et les forçant à faire face à leurs secrets, leurs problèmes et leurs ingérences. 

DES JUGES TROP DIFFICILES... Malheureusement l’épisode n’est pas toujours jugé à sa juste valeur (notamment par Critically Touched). Pour certains la figure du démon vengeur est mal exploitée et pour d’autre l’écriture du personnage de Dawn y est trop minimaliste et manque cruellement de rigueur. 

 

photo, Michelle TrachtenbergObligé de se parler... ils allument la télé 

 

... POUR UN ÉPISODE POIGNANT : Huis clos extrêmement efficace, Sans issue force les personnages principaux à passer du temps ensemble alors qu’ils sont tous en proie à leur démons les plus sales - tout l’intérêt de cette sixième saison réside dans sa noirceur. 

Au milieu d’eux, Dawn doit faire le deuil de sa vie d’avant et de son statut de petite protégée. Derrière certaines maladresses, se cache en réalité la crise profonde que traverse son personnage, tout le sentiment d’abandon qu’elle essaie de masquer avec des menus larcins et des crises adolescentes. 

Mais contrairement à « l’attitude de sale gosse » qu’a évoqué la presse à l’époque de la sortie de l’épisode, le comportement de Dawn est véritablement déchirant et laisse découvrir toute la détresse dans laquelle se trouve le personnage. À peine remise des évènements de la saison passée (mort de sa mère, son statut de clef et enfin, le sacrifice de sa sœur), elle est la grande oubliée de cette nouvelle saison. Willow trop aux prises avec son addiction à la magie, Alex avec ses problèmes de couples, Spike avec son amour destructeur pour Buffy, et Buffy avec ses responsabilités et  ses envies d’autodestruction… 

  

photo, James MarstersLe seul qui est un tant soit peu à l'écoute ? 

 

À LA DÉRIVE (SAISON 6 ÉPISODE 17)

ÇA RACONTE QUOI : Si ce n’est pas la mort de l’imaginaire qui se trame dans cet épisode, c’est au moins la fin définitive de l’enfance pour Buffy. Piquée par un sale démon, elle semble alors ouvrir les yeux sur la vérité : elle est depuis des années dans un hôpital psychiatrique, en prise avec un délire schizophrénique qui a créé ce fantasme de Tueuse au destin incroyable, où elle se réfugie pour échapper à sa maladie et sa vie. Et le seul moyen de se soigner est de tuer tous ses amis imaginaires pour anéantir cette fausse réalité

Presque trop séduite par cette autre réalité, celle de l’hôpital psychiatrique et de ses parents vivants et aimants, Buffy réussit à se reprendre à temps… et laisse le spectateur décider de son sort.

 

photo, Sarah Michelle Gellar, Buffy contre les vampires saison 6Quand la réalité est trop douloureuse pour être acceptée 

 

IL EST TEMPS D'EN PARLER PLUS :  Comme Cauchemar, il fait partie des épisodes très aimés et souvent cités certes, mais qui mérite de l'être encore plus vu ses qualités. Parce que c’est l’un des plus forts, audacieux et dramatiques de toute la série.

Très souvent jugé excellent (17e pour les spectateurs d’après un sondage Syfy de 2012 par exemple), il a été aussitôt remarqué par les critiques, comme Critically Touched :

« Un épisode qui arrive à prendre pour point de départ une convention scénaristique éculée et à la transformer en chef-d'œuvre de travail sur les personnages ». 

Certains se sont peut-être sentis trahis par cet épisode qui renverse toutes la réalité de Buffy contre les vampires. Mais on a quand même du mal à se ranger derrière la BBC et ses critiques. 

« Un bon postulat de départ ruiné par une surcharge d'angoisse et de mélodrame […]. Des dialogues stéréotypés et une réalisation assez plate ».

 

photo, Sarah Michelle Gellar, Kristine SutherlandRêve éveillé 

 

LA MÉTA FICTION SE FAIT ART : Cet épisode est extraordinaire en ce qu’il remet en cause toute la mythologie de la série, laissant le téléspectateur envisager l’idée selon laquelle Buffy serait effectivement enfermée dans un asile psychiatrique depuis le début de la série, et aurait fantasmé toutes ses aventures.

Naturellement tenté de ne pas croire à cette thèse, le spectateur en est le véritable ennemi. Il refuse d'y croire, refuse de l'accepter, et en vient à une véritable profession de foi. Mais tout l’enjeu de l’épisode réside dans la capacité du scénariste et du réalisateur à rendre probable cette folie. C’est sans se précipiter que cette hypothèse passe de l’impossible à l’envisageable. La rationalité vient contrecarrer l’imagination et oppose l’univers froid d’un hôpital à la chaleur de la fiction, aussi noire soit-elle devenue.

Entre ces deux mondes, Buffy n’est plus que l’ombre d’elle-même et se montre d’une cruauté perturbante à l’égard de Dawn et ses amis. D'abord parce qu’elle envisage réellement l’impossible (les abandonner à leur sort car ils ne sont pas réels) ; ensuite parce que, dans la « soit-disant » réalité, Dawn n’existe même pas… Ses peurs et son sentiment d’insécurité sont plus exacerbés que jamais. 

 

photo, Sarah Michelle GellarNe reste plus que les murs blancs aseptisés de l'hôpital

commentaires

Chris
12/01/2020 à 11:57

En voilà une chouette idée d'article !

Révélations est effectivement un épisode pivot dans Buffy, il marque le décrochage de Faith du reste du groupe, ce qui n'est pas rien tout de même ! Cet épisode a certes un petit côté série B voire Z, mais personnellement je trouve que ça fait aussi son charme. Il est clairement indispensable pour bien saisir le reste de la saison, son importance est donc capitale.

Intolérance : je le trouve très bien cet épisode, son idée de base est très pertinente (quasi visionnaire je dirais même) et plutôt bien traitée. Il n'est certes ni parfait ni extraordinaire mais il se regarde sans déplaisir. Perso j'aime beaucoup le côté monster of the week, je ne comprends pas le dédain souvent affiché devant cette formule. Des épisodes plus light, c'est chouette aussi et ça donne du rythme à une série. Perso j'ai horreur de ces séries hyper premier degré où tout se veut hyper sérieux, c'est lourdingue à force.

Cohabitation Difficile / Breuvage du Diable / Le Mariage de Buffy : trois de mes épisodes préférés, personnellement ! Ils sont très drôles. La caricature a aussi du bon, on peut aussi se passer de branlette intellectuelle de temps en temps et rire un bon coup.

Cauchemar / À La Dérive n'ont pas leur place dans cet article, ils font déjà partie des épisodes les plus universellement acclamés, il me semble...

La Faille est un épisode nécessaire pour appréhender le mythos de la série, mais un des plus faibles de la saison 5 pour moi.

Fast Food : encore un des épisodes les plus drôles, une bouffée d'air frais dans cette saison 6 excellente mais très dépressive !

Sans Issue est effectivement très poignant une fois qu'on oublie à quel point Dawn est un personnage horripilant et qu'on la considère comme si c'était un être humain, lol. Un bel épisode sur l'angoisse d'abandon qui résonne juste lorsque c'est quelque chose que l'on connaît personnellement.

Par rapport à Meilleurs Vœux de Cordelia, cité en commentaires : c'est sans doute l'épisode que j'ai le plus regardé, l'univers alternatif qui y est présenté est tellement fascinant.

Chris11
27/12/2019 à 20:01

@bricecmoi : "Meilleurs Voeux de Cordélia (Saison 3), avec son univers parallèle horrifique"

Je confirme, pour moi aussi cet épisode est un des plus marquants de toute la série, où les héros sont totalement bousculés et transformés. La bataille finale et cette musique qui monte...

Leelo
27/12/2019 à 01:41

Superbe série à ne pas rater

Akiya
27/12/2019 à 01:23

Merci pour ce super article... Buffy est ma série préférée depuis 20 ans...depuis qu'elle est sortie, alors que j'étais ado, je l'aimais déjà énormément et plus je l'ai revisionné plus je l'ai aimé... Jusqu'à aujourd'hui où elle est incontestablement ma série numéro 1... cet article me donne d'ailleurs envie, comme à beaucoup d'autres, de la revoir entièrement une énième fois ???? !

Flappy
26/12/2019 à 14:49

Série beaucoup trop sous estimée. Merci de la remettre en avant.

Cindy89
26/12/2019 à 13:09

Oh oui j'adore Buffy c'est pas pour rien que c'est ma série préférée depuis 17 ans cet article m'a d'ailleurs donné envie de regarder à nouveau les 7 saisons ????????????

Van
26/12/2019 à 11:25

Très bon article.
Merci

bricecmoi
26/12/2019 à 11:18

Super article !

Nombreux sont les épisodes à m’avoir marqué pour leurs trouvailles, thèmes, concepts, et qui ont été un peu oubliés ...

Le Bal de Sadie Hawkins (Saison 2) et son final déchirant
Les Hommes Poissons (Saison 2) et la scène culte des vestiaires
Meilleurs Voeux de Cordélia (Saison 3), avec son univers parallèle horrifique
Les 2 Visages (Saison 3), un vrai bijou comique
Magie Noire (Saison 5) et le 1er pétage de câble de Willow
Esclave des Sens (Saison 6) où la descente aux enfers de Buffy n’a jamais été aussi bien illustrée ...

Bref, il y en a tellement ... Je vais me refaire l’intégrale teh !

votre commentaire