Better Things : la série de et avec Pamela Adlon, toujours aussi drôlement belle et étonnante

Geoffrey Crété | 1 juin 2019
Geoffrey Crété | 1 juin 2019

Pourquoi Better Things est une excellente série, et Pamela Adlon, une actrice, scénariste et réalisatrice très talentueuse.

Pour beaucoup, elle est la Marcy déglinguée de Californication. Pour d'autres, elle est surtout l'acolyte de Louis C.K., productrice et actrice dans Louie. Mais Pamela Adlon, vue récemment dans Bumblebee, merite plus que ça, et elle l'a cherchée puis gagnée en créant sa propre série, Better Things.

Comme Louie, Better Things est un savant et casse-gueule mélange entre fiction et réalité, où le rire de joie le dispute au rire jaune. La fin de la saison 3, diffusée sur Canal+ en France, rappelle que Pamela Adlon est une actrice, réalisatrice et scénariste géniale.

 

 

LOUIS CASSÉ

La saison 3 de Better Things n'est pas comme les autres. En novembre 2017, alors que la saison 2 se termine aux Etats-Unis et que la flamme du mouvement MeToo embrase Hollywood, Louis C.K. est mis à jour. Accusé d'exhibitionnisme et reconnaissant très vite les faits, le comédien chute : la sortie de son film I Love You, Daddy est annulée, et la chaîne FX et Netflix mettent un terme à leur collaboration avec lui. Sa (superbe) série Louie est ainsi enterrée, et Better Things perd son co-créateur.

Une situation périlleuse, de laquelle s'est sortie Pamela Adlon avec la même énergie que son alter ego à l'écran. Co-créatrice, actrice, scénariste et réalisatrice de la série, elle vire son manager Dave Becky, qui a reconnu avoir aidé à cacher le comportement scandaleux de son client Louis C.K. Elle renouvelle l'équipe de scénaristes, et repart à l'aventure. Elle était terrifiée bien sûr, et n'a pas caché que tout s'est écroulé pour l'équipe et elle. Mais elle a repris les manettes.

La troisième saison a donc ce goût de nouveaux horizons ouverts, et d'émancipation pour Pamela Adlon, acolyte de Louis C.K. depuis 10 ans, de sa sitcom Lucky Louie à Louie, passant de simple actrice à scénariste puis productrice. En perdant sa béquille, elle aurait pu vaciller. Mais au contraire, elle a confirmé sa position.

 

photo, Louis C.K., LouieLouis C.K. et Pamela Adlon

 

BETTER PAM

Ce qui définit Better Things, qui sinon se détourne avec entrain des codes classiques de narration des séries, c'est ce charmant mélange entre la douceur de son personnage, et son allure de grande gueule destructrice. D'un côté, Sam est constamment en déséquilibre, toujours prête à mettre le doigt sur un point sensible, et à exprimer le malaise que les conventions sociales incitent à taire. Avec sa voix rocailleuse, son énergie de clown endormi, son franc-parler et son cynisme, elle est une tornade.

De l'autre, cette mère célibataire est un bisounours. Elle répond avec sympathie au redneck qui la prend pour une pute sur le parking d'un motel, préférant la curiosité et l'autodérision, à l'agressivité. Sam est capable de rentrer dans le lard d'une mère insupportable à l'école, mais cuisine pour les pompiers et s'excuse de les déranger. C'est une justicière ordinaire, profondément imparfaite, aussi attendrissante que ridicule. Et c'est une montagne de paradoxes d'autant plus touchante qu'elle est fragile.

 

photo, Pamela AdlonMother of the year

 

La ligne tracée entre les bonnes et mauvaises choses est fine (d'où le "better things" comme titre et destination vague), et Pamela Adlon avance toujours en équilibre dessus. C'est une mère investie, entièrement dédiée à ses filles qu'elle protège comme une lionne.

Mais c'est aussi une femme fatiguée, qui pose sur sa progénitude un regard désabusé, blasé, n'hésitant pas à réagir avec une légèreté souvent irrésistible. Qu'une dispute sur un parking soit réglée avec un torrent d'insultes odieux qu'elle encourage, ou qu'une simple question donne lieu à une confession cynique sur son état de détresse, en dit long sur le rapport qu'a la créatrice et actrice à la maternité. Après tout, Pamela a trois filles, tout comme son alter ego Sam.

Ce personnage est formidable dans ses paradoxes (sa fragilité immense côté intime, dans son rapport au corps et à la sexualité, comme en témoigne l'épisode 6), ses coups de gueule (sa soif de justice sur le plateau de la série B avec des monstres), ses accès de lâcheté (avec son psy amoureux ou cette lesbienne charmée), ses moments de lucidité comme de mauvaise foi. Et Pamela Adlon l'interprète avec une légèreté et une justesse irrésistibles.

 photo, Better Things Family portrait

 

IN THE MOOD FOR PAM

Better Things préférant suivre les humeurs de la famille et les aléas de la vie pour ressembler à une sorte de cadavre exquis d'épisode en épisode, la mise en scène dicte les choses. C'est moins l'intrigue que l'histoire qui prime, les personnages étant constamment le centre de l'attention. La série se décline ainsi sous une suite de parenthèses plus ou moins longues, décalées, étirées et inattendues - d'un ours à Sharon Stone en guest discrète.

A l'instar de Sam Esmail sur Mr. RobotPamela Adlon a pris le contrôle de la caméra dès la saison 2 . Réalisatrice de deux épisodes sur la première, l'actrice les signe tous depuis la deuxième année. Un élément qui permet de saisir la cohérence de l'ensemble, et la sincérité qui occupe tous les recoins de l'image, des décors et des personnages.

Et si Better Things n'a pas encore eu de grand épisode comme Louie (pensée pour ceux autour de Parker Posey, dont le magnifique et terrible Louie et sa nouvelle amie Partie 2), série-mère où elle a certainement puisé son énergie et sa liberté, le soin apporté à bon nombre de scènes finit de charmer. La fin de l'épisode 10, entre sandwich aux cendres, confrontration avec un animal sauvage et enterrement aux toilettes, en est l'une des plus belles illustrations cette année. Moins ostentatoire que le numéro sur Christine and the Queens de la saison 2, mais plus organique, touchant et joli.

 

photo, Pamela Adlon, Sharon Stone Visite surprise de Sharon Stone, ramenée sur Terre

 

Better Things, c'est donc avant tout Pamela Adlon, l'actrice, la réalisatrice, la scénariste. C'est son énergie décalée qui donne le la, et emporte toute la bande (fantastique bande interprétée par Mikey MadisonOlivia EdwardHannah Alligood et l'irrésistible Celia Imrie). C'est une série qui déborde de tous les côtés, et donne constamment la sensation d'ouvrir un monde entier, rempli de vie et de personnages hauts en couleur.

D'une coloscopie à la vodka à une crise sur la ménopause, en passant par le coup de cœur pour des toilettes haut de gamme, c'est aussi une série très drôle, qui n'oublie jamais sa part d'humanité, et n'abîme jamais ses personnages pour un éclat de rire. Bref, c'est un petit bijou, discret mais précieux.

Better Things saison 3 a été diffusée sur Canal+ 

 

Affiche

commentaires

tom's
03/06/2019 à 01:21

Fan intégriste de Sharon stone capable du meilleur comme du pire (sa caricature) bien dirigé elle est entouré d'un halo de lumière lol non mais cette présence solaire qui émane d'elle,depuis Mosaic ca va mieux, apparition dans Better Things, sera dans la prochaine saison de The Young Pope,et au casting de Ratched la série Netflix de Ryan Murphy inspiré par "Vol au dessus d'un nid de coucous" ca me fait plaisir pour elle ce monstre de charisme sans équivalents toujours.

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