Ad Vitam : pourquoi la série SF d'Arte avec Yvan Attal est un joyeux ratage

Mise à jour : 30/11/2018 11:55 - Créé : 30 novembre 2018 - Lino Cassinat
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Que vaut la série de science-fiction Ad Vitam diffusée sur Arte ?

Cela fait un an maintenant que le genre de la science fiction d'anticipation plus ou moins futuriste tendance néon et synthés a le vent en poupe, sur le grand écran (Blade Runner 2049) comme sur le petit, avec (Altered Carbon), avec des résultats artistiques et publics souvent entre discutables et mitigés.

Il y a en tout cas très clairement une demande publique et critique pour ce type d'oeuvre en ce moment, et la France n'a pour une fois pas manqué l'appel d'air en produisant Ad Vitam, une série avec Yvan Attal et Garance Marillier (révélée dans Grave) nous emmenant dans un futur pas si lointain où l'humanité vient de trouver un moyen de ne plus vieillir, condamnant une jeunesse à ne jamais s'épanouir dans une société et dont les membres les plus "extrêmistes" ou "radicalisés" commettent des suicides de masse. Alors, merci Arte ?

ATTENTION SPOILERS !

 

 

NOCTURNE CITY

De notre côté, ce sera un franc et clair non, pas merci. Ad Vitam a beau intriguer et lancer quelques belles pistes lors d'un premier épisode sympathique, le navire prend l'eau de toutes parts dès le deuxième épisode pour ne faire que couler inéxorablement au fur et à mesure des épisodes jusqu'à un sixième et dernier proche du catastrophique.

De la technique à l'artistique malheureusement, rien ne va ou presque, à commencer par une photographie purement cosmétique, qui cherche une certaine audace formelle avec des couleurs tranchantes mais qui appuie et répète tellement ses effets de style qu'ils en deviennent des tics proprement hideux; Ils ne peuvent d'ailleurs rien pour masquer certains décors désespérément blancs et vides. On vous passe le détail de certains fonds verts également franchement visibles.

 

photoOn espère que vous aimez le bleu et le magenta

 

Le travail photographique n'est malheureusement vraiment pas aidé par une direction artistique globale rachitique. Si le premier épisode arrive grâce à l'effet de surprise à nous faire croire à un autre temps, certains designs aussi peu inspirés qu'absurdes auront vite fait d'éclater cette bulle illusoire.

On pense particulièrement au casque de moto du futur, misérablement augmenté d'une guirlande colorée, à la clé usb du futur, une carte mémoire de Playstation 2 avec un bout de gaffer (oui oui) qui ne trompe personne, jusqu'au test de grossesse du futur, qui fonctionne toujours à l'urine mais fait désormais du bruit et de la lumière. Sacré évolution technologique. Tout ce travail d'illusion sera de toutes façons carrément abandonné en cours de route lorsqu'Ad Vitam ne prendra même plus la peine d'essayer de masquer les panneaux en espagnol (pays où la série a été tournée).

 

photoON ESPÈRE QUE VOUS AIMEZ LE BLEU ET LE MAGENTA

 

NON-SENS CRITIQUE

Malgré toutes les déficiences susnommées, le désastre le plus critique d'Ad Vitam reste purement et simplement son histoire, à la fois dans son déroulé narratif que dans son implicite. Ad Vitam ne sait pas quoi raconter et se contente de raconter n'importe quoi à l'emporte pièce, à grands renforts de symboles péremptoires et de punchlines creuses sur rien de moins que la vie, la mort, la politique, le temps, Dieu et le sens de l'existence.

 

photo, Garance MarillierGarance Marillier

 

Slogans du FN mis dans la bouche de jeunes ravers (jeu de mots intentionnel) énervés / blasés par une société trop fermée, citation du Coran dans la bouche d'un petit vieux catholique qui refuse l'immortalité, religions qui se radicalisent ou encore onomastique absconse (Virgile, Caron, Christa, Nahel etc...), Ad Vitam fait gratuitement feu de tout bois, va n'importe comment, dans toutes les directions, le moins délicatement possible. Rien de tout cela ne crée d'effet de sens ou d'écho pertinent à notre temps. Au contraire, c'est un véritable fatras pseudo-intellectuel agitant tous les totems symboliques possibles, un brouet salé plus que de raison pour faire passer le goût.

 

Photo Thomas CailleyThomas Cailley, créateur de la série. On espère que vous aimez le b.. stop

 

SI SKYBLOG M'ÉTAIT CONTÉ

C'est d'autant plus imbuvable qu'Ad Vitam est atteinte d'une forme de jeunisme dépressif qui confine à la caricature paternaliste rabaissante. Obsédée par ces fameux "jeunes", Ad Vitam est complètement incapable d'en faire des personnages complexes à part entière et de les caractériser autrement que par des clichés dépassés depuis au moins Gus Van Sant et Gregg Araki, si ce n'est L'Équipée sauvage.

Tous les personnages de moins de 30 ans traversent passivement la série, dansant l'air blasé, sur de l'électro dans les caves et les hangars, drogués, l'oeil hagard et la lèvre molle, répétant à l'envie aux adultes qu'ils "ne comprennent pas" et sont en révolte au point de rejoindre des sectes ou de se suicider. Cerise sur le gâteau, ils ont aussi un langage secret. Il ne leur manque plus qu'un skyblog et des Vans à damiers.

 

Photo Yvan AttalYvan Attal, en mission pour empêcher les jeunes DE SE (petit) SUICIDAY

 

Enfin, inutile d'essayer de se raccrocher aux branches d'une intrigue dont la caractéristique principale est son indolence soporifique, à l'image de la course poursuite de la fin de l'épisode 2, la plus molle vue depuis longtemps, ou encore de l'épisode 5, sempiternel épisode flash-back. Il ne faudra malheureusement pas compter non plus sur le casting pour dynamiser le tout et habiter des dialogues aberrants, puisque apparemment le mot d'ordre général était au sous jeu total et à l'implication tremblante, surtout les seconds rôles. Même Garance Marillier et Yvan Attal, acteur et actrice pourtant habituellement très investis dans leurs rôles, ne peuvent rien pour Ad Vitam.

Imaginez un Altered Carbon qui se prendrait encore plus au sérieux mais aurait encore moins les moyens de ses ambitions et d'inspiration, et vous aurez un bon aperçu d'Ad Vitam. En l'état, en dehors des nombreux moments de gêne de la saison 1 d'Ad Vitam, il n'y a absolument rien à en retenir et tout à oublier, et surtout aucune raison d'espérer une éventuelle saison 2, plus redoutée qu'attendue.

Ad Vitam est en replay sur Arte jusqu'au 7 décembre 2018.

 

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commentaires

Touk 04/12/2018 à 23:45

"Et si ce film vous ennuie et est laid, c'est parce que le sujet c'est l'ennui et la laideur du monde vous voyez"
Woké

Juranve 04/12/2018 à 23:21

Si la photo est blafarde, les décors fadasses, l’environnement aride, la technologie atone, l’archItecture sans âme, les gens stylistiquement neutres, comme figés dans des fringues des années 90, c’est pour figurer une société ectoplasmique, au bout du rouleau, qui ne vit plus alors qu’elle a inventé l’eternité. Think about it.

savo 02/12/2018 à 21:28

J'ai adoré cette série ! Je ne suis pas d'accord accord avec votre critique. La photographie est magnifique et le casting génial !

docsavage 02/12/2018 à 14:47

tout ce que fait ce attal est nul,il faudrait qu'il songe à se reconvertir dans le prêt à porter !!!

BATI22 01/12/2018 à 09:07

Et la série "Transferts", toujours d'Arte d'ailleurs, personne n'en parle, alors qu'elle vaut LARGEMENT plus le détours que celle là, y'a pas d'acteur vraiment connu, pas de tapage médiatique des médias français qui ne parle uniquement des séries qu'on leurs demande de parler ... Et pourtant ... Très très bonne série à regarder !!! Dispo du Netflix pour le curieux ;-)

Soylent green 30/11/2018 à 21:44

Je ne partage pas du tout l’avis de cette critique. Cette mini série était passionnante et très originale. J’ai adoré les idées qui étaient développées sur les conséquences pour l’humanité de l’immortalité. Et les acteurs étaient excellents.

tipiak 30/11/2018 à 18:44

J'ai juste à faire un copier-coller du commentaire de CooperPeaks parce que je pense grosso modo la même chose.

Fabrice 30/11/2018 à 17:51

Moi j'ai beaucoup aimer cette série.
On peut être critique sur bien des points mais cette série contient ce qui me plais dans la science fiction : Un changement de point de vu qui me permet de me poser de nouvelles questions.
Pour cela, je n'ai pas été géné par la réalisation que je trouves assez esthétique.

Onk Ji 30/11/2018 à 14:30

Pas d'accord, ce n'est pas si mauvais même si effectivement
l'indigence du budget fait peine à voir, le scénario et le suspense sont plutôt réussis, et les acteurs convaincants.

titibud 30/11/2018 à 14:11

premier épisode dèjà chiant à mourir (un comble) attal fatigué de lui-même en voie d'étre le nouveau bacri, l'histoire floue on comprend rien, les décors espagnols voyants, la technologie de bazar, rien de sauve cette série malheureusement

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