La Casa de papel : Tarantino, Ocean's Eleven... sans eux, la série de braquage Netflix n'existerait pas

Alexandre Janowiak | 2 août 2019
Alexandre Janowiak | 2 août 2019

 La Casa de papel a enchanté le public international fin 2017 avec sa sortie sur Netflix avant de devenir un phénomène planétaire grâce à une campagne marketing rondement menée et aussi une intrigue simple, percutante et proche de ses spectateurs. Cependant le récit concocté par Álex Pina ne serait rien sans les multiples références chez qui il a pioché son inspiration.

On revient rapidement sur les films et les séries sans lequels La Casa de papel n'existerait sans doute pas.

ATTENTION SPOILERS EVIDEMMENT !

 

 

LA TRILOGIE OCEAN'S

C'est la première référence évidente de La Casa de papel : la trilogie Ocean's de Steven Soderbergh elle-même inspiré de L'Inconnu de Las Vegas il ne faut pas l'oublier.

Dans Ocean's Eleven, Danny Ocean incarné par George Clooney forme une équipe de dix malfaiteurs pour braquer trois casinos de Las Vegas. Chaque membre choisi est spécialiste dans un domaine très précis : la sécurité, les explosifs, l'informatique, la fausse-identité... Un processus qu'il remettra en place pour voler autres choses que des casinos dans Ocean's Twelve et Ocean's Thirteen.

Avec La Casa de papel, le Profesor procède à la même minutie pour son casse en recrutant huit personnes cette fois : Tokyo et Berlin sont des experts du braquage, Rio est un génie de l'informatique, Nairobi est une pro de la contrefaçon, les frères Helsiniki et Oslo sont adeptes des armes lourdes en tant qu'anciens soldats, enfin Moscou est spécialiste en forage et Denver, un criminel aguerri.

De plus, le coup est largement planifié en amont du braquage dans une maison isolée pour les deux oeuvres, qui ont également un goût certains pour les twists.

 

Photo George Clooney, Brad Pitt, Elliott Gould, Don Cheadle, Matt DamonUn groupe très bien organisé

 

INSIDE MAN

Le film de Spike Lee porté par Denzel Washington et Clive Owen est sans aucun doute une référence pour Álex Pina.

La plupart des méthodes utilisées par les braqueurs de la série espagnole sont très proches de celle de l'équipe formée par Dalton Russell : une combinaison identique pour les braqueurs et les otages, un masque (ici un foulard), usage d'armes factices, les négociations avec la police, les tentatives de chaque camp de prendre le dessus avec des mouchards, des fausses bandes-sons...

 

photoUne tenue et une situation très similaire

 

V POUR VENDETTA

Dans les Parties 1 et 2, V pour vendetta semblait être une référence évidente à cause des masques portés par les braqueurs et les otages, assez proches de celui de V. Cependant, l'idée des masques est un quasi indispensable des films de braquages de L'Ultime Razzia de Stanley Kubrick au Heat de Michael Mann en passant par Point Break - Extrême limite de Kathryn BigelowThe Town de Ben Affleck ou The Dark Knight de Christopher Nolan

L'influence de V pour vendetta prend une ampleur considérable avec la Partie 3 puisque la série devient véritablement anarchique et l'équipe du Profesor devient le symbole de la Resistencia. Dans la même lignée, l'intervention vidéo du Profesor dans les rues madrilènes n'est pas sans rappeler les actions du groupe Anonymous qui porte le masque de... V pour Vendetta.

 

Photo Guy FawkesL'amour des masques et de l'anarchie

 

PRISON BREAK et 24 HEURES CHRONO

Les deux séries de la Fox ont marqué plusieurs générations au début des années 2000 avec Prison Break et 24 heures chrono, et il semblerait qu'elles aient marqué également l'imagination de Álex Pina.

La première est clairement une référence du créateur de La Casa de papel en terme de tempo et de narration, et Michael Scofield est une inspiration évidente pour le personnage du Profesor : de son intelligence à sa passion pour les origamis. La seconde est un moteur aussi pour le rythme et la dynamique de la série quand les indications temporelles proposées à quelques reprises dans La Casa de papel rappellent évidemment le compte à rebours du show porté par Kiefer Sutherland.

 

Photo Wentworth MillerLe Profesor reviendra-t-il d'entre les morts lui aussi dans 15 ans pour le reboot de Casa de Papel ?

 

LEON

C'est le créateur de la série lui-même qui l'a confié en interview alors que les spectateurs l'avaient déjà devinés d'eux-mêmes : le look de Tokyo, incarnée par Úrsula Corberó, fait référence à Mathilda dans Leon de Luc Besson.

De sa coupe de cheveux à son style vestimentaire évidemment, mais au-delà également. En effet, à l'image de l'héroïne Bessonienne, Tokyo a eu une vie très compliquée. Elle connait le monde du crime depuis ses 14 ans (contre 12 pour Mathilda) et n'a rien à perdre dans la vie, n'ayant plus aucun proche dans la vie : son petit-ami est mort dans une fusillade et elle ne parle plus à sa mère quand Mathilda a perdu sa famille et voit son mentor Leon mourir à la fin du film, la laissant seule.

 

Tokyo vs MathildaUne légère ressemblance stylistique

 

RESERVOIR DOGS ET TARANTINO

Encore une fois, Álex Pina l'a avoué en personne : Quentin Tarantino et son cinéma a été une grande inspiration pour La Casa de papel.

A l'image, on reconnait sans nul doute les similarités entre l'univers de Tarantino et la série. Une des plus évidentes se déroulent dans la Partie 1 de La Casa de papel lors d'une discussion arme à la main pointée sur les autres interlocuteurs (visible ci-dessous). Un passage qui pastiche allégrement la fusillade finale de Reservoir Dogs où chaque membre des cambrioleurs se questionne sur l'identité de la taupe.

Au-delà, la patte Tarantino se reconnait également dans la manière qu'à la série de mettre en place de longues discussions qui finissent par exploser dans un déluge de balles (la fusillade de l'épisode 3 de la Partie 3). La narration pas toujours linéaire de La Casa de papel est aussi une marque très tarantinesque tout comme les flashbacks abondamment utilisés dans Reservoir Dogs, Jackie BrownLes 8 SalopardsOnce Upon a Time... in Hollywood entre autres.

 

 

BREAKING BAD

Cette ultime référence est moins basée sur la forme que sur le fond de la série. Invoquée par Álex Pina encore, la série de Vince Gilligan jouait admirablement bien sur la notion de Bien et de Mal, et l'évolution de ses personnages tout au long des épisodes. Dans La Casa de papel, avec plus ou moins de maestria et subtilité, on sent qu'Alex Pina veut également étudier cette notion.

Avec des motivations plus que douteuses pour ce casse, les différents braqueurs se révèlent au fil des épisodes, devenant attachants ou détestables en fonction de leur développement. La série s'amuse d'ailleurs à questionner le spectateur sur l'affect qu'il peut porter à l'équipe du Profesor. Après tout, est-il bien de soutenir des braqueurs dans leur démarche ? Veulent-ils vraiment faire le Bien en commettant cette action ? Le Mal est-il un bon moyen de faire le Bien ?

Une réflexion qui rappelle évidemment celle des spectateurs face aux agissements de Heisenberg, inoubliable Bryan Cranston dans Breaking Bad.

 

Photo Bryan CranstonWalter White, un personnage qui tourne Mal

commentaires

SarahJeanne
11/08/2019 à 00:37

Vous avez oublié le passage de Reservoir Dogs où les membres doivent se trouver des noms et que Joe, le chef du projet équivalent del Profesor, les appelle par des couleurs et leur dit de ne surtout pas révéler leur vrai nom et autres infos entre eux...

KibuK
02/08/2019 à 18:51

Ce qui est marrant avec votre titre, c'est que Tarantino lui-même n'existerait pas sans d'autres films. Ocean's Eleven, est un remake. Quant à Léon, Besson a pioché dans bon nombres de films (ex: le Silence de agneaux pour la scène d'évasion...)
Donc bon.
La casa de papel, c'est pas terrible si on regarde au 1er degré, même au 2e, mais au 20e, ça va.
Et puis il y a "Berlin" et "Bella Ciao" donc plaisir coupable pour ça.

J'aime pas trop les voleurs
02/08/2019 à 12:43

Pour le Inside Man de Spike Lee, je pense qu'au delà de "référence" on peut carrément passer à la case "plagiat". Il y a bien plus de similitudes que celles que vous relevez, notamment du coté de la structure du récit.
Mais bon, pour faire court, c'est la même chose en plus long et en moins bien quoi

votre commentaire