Charlie monte le son : 5 raisons de baisser le volume d'Idris Elba sur Netflix

Simon Riaux | 2 avril 2019 - MAJ : 02/04/2019 19:30
Simon Riaux | 2 avril 2019 - MAJ : 02/04/2019 19:30

Idris Elba a une série sur Netflix, ça s'appelle Charlie, monte le son, et ça fait mal au coeur.

Idris Elba est une sorte de miracle. Bulldozer de charisme qui a peu à peu grimpé sur les radars, grâce à Sur écouteLutherPacific Rim ou encore Beasts of No Nation, il a ces dernières années enchaînés les faux pas, avec du nanar comme Bastille Day, de la superproduction boursouflée comme La Tour Sombre ou dispensable comme Star Trek Sans limites.

L’acteur aurait pu perdre l'amour du grand public. Et pourtant, armé de son talent, de son charisme et d’une énergie impressionnante, il demeure un artiste immensément populaire, que le public rêve de voir dans des rôles à sa mesure, comme en témoigne l’excitation autour du rôle fantasmatique de James Bond, que certains rêvent de lui voir attribué.

 

 

Du coup, on ne s’étonne pas de voir le comédien, également DJ et scénariste, s'efforcer de se tailler des rôles à sa mesure et s’allier à Gary Reich pour écrire, produire et interpréter une proposition originale hébergée par Netflix, sur laquelle il aura la main, et qui puisse lui servir dignement de véhicule.

Voici donc venir Charlie monte le son, comédie de huit épisodes consacrée aux mésaventures d’une ancienne gloire de la techno tentant un ultime comeback, tout en assurant le rôle de baby-sitter de luxe auprès d’un ami d’enfance aspirant roi d'Hollywood, le tout en répandant le contenu de ses gonades dans de nombreuses figurantes.

Voici 5 raisons de trouver Charlie monte le son très dispensable.

 

photo, Piper Perabo, Idris Elba Un récit aux airs de gueule de bois

 

BORDEL, DE QUOI ÇA PARLE ?

La série voudrait aborder autant un autoportrait de l’artiste en déshérence, qu’un récit fun de relation adulte/enfant tout droit sorti d’un vieux tiroir des années 90, tout en abordant le métissage culturel britannique. En effet, après avoir créé et écrit In the Long Run, qui abordait frontalement la question de ses racines sierra-leonaises, Idris Elba passe ici un certain temps à disséquer la communauté nigériane de Londres.

 

photo, Idris Elba Idris Elba

 

Mais la série veut aussi causer parentalité. Tout en moquant les tropismes des stars hollywoodiennes. Sans oublier de caricaturer le milieu de la musique. Pour mieux s’intéresser à la question de l’accomplissement personnel. Quitte à offrir au passage à son auteur et acteur une comédie romantique digne de ce nom.

Bref, Charlie monte le son ne sait jamais où donner de la tête, et croule en permanence sous une multitude d’ambitions que les épisodes gèrent atrocement mal. En l’état, toutes les grosses ficelles d’écriture de la comédie feel good des années 90 sont convoquées, générant un sentiment de péremption évident, plus qu’une quelconque forme de nostalgie.

Pire, la durée restreinte de chaque segment et l'écriture pas franchement subtile amènent ces différents thèmes à se chevaucher de manière abrupte et rarement organique, comme si plusieurs intervenants tentaient de tirer la couverture à eux, sans jamais être capables de s'entendre.

 

photo, Piper Perabo, Idris Elba Idris Elba et Piper Perabo

 

POURQUOI TOUS LES PERSONNAGES SONT SI DÉPLAISANTS ?

Le rire peut être grinçant, l’humour peut être cruel. Une satire de la réussite et du milieu de la musique électronique avait bien sûr des munitions à tirer, mais pour croquer ses protagonistes, encore faut-il savoir où on souhaite se situer.

En permanence, la volonté de livrer une comédie bon enfant dans laquelle un gros nounours fait mumuse avec une adorable ado vient se heurter à une caractérisation des personnages oscillant entre l’infâme, l’inconsistant et l’odieux. L'équilibre entre la tendresse et la moquerie s'avère des plus délicats à trouver, et quasiment aucun protagoniste ne bénéficie d'un équilibre lui permettant de s'attirer la sympathie du public.

Tous les humains qui entourent Charlie mériteraient de passer des vacances dans un broyeur à viande. Sara (trop rare Piper Perabo), la super DJ, est une insensible hypocrite, que le scénario ne daignera sauver que pour s’autoriser une sous-intrigue romantique de derrière les fagots écrite avec les pieds.

 

photoDrame de l'éducation

 

David, lui, est doté d'un charisme de supermarché. Astrid est un cauchemar de snobisme décalqué de la Samantha de Sex and the city. Del est un comic relief si épais que chacune de ses apparitions provoque une gêne embarrassante. Et Hunter est un personnage d’enfant passablement lourdingue.

Même les séries accueillant les personnages les plus atroces, même les scénaristes les plus implacables avec leurs protagonistes, leur réservent des zones d'humanité, des conflits et des enjeux qui permettent au public de s'y identifier, ou à tout le moins de s'investir dans le récit qui se déroule sous leurs yeux. Difficile de trouver cela dans Charlie monte le son, et donc de trouver un intérêt au visionnage.

Un des exemples les plus frappants demeure le personnage de Charlie lui-même. Selon les besoins de chaque épisode, sa personnalité semble reconfigurée pour faciliter la vie aux scénaristes.

Tantôt grand frère idéal, tantôt loser total, parfois mégalomane paresseux, Charlie est un premier rôle inconsistant, imaginé seulement pour tirer faiblement partie de l'aura sexy de son interprète. Et encore, ceux et celles qui bavent devant l'anatomie du comédien risquent de le trouver sacrément avare de sa personne.

 

photoVous prierez pour que la série vire au snuff movie hardcore rapidement

 

IL VA FALLOIR TUER CETTE ENFANT

C’est une règle reconnue par la convention de Genève : il est désormais formellement interdit d’utiliser dans le cadre du cinéma ou d’une série un enfant écrit comme une sorte de génie quarantenaire « super cynique trop blasé mais avec un cœur en or qui va permettre à notre héros de se révéler à lui-même et possiblement de tirer sa crampe ».

Or, Gabrielle est ici le cœur du récit, puisque ses coups de tête sont le premier moteur du scénario. Malheureusement, en plus d’avoir la personnalité d’un hipster en descente de ritaline, la malheureuse est desservie par un script qui fait d’elle une sorte de Deus Ex Machina permanent, violemment antipathique et dénué de toute crédibilité.

Sauf que, comme c’est à ses côtés que le héros (et le spectateur) doit traverser l’épreuve que constitue Charlie monte le son, l’entreprise devient rapidement insupportable, bien trop cadencé par son caractère imblairable et ses répliques sentencieuses.

 

photoC'est le moment de lui crever un oeil, certainement pas de lui peinturlurer la tronche

 

AUSSI FUN QU’UNE RUPTURE DES LIGAMENTS CROISÉS

Un programme trop touffu pour être digeste, des personnages écrits à coup de truelle… Mais bon est-ce que c’est drôle ? Pas facile de répondre à cette question, tant encore une fois, le récit paraît naviguer à vue et n’être jamais à l’aise avec ses choix.

Les dialogues ne sont jamais assez percutants pour provoquer le rire, la caméra bien trop calme pour générer des effets de rupture ou tirer partie des faibles tentatives de comique de situation et comme le monteur est de toute évidence un bot programmé pour nous tuer d'ennui, la grosse marrade est aux abonnés absents. A tel point qu'on se demande parfois franchement pourquoi Charlie monte le son revendique sa tonalité comique, tant le rire ne s'assume jamais comme une mécanique constitutive de la narration.

Preuve en est, l’écriture comique désarçonne franchement. Même les scènes ouvertement humoristiques paraissent ne jamais être appréhendées via la question du rythme, du tempo. Ainsi, les catastrophes s’enchaînent, de dialogues gênants en situations revues 3 millions de fois, jusqu’à un dernier épisode, qui voudrait offrir une grande scène de réunion apocalyptique autour d’un mariage raté. Mais n’est pas Billy Wilder qui veut, et on préférera oublier ces irruptions de lolance le plus vite possible.

 

photoScène de dialogue générique N#48721

 

SEXY COMME UNE HANCHE ARTIFICIEL

Bon, ok, l’ensemble est franchement naze, mais a-t-on droit à un festival Idris Elba en bonne et due forme ? Et bien c’est peut-être là que réside la plus violente déception de Charlie monte le son. Passé une paire de sourires enjôleurs et une ou deux contractions de pectoraux, l’acteur n’a absolument rien à proposer, et paraît toujours retenir ses effets.

Tentant de traverser cette aventure au charme et sans jamais prendre le moindre risque, Elba ne donne pas l’illusion de livrer un peu de lui-même, ne se met jamais en danger lors des incartades comiques, et n’a même pas la décence d’envoyer un peu le feu en matière de bouillabaisse sexy.

 

photoUn vague sourire, c'est tout ce qu'il reste d'Idris Elba...

 

Ah c’est sûr, il y a du monde pour écrire des dialogues vantant la vigueur du pénis à Idris, mais pour faire l’hélicoptère face caméra, y a plus personne. Au-delà du narcissisme boiteux de l’entreprise (les dialogues consacrés au membre viril de l'intéressé sont sidérants), c’est surtout la timidité de l’ensemble qui étonne. Et lorsque l’action se délocalise à Ibiza, tout au plus aura-t-on droit à un remake – foireux – du clip de Smack my bitch up, quand on espérait voir l’artiste assumer son image d’icône séduisante ou de colonne de testostérone spatiale.

Mais non, même dans ses aspects les plus légers, Charlie, monte le son fait preuve d'autant d'inconsistance que d'absence de panache.

Charlie monte le son est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 15 mars

 

Affiche

commentaires

Kevin
21/09/2019 à 19:04

Pas d'accord avec votre critique. Je suis très difficile, j'admire les jeux d'acteurs. Il est vrai qu'il na pas tout donné. Mais votre critique est ridicule et il est évident que je ne vous lirait pas avant de visionner quoi que ce soit. A tous les lecteurs, charlie monte le son mérite bien un 15/20. Et vous stoppez dès lors votre carrière de critique.

M.E
16/07/2019 à 15:09

Ridicule votre article, il est très bon dans Turn Up Charlie et les autres acteurs, de même, quelle condescendance...

Simon Riaux - Rédaction
04/04/2019 à 13:58

@saiyuk

Hello,

Pour répondre à votre question sur le ton. J'émaille souvent mes textes de piques, tout d'abord parce que c'est comme ça que naturellement, je tends à les écrire. Ensuite, je trouve beaucoup plus désagréable de lire un texte négatif rédigé "à froid", qu'un texte qui prend le parti de rire un peu de son sujet. Je trouve ça plus humain, et plus... je ne sais pas, engageant.



Quant au fait de troller. Bof, j'ai juste autre chose à faire.

saiyuk
04/04/2019 à 13:50

Geoffrey - La rédac
Plus facile de débattre avec l'auteur d'un texte que tout ceux qui le commenteront c'est surtout sa que je voulais exprimer, et pas de soucis pour le 3eme dregré, on est sur la même longueur d'onde.

Geoffrey Crété - Rédaction
04/04/2019 à 10:31

@saiyuk

C'était pour répondre à votre "mais quand un avis n'est fait que de phrases piquante, ou vraiment mechante, je ne voit plus par ou commencer le debat."
On rappelait donc qu'il y avait surtout des arguments et des points de vue, et quelques phrases humoristiques.

Aucun souci pour le reste, on entend ce que vous dîtes. Navré si vous sentez de la condescendance, l'humour n'est pas toujours facile à manier, mais c'était bien du troisième degré ici ;)

saiyuk
04/04/2019 à 10:21

Geoffrey - La rédac
L'utilisation de l'humour je suis pour bien évidement mais parfois a l'écrit il est difficile de comprendre si l'auteur déteste vraiment la chose dont il parle (film, acteur, joueur, match, morceaux, bouquins....) ou si il fait juste du troll pour du troll de façon humoristique.
Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de critique sur les aspects (ambition, musique....) de la la série en question, j'ai dit que je ressentait un ton condescendant. Et comme je ne suis pas du genre a penser que j'ai tout le temps raison j'admet que c'est peut être moi qui voit le mal partout.

Geoffrey Crété - Rédaction
03/04/2019 à 14:29

@saiyuk

On entend, mais pour parler de nous (pas des lecteurs ou des autres sites) : ce ton est celui d'Ecran Large depuis ses débuts. C'est dans son ADN d'user d'humour (de merde) et troisième degré, et d'avoir des plumes très différentes. Et comme toute plume, ça en amuse certains, en agace d'autres... ça fait partie du jeu, et c'est bien sûr très subjectif. Mais ça reste bon enfant.

Si vous nous suivez, vous savez en outre qu'on est parfaitement capables de publier des articles très négatifs écrits avec sérieux et premier degré. C'est même minoritaire chez nous. Donc ne généralisons pas...

Par ailleurs, au-delà des quelques pics et traits d'humour dans l'article, on y parle écriture des personnages, rythme, grosses ficelles et ambitions. Il y a donc bien une base de critique un minimum détaillée.

saiyuk
03/04/2019 à 14:10

Geoffrey - la redac
Ce que je n'aime pas ce n'est pas que l'on dise que ses choix sont bizarres, mais le ton employé ou les phrases employés, on peut ne pas aimer certaine chose sans forcément les demolir gratuitement, or que ce soit les redacteurs ou les forumeurs cela deviens la base et pas qu'ici je vous rassure, sur tout les sites de ciné, de sport, de musique, d'info, c'est la même chose. On n'a plus droit a "il fait selon nous des mauvais choix" mais plutot "cet acteur de série tape dans le nanar" et cette mode m'enmerde. Critiquer oui, demolir non...pour faire simple. Bien sur que l'on doit critiquer et bien sur qu'un avis doit amener a debat, mais quand un avis n'est fait que de phrases piquante, ou vraiment mechante, je ne voit plus par ou commencer le debat.

Geoffrey Crété - Rédaction
03/04/2019 à 10:38

@saiyuk

On ne remet pas en cause le talent d'Idris Elba, comme bien rappelé dès l'intro. Ou dans notre récent dossier sur Luther.

En revanche, on observe ses choix de carrière avec curiosité ces dernières années, et on trouve que cette série qu'il a co-créée est médiocre.
Et s'il fallait être "à la hauteur" du talent ou du charisme d'un acteur pour avoir le droit d'en parler, on serait peut-être tous en train de se taire, rédacteurs comme lecteurs... Ce serait bien dommage, la fin des discussions et des échanges sur cette base.

Comme d'hab, c'est notre petit avis, pas parole d'évangile. Notre opinion ne vaut pas plus, pas moins que la vôtre, et on espère qu'il est possible d'échanger malgré la diversité des opinions ;)

saiyuk
03/04/2019 à 10:19

La condescendance de l'article et des forumeurs sur un acteur dont personne n'a le 10eme du talent ou du charisme...

Plus

votre commentaire