Manifest : que vaut cette série de SF à la croisée de Lost et des 4400 ?

Créé : 11 octobre 2018 - Alexandre Janowiak
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Au milieu des retours très attendus de BoJack Horseman ou American Horror Storyet de l'arrivée des séries de grande ampleur Maniac ou The First, le mois de septembre dernier était aussi l'occasion pour la chaîne NBC de lancer son nouveau show événement : Manifest. Ecran Large a regardé les trois premiers épisodes pour se faire une idée. Notre verdict.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

C'EST QUOI ?

Manifest part d'un postulat très simple : un vol à destination de New York disparaît des écrans radars avant de réapparaître cinq ans plus tard. Cependant, s'il s'est écoulé cinq ans sur Terre, pour les passagers tout cela a été instantané. Que s'est-il vraiment passé ? Comment recréer un lien avec ses proches lorsque ces derniers ont continué leur vie durant ces cinq années ?

Produite par Robert Zemeckis, cette série NBC a été créée par Jeff Rake qui est derrière la création des Mystères de Laura ou encore de The Tomorrow People.

 

Photo Melissa Roxburgh, Josh DallasRira bien qui rira le dernier

 

FAUX DÉCOLLAGE

Les premières minutes de Manifest sont d'une grande efficacité. En terme de montage et de dynamique scénaristique, l'ensemble est particulièrement bien fichu. Les cinq personnages principaux de la série sont présentés brièvement mais concrètement, l'événement tragique se déroule sans artifice, et ses conséquences sur la vie des passagers et de leurs familles sont mises en place. L'occasion de lancer le show sur les chapeaux de roues et de créer de façon assez surprenante des retrouvailles très émouvantes après seulement dix minutes.

Pour les curieux, elles sont visibles dans la vidéo ci-dessous.

 

 

Malheureusement cela ne va pas durer. Si le pilote est extrêmement bien rythmé, il veut sans doute l'être un peu trop et grille quasiment toutes ses cartouches. Alors que cela fait seulement vingt minutes (chronomètre en main) que la série a commencé, le nombre de sous-intrigues est déjà beaucoup trop grand.

Entre la disparition, le retour, les retrouvailles, les secrets de familles, les romances avortées ou débutées, la maladie du jeune Cal, les affaires criminelles ou l'apparition de fameux pouvoirs : le spectateur est acculé par un surplus d'informations. Et cela continuera tout au long de l'épisode avec les multiples connotations religieuses (le nombre 828) et finalement l'explosion inattendue de l'avion 828, en bon gros cliffhanger des familles.

 

photo, Josh Dallas"Accroche toi mon fils... le meilleur de la série est bientôt terminé"

 

CLOUER AU SOL

Les deux épisodes suivants calment un peu le jeu au niveau des sous-intrigues inintéressantes et des révélations à gogo. Cependant, on a l'impression que la série n'arrive pas véritablement à s'en défaire. La preuve en est, sans en user : la série perd totalement en rythme et ne progresse plus vraiment. Les épisodes paraissent interminables et ne présentent aucune nouveauté, malgré une durée plutôt correcte de 40 minutes et les nombreux subterfuges mis en place par les scénaristes pour faciliter l'avancée de l'intrigue.

Ainsi, quoi de plus pratique que de redonner à la jeune héroïne Michaela Stone (Melissa Roxburgh) - et ce, en un claquement de doigt - le rôle de flic qu'elle avait avant la disparition de l'avion, pour permettre à la série d'avancer au rythme des découvertes de la police ? Un choix très grossier d'une grande incohérence puisque les passagers devraient rester encore un grand mystère pour le commun des mortels, et difficilement dignes de confiance après cinq années d'absence incompréhensible.

 

Photo Josh Dallas, Melissa Roxburgh"C'est quand même plus facile si je reviens en flic non ?"

 

Au-delà de ça, les différents acteurs et leur jeu passable ne relèvent pas le niveau. Il faut dire que Josh Dallas (star de Once Upon a Time) et Melissa Roxburgh (aperçue dans Supernatural ou Arrow), qui incarnent les deux personnages principaux de Manifest, ne sont pas aidés par la flopée de dialogues écrits avec les pieds par les scénaristes. Ainsi, chaque situation tragique (ou presque) se transforme en séquences gênantes de nullité quand elles ne deviennent pas tout simplement ridicules.

Sur ces trois premiers épisodes, la mise en scène fonctionnelle et sans âme de David Frankel (Le Diable s'habille en PradaBeauté cachée), Dean White (The 100) et Paul Holahan (The Last Ship) ne donne aucun cachet à la série. Les effets spéciaux eux, sont dignes d'une énième série B, à l'image de l'explosion de l'avion en fin de pilote - sans doute créée avec une version Movie Maker restée bloquée, elle aussi, dans un avion disparu depuis 1962.

 

photo, Josh Dallas"On s'en balance de ce qu'ils disent Ecran Large non ? Un peu mais ils ont pas tord quand même..."

 

GLOUBI-BOULGA

Enfin, le gros souci de Manifest reste évidemment son manque de personnalité. Après ses trois premiers épisodes, la série n'a toujours pas réussi à trouver une voix (et une voie) qui lui est véritablement propre. Son pitch rappelait bien évidemment l'incontournable Lost, les disparus avec cette histoire d"avion, tout comme il évoquait Les 4400, inévitable hit USA Network des années 2000, où 4400 personnes revenaient soudainement sur Terre plusieurs années après leur disparition.

Au fil de l'avancée du pilote puis des deux épisodes suivants, on constate rapidement que Manifest est en fait un gloubi-boulga de toutes les séries à succès (ou pas) des années 2000. Les pouvoirs naissants des personnages et leur union en construction rappellent Heroes, quand le mystérieux complot qui semble être à l'origine de leur disparition remémore les sombres dernières heures de Prison Break. A cela s'ajoute une petite dose de Mentalist ou Medium pour les enquêtes résolues grâce aux visions, un peu de Fringe (l'avion maudit encore) et quelques touches plus récentes rappelant Sense8 (les liens mentaux entres les passagers) ou This Is Us (le pathos a gogo).

 

Photo Daryl EdwardsLe retour des fameux complots gouvernementaux d'une Amérique cachotière ?

 

On ne parlera pas plus des cliffhangers de fin d'épisode, mantra des séries à l'époque (et toujours utilisés dans les agaçantes Designated Survivor ou The Walking Dead pour ne citer qu'elles, sans rancune), usités ici avec autant de délicatesse qu'un sumo qui incarnerait Odette dans Le Lac des cygnes de Tchaikovski.

Avec cet amas de références et ce système de narration cherchant le faux suspense, Manifest n'arrive pas à se sortir du tout-venant. Après trois épisodes, cela plombe d'ailleurs clairement le show. C'est simple, on a l'impression de connaître d'ores et déjà l'intrigue, les tenants et les aboutissants. Rien n'empêche de penser que la série sortira dans les semaines à venir de ce fourre-tout scénaristique bien banal mais de son côté Ecran Large s'arrêtera là.

 

Photo Josh Dallas"Mais non... Restez avec moi s'il vous plait (tentative de pleurs ratés)"

 

Si Manifest démarre plutôt efficacement dans les premières minutes de son pilote grâce à un vrai sens du rythme, la série de NBC s'écroule finalement sous le poids des références et son incapacité à s'en dépêtrer. Si l'adage dit que ce sont dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures, ce n'est pas le cas pour la série produite par Robert Zemeckis.

Manifest a 15 ans de retard, et à la vitesse à laquelle va le monde (des séries) aujourd'hui, il n'y a plus aucun intérêt à s'y attarder même par nostalgie pour les séries des années 2000. Clairement, autant se refaire l'intégralité de Lost, les disparus ou des 4400, ce ne sera pas plus mal.

Actuellement diffusée sur NBC, Manifest devrait arriver prochainement sur TF1 en France.

 

Affiche officielle

commentaires

Lost 11/10/2018 à 12:13

Sa suit plutot l histoire du vol MH 3700 mais bon Ç est vrai que Ç est une grosse daube

sérieman 11/10/2018 à 11:16

Bon, ça rox(burgh) pas du poney...tant pis...Next!

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