Ad Vitam : pourquoi la série SF française avec Yvan Attal est un joyeux ratage

Lino Cassinat | 21 juin 2019 - MAJ : 21/06/2019 14:35
Lino Cassinat | 21 juin 2019 - MAJ : 21/06/2019 14:35

Que vaut la série de science-fiction Ad Vitam diffusée sur Arte ?

Cela fait un an maintenant que le genre de la science-fiction d'anticipation plus ou moins futuriste tendance néon et synthés a le vent en poupe, sur le grand écran (Blade Runner 2049) comme sur le petit, avec (Altered Carbon), avec des résultats artistiques et publics souvent entre discutables et mitigés.

Il y a en tout cas très clairement une demande publique et critique pour ce type d'oeuvre en ce moment, et la France n'a pour une fois pas manqué l'appel d'air en produisant Ad Vitam, une série avec Yvan Attal et Garance Marillier (révélée dans Grave) nous emmenant dans un futur pas si lointain où l'humanité vient de trouver un moyen de ne plus vieillir, condamnant une jeunesse à ne jamais s'épanouir dans une société et dont les membres les plus "extrêmistes" ou "radicalisés" commettent des suicides de masse. Alors, merci Arte ?

ATTENTION SPOILERS !

 

NB : La critique de Ad Vitam a été remise en avant pour son arrivée sur Netflix ce 21 juin 2019.

 

 

NOCTURNE CITY

De notre côté, ce sera un franc et clair non, pas merci. Ad Vitam a beau intriguer et lancer quelques belles pistes lors d'un premier épisode sympathique, le navire prend l'eau de toutes parts dès le deuxième épisode pour ne faire que couler inexorablement au fur et à mesure des épisodes jusqu'à un sixième et dernier proche du catastrophique.

De la technique à l'artistique malheureusement, rien ne va ou presque, à commencer par une photographie purement cosmétique, qui cherche une certaine audace formelle avec des couleurs tranchantes, mais qui appuie et répète tellement ses effets de style qu'ils en deviennent des tics proprement hideux; Ils ne peuvent d'ailleurs rien pour masquer certains décors désespérément blancs et vides. On vous passe le détail de certains fonds verts également franchement visibles.

 

photoOn espère que vous aimez le bleu et le magenta

 

Le travail photographique n'est, malheureusement, vraiment pas aidé par une direction artistique globale rachitique. Si le premier épisode arrive grâce à l'effet de surprise à nous faire croire à un autre temps, certains designs aussi peu inspirés qu'absurdes auront vite fait d'éclater cette bulle illusoire.

On pense particulièrement au casque de moto du futur, misérablement augmenté d'une guirlande colorée, à la clé USB du futur, une carte mémoire de Playstation 2 avec un bout de gaffer (oui oui) qui ne trompe personne, jusqu'au test de grossesse du futur, qui fonctionne toujours à l'urine, mais fait désormais du bruit et de la lumière. Sacrée évolution technologique. Tout ce travail d'illusion sera de toute façon carrément abandonné en cours de route lorsqu'Ad Vitam ne prendra même plus la peine d'essayer de masquer les panneaux en espagnol (pays où la série a été tournée).

 

photoON ESPÈRE QUE VOUS AIMEZ LE BLEU ET LE MAGENTA

 

NON-SENS CRITIQUE

Malgré toutes les déficiences susnommées, le désastre le plus critique d'Ad Vitam reste purement et simplement son histoire, à la fois dans son déroulé narratif que dans son implicite. Ad Vitam ne sait pas quoi raconter et se contente de raconter n'importe quoi à l'emporte-pièce, à grand renfort de symboles péremptoires et de punchlines creuses sur rien de moins que la vie, la mort, la politique, le temps, Dieu et le sens de l'existence.

 

photo, Garance MarillierGarance Marillier

 

Slogans du FN mis dans la bouche de jeunes ravers (jeu de mots intentionnel) énervés / blasés par une société trop fermée, citation du Coran dans la bouche d'un petit vieux catholique qui refuse l'immortalité, religions qui se radicalisent ou encore onomastique absconse (Virgile, Caron, Christa, Nahel etc...), Ad Vitam fait gratuitement feu de tout bois, va n'importe comment, dans toutes les directions, le moins délicatement possible.

Rien de tout cela ne crée d'effet de sens ou d'écho pertinent à notre temps. Au contraire, c'est un véritable fatras pseudo-intellectuel agitant tous les totems symboliques possibles, un brouet salé plus que de raison pour faire passer le goût.

 

Photo Thomas CailleyThomas Cailley, créateur de la série. On espère que vous aimez le b.. stop

 

SI SKYBLOG M'ÉTAIT CONTÉ

C'est d'autant plus imbuvable qu'Ad Vitam est atteinte d'une forme de jeunisme dépressif qui confine à la caricature paternaliste rabaissante. Obsédée par ces fameux "jeunes", Ad Vitam est complètement incapable d'en faire des personnages complexes à part entière et de les caractériser autrement que par des clichés dépassés depuis au moins Gus Van Sant et Gregg Araki, si ce n'est L'Équipée sauvage.

Tous les personnages de moins de 30 ans traversent passivement la série, dansant l'air blasé, sur de l'électro dans les caves et les hangars, drogués, l'oeil hagard et la lèvre molle, répétant à l'envi aux adultes qu'ils "ne comprennent pas" et sont en révolte au point de rejoindre des sectes ou de se suicider. Cerise sur le gâteau, ils ont aussi un langage secret. Il ne leur manque plus qu'un skyblog et des Vans à damiers.

 

Photo Yvan AttalYvan Attal, en mission pour empêcher les jeunes DE SE (petit) SUICIDAY

 

Enfin, inutile d'essayer de se raccrocher aux branches d'une intrigue dont la caractéristique principale est son indolence soporifique, à l'image de la course poursuite de la fin de l'épisode 2, la plus molle vue depuis longtemps, ou encore de l'épisode 5, sempiternel épisode flash-back. Il ne faudra malheureusement pas compter non plus sur le casting pour dynamiser le tout et habiter des dialogues aberrants, puisqu’apparemment le mot d'ordre général était au sous-jeu total et à l'implication tremblante, surtout les seconds rôles. Même Garance Marillier et Yvan Attal, acteur et actrice pourtant habituellement très investis dans leurs rôles, ne peuvent rien pour Ad Vitam.

Imaginez un Altered Carbon qui se prendrait encore plus au sérieux, mais aurait encore moins les moyens de ses ambitions et d'inspiration, et vous aurez un bon aperçu d'Ad Vitam. En l'état, en dehors des nombreux moments de gêne de la saison 1 d'Ad Vitam, il n'y a absolument rien à en retenir et tout à oublier, et surtout aucune raison d'espérer une éventuelle saison 2, plus redoutée qu'attendue.

Ad Vitam est disponible en intégralité sur Netflix en France.

 

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commentaires

marcusquick
25/06/2019 à 11:01

Pas du tout d'accord avec vous. Moi j'ai trouvé la série assez réussie pour son ambiance et ses thématiques. Très loin du ratage d' "Osmosis". Garance Marillier est top. La BO est réussie.
C'est cool d'avoir ce type de série en France.

Pog
09/04/2019 à 08:51

@Jef

"La critique est tellement facile"
Dit celui qui vient tailler le critique car il a l'audace d'avoir un avis différent...

Est-ce si grave d'exister dans un monde où le voisin peut avoir une opinion différente ? Questionnez-vous peut-être sur ça, et votre réaction légèrement agressive, pendant que le critique s'interroge sur l'idée que ce serait lui ou la série qui dérange (?)

Jef
09/04/2019 à 08:11

Cette série ne vous plaît pas ? Tant mieux. Elle dérange vos codes vos attendus et votre propre habitude de conventions. Super. Posez vous la simple question: est moi ou la série qui dérange ? Elle pose une intrigue intéressante. Et l'anti jeu d'un attal apporte énormément. De même sur ce que vous nommez des poncifs de jeunisme. Mais regardez autour de vous. Futur ne veut pas dire radicalement tout différent. Mais simplement autre, voir pas tant que ça. Souvenez-vous de l expectation de l'an 2000. Des voitures volantes.... Cette série a le mérite d'exister. Il faut du courage pour se lancer dans un projet comme cela. Alors, Mr critique, Il est toujours bon de balayer devant sa porte. La critique est tellement facile.

Touk
04/12/2018 à 23:45

"Et si ce film vous ennuie et est laid, c'est parce que le sujet c'est l'ennui et la laideur du monde vous voyez"
Woké

Juranve
04/12/2018 à 23:21

Si la photo est blafarde, les décors fadasses, l’environnement aride, la technologie atone, l’archItecture sans âme, les gens stylistiquement neutres, comme figés dans des fringues des années 90, c’est pour figurer une société ectoplasmique, au bout du rouleau, qui ne vit plus alors qu’elle a inventé l’eternité. Think about it.

savo
02/12/2018 à 21:28

J'ai adoré cette série ! Je ne suis pas d'accord accord avec votre critique. La photographie est magnifique et le casting génial !

docsavage
02/12/2018 à 14:47

tout ce que fait ce attal est nul,il faudrait qu'il songe à se reconvertir dans le prêt à porter !!!

BATI22
01/12/2018 à 09:07

Et la série "Transferts", toujours d'Arte d'ailleurs, personne n'en parle, alors qu'elle vaut LARGEMENT plus le détours que celle là, y'a pas d'acteur vraiment connu, pas de tapage médiatique des médias français qui ne parle uniquement des séries qu'on leurs demande de parler ... Et pourtant ... Très très bonne série à regarder !!! Dispo du Netflix pour le curieux ;-)

Soylent green
30/11/2018 à 21:44

Je ne partage pas du tout l’avis de cette critique. Cette mini série était passionnante et très originale. J’ai adoré les idées qui étaient développées sur les conséquences pour l’humanité de l’immortalité. Et les acteurs étaient excellents.

tipiak
30/11/2018 à 18:44

J'ai juste à faire un copier-coller du commentaire de CooperPeaks parce que je pense grosso modo la même chose.

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