Transferts : on a rattrapé sur Netflix la série d'anticipation d'Arte entre Ad Vitam et Altered Carbon (et ce fut rude)

Mise à jour : 27/12/2018 17:24 - Créé : 27 décembre 2018 - Lino Cassinat
Lino Cassinat | 27 décembre 2018 - MAJ : 27/12/2018 17:24
photo, Arieh Worthalter
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Depuis novembre, Netflix diffuse la série Transferts, à l'origine créée pour Arte par Claude Scasso et Patrick Benedek. On l'avait ratée à l'époque, et comme ça parle de SF d'anticipation, de changement de corps et de technologie, que les critiques et le public sont dithyrambiques et qu'en plus Altered Carbon et Ad Vitam nous ont sacrément laissés sur notre faim, on s'est dit qu'on allait rattraper. Désolé, on va encore faire les râleurs. Mais attendez un peu, vous pourriez être surpris...

 

photoTiens c'est marrant Altered Carbon a copié EXACTEMENT le même visuel promo dis donc

 

EN RÉSUMÉ

Un jour, Florian, ébéniste, meurt. Cinq ans plus tard, il revit grâce (ou à cause ?) de sa femme, dans un corps qui n'est pas le sien et dans un monde qui a drastiquement changé. La technologie de transfert d'un esprit vers un corps est en effet acquise, mais elle est désormais illégale à cause de phénomènes de contre-transfert (des transférés deviennent fous dangereux). La situation de Florian est donc illégale, mais là où ça se complique, c'est qu'il est transféré dans le corps de Sylvain, un flic de la BATI, police chargée de traquer les transférés illégalement (comme lui donc) dont le décès a été caché par les bienfaiteurs de Florian. Le bougre doit désormais donner le change et jouer au policier, alors qu'il n'y connaît rien, tout en jonglant entre sa propre vie et la vie de son corps d'adoption, le temps que son entourage trouve une solution pour fuir.

Ci-dessus n'est résumé que l'arc narratif déjà très complet du personnage principal, mais il faudrait également évoquer un monde où s'est développé envers les transférés (illégaux ou non) un racisme à deux doigts d'être institutionnalisé, dans un Etat paranoïaque (après tout, on peut y douter de l'identité de n'importe qui) ultra sécuritaire et mûr pour une vraie bascule dans l'Etat policier. À cela s'ajoute une recrudescence spectaculaire des religions, la technologie ayant en effet prouvé l'existence immatérielle de l'Être (âme, esprit... comme vous voulez) - et donc sa potentielle nature divine. Sans oublier enfin tous les questionnements intimes sur le corps et la place qu'il occupe dans la définition de l'identité de chacun.

 

photo, Arieh WorthalterLe doutage

 

TRIPLE BURGER ROQUEFORT HARISSA SIOUPLÉ

On le voit, le programme thématique de Transferts est ultra-riche, plus que celui d'Altered Carbon où on change de corps comme de chemise (si ce n'est un vague malaise au réveil vite expédié dans l'épisode 1) et plus que celui d'Ad Vitam où l'intrigue et les effets de style phagocytent les effets de sens.

C'est évidemment tout à l'honneur de Transferts d'avoir su être la plus pertinente dans ses suppositions sur le futur, la plus profonde dans ses mécaniques subconscientes et même la plus joueuse (on pense notamment à un antagoniste très violent dans le corps d'une gamine de 12 ans), alors qu'elle est la moins friquée des trois et a eu un tournage mouvementé à cause des attentats de Bruxelles. Mais ce que Transferts gagne en richesse, elle le perd en temps de scénario, et très clairement, vu le nombre et l'énormité des raccourcis il manque à vue de nez deux épisodes pour laisser le temps au récit de se déployer naturellement.

En l'état, Transferts est obligée de foncer à toute allure, et donc malheureusement de résoudre la plupart de ses intrigues intéressantes avec des ficelles grosses comme des câbles de pont et des clichés psychologiques franchement datés. Le rythme pâtit également cruellement de ce manquement, et Transferts semble bien souvent affolée, comme à la limite de perdre les pédales.

 

photoTransferts alterne curieusement entre mystique à la petite semaine, complots cléricaux bêtas et dérangeantes suppositions sur le comportement de l'Église

 

Il ne faut pas plus d'un seul épisode, le premier, de très loin le plus mauvais de tous, pour bien prendre la mesure du problème. Le moins que l'on puisse dire, c'est que si l'univers de Transferts ne manque pas de bonnes idées, son introduction est probablement la pire possible et imaginable, bourrative et bordélique, parasitée par une prise d'otages honteuse et un premier antagoniste genre Brad Dourif du pauvre complètement ridicule.

Elle est d'autant plus rude qu'il faut également se rendre à l'évidence : le cachet visuel de la série n'est clairement pas à la hauteur de ce qu'il devrait être, digne d'un gros téléfilm France 3, éclairé comme une cuisine Tefal et cadré sans aucun sens de la mise en scène ni style.

La direction artistique laisse également franchement à désirer : aux décors vides (les bureaux de la BATI n'ont littéralement pas fini de déballer les cartons) ou agencés comme des intérieurs Ikéa s'enchaînent les ordinateurs du futur contrôlés au clavier (pas comme un iPad hein, comme dans les années 90) et qui font blip blip au moindre frôlement. D'ailleurs, il y a ÉVIDEMMENT un ordi qui s'appelle D.I.E.U..

 

photoBrune Renault et Arieh Worthalter

 

JE VOUS DEMANDE DE VOUS ARRÊTER

Dernières victimes de l'affolement généralisé, et non des moindres, les comédiens. Là également, l'énergie n'est absolument pas maîtrisée, et c'est bien simple, ça cabotine à quasiment tous les étages. C'est assez cruel à dire car on sent l'envie de bien faire qui anime tout le casting, mais celui-ci a la tâche ingrate de devoir essuyer les plâtres de la redécouverte du genre dans un paysage audiovisuel qui ne lui est pas favorable et favorise plutôt un jeu très intérieur.

De fait, si on exclut les prestations de qualité d'une Brune Renault bien dans le tempo et de la gouailleuse mais trop rare Juliette Plumecoq-Mech, tout le monde en fait (plus ou moins) trop avec des dialogues déjà assez chargés.

 

photoLe meilleur arc narratif de cette saison

 

Il faut donc énormément de tolérance, et traverser une bien sombre forêt de courte focale "ki fé peur" et de situations perplexes pour arriver au bout de Transferts sans se faire un claquage de la rétine. Le plus étrange dans tout cela, c'est que malgré une conclusion assez ratée, on ne regrette pas d'avoir fait l'effort, car quand Transferts réussit, elle réussit franchement bien. Les épisode 2, 3 et 4 sont à ce titre assez plaisants et quelques scènes interpellent vraiment positivement, surtout les plus cruelles, Transferts n'hésitant pas à verser dans une forme de brutalité aussi bienvenue que surprenante (l'arc narratif de la pianiste - notre favori - par exemple va carrément dans l'horreur psychologique).

Tout en restant méfiants, on regardera donc avec curiosité et intérêt une éventuelle saison 2. Même si les fondations ont été posées un peu n'importe comment, elles tiennent par miracle et pourraient augurer de belles choses. Par contre il va vraiment falloir demander une rallonge de budget et remettre à plat toute la partie technique.

Transferts est disponible sur Netflix

 

Affiche officielle

commentaires

Constantine
29/12/2018 à 00:00

Altered Carbon m’a plus mais c’est vrais qu’il a aussi pas mal de défauts et pour moi c’est sa générosité qui la emporté mais je comprend qu’on aime pas ( le 1er post n’était qu’une blague )

Hasgarn
27/12/2018 à 23:42

Altered Carbon m’a plu mais faut vraiment manquer de recul pour voir que les 5 derniers épisodes sont vraiment plus faibles que les 5 premiers.
Tout tient à l’introduction du personnage de la sœur qui déséquilibre la structure qui déjà n’était pas équilibrée à cause de l’histoire d’amour entre Takeshi et sa formatrice.

Constantine
27/12/2018 à 18:04

Vous n’avez pas aimé Altered Carbon sans doute a cause de votre manque de goût ????

Alyon
27/12/2018 à 17:36

j'avais vu cette série lors de sa diffusion tv et je m'étais laissé emmener par l'histoire avec les quelques réserves que vous soulignez fort judicieusement, par contre Altered Carbone j'ai eu du mal sur les premiers épisodes mais j'ai pas fini par vraiment aimé cette série … Bon si je suis le seul j'assume quand même.
Par contre le dernier volet de Sense 8 toujours pas de critique en vue ou j'ai loupé quelque chose ??

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