La vérité sur l'affaire Harry Québert : que vaut l'adaptation série du thriller à succès avec Patrick Dempsey ?

Mise à jour : 29/11/2018 17:40 - Créé : 29 novembre 2018 - Alexandre Janowiak
Photo Patrick Dempsey, Kristine Froseth
31 réactions

Après avoir séduit des millions de lecteurs, l'histoire d'Harry Québert débarque sur le petit écran grâce à Jean-Jacques Annaud et avec Patrick Dempsey (Grey's Anatomy). Diffusée en France sur TF1, la mini-série de dix épisodes avait été présentée en partie (seulement quelques extraits) lors de la première édition du festival international des séries de Cannes en avril dernier.

Ecran Large avait intégré cette adaptation télévisée parmi les séries à ne pas manquer en 2018. On ne pouvait pas passer à côté de l'événement de TF1 en cette fin d'année. Après avoir vu les dix épisodes, il est donc temps de faire le bilan. Verdict.

 



DE QUOI ÇA PARLE ?

La vérité sur l'affaire Harry Québert se déroule en 2008 et raconte l'histoire du jeune écrivain Marcus Goldman. Après avoir publié un premier roman devenu best-seller, il n'arrive plus à écrire de lignes et n'a aucune idée pour son deuxième bouquin. Son mentor et ami Harry Québert lui propose alors de sortir des rues de New York quelques semaines, et de venir se reposer dans sa maison du Maine, à Goose Cove, pour trouver l'inspiration. En effet, c'est là-bas qu'en 1975, Harry Québert a écrit L'Origine du mal, considéré comme un des chefs-d'oeuvre littéraire du XXe siècle.

Cependant, sur place, Marcus Goldman fait quelques découvertes intrigantes. Après avoir quitté la maison pour retourner à New York, un corps est découvert à quelques pas de la maison de Harry Québert. L'écrivain est arrêté et se retrouve accusé de l'assassinat de Nola Kellergan, disparue en 1975, avec qui il aurait entretenu une liaison. Marcus va mener son enquête et découvrir des secrets bien gardés dans la petite ville de Sommerdale, dans le Maine.

 

Photo Ben SchnetzerEt il n'est pas au bout de ses surprises...

 

Ecrit par le Suisse Joël Dicker, La Vérité sur l'affaire Harry Québert a été publié en 2012 et a été récompensé du grand prix de l'Académie française, entre autres. Le livre est ensuite devenu un véritable best-seller et s'est vendu à près de trois millions d'exemplaires dans le monde. Au vu du succès de son roman, l'écrivain a rapidement été contacté par des ténors d'Hollywood qui voulaient acheter les droits pour une adaptation cinématographique : Steven Spielberg et Ron Howard notamment.

Finalement, c'est sur petit écran que Joël Dicker a préféré voir son oeuvre prendre vie. Puis c'est Jean-Jacques Annaud, réalisateur de L'Ours, La Guerre du feu ou encore Le Nom de la rose, qui s'est vu confier la charge de filmer la série de dix épisodes commandée par la MGM. 

Ryan Gosling avait les faveurs de l'écrivain pour incarner Harry Québert mais le rôle a finalement été attribué à Patrick Dempsey, dont c'est le grand retour à la télévision, trois ans après avoir quitté Grey's Anatomy.

 

Photo Patrick DempseyDr. Mamour a pris un coup de vieux (en vrai c'est le maquillage et on est jaloux surtout)

 

L'ORIGINE DE LA FIDÉLITÉ...

Dès son pilote, La vérité sur l'affaire Harry Québert contient à la fois toutes les qualités et tous les défauts du roman d'origine. L'ouverture à l'eau de rose annonce la mise en place d'une romance mièvre et bien peu attrayante, quand l'arrestation de Harry Québert relance la série et ouvre les perspectives d'une enquête particulièrement haletante. Un constat qui se confirme tout au long des dix épisodes composant la mini-série, puisque l'adaptation télévisée est d'une incroyable fidélité au roman.

Qu'il s'agisse de l'ensemble de l'intrigue, des multiples détails présents durant l'enquête, de la caractérisation des personnages ou des décors proposés, les fans du roman seront plus qu'heureux de pouvoir mettre des images sur ce qu'ils avaient imaginé. En effet, à bien des égards, La Vérité sur l'affaire Harry Québert est une série plutôt réussie.

 

Photo Patrick DempseyNola et Harry ou Kristine Froseth et Patrick Dempsey

 

Quoi qu'on pense de l'oeuvre de Dicker, son roman jouissait d'une histoire prenante et intrigante. Le romancier savait instaurer de véritables mystères en laissant filtrer ici ou là quelques indices (importants ou non), pour mener les lecteurs sur de bonnes (ou fausses) pistes concernant le meurtre de Nola Kellergan, et les autres affaires liées à la petite ville d'Aurora (Sommerdale dans la série).

De la même manière, Jean-Jacques Annaud sait jouer avec les attentes du spectateur et s'amuse à disséminer les indices importants au bon moment. Loin d'être opportuniste, la série use ainsi des cliffhangers avec malice pour rendre peu à peu le public addict à l'histoire de Québert, Nola et Goldman. Les épisodes s'enchaînent et les révélations aussi tout au long des dix épisodes, faisant de la série une oeuvre divertissante et qui se suit sans déplaisir.

 

Photo Joshua CloseLes petits cliffhangers (parfois prévisibles) mais souvent bien amenés

 

... LA VÉRITÉ SUR SON MAL

Cependant, cette fidélité extrême de la série envers le roman lui porte préjudice à bien des niveaux. Le thriller de Joël Dicker bénéficiait d'un style agréable et surtout d'une enquête assez prenante qui faisait oublier quelques moments de calme et discussions vaines entre certains personnages. Malheureusement, si la série reprend avec efficacité les éléments captivants de l'oeuvre littéraire, dommage qu'elle conserve aussi les moments inutiles.

Ainsi, malgré un joli sens de la révélation, La vérité sur l'affaire Harry Québert manque clairement de rythme et de dynamique. Sur les dix épisodes, chacun d'entre eux contient au moins une ou deux scènes trop bavardes et ne présentant quasiment aucun intérêt pour l'avancée de l'intrigue. La série subit ainsi plusieurs longueurs qui sont notamment dues au matériau d'origine.

En effet, La Vérité sur l'affaire Harry Québert souffrait allégrement de son surplus de personnages et surtout de sous-intrigues souvent superflues, pour faire durer le suspense. Des maux que la série n'arrive pas éviter à cause de sa constante fidélité.

 

Photo Patrick Dempsey, Tessa Mossey"Reprenons un peu de vin pour oublier ce qu'Ecran Large dit sur nous"

 

De plus, si la direction artistique est plutôt très soignée (reconstitution très correcte de l'ambiance seventies), la réalisation de Jean-Jacques Annaud est d'une grande pauvreté. A l'exception de quelques plans au drone, l'ensemble de la mise en scène manque de cachet et se révèle hyper classique. Aucune prise de risque, discussion en simple champ-contrechamp, plans sur l'horizon... aucune séquence n'a de valeur ajoutée.

Pire : si le casting est plutôt bon dans l'ensemble, notamment Patrick Dempsey en Harry Québert, Damon Wayans Jr. dans la peau de Perry Gahalowood ou encore la jeune Kristine Froseth en Nola Kellergan, le choix d'acteur pour Marcus Goldman paraît hasardeux. 

Ben Schnetzer, vu dans Pride et aperçu dans Snowden, manque clairement de charisme pour camper ce jeune écrivain fougueux et arrogant. Un défaut majeur puisqu'il s'agit du personnage principal de la série.

 

Photo Jean-Jacques Annaud, Kristine Froseth, Patrick DempseyJean-Jacques Annaud en panne d'inspiration sur le tournage de sa première série

 

Cette adaptation événement du thriller à succès de Joël Dicker manque cruellement de panache techniquement, pour interpeller réellement, et se donne trop peu de libertés pour éviter les stries du roman. En résulte une série divertissante, à l'intrigue agréablement menée, mais qui ne marque jamais les esprits.

La Vérité sur l'affaire Harry Québert est diffusé chaque mercredi soir sur TF1 depuis le 21 novembre.

 

Affiche

commentaires

josse 30/11/2018 à 20:54

Globalement on peut retrouver le sens de la réalisation de JJ Annaud, les paysages du Maine sont beaux, mais les acteurs sont sûrement mal dirigés car je trouve qu'ils jouent mal tout simplement ! Particulièrement celui dans le rôle de Marcus. On se croirait dans une série allemande ah ah ! ( j'adore Arte sinon).

Dutch Schaefer 30/11/2018 à 16:10

C'est dingue, à chaque fois que je vois Patrick Dempsey, je n'arrive pas à m'empêcher de penser à ce chef d'oeuvre que fut en son temps, "CAN'T BUY ME LOVE"! Avec la grandiose Amanda Peterson!
C'est archi nul, mais ce film m'a marqué à jamais dans l'histoire de ma jeunesse! (je l'avais vu en salle!)

PS: sinon la série Docteur Machin la, c'est très très mauvais! On croirait être revenu au temps de la série "LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES" dans le milieu des années 80! Beurk!!!!!!

jimjim 30/11/2018 à 11:10

Annaud étonne par son manque d'ambition en terme de réalisation. C'est d'une pauvreté assez incroyable. On dirait qu'il n'a jamais vu la moindre série depuis des décennies. Il en reste à une manière de filmer hyper classique et datée. Cela fait déjà une bonne quinzaine d'années qu'on ne réalise plus ainsi. Les séries ont évolué et Annaud en est resté à la télé pépère et sans idées de mise en scène. C'est lui, le SOUCI MAJEUR de cette série. D'un roman captivant, il arrive à faire quelque chose d'insipide !

Clacaj 30/11/2018 à 01:48

Il manque beaucoup de passages intéressants et ce n est paselias stern mais elijah stern en plus vous avez spoiler google
Je suis en train de lire le livre

Kouak 29/11/2018 à 18:38

Bonsoir...
"les fans du roman seront plus qu'heureux de pouvoir mettre des images sur ce qu'ils avaient imaginé."
Je ne suis pas un "fan" mais j'ai lu et apprécié le bouquin...A sa juste valeur...Mais apprécié tout de même...
Et je ne suis pas "heureux" de pouvoir mettre des images aussi ratées que ce que nous inflige la réalisation...
Je suis en tous points d'accord avec Alfred : C'est quoi ce personnage interprétant l'ancien élève de Harry ?
Avec son visage d'ado' juvénile, qui nous donne l'impression qu'il va encore sortir du lait de son nez si l'on appui dessus...
Les doublages son bidons...
Les jeux d'acteurs son bidons...
En résumé, le livre à des défauts , c'est indéniable, mais je ne me suis jamais fait chier en le lisant.
Hors là !
On sent venir le doux mélange de valium et de tranxène dès les premières minutes .
Et je n'ai vu que 4 épisodes !
Et il y en a 10 !
Espérons qu'ils ne vont pas "foirer" le tournant du milieu du bouquin.
Mais vu comme c'est parti...
Mais votre critique reflète tout de même le malaise de cette adaptation.
Bref...

Alfred 29/11/2018 à 17:45

Vous êtes bien aimable avec cette série.
Entre la voix off horripilante des premiers épisodes, le charisme d'huitre du "héros", la mise en scène inexistante (ah les drones), la photographie sans nuance (tout est éclatant), la reconstitution d'une Amérique de supermarché, la direction d'acteur...
On est très, très loin des standards établi par les séries us haut de gamme.

votre commentaire