Maniac : un trip expérimental labyrinthique hypnotisant, dépressif et déjanté avec Emma Stone et Jonah Hill pour Netflix

Alexandre Janowiak | 27 septembre 2018 - MAJ : 27/09/2018 15:29
Alexandre Janowiak | 27 septembre 2018 - MAJ : 27/09/2018 15:29

Après trois premiers épisodes très prometteurs, la nouvelle série de Netflix devient un road-trip psychique et cosmique fascinant aux univers réjouissants et dépressifs. On fait le bilan de la mini-série Maniac, réalisée par Cary Fukunaga et portée par le duo Emma Stone-Jonah Hill.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

READY PLAYER ONE & NINE

Les premiers épisodes de Maniac pouvaient déconcerter. Malgré leur jolie réalisation, il se dégageait une forme de lenteur inattendue, loin de la promesse du trip déjanté du pitch de départ. Cependant, comme on pouvait s'y attendre, cette caractérisation profonde des personnages durant les trois premiers épisodes du show de Patrick Somerville et Cary Fukunaga était loin d'être anodine.

Au contraire, ces derniers sont la pierre angulaire de la série. Leur simple existence est la preuve irrémédiable que l'ensemble du show est maitrisé jusque dans ses derniers retranchements. Fourmillant de détails, les trois premiers épisodes sont d'une richesse inestimable. Le moindre petit détails - qu'il s'agisse d'une peinture exposée dans une maison, de la réplique d'un policier, de la lecture du Don Quichotte de Cervantès ou du visionnage d'un téléfilm de fantasy - sera le moyen de guider le spectateur sur la conscience et l'inconscient des personnages, guider le public entre réalité et fantasme lors de l'essai pharmaceutique.

 

PhotoOu alors des petits délires geek de Fukunaga (on en parle plus bas)

 

Et si les trois premiers épisodes de Maniac sont d'une importance cruciale pour le décollage du show vers son trip psychique fantastico-cosmique, le reste de la série est aussi une mine d'or dans sa conception. Impossible de tout apercevoir au premier coup d'oeil de Maniac, à l'image de la série The Leftovers (scénarisé d'ailleurs en partie par Patrick Somerville), mais chaque petit élément présenté durant le show est l'occasion de faire avancer le récit, de développer plus encore les personnages et leurs liens tout en gardant une jolie subtilité.

Si l'on ne dévoilera pas l'ensemble des indices dissimulés ici ou là (c'est de toute façon impossible) durant les multiples échappées cérébrales de nos deux héros, on ne pourra s'empêcher d'en citer une. Sans doute une des plus élégantes à nos yeux. Celle où lors d'un tour de magie avec des cartes, le personnage de Owen découvre un 9 de coeur quelques minutes après avoir quitté des yeux Annie. Et inversement, lorsqu'Annie découvrira quelques instants plus tard qu'Owen lui a confié, en lieu et place d'un document secret, un as de coeur. Un message subliminal évident, empli de poésie, sur la relation naissante du duo pour quiconque sait lire entre les lignes fixées par la frontière rêve-réalité.

 

Photo Jonah Hill, Emma StoneLe numéro 1 colle à la peau d'Owen et le 9 à celui d'Annie

 

TAKE CARY OF YOU

Au-delà d'une écriture ciselée et particulièrement captivante, Maniac bénéficie évidemment du grand talent de metteur en scène de Cary Fukunaga. Si le réalisateur ne livre rien d'aussi impressionnant que le plan-séquence de l'épisode 4 de la saison 1 de True Detective, il fait preuve d'une maîtrise ahurissante derrière la caméra. Il n'y a qu'à voir ce plan-séquence à la Kingsman, la précision du montage de l'accident de voiture d'Annie et sa soeur ou tout simplement la perfection des discussions en simple champ contre champ, pour saisir la polyvalence et l'habileté de Cary Fukunaga.

En un mouvement, le futur réalisateur de James Bond passe d'une forme d'aliénation excitante à une retenue apaisante. En quelques secondes, il réussit à faire passer du rire aux larmes, de la joie à la tristesse, de l'extravagance à la raison et finalement du rêve à la réalité, avec une fluidité déconcertante.

 

Photo Justin Theroux, Cary FukunagaCary Fukunaga sur le tournage de Maniac avec Justin Theroux

 

Une réalisation brillante qui bénéficie en plus d'une photographie exceptionnelle. Qu'elle s'amuse des lumières psychédéliques ou qu'elle contemple des paysages d'une profonde mélancolie, la caméra de l'Américain propose à chaque plan des images marquantes sublimées par l'impressionnant travail du chef opérateur Darren Lew.

Somme toute, si une grande partie de la force du show repose sur les épaules de Fukunaga, Somerville et Lew, l'ensemble de la série est lyrisée par les partitions magiques de Dan Romer. La bande originale de Maniac est une merveille pour les oreilles et le déclencheur manifeste des multiples émotions éprouvées devant la série.

 

Photo Emma StoneLa musique offre des moments très aériens et poétiques à Maniac

 

TWO BEAUTIFUL MINDS

Car en effet, ce qui étonne le plus devant Maniac c'est la pluralité des émotions ressenties. Pensée avant tout comme une comédie noire ultra cynique et totalement déjantée, la mini-série estampillée Netflix se révèle profondément dépressive. La quête de ses deux personnages principaux, interprétés avec brio par les excellents Emma Stone et Jonah Hill (dont on ne louera pas toutes les qualités pour ne pas étirer de trop cette critique), est loin d'être un simple délire barré même si elle offre des tranches de rires incroyables ("Annie, i'm a hawk", la perceuse, le personnage de Justin Theroux).

Au contraire, Maniac questionne bien des maux de la société actuelle à travers le regard de ce schizophrène et de cette dépressive. S'il aborde des sujets réjouissants comme l'amour ou l'envie, il s'attarde essentiellement sur le désespoir permanent de son duo, leur nostalgie, leur mélancolie, et leur déroute personnelle à échouer à régler leur problème : le besoin de s'accepter soi-même chez Owen et la nécessité de faire son deuil pour avancer chez Annie.

 

Photo Jonah Hill, Emma StoneDeux âmes en peine

 

Le moyen pour Cary Fukunaga de s'aventurer profondément dans l'esprit de ses protagonistes, de parler de l'humain et d'étudier les méandres de la psyché humaine. Si la série met en perspective l'idée de réparer les âmes tourmentées, Maniac prend le contrepied en expliquant concrètement qu'il ne s'agit pas de réparer mais d'accepter sa condition.

La normalité n'existe pas, ou tout du moins c'est l'anormalité qui devrait être la norme. Ce sont les défauts et les particularités de chacun et de tous qui font le monde. L'important n'est pas de se rendre comme les autres, l'important est de s'accepter soi-même comme on est. Et ce malgré une société très conventionnée et régie par le normalisme. Le message est peut-être un peu déjà vu et revu (voire utopiste) mais essentiel. Et s'il manque d'originalité dans le fond, il peut heureusement s'appuyer sur une forme originale avec les multiples univers proposés par la série.

 

Photo Jonah HillUn passage terriblement émouvant évoquant La Vie est belle de Capra

 

LE SONGE D'UNE VIE RÊVÉE

Le New-York rétro-futuriste du monde réel de Maniac était déjà marquant mais ce sont les mondes imaginaires visités par Owen et Annie lors des expériences scientifiques qui réjouissent le plus. En passant d'une famille de rednecks à un monde elfique, d'un syndicat du crime à une mission d'espionnage à la Hitchcock, d'un univers Bondien à une réunion diplomatique sur fond d'invasion extraterrestre, Maniac se renouvelle perpétuellement. Le moyen pour Cary Fukunaga de jouer avec les genres, les époques, les décors, les costumes... et de livrer un trip fantastique toujours stimulant.

Le moyen également de rendre hommage à de nombreuses sources d'inspirations et influences. La machine GRTA ne manquera pas de rappeler le HAL 9000 de 2001, l'Odyssée de l'espace, les rêveries transcendentales évoquent les pérégrinations fantasmées de Jonathan Pryce dans Brazil, l'expérience scientifique sur les souvenirs le doux Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry quand la table de la salle commune remémore le Nostromo d'Alien, le huitième passager.

 

PhotoLes références pleuvent dans Maniac

 

A cette belle liste pourront s'ajouter Le Seigneur des AnneauxVol au-dessus d'un nid de coucouDocteur FolamourMatrixArizona juniorLa Vie est belle... et bien d'autres titres cultes encore. Sans oublier les petits clins d'oeils de Cary Fukunaga à sa propre filmographie dans l'épisode 3 (Beasts of No Nation devenant Beasts of UrinationJane Eyre devenant Jane Derrière ou encore True Detective transformé en hilarant True Erective).

La dernière référence du film est sans doute la plus apaisante et une des plus importantes. Dans un dernier élan de réconcilation avec soi, de simple bonheur, d'envie de fuir vers des jours meilleurs et de profiter de la sublime chose qu'est la vie, le dernier plan de Maniac pastiche l'ultime du Lauréat de Mike Nichols. L'occasion d'offrir une conclusion émouvante et providentielle qui mêle une dernière fois la réalité à la fiction. Et si finalement, Maniac n'était bel et bien qu'un rêve éveillé dont on ne veut pas s'évader ?

 

Photo Emma Stone, Jonah HillUn duo émouvant pour un final rêveur

 

Maniac est une petite perle déjantée intemporelle, parfois particulièrement dépressive, parfois drôlement jouissive, souvent très émouvante et toujours stimulante. Magnifiquement écrite et réalisée, elle recèle d'une infinité de thématiques, d'une multitude de clins d'oeil passionnants et d'un concept toujours attrayant. Une oeuvre abondante dont toutes les subtilités ne pourront être percées à jour qu'après une flopée de visionnage toujours instructif.

Une aventure magique portée évidemment par les performances sublimes de Jonah Hill et Emma Stone mais aussi la galerie de personnages gravitant autour d'eux incarnés par un casting faramineux : Justin TherouxSonoya MizunoJulia GarnerBilly MagnussenSally FieldGrace Van PattenGabriel ByrneJemima Kirke ou Glenn Fleshler.

Maniac est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 21 septembre 2018.

 

Affiche

commentaires

Lola
27/09/2018 à 21:50

J ai adorer moi Emma Stone un petit bijoux cette fille ét Jonah Hill genial peut être que les épisodes sont un peu inégaux mais cette serie est genial un bonbon acidulé hallucinant et mélancolique. Je suis Addict à cette serie es Çe dangereux ?

Stivostine
27/09/2018 à 19:24

Bien aimé dans son ensemble bien que tout ne soit pas du même niveau (surtout dans la durée des épisodes allant de 47 mn à 26 mn} le chapitre avec le limurien dans la boutique de fourrure m'a bcp fait penser a boogie night.

Hank Hulé
27/09/2018 à 17:17

D'un point de vue esthétique, c'est une tuerie, la réal est au top et le cast est très bon. Ceci dit, on peut aussi trouver cela parfois un poil chiant (notamment la mi saison) et le catalogue de références est un peu lourd à porter sur le long terme.
Mais c'est à voir évidemment !

Alyon
27/09/2018 à 16:41

Une bonne surprise et effectivement comme Shagon je pense que j'y retrournerai afin de capter tout ce qui a du m'échapper. Et puis il y a des moments vraiment drôles (la présentation du projet par les 2 chercheurs dans un style bien ringard est à voir!)
Et les acteurs sont vraiment excellents.

Bowl
27/09/2018 à 16:35

Jolie critique, et effectivement une série à recommander! Tout y est super, et je suis vraiment surpris en bien par le casting, la classe ! (Jonah Fucking Hill !!!)

Ratatak
27/09/2018 à 16:12

Me suis endormi après le 5eme épisode...

Shagon
27/09/2018 à 16:07

Trip très agréable dont on se dit en cours de visionnage : " je sais déjà que je vais regarder à nouveau car il y a des subtilités qui doivent m'échapper mais laisse ton cerveau devenir du pop-corn pour l'instant devant ton écran ! "

Sam Sepiol
27/09/2018 à 15:47

Ouais c'est une série qui vaut le coup d’œil. Très touchante et très drôle dans ses moments d'absurdité. Personnellement, je l'ai trouvée un tout petit peu lente par moments (dans certains rêves, notamment le premier et l'épisode exposition du personnage d'Annie), mais globalement, c'était un voyage très intéressant.
Qu'on donne un Emmy à Jonah Hill, merde !

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