Fleabag : cinq raisons de regarder la série tragi-comique, dépressive et féministe disponible sur Amazon

Alexandre Janowiak | 11 juin 2019 - MAJ : 12/06/2019 10:15
Alexandre Janowiak | 11 juin 2019 - MAJ : 12/06/2019 10:15

Canal + vient de lancer une nouvelle série : Mouche avec Camille Cottin. C'est un remake français de la série britannique Fleabag créée, scénarisée et jouée par la touche-à-tout Phoebe Waller-Bridge. La saison 2 de la série originelle est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 17 mai dernier. On vous explique pourquoi il ne faut pas rater l'intégralité de la série en cinq points.

 

 

PHOEBE WALLER BRIDGE

Avant toute chose possible et inimaginable, il y a une seule et bonne raison de regarder Fleabag : Phoebe Waller-Bridge. Créatrice, scénariste et interprète du personnage principal (à savoir Fleabag donc), Phoebe Waller-Bridge est incroyable devant la caméra.

La série BBC est une série comique qui joue énormément avec le 4e mur, et ce sont bien évidemment grâce aux gestes, regards, sourires, clins d'oeil et phrasé du personnage de Fleabag que toutes les émotions passent à travers l'écran. Des émotions qui n'existeraient pas sans le talent brut de l'actrice britannique de 33 ans.

À voir Phoebe Waller-Bridge dans les 12 épisodes de Fleabag, la comédienne sait clairement jouer n'importe quelle partition, nous faisant passer du rire aux larmes en quelques secondes et son acting naturel donnant un ton réellement authentique à la série.

 

photo, Fleabag"Et toi t'en penses quoi ?"

 

C'EST AUTHENTIQUE ET BIEN ÉCRIT

En effet, encore une fois, si Phoebe Waller-Bridge porte de bout en bout la série grâce à son sublime talent d'actrice, c'est bien évidemment l'histoire qu'elle raconte (et qu'elle a scénarisée elle-même) qui élève la série.

Fleabag est une série extrêmement riche qui ouvre nombre de thématiques avec brio et malice. Qu'il s'agisse du deuil (d'un parent,d'un avortement, d'un suicide), de masturbation (féminine surtout), de célibat, de famille (recomposée ou décomposée c'est selon), d'amour (naissant, mort-né, mourant), d'art... tous les sujets abordés recèlent d'une vraie précision dans l'écriture (la scène du dîner d'ouverture de la saison 2 est un véritable bijou) et développent des problématiques très actuelles.

 

Photo Phoebe Waller-BridgeUne remise en question perpétuelle dans un monde qui se renferme de plus en plus

 

Les plus brûlantes sont bien évidemment celles qui concernent les femmes. Là où la masturbation féminine a souvent été tabou dans la société (tristement), elle est ici pleinement assumée et revendiquée dans Fleabag. Mieux, elle n'est pas uniquement utilisée à des fins comiques comme celle masculine en général dans le cinéma moderne.

Foncièrement féministe, la série britannique met la femme au centre de son questionnement et défend très justement sa place dans la société d'aujourd'hui. Elle dénonce bien des maux vécus par les Femmes, qu'il s'agisse de la charge mentale, de la douleur quotidienne, de la discrimination à l'embauche, des préjugés sociaux, du consentement...

En choisissant de montrer tout ceci à travers la vie d'une femme "normale" (en laquelle chaque femme peut se reconnaître sur certains points), la série caricature rarement le monde qui l'entoure et propose ainsi une vision juste et moderne du monde. 

 

Photo Sian Clifford, Olivia Colman, Phoebe Waller-BridgeSian Clifford, Olivia Colman et Phoebe Waller-Bridge

 

C'EST EXTRÊMEMENT DRÔLE...

Évidemment, Fleabag, au coeur de ses deux saisons, parle de sujets graves et souvent dépressifs. Entre la perte de sa meilleure amie, ses erreurs personnelles et la situation familiale compliquée dans laquelle est plongée Fleabag, le personnage incarné par Phoebe Waller-Bridge est loin de couler des jours heureux.

Cependant, grâce à des situations burlesques quotidiennes (cette rame de métro folle, les sextos), tout simplement comiques (des dents trop longues, le sexe anal, l'art contemporain, la vulgarité d'un prêtre) ou un comique de répétition savamment dosés (ce running-gag à l'enterrement dans la saison 2, ces coïncidences divines), Fleabag réussit à nous faire sourire ou exploser de rire.

Beaucoup des rires provoqués par la série passent aussi par l'utilisation du quatrième mur (ce procédé où un personnage s'adresse directement au spectateur). Toute la scène d'ouverture de la série en est le meilleur exemple.

 

photo, FleabagCette rame de métro folle prophétique

 

... ET INTELLIGEMMENT MIS EN SCÈNE

Au fur et à mesure de l'avancée du récit et de son humeur, la caméra est d'abord un outil de confidence pour Fleabag qui s'ouvre au spectateur. Ce dernier subit les mouvements et ne peut pas faire autrement que de regarder ce que veut bien lui montrer le personnage principal. Puis, la caméra va devenir un élément perturbateur pour le personnage lorsque les spectateurs apprennent la vérité sur un élément de la saison 1. À ce moment-là, Fleabag essaiera de fuir l'objectif en vain évidemment, l'obligeant donc à affronter ses erreurs. 

 

Photo Phoebe Waller-BridgeCe quatrième mur brisé, une idée ingénieuse et jamais ennuyeuse dans Fleabag

 

Dans la saison 2, le même procédé sera mis en place lorsque d'une séquence tabou où Fleabag poussera l'angle de la caméra vers le sol pour empêcher le spectateur de voir ce qu'elle a provoqué. Une nouvelle fois, cela surligne le fait qu'elle n'assume pas ses actes et qu'elle refuse que le spectateur (seule personne à la comprendre réellement puisqu'omniscient) puisse la voir agir ainsi.

La technique narrative est aussi usée de manière comique tout au long de la série. Le plus marquant et plus original restera bien évidemment la découverte du prêtre lors de la saison 2. Un moyen encore une fois judicieux de mêler le fond à la forme pour faire passer des messages importants aux personnages (et au spectateur).

 

photo, FleabagPossible qu'on la juge un peu

 

IL Y A UN CASTING DE DINGUE

Pour terminer en beauté sur Fleabag, on ne va pas rappeler à quel point Phoebe Waller-Bridge est une actrice talentueuse, normalement vous l'avez sans doute bien compris depuis le temps. En revanche, on va s'attarder très rapidement sur l'excellent casting qui l'entoure, du moins le principal puisqu'il y aussi des guests comme Kristin Scott Thomas.

Fleabag est le plus souvent entourée de sa soeur Claire, un personnage parfaitement incarné avec discrétion et retenue par la très bonne Sian Clifford, peu connue, mais qui a sûrement un bel avenir devant elle.

 

Photo Andrew ScottAndrew Scott impérial

 

Au coeur de la saison 2, on note aussi la présence (charismatique) de l'incroyable Andrew Scott. L'acteur irlandais avait cassé la baraque dans la peau de Moriarty avec la série Sherlock, ici il s'ouvre d'autres portes (plus comiques) et confirme qu'il est une des valeurs montantes de ces dernières années. Son rôle dans le film de guerre de Sam Mendes1917, devrait enfin lui permettre de gagner un vrai statut à Hollywood.

Enfin, comment ne pas citer Olivia Colman dans la peau de cette belle-mère manipulatrice et acariâtre ? Après son Oscar pour La Favorite, on ne se lasse plus de la Britannique, naturelle autant à l'écran que dans la vraie vie (son discours de remerciement en février dernier était proprement hilarant). Autant dire qu'ici, Colman est encore excellente. Ça nous donne envie d'une seule chose, la découvrir très vite dans la peau d'Élisabeth II dans la nouvelle saison de The Crown.

Les deux saisons de Fleabag sont disponibles en intégralité sur Amazon Prime Vidéo en France.

 

Affiche

commentaires

Jojo
12/06/2019 à 11:25

Excellente série et Phoebe Waller-Bridge est magistral !

Geoffrey Crété - Rédaction
12/06/2019 à 10:36

@Tonytouch

Trop noire, trop hip hop ?
...

Non, juste trop de séries et pas assez de temps/de ressources. Il y a en des dizaines à traiter et notre petite équipe fait de son mieux, et doit forcément faire des choix, malheureusement. On a vu Insecure, mais pas pu traiter ça jusque là :)

Tonytouch
12/06/2019 à 10:18

Excellent série en effet.
@la rédaction : peut être serait il le moment de faire une critique sur Insecure..
A moins de l'avoir loupé,
Dommage car elle est aussi bien que Fleabag, peut être trop noire, trop hip hop ?
Les deux actrices montrent deux facettes de femmes qui se cherchent dans leurs quotidiens...

Hank Hulé
12/06/2019 à 09:02

Excellent en effet : seul regret, trop court !

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