Castlevania : notre avis sur la saison 2 diffusée sur Netflix

Christophe Foltzer | 4 novembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 4 novembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Bien que petite par la taille (seulement 4 épisodes), la première saison de Castlevania nourrissait de grandes ambitions : adapter l'une des licences-phare du jeu vidéo, tout en rendant hommage à un certain sens de l'horreur en restant suffisamment ouvert pour accueillir les non-initiés. La série est-elle parvenue à combler les différentes attentes au terme de sa saison 2 ? Attention, SPOILERS.

 

LEGACY OF DARKNESS

Avec le double d'épisodes à sa disposition par rapport à sa première saison, inutile de dire que l'on attendait Castlevania de pied ferme, surtout après une fournée de quatre épisodes l'an passé qui transformait l'essai de justesse tout en se montrant bien frustrante. Mais aujourd'hui, tous les espoirs sont permis avec 8 épisodes de 25 minutes. Pourtant, et c'est triste à dire, cette durée rallongée constitue à la fois l'une des plus grandes qualités comme l'un de ses plus gros défauts.

 

photo CastlevaniaHector et Isaac, deux nouveaux personnages très importants et symboliquement forts

 

Prenant directement la suite de la saison 1, la série nous offre de revenir brièvement sur Lisa, la mère d'Alucard et la femme de Dracula, dont la mort a causé la rage du vampire qui veut de ce fait détruire l'espèce humaine. Un personnage fort, progressiste en cela qu'il représente une science balbutiante, se nourrissant à la fois des dernières avancées et des rites ancestraux pour servir l'homme, par opposition à la religion (catholique ici, en l'occurrence), obscurantiste et paranoïaque. Un point de départ qui, loin de ralentir l'intrigue, permet d'une certaine manière de renforcer le personnage de Dracula : homme de science,  lettré et progressiste lui aussi, arrivant à concilier son coeur d'homme et son âme de démon, il bascule du côté sombre de sa personnalité par la faute de l'homme. Si les humains étaient montrés apeurés et perdus dans la première saison, ici, ils ne font plus que figure de gibier. A l'exception toutefois de deux nouveaux personnages, et pas des moindres : Hector et Isaac. Deux humains, généraux de Dracula, qui voient en lui l'être qui pourra les venger d'une espèce humaine qui ne les a jamais acceptée.

En introduisant ces deux personnages précisément, Warren Ellis ouvre le carcan de la série, jusque là limité au Dracula's Curse sorti sur NES, au second titre sorti sur Playstation 2, Curse of Darkness, qui narrait la trahison d'Hector et le combat qu'il doit mener contre son ancien allié Isaac, toujours fidèle au maître des ténèbres. Un renvoi qui en appellera d'autres puisque le scénario introduit plus tard le premier héros historique de la lignée des Belmont, Léon, dirigé dans Lament of Innocence et qui, pour les initiés, donnera de gros indices quant à la nature réelle de Dracula, bien que ce lien ne soit jamais exploité dans la série.

 

photo CastlevaniaDracula en plein spleen

 

CIRCLE OF THE MOON

Du côté des héros, nous retrouvons toujours Trevor, Sypha et Alucard, après la bataille de Gresit. Plus déterminés que jamais, ils devront en apprendre un peu plus sur eux-mêmes pour trouver le moyen de pénétrer à l'intérieur du château de Dracula et détruire le maitre des lieux. L'intelligence de cette seconde saison, c'est évidemment de miser sur l'ambiguïté de cette alliance hors du commun. Empreints de doutes et ayant tout à se prouver, nos trois amis investiront l'ancestrale demeure des Belmont pour y acquérir le savoir nécessaire à leur victoire tout en apprenant à travailler en équipe et à dépasser leurs différences et inimitiés iniques.

 

photo CastlevaniaLa terrible Carmilla

 

Pourtant, le personnage le plus important de cette saison n'est pas le trio mais Carmilla, seigneure vampire de Strige, venue grossir les rangs de Dracula avec ses propres projets en tête. C'est elle qui fait avancer globalement l'histoire. Se montrant perverse, manipulatrice, secrète et stratège, elle remet en question le statut-même du Comte et son projet de guerre totale qui ressemble d'avantage à une tentative de suicide collective. Car, et c'est une demi surprise, la saison 2 décide d'enfoncer encore plus le personnage de Dracula dans sa mélancolie et la souffrance de la perte de sa femme, ce qui risque d'énerver certains fans qui ne retrouveront de ce fait pas le personnage impitoyable et charismatique vu dans les jeux vidéo. Un choix qui pourtant s'avère payant puisqu'il permet de donner une dimension tragique très puissante au personnage et à l'histoire, de gommer l'unitaléralité du Bien contre le Mal et renforce encore le lien ambigü entre Alucard et lui.

Malheureusement, ce choix a un prix puisqu'il impacte directement la narration et le rythme de la saison. En effet, et c'est son plus grand point noir, Castlevania ne profite pas vraiment de ses 8 épisodes pour nous proposer une intrigue haletante riche en horreur et en action. Elle se révèle au final posée et contemplative (parsemée de quelques accès de violence brillants), préférant une simili-intrigue politique et guerrière shakespearienne, clichée et au final peu inspirée, tirant en longueur et répétant des arguments et des noeuds dramatiques qui n'en demandaient pas tant. Il ne s'y passe en effet pas grand chose et l'ensemble nous tire quelques baîllements, en précisant toutefois que la série se réveille enfin dans ses derniers épisodes, lorsqu'elle prend enfin le taureau par les cornes et nous offre une impressionnante et énergique attaque du trio de héros sur un air bien connu des fans de la saga et majestueusement réochestré. Mais c'est malheureusement la seule et unique fois que nous avons l'impression d'être devant une production Castlevania.

 

photo CastlevaniaUn trio de héros qui doit d'abord s'apprivoiser lui-même

 

 

ARIA OF SORROW

Sur le plan technique, il n'y a pas d'amélioration notable par rapport à la saison précédente et, de ce fait, les mêmes critiques sont à adresser. Une animation saccadée et à l'économie qui se sublime en de rares moments de fluidité, un dessin pas très homogène et qui, encore une fois, trahit l'économie et l'urgence de l'entreprise. Les voix, comme dans la saison 1, concourent à alourdir le rythme puisque une bonne partie des dialogues semblent murmurés, chuchotés, vidant ainsi les scènes de toute tension et de toute énergie potentielles. Et, lorsqu'il ne s'y passe pas grand chose, comme dans la moitié de la saison, l'effet soporifique est garanti.

 

photo CastlevaniaÂmes facilement choquées, passez votre chemin

 

Après, la série se donne en quelques occasions les moyens d'être à la hauteur de son ambition. Par une utilisation judicieuse et toujours justifiée du fan-service tout d'abord, qui n'a d'autre vocation que de rendre l'univers cohérent tout en parsemant l'intrigue de quelques pistes pour la suite. Par ses accès de violence également, un poil complaisants, qui versent dans le gore à la première occasion avec moults détails morbides. Un extrêmisme graphique qui fait étonnament du bien en ces temps de plus en plus frileux, tout comme ils renforcent la dangerosité des hordes de Dracula. Enfin, la série s'en tire avec honneur dans les thématiques qu'elle aborde sur le statut de la nature humaine. Sur les notions de destins et de péchés, tout autant qu'un travail sur les regrets et la mélancolie qui force le respect. Mais c'est bien trop peu pour palier aux écueils précités.

 

La saison 2 de Castlevania n'est pas aussi excellente qu'espérée. Si elle poursuit intelligemment l'histoire de Trevor et compagnie, elle le fait avec longueur et lourdeur, à la limite du remplissage et dans un habillage technique qui ne tient pas la distance. Peut-être aurait-il fallu trouver un autre compromis que 8 épisodes. Cela dit, pour les fans des jeux, elle reste passionnante et prometteuse pour la suite, tandis que pour les autres, elle constitue un divertissement gore et complexe qui pourrait les contenter. Mais comme on dit : "C'est bien, mais peut mieux faire."

 

Affiche officielle

 

 

Tout savoir sur Castlevania

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commentaires
Helly
08/11/2018 à 17:18

Je suis désaccord total avec cette critique
J'ai trouvé cette série brillante que ce soit sur le plan technique qu'au niveau de la narration
Il se permettent même de terminer sur une fin demi-ouverte, une saison 3 est envisageable mais pas obligatoire
Bref le meilleur anime que j'ai vu depuis bien des années, les japonais étant incapables de se renouveler se sont des ricains qui ont fait évoluer le genre

randomguy
07/11/2018 à 07:09

L'esthétique et l'écriture de la série est grandiose. J'ai passé un véritable bon moment à la regarder.

Alucard
05/11/2018 à 15:57

The bird of the Hermes is my name eating my wings to make me tame

gotmej
04/11/2018 à 20:30

C'est mou, lent, bavard mais ça a quand même un charme singulier et vénéneux.

Hasgarn
04/11/2018 à 16:00

Me concernant, je suis conquis.

Castlevania possède une telle galerie de personnages qu'il me semblait très important de continuer sur la lancée des 4 premiers épisodes et developper les caractères. La trame d'un Castlevania n'a jamais été complexe (plateforme, niveau, boss etc.). Par contre, le lore et les personnages est la meilleur piste à explorer pour enrichir l'univers. Les rares cut scenes des jeux était franchement géniale pour les grandes directions de l'histoire. L'introduction de la politique et des petites trahisons, c'est franchement cool et ça va dans ce sens.

Pour développer les personnages, il fallait du temps et ils l'ont pris. Même si je trouve que l'équipe Sypha/Alucard/Trevor fait du surplace, le trio ne pouvait absolument pas aller se friter frontalement avec Dracu sans perdre toute cette substance. On se serait enfermé dans le schéma porte / monstre / trésor avec juste des morceaux de bravoure ou Alucard aurait dit à Trévor : "pas mal pour un humain" à chaque fin d'épisode.

D'ou je trouve cet épisode final absolument top pour montrer l'évolution des personnages et poser des enjeux sur plusieurs saisons, voir sur plusieurs époques. N'oublions pas que Dracula revient de base dans chaque jeu tous les 100 ans.

Vivement la suite :)

snake88
04/11/2018 à 15:25

Pour moi les points positifs :

- Des personnages très bien écrits. Mention spéciale : Dracula, Alucard, Hector et Isaac
- L'ambiance générale
- De superbes parti-pris graphiques
- Quelques scènes d'action très intéressantes avec des chorégraphies qui rende hommage au RPG (voir l'alchimie entre Trevor, Sypha et Alucard dans l'épisode 7)

Les moins :
- Une animation moyenne qui donne l'impression que l'équipe a cherché à économiser le budget pour les scènes d'action
- Un chara-design fluctuant (perso j'aurai adoré voir Madhouse et le légendaire Kawajiri à la réal !)
- Un script qui fait du remplissage à l'instar d'autres séries Netflix Globalement on sent que s'est dû à un gros manque de moyens !

Hasgarn
04/11/2018 à 14:05

Me concernant, je suis conquis.

Castlevania possède une telle galerie de personnages qu'il me semblait très important de continuer sur la lancée des 4 premiers épisodes et developper les caractères. La trame d'un Castlevania n'a jamais été complexe (plateforme, niveau, boss etc.). Par contre, le lore et les personnages est la meilleur piste à explorer pour enrichir l'univers. Les rares cut scenes des jeux était franchement géniale pour les grandes directions de l'histoire. L'introduction de la politique et des petites trahisons, c'est franchement cool et ça va dans ce sens.

Pour développer les personnages, il fallait du temps et ils l'ont pris. Même si je trouve que l'équipe Sypha/Alucard/Trevor fait du surplace, le trio ne pouvait absolument pas aller se friter frontalement avec Dracu sans perdre toute cette substance. On se serait enfermé dans le schéma porte / monstre / trésor avec juste des morceaux de bravoure ou Alucard aurait dit à Trévor : "pas mal pour un humain" à chaque fin d'épisode.

D'ou je trouve cet épisode final absolument top pour montrer l'évolution des personnages et poser des enjeux sur plusieurs saisons, voir sur plusieurs époques. N'oublions pas que Dracula revient de base dans chaque jeu tous les 100 ans.

Vivement la suite :)

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